Léon Louis Lucien Prunol de Rosny savant français, né le à Loos-lez-Lille (Nord), mort le à Fontenay-aux-Roses (Seine), est ethnologue, linguiste, japonologue, orientaliste, américaniste précolombien, épistémologue. Il est le fondateur de la Société d'ethnographie.

Biographie professionnelle L’adolescence d’un surdoué Léon Louis Lucien Prunol de Rosny est l’enfant unique de Lucien de Rosny et d’Élisa Marquet-Vasselot. Son père lui enseigne le vieux français et lui parle latin à table. Léon fait de bonnes études primaires. En 1843, la famille s’installe à Paris. À onze ans, il participe aux journées révolutionnaires de 1848 ; il soutient la . Léon passe ses vacances au Jardin du muséum d’histoire naturelle où Adrien de Jussieu le prend comme élève en 1850. Parallèlement il étudie la physique aux Arts et Métiers et prend des leçons de mathématiques avec Charles de Labarthe.. En 1851, il imprime des bulletins « Non » pour le plébiscite de Louis-Napoléon. Ses parents décident alors de lui faire apprendre « un bon métier manuel » : il devient apprenti relieur. À partir de 1852, il étudie à l’École impériale et spéciale des langues orientales et publie son premier ouvrage, Observations sur les écritures sacrées de la presqu’île trans-gangétiqueTrans-gangétiques, ie: tibétaine, balinaise, siamoise, etc., Léon de Rosny, Paris, A. Derache et Ed. Carnot éd., 1852.. Orienté vers le japonais par son maître de chinois ancien, Stanislas Julien, il est reçu en 1853, à , membre de la Société asiatique et l’année suivante devient membre de la Société orientale de FranceBulletins de la Société asiatique et de la Société orientale de France. Il commence en 1854 une collaboration, qui durera trente ans, avec l’Imprimerie impériale pour la gravure des poinçons japonais. En 1856, il publie Introduction à l’étude de la langue japonaiseJules Mohl, Journal asiatique et, en partie pour assurer sa subsistance, devient rédacteur en chef de la Presse Algérienne.

L’épanouissement dans la force de l’âge

Entre 20 et 40 ans, dans "la force de l’âge", Léon de Rosny déploie une incroyable activité : orientaliste, sinisant, américaniste, professeur de japonais, ethnologue, journaliste. En 1858, il participe à la création de la première Société américaine de France et fonde la Revue Orientale et américaine qui paraîtra pendant près de cinquante ans. La même année, il est chargé de mission en Angleterre par le ministère de l’Instruction publique pour la publication d’un dictionnaire japonais-français-anglais, projet abandonné peu après pour raison budgétaire. En 1859, il crée la Société d’Ethnographie américaine et orientale, qui deviendra en 1864 la Société d’EthnographieAnnales de la Société d’Ethnographie., pour contribuer au "progrès moral des peuples, à la destruction des préjugés de race et de frontières conventionnelles". La même année, il découvre à la Bibliothèque nationale un manuscrit yucatèque qu’il publiera sous le nom de Codex Peresianus en 1887José Perez, article dans la Revue Orientale et américaine, 1859.. En 1861, le jury du Prix Volney distingue son Essai historique sur la langue chinoise comme le meilleur des neuf ouvrages en compétition. Cette année-là, il devient rédacteur permanent au journal Le Temps. Reconnu comme un japonisant compétent, il escorte en 1862 la mission diplomatique du Japon en Europe, de Paris à Saint-Pétersbourg via BerlinJournal Le Temps, avril 1862.. En 1863, il est chargé par le ministère de l’Instruction publique d’un enseignement gratuit de langue japonaise à l’École spéciale des langues orientales. En 1864, il publie Études asiatiques de géographie et d’histoire. Il est nommé membre de la commission scientifique pour l’Exposition universelle de 1867. En 1868, il obtient la chaire de japonais créée pour lui à l’École des langues orientalesDécret impérial, 24 mai 1868. et reçoit les Palmes académiques.

