La Pivoine arbustive, Pivoine en arbre ou Pivoine moutan (Paeonia x suffruticosa) est un arbuste de la famille des Paeoniaceae, originaire du centre de la Chine. Espèce à longue durée de vie, de de haut, la pivoine arbustive produit des fleurs solitaires, de 10 à de diamètre, aux pétales blancs, roses, rouges ou pourpres.

Elle est bien connue comme plante ornementale puisqu’elle est cultivée depuis environ en Chine et depuis deux siècles en Europe mais sa forme sauvage est restée longtemps très énigmatique et l'objet de recherches intenses. Diverses études phylogénétiques ont conclu que Paeonia suffruticosa était un complexe hybride résultant d’hybridations multiples (noté Paeonia x suffruticosa).

Depuis que la pivoine arbustive a été domestiquée en Chine, vers les s, plus de cultivars ont été sélectionnés dans sa patrie d'origine. Introduites au Japon à partir du , environ 200 cultivars y ont été sélectionnés. Elle arrive ensuite en Europe au , et aux États-Unis et Australie, où cultivars ont été sélectionnés.

L’écorce de la racine est utilisée en médecine traditionnelle chinoise. Elle est réputée .

Le terme pivoine arbustive (ou pivoine arborescente) peut désigner soit une plante du complexe Paeonia suffruticosa soit, par opposition aux pivoines herbacées, une plante de la section Moutan, comprenant une douzaine d’espèces (Paeonia decomposita, P. rotundiloba, P. jishanensis, etc., P. delavayi, voir ci-dessous) et leurs hybrides. Nomenclature et étymologie

L’espèce a été la première fois décrite sous le nom de Paeonia suffruticosa, par un botaniste et illustrateur britannique Andrews, en 1804, dans Botanist's Repository, for new, and rare plants 6: pl. 373. La description a été faite à partir de spécimens cultivés en Chine qui furent introduits en Grande Bretagne, en 1794.

Le nom de genre Paeonia vient du mot latin pæōnĭa, æ, f., « pivoine » [plante] : Pline 25, 29. (Gaffiot). Le mot latin vient lui-même du grec ancien παιωνία (paiônia), ας (ἡ) « pivoine », Théophraste H.P. 9, 8, 6 (Bailly).

L’épithète spécifique suffruticosa est un mot latin dérivé du préfixe sub- « sous, presque » et de frŭtĭcōsus, a, um (frutex), « plein de rejetons » Pline 25, 161 (gaffiot.fr) soit au total « un peu buissonnant ». Taxonomie et phylogénie En 1943, Stern a divisé le genre Paeonia en trois groupes : 1) sect. Onaepia, comprenant toutes les pivoines herbacées du Nouveau Monde ; 2) sect. Moutan, incluant toutes les pivoines ligneuses, situées toutes en Chine ; 3) sect. Paeon (= Paeonia), comprenant toutes les pivoines herbacées de l'Ancien Monde. Les études faites dans des années 1979-2011, sur les ressources génétiques des espèces de Paeonia, sont résumées par Yong Yang et al, dans le tableau ci-dessous:

