Le royaume de Bourgogne (ou royaume d'Orléans ou premier royaume de Bourgogne) est un royaume mérovingien (ou Teilreich), puis carolingien, qui a existé de 534 à 843. Issu de la conquête du royaume des Burgondes par les Francs en 534, il s'étendait initialement de Blois au lac de Constance et de Troyes à Arles, avec Orléans comme capitale. Son apogée territoriale se situe entre 587 et 628. Son territoire sera ensuite diminué au puis sous les Carolingiens.

Il disparaît lorsque l'Empire carolingien est partagé entre les fils de Louis le Pieux par le traité de Verdun (843). Le royaume de Bourgogne est alors scindé entre la Francie occidentale et la Francie médiane. La partie occidentale (à l'ouest de la Saône), avec Dijon, Chalon et Auxerre, est à l'origine du duché de Bourgogne, fief du royaume de France à partir de 987 ; la partie orientale est à l'origine de plusieurs entités féodales : le comté de Bourgogne (future Franche-Comté), la Bourgogne transjurane (Suisse occidentale, nord de la Savoie et Val d'Aoste), la Bourgogne cisjurane et le comté de Provence, intégrées au Saint-Empire romain germanique à partir de 1032.

Origine : le royaume des Burgondes

Le royaume des Burgondes (Regnum Burgundionum), que l’on peut considérer comme le premier royaume de Bourgogne, doit son nom au peuple burgonde, venu s’installer en 443 sur les bords du Léman en Sapaudie. Gondebaud (mort en 516) et son fils Sigismond (roi en 516-523) sont les souverains les plus marquants de ce royaume. À son apogée, ce royaume occupa un espace considérable : il trouvait ses limites, au nord à Langres, au midi jusqu'à Cavaillon, et même Marseille entre 484 et 501Marseille a été occupée par les Burgondes de Gondebaud contre , roi des Wisigoths. .. À l’ouest il s'étendait jusqu’à Nevers, et au nord-est jusque sur les bords du lac de Constance. Son existence fut éphémère : de 444 à 534. Les visées franques de , en 500 ou 501, furent poursuivies par ses fils, Clodomir, roi d'Orléans, lors de plusieurs campagnes militaires qui se sont déroulées entre 532 et 534, Childebert, roi de Paris, et Clotaire, roi de Soissons, qui finissent par mettre un terme au Royaume burgonde.

Histoire du royaume de Bourgogne Période mérovingienne

Les Mérovingiens intègrent le Royaume burgonde aux différents royaumes mérovingiens mais lui conservent son individualité et ses lois. Ses frontières sont néanmoins élargies vers 561, puis à nouveau en 567 et 575 enfin en 587 marquant sa période d'apogée jusqu'en 628. Lui sont adjoints : La partie prise à la Neustrie qui deviendra la Bourgogne neustrienne : la future province de l'Orléanais le Senonais (Sens) L'Auxerrois Paris et l'actuel département de l'Essonne Les 2/3 sud de l'actuel département de la Seine-et-Marne

Ce qui deviendra la Champagne bourguignonne la majeure partie de l'actuel département de l'Aube avec Troyes et Brienne-le-Château Le sud-ouest de l'actuel département de la Marne avec Sézanne

L'ancien territoire des bituriges : les actuels départements du Cher et de l'Indre la moitié ouest du Bourbonnais

L'ancien territoire burgonde en: vallée d'Aoste Val de Suse

La Provence est également ajoutée depuis 536 mais initialement sans le secteur d'Aix-en-Provence, dévolue à Sigebert.

alt=Regnum Francorum divisé au VIIe siècle|vignette|Regnum Francorum divisé au |gauche

