La déesse-mère de Saint-Aubin-sur-Mer est une statue gallo-romaine trouvée dans la commune éponyme en 1943, lors de travaux de terrassement liés à la construction d'éléments du mur de l'Atlantique. Par chance, les travaux sont suivis par un officier de la Wehrmacht par ailleurs instituteur, Eugen Eblé, qui parvient à lever des plans des substructions mises au jour afin de documenter le site archéologique.

Les fouilles réalisées, même si très incomplètes du fait du contexte de la Seconde Guerre mondiale, permettent de mettre au jour un certain nombre de vestiges dont ceux d'un , de thermes et d'une , dont l'évolution entre le et le a pu être ébauchée. La statue est pour sa part retrouvée en fragments dans un puits au sein du complexe. Le site est par la suite utilisé pour abriter une nécropole au haut Moyen Âge.

Confiée dès sa découverte à la Société des antiquaires de Normandie, la statue est très vite considérée comme une œuvre majeure d'art provincial romain car découverte dans son contexte archéologique, et elle intègre aussitôt le musée de cette société savante. Elle ne souffre pas de dommages durant les affres de la bataille de Caen de juin-, qui porte un coup fatal à l’institution culturelle qui l'abrite.

La statue pour sa part fait l'objet de publications après la seconde guerre mondiale et est restaurée. Conservée un temps dans les locaux de l'université de Caen-Normandie, elle est transférée en 1983 au musée de Normandie dont elle constitue l’œuvre emblématique des collections antiques. Une copie de l’œuvre est par ailleurs déposée à l'office de tourisme de la commune.

Histoire Histoire antique et médiévale vignette|alt=Carte de l'actuelle Normandie avec les territoires des cités et Saint-Aubin-sur-Mer|Le site de Saint-Aubin-sur-Mer dans l'actuelle Normandie au Haut-Empire romain. À au nord de Caen, il se situe dans le territoire de la cité des Baiocasses.

Le territoire de l'actuelle commune de Saint-Aubin-sur-Mer a livré des d'artéfacts dont certains d'époque gallo-romaine depuis au moins la seconde moitié du : monnaies, dont une datée de l'époque d'Auguste, bracelets, fragments de colliers de bronze, clé. Des fouilles sont réalisées dans le second quart du à la suite de la fondation de la Société des antiquaires de Normandie par Arcisse de Caumont puis à la fin du même siècle, mais aucune par la suite. Des vestiges sont alors visibles non loin de la mer, dont des puits. En outre, une tradition situe un camp romain au lieu-dit Câtel. L'appellation du site Camp romain est selon Eblé .

Découvertes antérieures à l'époque romaine Des artéfacts de l'époque paléolithique, néolithique et de l'âge du bronze ont été retrouvés, témoignant d'une occupation ancienne du site. Cependant, tous ces éléments ont été retrouvés hors de tout contexte stratigraphique.

Découvertes d'époque romaine Eblé note la découverte d'une monnaie en argent de Jules César sur le site.

Le site a livré les vestiges d'un , sanctuaire de tradition gauloise, qui est daté du par Eblé, et réoccupe selon le fouilleur le site d'un sanctuaire plus ancien sans toutefois qu'une datation plus précise puisse être proposée. Le sanctuaire est peut-être relié à une romaine à une époque indéfinie, et un complexe thermal est lié à cette . La a réutilisé les vestiges du sanctuaire . Après la destruction du premier sanctuaire, une chapelle est édifiée au -. Une partie des rites religieux se déroulait hors des temples et n'ont pas laissé de .

La n'est pas antérieure à la fin du dans son premier état selon Eblé. Le puits et la chapelle sont datables du début du . D'après des monnaies de Constantin et de Valère, la connaît son second état et la forme d'édifice à galerie et à tours symétriques à la fin du : une tour est ajoutée, le bâtiment est allongé en utilisant les bases du péribole du temple. Le péristyle comportait des colonnes. La destruction de la statue est datée de ce stade par Eblé qui considère que les propriétaires étaient alors chrétiens et détruisirent l'espace qui servait de chapelle, le destinant à la cuisine. Une troisième phase a été identifiée par le fouilleur, phase de construction négligée, avec un .

