Le diocèse de Bondoukou est une juridiction de l’Église catholique romaine en Côte d’Ivoire, dont le siège est à Bondoukou. Il est érigé le par le pape Jean-Paul II par détachement du diocèse d'Abengourou.
Genèse du diocèse
Des tentatives d’implantation de missionnaires Des implantations de missionnaires sont signalées sur le territoire de la future Côte d’Ivoire à Assinie en 1637, puis en 1687 et en 1701. Mais leur présence ne durera que quelques mois ou années, et ne réussira pas à se maintenir. À nouveau, on notera la présence de missionnaires à Grand-Bassam en 1844, puis entre 1850 et 1852. La mort du P. Lairé à Grand-Bassam mettra fin à cette tentative.
1895 : Érection de la Préfecture apostolique de la Côte d’Ivoire L’évangélisation de la Côte d’Ivoire reprend quand le pape Léon XIII érige la Préfecture apostolique de Côte d’Ivoire le et la confie à la Société des Missions Africaines, fondée à Lyon le . Les deux premiers prêtres, les Pères Hamard et Bonhomme, débarquent à Grand-Bassam le . Le territoire du futur diocèse de Bondoukou est compris dans cette Préfecture apostolique.
1902 (janvier à juin) : un voyage de reconnaissance jusqu’à Korhogo Le Préfet apostolique envoie les Pères Bedel et Fer effectuer un voyage de reconnaissance dans le nord du pays pour repérer les localités où il conviendrait d’établir une mission. Le P. Bedel atteint Korhogo le . De Bouaké, les deux prêtres regagnent la côte via Dabakala et Kong. Le P. Bedel a rédigé un compte rendu de cette tournée, dans lequel il note : « À Dabakala, nous apprîmes qu’il ne nous était guère utile de visiter Bondoukou, ville de deux-mille cinq cents habitants, tous musulmans » J. Bedel. « La haute Côte d’Ivoire », Écho des Missions Africaines, novembre-décembre 1902, . .
1911 : Érection de la Préfecture apostolique de Korhogo Le , le pape Pie X érige la moitié nord de la Côte d’Ivoire en Préfecture apostolique. Il en confie la direction au P. Pierre Kernivinen qui va résider à Korhogo P. Trichet. Côte d’Ivoire : les premiers pas d’une Église. Tome 1, 1895-1914. Abidjan, 1994, 171 p., . . Tout le futur diocèse de Bondoukou est compris dans cette nouvelle entité. Les vastes distances expliquent que les Pères (qui ne se déplacent qu’à pied ou à bicyclette) attendront des années avant de se rendre dans les périphéries de leur Préfecture (Odienné et Bouna).
1935 : Ouverture d’une mission à Tanda Diss, Préfet apostolique de Korhogo, vient lancer une mission à Tanda en . Il se rend même à Bondoukou pour y célébrer la messe de minuit de Noël : « C’est pour la toute première fois depuis que Bondoukou existe qu’à ce , Jésus est descendu sur cette terre infortunée, vouée au fétichisme et surtout à l’Islam. Ils étaient bien une soixantaine en tout » Diss. « Nuit de Noël », Le Petit Écho des Missions Africaines, décembre 1935, , et janvier 1936, . Ce Petit Écho est édité par le Noviciat des Frères des Missions Africaines de Vigneulles, dans la Moselle. , probablement des commerçants et des fonctionnaires. Puis il revient aussitôt à Tanda pour y célébrer la messe du jour : « Ne devait-ce pas être, pour Tanda aussi, la toute première messe de Noël dans le pays ? », continue-t-il. En 1935, les Pères Jean Jacoby et Georges Fix viennent s’installer à Tanda et y ouvrent une école. Diss a choisi Tanda parce que la population y est presque entièrement païenne et que le roi des Abron est favorable à la mission P. Trichet. Côte d’Ivoire : les premiers pas d’une Église. Tome 2, 1914-1940. Abidjan, 1995, 304 p., .) . L’école sera faite pendant quelques années par un catéchiste. Mais les autorités (administratives et religieuses) feront pression pour que le niveau des maîtres s’élève et que ceux-ci obtiennent les diplômes exigés (leur salaire sera plus élevé, et l’école touchera des subventions de l’État). Émile Durrheimer, le vicaire