La Burgondie apparaît toujours comme une entité géopolitique, au même titre que la Neustrie et l'Austrasie, les Mérovingiens y installent un roi dont les plus connus furent Gontran et Dagobert. Si la capitale du royaume demeure à Orléans jusqu'au début du VIIIe siècle, c’est à Chalon-sur-Saône, mieux située, que Gontran et les souverains suivants résideront le plus souvent. Il y réunit plusieurs conciles et fait ériger en 577 à Saint-Marcel une basilique et un monastère. Mais en 613, après la capture et la mise à mort à Renève de la reine Brunehaut, il n'y a plus de roi résidant en Bourgogne. Le roi de Neustrie réunit la Bourgogne à ses États. La Bourgogne va commencer à perdre les territoires récemment accumulés. En 631 l'ancien territoire biturige retourne à l'Aquitaine. En 687, au lendemain de la bataille de Tertry, le royaume de Bourgogne-Neustrie disparaît à son tour. Le vainqueur, l'Austrasien Pépin de Herstal, fait l'unité des royaumes francs. En 751, le règne des Mérovingiens s'achève et Pépin le Bref, couronné roi des Francs, ouvre l'ère des souverains carolingiens.

La reine Brunehaut et l'évêque d'Autun Léger ont été les personnages bourguignons les plus marquants des temps mérovingiens.

Période carolingienne Le royaume de Bourgogne cesse d'apparaître en tant que réalité géopolitique avec les Carolingiens. L'héritage des Burgondes et notamment la loi Gombette, qui avait survécu jusque-là, va bientôt disparaître. Le vaste territoire de l’ancien regnum Burgundiæ est réparti par Charles Martel en quatre commandements, ayant chacun son gouverneur :gauche|vignette|Le Royaume de Bourgogne sous les carolingiens une Bourgogne provençale ou Arlesienne, (Provence, Vivarais, actuelles Drôme, Hautes-Alpes, ainsi qu'une une partie de l'Isère (sud) et du Gard (est)) une Bourgogne cisjurane ou viennoise, (du Forez au Briançonnais) une Bourgogne transjurane (de l'actuelle Haute-Savoie au comté de Bourgogne) une Bourgogne franque .. (de Moulins à Troyes, futur duché de Bourgogne)

Elle perd ensuite au cours de la première moitié du presque toutes les provinces qui lui avaient été ajoutées : le centre de la France (équivalent de l'actuel Orléanais et le sud de l'Ile de France) ainsi que la Bourgogne alémanique, le centre nord de l'actuelle Suisse germanophone. Pour cette dernière, la date exacte reste inconnue, elle se situerait entre la fin du VIe siècle et le VIIIe siècle. La Provence va entrer et sortir plusieurs fois du royaume à différentes époques. La Bourgogne retrouve presque, ses frontières du temps des Burgondes. Des ajouts du VIe siècle, seuls les secteurs de Troyes et de Sens restent encore bourguignons et seront appelés jusqu'au Xe siècle : la Champagne bourguignonne.

Certains textes de cette époque parlent encore de Burgundia ou de regnum Burgundiæ, mais ces appellations n'ont plus qu'un simple caractère géographique. L'œuvre des Carolingiens, marquée par une forte centralisation, a consisté à mettre en place des comtés bourguignons, qui sont des nouvelles circonscriptions administratives, appelées aussi pagi, calquées sur les anciennes civitates gallo-romaines. À la tête de ces comtés, un comte, dépendant directement du palais, l'égal de son voisin. Les grands de Bourgogne réfractaires à toute autorité centralisée, sont « mis au pas » et réduits à l'obéissance.

Mais la dynastie carolingienne porte en elle les germes de sa destruction. Les partages successifs du royaume entre les héritiers détruisent l'unité de la monarchie que Charlemagne et ses aïeux avaient construite. Les compétitions et les rivalités, faisant le lit de la féodalité, vont permettre l'émergence de dynasties comtales avides de se pousser au premier plan.

Le traité de Verdun : la fin du royaume de Bourgogne thumb|Division de la Bourgogne lors du traité de Verdun de 843

Le traité de Verdun met fin à l'unité de l'empire de Charlemagne et achève l'existence de ce premier royaume de Bourgogne. La mutilation que le traité fait subir à la Bourgogne donne naissance, à l’ouest de la Saône, à la Bourgogne franque qui va aboutir au duché de Bourgogne, et à l’est et au sud de cette rivière, à une Bourgogne impériale, lot de l’empereur Lothaire.