La statue quant à elle est datée de la fin du . Des fragments de statues antiques ont également été découverts dans les communes proches de Bernières et Tailleville. Béquignon propose en 1949 de dater l’œuvre de la fin du ou du début du , un fragment de céramique sigillée pourrait confirmer cette datation. Elle fut trouvée au fond d'un puits en six fragments au sein d'un fanum réutilisé en villa romaine. Les premiers éléments ont été retrouvés à une profondeur de . Le puits, creusé après la destruction du mur extérieur du sanctuaire, a été fouillé jusqu'à une profondeur de ainsi que les environs. Lorsque le est dégagé en 1949, seules sont conservées trois assises des fondations, en grès local. Le possédait un carré extérieur de de côté et un carré intérieur de . Les traces de la localisation du socle de la statue ont été identifiées par van Effenterre dans le mur intérieur ouest de l'édifice. Le mur extérieur du était plein alors que celui de l'extérieur comportait un mur bas et une colonnade.

vignette|gauche|alt=Vue d'une falaise prise à partir de la plage|Vue de la falaise du Cap romain depuis la plage.

La statue a fait l'objet d'une destruction volontaire comme en témoigne son bris en six morceaux, elle a subi . Il a été supposé que cette destruction porte témoignage des destructions ayant entouré la christianisation des campagnes normandes. La quant à elle a été détruite par le feu peut-être au . La destruction de la statue par les premiers Chrétiens à la fin du est possible mais Ward-Perkins considère que l'absence de destruction simultanée de l’œuvre et du temple peut mettre à mal cette hypothèse car le temple est détruit longtemps avant le puits qui contenait les fragments. La statue a pu être détruite longtemps après le mouvement iconoclaste lié à la christianisation, dans une volonté ultérieure de faire disparaître des traces de paganisme. La question de la destruction par des moines ou un propriétaire désireux de se débarrasser d'un objet devenu inutile ne peut être tranchée. La destruction d'un ancien temple païen pour des motifs religieux est complexe à prouver au plan archéologique car les matériaux font l'objet d'un remploi.

Au haut Moyen Âge une nécropole franque Le site est utilisé au haut Moyen Âge comme nécropole dont 38 tombes sont retrouvées de à . Ces sépultures, orientées ouest-est et profondes de , sont dépourvues de mobilier. Une monnaie, datée du règne de l'empereur Constantin, a été retrouvée à proximité. D'autres monnaies similaires ont été retrouvées dans la commune au milieu du et en 1940. Ces sépultures ont été datées de l'époque franque. sur 12 ou sont fouillées par Eblé sur , le même indique la découverte antérieure de sarcophages sur le site du Cap romain. Les corps étaient , tête à l'ouest et bras allongés. Cette nécropole date de l'époque mérovingienne. Quelques sépultures ont été fouillées en 1959 dans un terrain situé à l'ouest de la zone dégagée dans les années 1940, sépultures rudimentaires mais au caractère chrétien. Les défunts n'étaient pas enterrés en cercueils mais dans un linceul, le corps étant protégé par des dalles de calcaire coquillier. Des fragments de céramiques gallo-romaines ont été retrouvés lors de ces fouilles.

Redécouverte et mise en valeur vignette|alt=Vue d'un canon dans une tourelle de béton|Canon antichar du Mur de l'Atlantique conservé à proximité de la plage de Saint-Aubin-sur-Mer.

Découverte fortuite En 1942, la partie supérieure de la falaise est dégagée des villas contemporaines qui l'occupaient par les forces d'occupation allemandes lors de travaux entrepris sur le lieu-dit Cap-Romain. Du fait des conditions de découverte la trouvaille manque de preuves permettant une datation assurée.