Taxonomie, espèces de Paeonia et leur nombre de chromosomesSection Sous-section Espèce et nombre chromosomesI. Onaepia P. brownii Douglas ex Hook (2n=10), P. californica Nutt. ex Torr. & A Dray (2n=10) II. Moutan Vaginatae P. decomposita Hand.-Mazz. (2n=10), P. rotundiloba (D. Y. Hong) D. Y. Hong (2n=10), P. jishanensis T. Hong & W. Z. Zhao (2n=10), P. ostii T. Hong & J. X. Zhang (2n=10), P. qiui Y. L. Pei & D. Y. Hong (2n=10), P. rockii subsp. atava (Brühl) D. Y. Hong & K. Y. Pan (2n=10), P. rockii subsp. rockii (S. G. Haw & L. A. Lauener) T. Hong & J. J. Li ex D. Y. Hong (2n=10), P. × baokangensis Z. L. Dai & T. Hong (2n=10), P. × yananensis T. Hong & M. R. Li (2n=10), P. × suffruticosa Andrews (2n=10) Delavayanae P. delavayi Franch., P. lutea Delavay ex Franch. (2n=10), P. potaninii Kom. (2n=10), P. ludlowii (Stern & G. Taylor) D. Y. Hong (2n=10) III. Paeonia Albiflorae P. anomala (2n=10), P. veitchii Lynch (2n=10), P. emodi Wall. ex Royle (2n=10 or 20), P. lactiflora Pall. (2n=10), P. sterniana H. R. Fletcher (2n=10) Foliatae P. algeriensis, P. broteri Boiss. & Reut. (2n=10 ou 20), P. mascula subsp. mascula Stearn & Davis (2n=20), etc. Paeonia P. arietina G. Anderson (2n=20), ... , P. officinalis subsp. officinalis L. (2n=20), P. × saundersii Stebbins (2n=10) Toutes les espèces de Moutan la prononciation française mou-tanne de la romanisation Moutan, correspond au Hanyu pinyin Mudan, forme officielle en Chine, sont des arbustes ou arbrisseaux endémiques de Chine (Yunnan, Tibet), avec 2n=10. L'origine de la première espèce de pivoine arbustive signalée, P. suffruticosa, est un sujet de débat. Selon certains chercheurs, il s'agit d'un hybride formé par hybridation répétée entre plusieurs espèces de la section Moutan, basée sur des marqueurs à la fois morphologiques et ADN (ADLP et RAPD).

De l’étude phylogénétique des gènes des chloroplastes et des noyaux des cultivars et des espèces sauvages de la section Moutan, Zhou et al (2014) ont conclu que Paeonia rockii, Paeonia qiui, Paeonia ostii, Paeonia jishanensis et Paeonia cathayana ont participé à la formation des Paeonia × suffruticosa. L’étude de Chen et al, 2023, indique que neuf accessions de P. suffruticosa ont été divisées en deux groupes d'origines maternelles différentes, suggérant que P. suffruticosa est un complexe hybride résultant d'hybridations multiples.

D'autres, cependant, ont fait valoir que P. suffruticosa n'est pas un hybride mais plutôt une variante cultivée de P. cathayana.

vignette|upright=0.7|Paeonia suffruticosa. La pivoine arbustive sauvage a peut-être été domestiquée en Chine pendant les dynasties Wei et JinCao Wei 曹魏 royaume de Wei qui a duré de 220 à 265 et dynastie Jin (265-420) (220-420). Actuellement, il existe plus de cultivars de pivoines arbustives en Chine, produisant des fleurs blanches, roses, rouges, violettes, noires, violettes et multicolores avec des types de fleurs simples, demi-doubles et autres.

Les cultivars de pivoines arbustives ont été introduits au Japon à partir du et en grande partie au . Environ 200 cultivars de pivoines arbustives ont été sélectionnés au Japon.

La plupart des premiers cultivars de pivoines arbustives en Europe ont été domestiquées à partir de pivoines arbustives chinoises. Le père Jean-Marie Delavay, grand collecteur de nouvelles espèces de plantes en Chine, collecta entre autres les deux espèces de Moutan, Paeonia delavayi et Paeonia lutea, à la fin du dans le Yunnan qui furent introduites en Europe et en Amérique du Nord. Une série de cultivars ont été sélectionnés en croisant ces deux espèces sauvages avec P . × suffruticosa en France et aux USA. Il existe plus de 1 000 cultivars, principalement aux États-Unis, en Europe et en Australie. Au Japon, les sélectionneurs ont réussi à hybrider la pivoine herbacée avec la pivoine arbustive, largement développée par les sélectionneurs américains. La combinaison P. lactiflora (♀) × pivoine hybride Lutea (♂) est la combinaison la plus réussie dans les croisements intersectionnels de Paeonia. Synonymes