Evolution du territoire bourguignon gauche|vignette|Bourgogne franque et les royaumes de Haute et de Basse Bourgogne Les décennies suivantes sont marquées par les raids vikings au nord de la Francie, et sarrasins au sud, favorisant l’autonomie des provinces qui deviennent des principautés féodales héréditaires.

Au , la Bourgogne impériale va se scinder en deux et voit naître, en son sein, deux royaumes : le premier, au sud, de la vallée du Rhône aux rives de la Méditerranée, qui prend le nom de « royaume de Basse-Bourgogne » appelé aussi « royaume de Provence » ; le second, appelé « royaume de Haute-Bourgogne », initialement en Helvétie (en Transjurane, au-delà des monts du Jura), intègre rapidement d'autres domaines, comme le comté de Bourgogne et une partie des actuelles Savoie et vallée d’AosteCes terres correspondent approximativement aux terres comtoises..

Vers 933, sous le règne de , roi de Bourgogne transjurane, les deux royaumes s'unissent. Le royaume ainsi formé prend le nom de « Second royaume de Bourgogne », ou « Royaume d'Arles » et se place sous la suzeraineté des souverains germaniques à partir de 1032.

La Bourgogne Franque, quant à elle, deviendra le duché de Bourgogne au début du .

Institutions Divisions territoriales

Tentatives de recréation d'un royaume de Bourgogne

La tentative de Boson de Provence (879)

vignette|Royaume de Bourgogne reconstitué par Boson en 879-880 Une assemblée de notables et de prélats réunis à Mantaille élit Boson de Provence comme roi de Bourgogne, le . Beau-frère de et gendre de d'Italie, il est comte d'Autun, de Chalon-sur-Saône, de Mâcon, de Lyon et de Bourges, exerçant les fonctions ducales dans le Lyonnais et le Viennois, en Provence et en Italie. Le couronnement du bivinide Boson est à l'origine du royaume de Provence. Son« royaume de bourgogne cisjurane», appelé aussi « royaume de Provence » s’étend du nord de Langres jusqu’aux rives de la Méditerranée au sud, et déborde sur l’Helvétie (pays de Vaud) et l'Italie (Suse dépendait du diocèse de Maurienne ainsi qu'Aoste relevait de l'archidiocèse de Tarentaise). Boson prend Vienne pour capitale et se dote d’une chancellerie dirigée par Adalgaire, l’abbé de Flavigny« Le haut Moyen Âge » dans Bourgogne, (textes rédigés avec la collaboration de Julie Roux), éditions MSN, 2002, , ..

En , pour lutter contre Boson de Provence qu'ils considèrent comme un séditieux et un usurpateur, les fils de Louis le Bègue, et son frère , accordent, par la signature du traité de Ribemont, la totalité de la Lotharingie à leur grand-cousin de Germanie en échange de sa neutralité dans le conflit. La même année, la coalition carolingienne formée contre Boson remporte une victoire à la bataille d'Attigny mais échoue à prendre Vienne. Cependant, dès (prise et destruction de Vienne), Boson semble perdre une grande partie de son pouvoir et tous les territoires situés au nord du Lyonnais (Bourgogne franque et Bourgogne Transjurane). Le rêve de reconstituer un royaume de Bourgogne est brisé.

La tentative de Charles le Téméraire (1473) vignette|Les états bourguignons sous Charles le Téméraire En novembre 1471, Charles le Téméraire se déclare affranchi de la suzeraineté du roi de France. De cette volonté de ne plus être le vassal même théorique de deux souverains européens, le roi de France et l'empereur du Saint-Empire romain germanique. Charles reprit donc à son compte le projet de son père de ceindre une couronne royale. Mais alors que celui-ci se fondait sur le souvenir du royaume carolingien de Lotharingie, Charles se réfère davantage aux différents royaumes de Bourgogne : des Burgondes, des Mérovingiens, des Bivinides et des Welfs. Si l'existence du royaume de Lotharingie entre 855 et 900 avait été oubliée, le souvenir des différents royaumes de Bourgogne était encore présent et il avait l'avantage de rappeler par son nom le titre principal des détenteurs des États bourguignons.