Franz Josef Strauss (de l'allemand Prononciation en haut allemand (allemand standard) retranscrite selon la norme API.), né le à Munich et mort le à Ratisbonne, est un homme politique allemand membre de l'Union chrétienne-sociale en Bavière (CSU).

Durant la Seconde Guerre mondiale, il sert dans l'artillerie et plus particulièrement la défense anti-aérienne. De simple soldat, il progresse jusqu'à devenir officier politique.

En 1946, il participe à la fondation de la CSU, dont il défend le caractère multi-confessionnel et fédéraliste, par opposition aux monarchistes. En 1948, il est nommé secrétaire général de la formation par Josef Müller et entre au Bundestag un an plus tard. Grâce à son charisme et son éloquence, il devient rapidement une incontournable figure du parti, dont il est élu président en 1961.

Institutionnellement, sa carrière de premier plan débute en 1953, quand Konrad Adenauer le nomme comme l'un de ses quatre ministres fédéraux sans portefeuille dans sa coalition noire-jaune. Il prend deux ans plus tard la tête du ministère fédéral des Questions nucléaires, nouvellement créé, avant d'être choisi en 1956 comme ministre fédéral de la Défense, un poste où il s'illustre par sa volonté de doter l'armée fédérale, dont il assure la mise en place, de l'arme nucléaire ainsi que par une importante controverse qui deviendra l'affaire du Spiegel, qui le conduit à la démission et à une mésentente réciproque et durable avec les libéraux du FDP.

En 1966, il est désigné ministre fédéral des Finances de la grande coalition que constitue le nouveau chancelier chrétien-démocrate Kurt Georg Kiesinger avec les sociaux-démocrates de Willy Brandt. Son duo avec le ministre fédéral de l'Économie Karl Schiller est considéré comme le principal responsable des réussites économiques du gouvernement. Il quitte le pouvoir en 1969, à la suite de la formation d'une coalition sociale-libérale par Brandt, à laquelle il s'oppose farouchement au sujet de la politique de dialogue avec l'Allemagne de l'Est.

Il est investi, en 1978, ministre-président de Bavière, puis candidat à la chancellerie de l'union CDU/CSU en 1980, au détriment d'Ernst Albrecht. Il mène une campagne très dure contre Helmut Schmidt, mais ses orientations conservatrices et profondément antisocialistes cristallisent les électorats social-démocrate et libéral, ce qui conduit à une nette défaite des conservateurs. En 1982, il décide de ne pas entrer dans le premier gouvernement d'Helmut Kohl, formé après un renversement d'alliance des libéraux, auxquels il reste opposé.

Il entreprend peu après un véritable retournement politique en décidant de faire accorder un prêt au régime est-allemand par la banque publique régionale. Candidat à sa succession aux régionales de 1982 et 1986, il conserve à chaque fois la majorité absolue conquise par la CSU au Landtag de Bavière en 1962.

Surnommé « le taureau de Bavière », il meurt en 1988 des suites d'une crise cardiaque, à l'âge de 73 ans.

Éléments personnels Jeunesse, formation et carrière Il passe son Abitur en 1935 à Munich, puis intègre l'université de la ville grâce à une bourse d'études, afin d'y étudier, jusqu'en 1939, le latin, le grec ancien et l'histoire dans le but de devenir enseignant. En 1937, il rejoint le corps des motocyclistes nationaux-socialistes (NSKK), et fait partie, au cours de ses études supérieures, de la fraternité étudiante catholique Tuiksonia. Pendant son temps libre, il pratique beaucoup le cyclisme.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, il profite d'une permission en 1941, et passe son examen pédagogique d'État et l'obtient, ce qui fait de lui un professeur de l'enseignement secondaire. Entre 1943 et 1944, il est affecté dans une école secondaire pour garçons de Munich.

À l'issue du conflit, il travaille comme traducteur auprès des Forces armées des États-Unis désormais stationnées en Allemagne.