Selon POWO, Paeonia x suffruticosa Andrews est l’hybride Paeonia jishanensis x P. rockii. Le nom Paeonia x suffruticosa est accepté et possède 33 synonymes dont Paeonia × arborea C.C.Gmel. in Hortus Carlsruh.: 192 (1811) Paeonia × arborea var. papaveracea (Andrews) C.K.Schneid. in Ill. Handb. Laubholzk. 1: 180 (1904) Paeonia × chinensis Oken in Allg. Naturgesch. 3(2): 1164 (1841) Paeonia × fruticosa Dum.Cours. in Bot. Cult., ed. 2, 4: 462 (1811) Paeonia × moutan Sims in Bot. Mag. 29: t. 1154 (1808) ... Paeonia × yunnanensis W.P.Fang in Acta Phytotax. Sin. 7: 318 (1958)

Historique des dénominations

Les Chinois désignent les pivoines arbustives au sens large par 牡丹 mǔdān, le premier caractère 牡 mǔ signifie « mâle, viril », le second caractère 丹 dān signifie « cinabre », un minéral rouge vif traditionnellement utilisé en médecine chinoise et dans la peinture. D’après Su Gong (), 肉白皮丹rou bai, pi dan. Ce qui peut paraître étrange, étant donné que l’écorce est plutôt brune pour un œil contemporain.

Le terme de mǔdān apparaît la première fois dans un texte interpolé à l’époque des Han (-206, +220), le Ji Ni Zi 計倪子. Ce n’est qu’à l’époque des Sui (581-618) que le terme de 牡丹 mǔdān a été fermement attaché à la pivoine arbustive et celui de 芍药 sháoyào à la pivoine herbacée. Au (fin des Ming), Wang Xiangjin donne une description détaillée des variétés de pivoines dans son ouvrage d'horticulture Qun fang pu 群芳谱. À la suite des descriptions botaniques modernes des et sont apparues des spécifications de mǔdān propres à chaque binôme latin : par exemple 滇牡丹 diānmǔdān, pour Paeonia delavayi (avec 滇 dian, une abréviation pour la province du Yunnan).

Les premières pivoines arborescentes arrivées en Europe furent envoyées de Canton, en 1787, par Alexander Duncan, un chirurgien de la East India Company, au naturaliste britannique, Joseph Banks. Un cultivar aux fleurs doubles, de couleur magenta, fut planté aux jardins de Kew (au sud-ouest de Londres) en 1789 et un autre cultivar, aux fleurs blanches, teintées de rose, fut installé dans les jardins de la famille Duncan près d’Arbroath (en Écosse) où il aurait demeuré jusqu’à une époque récente.

La première description scientifique d’une pivoine arborescente fut faite par Henry Cranke Andrews en 1804 à partir de ces cultivars envoyés en Angleterre, sous le nom de Paeonia suffruticosa Andr. Mais aucune description du type sauvage ne fut donnée.

Ce n’est qu’au que la recherche de plants sauvages de P. suffruticosa fut entreprise en Chine. En 1910, William Purdom trouva dans le Shaanxi, une petite pivoine arborescente aux folioles trilobées et aux fleurs roses que Rehder considéra en 1920 comme la forme sauvage et décrivit en conséquence sous le nom de P. suffruticosa var spontanea.

À partir des années 1990, un groupe de chercheurs chinois entreprit de réviser la taxonomie des Paeoniaceae. En 1998, Hong Deyuan et Pan Kaiyu après de multiples études de terrain dans les régions d’origine du groupe des pivoines arbustives (Shanxi, Henan, Shaanxi, Hubei) considérèrent que la forme sauvage devait être fondée sur une plante trouvée accrochée à une falaise, dans les monts Yinping, 银屏山, dans la province de l’Anhui et une autre trouvée dans le district de Song, au Henan. En conséquence de quoi, ils considérèrent avec leurs collaborateurs Hong que la forme sauvage de P. suffruticosa était P. suffruticosa subsp. yinpingmudan. Hong, Pan & Xie (银屏牡丹 yinping mudan).

(Hong D., Pan K., 2005).