apostolique de Katiola (dont dépend alors le territoire qui s’étend de Tanda à Bouna) écrit : « Avec Tanda, Tankessé possède maintenant une école primaire autorisée officiellement et pouvant présenter au CEPE » Durrheimer. Circulaire du octobre 1954, consultable aux Archives des Missions Africaines à Rome, cote . . Tanda fera longtemps office de mission pilote dans l’Est de la Côte d’Ivoire : en 1951, les Sœurs Notre-Dame des Apôtres y ouvriront une maison, la première du Nord-Est ivoirien. Elles sont accueillies officiellement au cours d’une grand’messe à laquelle assistent le roi et son porte-canne, « le Commandant, le docteur de Bondoukou, le chef douanier d’Agnibilékrou » « Aurore de temps nouveaux », in L’Étoile du missionnaire, mai-juin 1952, . C’est le magazine édité par les Sœurs NDA à l’intention de leurs amis et bienfaiteurs. . Entre1969 et 1989, la paroisse de Tanda se montrera très féconde sur le plan des éditions en koulango, grâce à Sem Prandoni et aux Pères Angelo Bianco et Dario Dozio : le catéchisme koulango du P. Jacoby (en 1972), les Quatre Évangiles (en 1989). Et un recueil de chants koulango, mis au point par l’abbé Benoît Kouassi Kouman, un fils du pays Pierre Trichet. « L’Église et les langues africaines : chez les Kulango ». La Nouvelle, , juillet-août 1989, . La Nouvelle est un bimestriel catholique édité à Abidjan. .
1939 : ouverture d’une mission à Transua Le P. Jules Meyer vient se fixer à Transua le . Il trouve sur place quelques jeunes catholiques provenant de la Gold Coast, regroupés autour d’un jeune réparateur de vélos, dénommé Édouard, qui leur enseigne le catéchisme et les chants Dans les souvenirs du P. Meyer présentés dans « An der Grenze der Goldküste », Messager des Missions Africaines, novembre-décembre 1948, . . La population apprécie l’animation qu’apportent les fêtes chrétiennes. Le P. Meyer « savait imprimer aux jours de fête et aux cérémonies chrétiennes un aspect festif auquel les Abron ne restèrent pas indifférents. Les jours de grande solennité, comme Noël et Pâques, la chorale sillonnait les rues du village pour chanter et animer la localité. Des fanfares et des orchestres venaient même du Ghana voisin pour créer et maintenir l’ambiance » J.-P. Eschlimann. Histoire de l’évangélisation du Nord-Est. Diocèse de Bondoukou. Livre imprimé à la paroisse Sainte-Anne de Port-Bouët, février 1995, 477 p., . . L’exemple des Ashanti voisins, chez qui l’Église catholique était bien implantée et active, a pesé en faveur des conversions au christianisme. Le , la paroisse de Transua accueille ses premières Sœurs, de la Providence de Portieux, que Durrheimer en personne vient présenter P. Trichet. Côte d’Ivoire : les premiers pas, op. cit., tome 3 B, . . La paroisse est alors dirigée par le Père Jules Meyer, assisté du Père Alphonse Guérin. En 1980, Sœur Marie-Florence, des Sœurs de la Providence, lancera un dynamique groupe de brodeuses, qui permettra à de nombreuses femmes (dont plusieurs sont paralysées, sourdes-muettes ou handicapées mentales) de gagner leur vie, et même de venir en aide aux gens dans le besoin, grâce à une caisse de solidarité Pierre Trichet. « La broderie, c’est notre café-cacao ». La Nouvelle, , janvier-février 1990, . . En 1989, autour des P. Gabriel Noury et Marcel Provost, les catéchistes ont réfléchi sur la manière de christianiser les coutumes : pour « laver » les filles nubiles, on ne fait plus la prière au génie du marigot, « mais le dimanche suivant, à l’église, devant la communauté, on prie pour que la fille trouve un bon mari. » De même, après un décès, « les cérémonies du huitième jour doivent désormais être fixées un vendredi, jour de repos chez les Abron… Les chrétiens ont pris cette décision, pour laquelle certains païens nous félicitent » Des chrétiens et les coutumes. La Nouvelle, , novembre-décembre 1989, . .