Seconde Guerre mondiale Le , il est enrôlé dans la Wehrmacht à Landsberg am Lech, puis envoyé à Trèves pour servir dans la deuxième division du d'artillerie. Il prend ensuite part à la bataille de France, puis il est démobilisé afin d'achever ses études supérieures. Revenu en 1941, il participe à l'offensive lancée contre l'Union soviétique. À ce titre, il est témoin du massacre d'Allemands par le NKVD soviétique à Lviv, ainsi que de Juifs soviétiques par les Einsatzgruppen, une expérience dont il dit avoir été beaucoup affecté.

De nouveau démobilisé entre 1943 et 1944, il revient ensuite dans l'armée avec le grade de lieutenant à l'école d'artillerie antiaérienne (Flak-Artillerie-Schule IV) d'Altenstadt pour occuper les fonctions d'« officier pour guidance spirituelle militaire » (Offizier für wehrgeistige Führung). . Plus tard, il dénonça aux autorités américaines comme nazi Hans Hellmut Kirst, son successeur à la direction de cette école, pourtant très critique vis-à-vis de ce qu'il avait vécu pendant la guerre. Il fut président du tribunal qui le jugea et le condamna à l'interdiction de publication pour une durée de deux ans. Plus tard, une vive polémique opposera les deux hommes lors du débat sur la remilitarisation de l'Allemagne (cf. 08/15 (roman)).

Vie privée Il est le fils de Franz Josef Strauss, un boucher ayant appartenu au Parti populaire bavarois (Bayerische Volkspartei ou BVP), décédé en 1949, et de son épouse Walburga, morte en 1962. Tous deux nés en Bavière, ils vivent à Munich depuis 1904. La famille affiche des convictions monarchiste, anti-prussiennes et sécessionnistes, à l'instar du BVP.

Franz Josef Strauss épouse en 1957 Marianne Zwicknagl, une économiste de vingt-sept ans avec qui il a trois enfants : Max, né en 1959, Franz Georg, venu au monde deux ans plus tard, et Monika, en 1962, députée européenne et ancienne ministre de l'Enseignement de Bavière. Marianne Strauss est morte en 1984 dans un accident de la route.

Le , il meurt des suites d'une crise cardiaque dont il a été victime quelques jours plus tôt lors d'une partie de chasse.

Carrière politique Au sein de la CSU droite|thumb|F. J. Strauss discutant avec le ministre-président de la Basse-Saxe, Ernst Albrecht (gauche) et le maire-gouverneur de Berlin-Ouest, Eberhard Diepgen, au congrès de la CDU en 1986 à Mayence.

Il participe en 1946 à la fondation de l'Union chrétienne-sociale en Bavière (CSU), et fait alors partie de son courant dit « progressiste », c'est-à-dire favorable à la libre entreprise, à un parti multi-confessionnel et à l'acceptation de l'Allemagne fédérale, par opposition aux monarchistes catholiques du président, Josef Müller. Grâce à son charisme et son éloquence, son influence au sein du parti se fait grandissante, au point que l'aile la plus conservatrice quitte la CSU et rejoint le Parti bavarois (BP).

Le , Müller, membre de l'aile conservatrice et monarchiste, le nomme secrétaire général de la CSU, poste dont il est le premier titulaire. Reconduit l'année suivante avec l'arrivée au pouvoir de Hans Ehard, il quitte ce poste en 1953 pour devenir vice-président de la formation sous les présidences d'Erhard et de son successeur, Hanns Seidel, contre qui il s'est présenté au congrès de 1955.

L'ascension de Franz Josef Strauss au sein de l'appareil de la CSU connaît son apogée le , lorsqu'il en est élu président. Il est régulièrement réélu avec des majorités d'environ 90 % des suffrages des délégués et occupe ce poste durant vingt-sept ans, jusqu'au , jour de son décès. Cette exceptionnelle longévité, comparable à celle de Willy Brandt à la tête du Parti social-démocrate d'Allemagne (SPD), fait de lui une figure tutélaire et incontournable du parti dominant de la scène politique bavaroise, dont il est perçu comme le principal idéologue.