En 1869, il donne des conférences, qui ont un vif succès, sur l’Histoire des peuples de race jaune au Collège de France. Il épouse Jeanne-Charlotte Devaux en 1872. En 1873, naît Henri, fils très doué et très aimé qui mourra à 21 ans. Six autres enfants suivent, quatre filles et deux garçons. Mais seules deux filles auront des enfants : Noémi (1881-1944) une fille, et Juliette (1884-1963), mariée à un Français émigré au Chili, sept filles et trois garçons. Le couple s’installe en 1877 dans l’hôtel particulier que Léon a fait construire avenue Duquesne. Jeanne y tiendra salon. Nombreuses sont les personnalités qui le fréquentent : Clemenceau, les Carnot, Lesseps, Lamartine, Saint-Saëns, Heredia, Daudet, France, Dom Pedro, ancien empereur du Brésil, et bien d’autresMémoires de Madame de Rosny, citées dans .. En 1873, Rosny, président de la société d’Ethnographie, organise à Paris le premier Congrès international des orientalistesIllustration, Paris, 18 octobre 1873. Orientalism in France, 15 août 1873, http://fultonhistory.com/Newspaper. Compte rendu de la première session du Congrès international des orientalistes, Paris 1873, Maisonneuve. et fonde la Société des Études japonaises, chinoises, tartares et indochinoises. Léon ressent durement la perte de sa mère Elisa Marquet-Vasselot de Rosny, en 1874, qui fut aussi sa confidente et sa collaboratrice. En 1875, il réunit le premier Congrès international des américanistes, à NancyCongrès international des américanistes, Nancy 1875, compte rendu de la première session. Nancy, Typographie Crépin Leblond.. En 1876, il publie Essai sur le déchiffrement de l’écriture hiératique de l’Amérique centrale et effectue des voyages d’études en Allemagne, Russie et en FinlandeLe pays des dix-mille lacs, voyage en Finlande, 1886..

L’apogée de la maturité Pour répondre aux besoins croissants d’échanges scientifiques internationaux, il crée en 1877 l’Alliance Scientifique Universelle : « Association internationale des hommes de science pour faciliter les relations des ethnographes disséminés dans toutes les contrées du globe ». En 1880, il étudie à Madrid les Codex Cortesianus et Troano et démontre qu’ils sont les deux parties d’un seul texteLéon de Rosny, Codex Cortesianus, Paris, Maisonneuve et Cie éd., 1882.. Il effectue un voyage en Roumanie, Bulgarie et Serbie pour étudier les populations danubiennes en 1881Léon de Rosny, Les Romains d’Orient, aperçu de l’ethnographie de la Roumanie, Paris, Maisonneuve frères et Leclerc éd., 1885.. En 1882 l’Académie des Inscriptions et Belles Lettres distingue son ouvrage : Les peuples orientaux connus des anciens Chinois.