1940 : ouverture d’une mission à Bondoukou Le P. Joseph Pfister vient se fixer à Bondoukou le P. Trichet. Côte d’Ivoire : les premiers pas d’une Église. Tome 3 B : 1940-1960. Abidjan, 1996, 244 p., . . Mais Louis Wach, préfet apostolique de Korhogo, n’érige juridiquement cette mission qu’en 1940. En 1960, les Pères Jean Jacoby et André Fuchs animent une équipe de catéchistes qui va traduire et éditer le petit catéchisme Français-Koulango. C’était une première étape indispensable qui allait permettre bientôt l’apparition de catéchismes faisant la part plus belle à la Bible.
Cette paroisse deviendra la cathédrale Sainte-Odile le , lorsque le pape Jean-Paul II créera cet évêché (voir ci-dessous à cette date). Cette paroisse centrale a vu beaucoup de déshérités venir demander de l’aide : « À la fin des années 1980, la paroisse cathédrale Sainte-Odile s’est dotée d’une équipe Caritas qui veille à la bonne distribution des ressources que l’on collecte auprès des paroissiens », et grâce au dévouement de Sœur Marie-Florence, des Sœurs de la Providence, elle soutient un groupe d’amitié des handicapés moteurs Pierre Trichet, « À Bondoukou, la Caritas est efficace », La Nouvelle, , février-mars 1998, . . L’abbé Benoît Kouassi Kouman présente une recherche qu’il a menée sur la religion traditionnelle des Abron-Koulango : L’idéologie religieuse abron-koulango sous l’influence des religions importées : l’islam et le christianisme. Bondoukou, chez l’auteur, 1990, 257 p Pierre Trichet. "La consultation au dire de ceux qui y recourent". La Nouvelle, , janvier-février 1994, . .
1955: Instauration des diocèses Le , le pape Pie XII instaure des juridictions ecclésiales ordinaires en Afrique. Cette mesure est applicable dans plusieurs territoires francophones d’Afrique de l’Ouest, dont la Côte d’Ivoire : les vicaires apostoliques deviennent des « évêques résidentiels », et les missions deviennent des paroisses.
1963 : le diocèse d’Abengourou est créé Il comprend tout le nord-est du pays jusqu’à Bouna. C’est donc Eugène Abissah Kwaku qui vient, de temps à autre, visiter les paroisses et y donner la confirmation. Lui succèderont Laurent Yapi, puis Bruno Kouamé.
1966 : ouverture de la paroisse Immaculée Conception à Nassian L’érection de Nassian en sous-préfecture, en 1964, provoquera une arrivée importante de fonctionnaires (CIDT, SODEPRA, MOTORAGRI, etc.), dont un bon nombre étaient catholiques. De plus, bien des jeunes Koulango se sont familiarisés avec la foi chrétienne quand ils allaient travailler dans l’arrière-pays de Soubré ou de San Pedro, où ils trouvaient des communautés chrétiennes koulango vivantes J.-P. Eschlimann. Histoire de l’évangélisation du Nord-Est, op. cit. , . . En 1993, le P. Dario Dozio travaille, avec un groupe de chrétiens, à sélectionner, dans les fêtes traditionnelles des éléments (objets ou rites) susceptibles d’être introduits dans la liturgie catholique lors des grandes fêtes. « Nous invitons chaque fois Kouassi, et il nous a toujours fait le plaisir de venir assister à notre fête » « Sept questions au Père Dozio Dario, curé de la paroisse de Nassian » La Nouvelle, , janvier-février 1993, . . En 1993, la JAC (Jeunesse Agricole Catholique) est active à Nassian : « Un groupe de quatorze hommes et onze femmes, pour se constituer une caisse, cultive un champ communautaires et fait des contrats avec des propriétaires qui cherchent de la main d’œuvre. […] Nous veillons à confier à chaque membre des responsabilités : ainsi chacun trouve un intérêt à vivre ici « Nassian. La JAC aide les jeunes chrétiens à s’organiser ». La Nouvelle, , novembre-décembre 1993, . . »
1966 : ouverture de la paroisse Saint Jean-Baptiste à Assuéfry