Le quatrième parti À la suite des élections fédérales de 1976, perdues par la CDU/CSU du fait du mauvais résultat de la formation chrétienne-démocrate et malgré l'excellent score de leurs alliés chrétiens-sociaux, les députés fédéraux de la CSU décident de former un groupe parlementaire séparé de la CDU, prélude à l'implantation fédérale du parti. Strauss voit en effet dans cette stratégie le meilleur moyen pour les conservateurs de revenir au pouvoir sans s'allier au FDP. Devant la menace non voilée d'Helmut Kohl de créer une fédération CDU en Bavière, ce qui remettrait en cause l'hégémonie de son parti frère, le président de la CSU préfère renoncer et annule la décision de scission parlementaire.

Débuts institutionnels Peu après la fin de la Seconde Guerre mondiale, il est choisi comme préfet adjoint de l'arrondissement de Schongau le par les autorités américaines d'occupation de la Bavière, puis nommé préfet le . Il intègre deux ans plus tard le conseil économique de la Bizone, prélude à sa carrière parlementaire.

Député fédéral Élu député de la circonscription de Weilheim aux élections fédérales de 1949, il siège sans discontinuer au Bundestag jusqu'au , puis revient quelques jours au mois de . Il fait ainsi partie, avec Ludwig Erhard, Gerhard Schröder ou encore Herbert Wehner, des dix députés fédéraux à avoir siéger de manière continue pendant les vingt-cinq premières années de la RFA. Il est en outre un orateur très doué et ses duels avec le président du groupe social-démocrate (SPD) Herbert Wehner restent légendaires.

Au cours de son premier mandat de quatre ans, il préside la commission parlementaire de la Protection de l'enfance, puis celle des Questions de sécurité européenne à compter du , ainsi que le groupement régional de la CSU. Cette même année, il fait partie des trente-quatre députés fédéraux de la CDU/CSU, avec Theodor Blank, Kurt Georg Kiesinger, Heinrich von Brentano ou encore Paul Lücke, à signer une déclaration demandant l'instauration du scrutin uninominal majoritaire à un tour pour l'élection du Bundestag, ce qui met en péril la coalition noire-jaune alors au pouvoir.

En tant que membre du Bundestag, il a siégé à l'Assemblée de la CECA de 1952 à 1956 comme représentant de l'Allemagne de l'Ouest.

Ministre fédéral Le , Franz Josef Strauss est nommé ministre fédéral avec attributions spéciales dans le deuxième gouvernement de Konrad Adenauer, impressionné par l'intervention de Strauss lors d'un débat parlementaire sur la défense organisé le au Bundestag Franz Josef Strauss, le taureau de Bavière, est mort, Le Soir, le .

Ministre fédéral des Questions nucléaires (1955 - 1956)

left|thumb|150px|F. J. Strauss (gauche) et le commissaire parlementaire aux forces armées, en 1959.

Après avoir abandonné ce poste sans attributions le , il est désigné huit jours plus tard ministre fédéral des Questions nucléaires. Le premier « ministre atomique » favorise alors la recherche et l'utilisation de l'énergie nucléaire à des fins pacifiques, et annonce alors que son but est de faire de l'Allemagne de l'Ouest la première puissance nucléaire civile d'ici à 1970. Il se montre en outre favorable à ce que des entreprises privées construisent, possèdent et gèrent des centrales nucléaires, afin d'assurer un développement rapide la filière. Dans cette optique, il se prononce pour une faible réglementation étatique et la mise en place d'un régime spécifique de responsabilité en cas d'accident nucléaire.

En 1956, il présente un projet de loi « relatif à la production et à l'utilisation de l'énergie nucléaire ». Ce texte n'est adopté que quatre ans plus tard mais reste la première loi introduite en Allemagne de l’Ouest sur l'énergie nucléaire.

Ministre fédéral de la Défense (1956 - 1962)