En 1884, Léon de Rosny est fait chevalier de la Légion d’honneur. Il achète une maison de campagne à Manneville-ès-Plains (Seine-Maritime). En 1885, il reçoit le prix Stanislas-Julien pour Histoire des dynasties divines et publie ses Premières notions d’ethnographie générale. L’année suivante, il est nommé directeur adjoint de la conférence sur Les Religions de l’Extrême-Orient à la cinquième Section des sciences religieuses de l’EPHEDécret de création de l’EPHE et arrêté de nomination du ministère de l’Instruction publique du 30 janvier 1886., récemment créée. Ses conférences sur le bouddhisme y ont un vif succès. En 1887, il publie dans une forme qu’il juge lui-même malheureusement incomplète, l’ouvrage d’épistémologie qu’il porte en lui depuis plus de vingt ans : La Méthode conscientielle, Essai de philosophie exactivisteLa Méthode conscientielle, Essai de philosophie exactiviste; Léon de Rosny, Paris, Felix Alcan éd., 1887.. Sa recherche du « criterium interne » de certitude scientifique conduit sa réflexion vers la métaphysique. Rosny reçoit le prix Emile Loubat de l’Académie des inscriptions et belles-lettres en 1889 pour sa plus importante publication dans le domaine de l’américanisme, datant de 1876 : Essai sur le déchiffrement de l’écriture hiératique. La même année, il publie le Catéchisme bouddhique ou introduction à la doctrine de Bouddha Gotama. Nommé au Conseil d’administration de l’École coloniale en 1890, il y ouvre un cours de style épistolaire chinois. Le succès de ses conférences sur les religions de l’Extrême Orient, l’organisation de « promenades philosophiques »Conférences et promenades philosophiques (tchangkramana) ont fait en 1890-1893, l’objet de plusieurs centaines d’articles, flatteurs autant que critiques dans la presse française et internationale conservés en douze volumes à la Bibliothèque municipale de Lille, sous le titre Introduction du Bouddhisme en Europe. puis la création de l’École du Bouddhisme éclectique le font dériver largement hors du champ universitaire. Il le payera, en 1893. Malgré la publication du Hiao-king (Xiao jing) : La morale de Confucius, le livre sacré de la piété filiale, sa candidature comme professeur de chinois au Collège de France échoue« Procès-verbal de l’assemblée tenue par MM. les professeurs du Collège de France le 11 mars 1893 ».. Rosny ne s’en remettra jamais complètement.

Une vieillesse difficile Il a perdu ses deux aînés, sa fille (1891) et son fils (1894) ; proche de la soixantaine, sa santé se dégrade malgré ses séjours à Manneville. Il assure de moins en moins ses obligations professorales. Son caractère difficile s’accentue : en 1896 il s’en prend à Edmond de Goncourt qu’il traite d’« amateur de japoniaiseries »Léon de Rosny « Un mot aux amateurs de japoniaiseries », Paris, in « Feuilles de Momidzi », chap. XVII, 1901..

Il perd un procès contre les frères Boex qui, selon lui, ont « indûment emprunté » le nom de Rosny. Les frères Boex utilisaient pourtant ce nom de plume depuis 1886, année de publication du roman Nell Horn de l'Armée du Salut. Les conclusions du jugement indiquent que : « Il a été jugé que la confusion ne pouvait exister entre le pseudonyme J.-H. Rosny et le nom Léon de Rosny, alors surtout que l'un était connu dans le monde des lettrés et l'autre, dans le monde scientifique. C. Paris, Sirey, 1906-2-217. La jurisprudence ne voit une usurpation du pseudonyme, que dans le fait de s'en emparer pour bénéficier de la réputation acquise, ou s'en servant comme désignation dans une même branche de l'activité humaine. Tribunal civil de la Seine, S 96-2-219 ».

Cependant, Rosny continue à travailler et publie deux ouvrages majeurs : La Science de la Civilisation. Traité d’ethnographie théorique et descriptive en 1900 et Feuilles de Momidzi, Études sur l’histoire de la littérature, les sciences et les arts des Japonais en 1901. Le titre, honorifique, de directeur à l’EPHE qu’il reçoit en 1903 ne l’apaise guère. Il fait don de sa collection d’ouvrages tartares à la bibliothèque de la Sorbonne. Il lègue en 1906 un premier ensemble de ses mille livres chinois et japonais, dont plusieurs ouvrages extraordinaires, à la Bibliothèque municipale de Lille, legs qu’il complète en 1911Procès-verbaux du Conseil municipal de Lille, et ..

En 1907, l’administrateur des Langues Orientales le « met d’office » à la retraite. Rosny perçoit cette décision comme un affront. Sept ans après, le , Léon de Rosny meurt à Fontenay-aux-Roses (Hauts-de-Seine). Il avait rédigé son testament en 1885Document original conservé par la famille., précisant : « Je refuse les prières de toutes les églises. Je crois à une loi rationnelle, logique, immuable et bienfaisante de l’univers, et cette loi, je l’appelle Dieu. C’est à ce Dieu, conscience éternelle du bien que je confie mon âme. » Conformément à une clause précise de son testament, Jeanne son épouse, brûlera tous ses papiers.

Vie privée Une famille élargie d'érudits