Un officier allemand, Eugen Eblé, arrive à Saint-Aubin en . Originaire de Lörrach, instituteur de profession, il est d'après Béquignon, qui note que . Alors que trois sont sortis de terre et des fosses creusées, il effectue dans des conditions difficiles un travail de collecte et de relevés. Il est aidé par Hans Möbius, chargé de mission archéologique dans l'armée allemande et par le français Yves Béquignon. Les recherches sont liées exclusivement aux et Eblé parvient cependant à faire quelques même si les conditions de fouilles sont très difficiles. Il considère à la fin des années 1940 que ses travaux possèdent un .

Eblé reconnaît dans les débris un tombeau, des vestiges romains de tuiles et de sigillée. La statue est découverte le en fragments dans un puits, avec des blocs de grès, des charbons, des tessons de tuiles et de céramiques, des clous ainsi que des ossements d'animaux.

vignette|gauche|alt=Vue d'un parking sur le site des fouilles|Site actuel de la villa au Cap romain.

La statue est remise aussitôt à la municipalité qui la confie au musée des antiquaires de Normandie en et elle est épargnée lors des bombardements de Caen de juin-. La statue est réparée provisoirement par le docteur Gosselin, directeur du musée.

Recherches ultérieures et mise en valeur vignette|alt=Vue générale d'une statue en pierre|Vue de la statue de la déesse (copie de l'office du tourisme). Le Comité des fouilles et la municipalité accordent une subvention pour la reprise des recherches avant la reconstruction des bâtiments qui avaient occupé le site. Les fouilles sont alors reprises en juillet- et financées par la commune. La partie méridionale du est dégagée. Des tessons de céramique commune et de céramique sigillée sont retrouvés lors des fouilles, ainsi qu'un fragment de stèle avec deux pieds et un fragment de l'élément de contrepoids du puits. La zone fouillée est recouverte par un golf miniature et un terrain de jeux. Le site est au début du occupé par un parking, et son souvenir est rappelé uniquement par une signalétique installée par les services municipaux.

Du fait de l'importance de la découverte, la statue fait l'objet d'une restauration importante après 1949 et elle est classée monument historique en 1951La statue sur le site de la Société des antiquaires de Normandie.

Longtemps conservée ainsi que le marbre de Thorigny dans les locaux de l'université de Caen bien que remise à la Société des antiquaires de Normandie, elle est finalement déposée au Musée de Normandie en 1983, une copie étant remise à l'office du tourisme de sa commune de découverte.

Description Description du et de la

Le est comparable à d'autres édifices de la future Normandie et est situé sur une voie romaine. Le est retrouvées sur le site. Sous un dallage, le fouilleur a reconnu des vestiges de fondations d'un édifice plus ancien en bois sur une base de pierres, peut-être à finalité religieuse et en liaison avec des présents sur la côte face au cap romain. Cet édifice est peut-être la première forme de l'édifice religieux reconnu.

Le site a livré un petit quadrangulaire, fouillé partiellement mais au plan connu, le mur nord de la faisant de long et d'épaisseur, dont les fondations retrouvées étaient en grès et mortier de chaux. Ces fondations possédaient lors des fouilles une largeur de à . Le mur extérieur mesurait pour sa part . Un passage de était présent entre les deux structures. Des vestiges de tuiles ont été retrouvés à proximité. Le centre de l'édifice était le sanctuaire alors que la partie extérieure supportait les piliers d'un préau. Le temple était ouvert sur le nord .

Béquignon considère qu'au nord à est situé un péribole et à se trouvait une . Une monnaie datée du règne de Maximien a été découverte non loin du péribole. Une entrée et une salle destinée aux réunions étaient présentes ; le site a livré des cuillers en bronze et des bracelets lors de fouilles anciennes.