Le Mittani (ou Mitanni), aussi appelé pays des Hourrites et Hanigalbat, est un royaume antique du Nord du Proche-Orient. Son centre est situé dans le Nord-Est de la Syrie actuelle, dans le triangle du Khabour, à peu près entre le et le avant notre ère. Il est peuplé en majorité de Hourrites.

Les origines de ce royaume sont obscures, faute de documentation. À son apogée, dans la seconde moitié du , il contrôle un vaste espace allant de la mer Méditerranée jusqu'au Zagros. Dominant de riches royautés, notamment en Syrie (Alep, Ougarit, Karkemish, Qatna, etc.), il rivalise avec les autres grandes puissances du Moyen-Orient de la période, les Égyptiens et les Hittites.

L'organisation politique de cet État reste très mal connue, de même que ses aspects sociaux et culturels, car peu de sources provenant des sites qu'il dominait sont connues. Ses capitales, Washshukanni et Taidu, ne sont pas localisées avec certitude. Il est essentiellement attesté par des sources extérieures, et la reconstruction de son histoire est lacunaire.

Dans la seconde moitié du , des troubles dynastiques et des conflits avec les Hittites et les Assyriens provoquent son déclin, sa division et sa mise en vassalité. Ses territoires sont annexés par l'Assyrie avant le milieu du

Noms

Le royaume du Mittani était appelé de différentes manières selon les pays. Les rois du Mittani eux-mêmes emploient dans leurs textes plusieurs noms : Mittani, Hanigalbat et Hurri.

Le nom Mittani est un mot hourrite, la langue dominante du royaume et celle de son élite dirigeante. Il était auparavant orthographié Mitanni, mais les progrès des travaux linguistiques sur le hourrite, en particulier ceux de G. Wilhelm, ont montré que la lecture avec un double -t- et un seul -n- (suffixe hourrite -ni) était sans doute la plus juste. Ce terme désigne le royaume et non sa population. Il semble dérivé d'un nom de personne, Maitta, qui pourrait être l'ancêtre de la dynastie régnante (ce qui est impossible à confirmer car aucun roi de ce nom n'est connu).

Le royaume est aussi dénommé « pays des Hourrites » (Ḫurri) et son souverain « rois des Hourrites », en référence à sa population principale. Le nom Hanigalbat (forme ancienne Ḫabingalbat) sert aussi à le désigner, notamment dans les textes de Nuzi et d'Assyrie. Il a une signification géographique, puisqu'il désigne les régions constituant le cœur du royaume, dans le triangle du Khabur (une région formée par la rivière du même nom et ses affluents). Il est attesté avant l'émergence du royaume hourrite après sa chute. Naharina est un autre terme géographique, d'origine ouest-sémitique, qui fait référence aux rivières du pays. C'est le nom privilégié par les Égyptiens pour désigner le royaume.

Sources

vignette|Tablette scellée retrouvée à Alalakh rapportant un cas juridique présenté par le souverain local Niqmepa devant le roi Shaushtatar du Mittani, British Museum.

Les sites archéologiques témoignant de la période du Mittani sont peu nombreux, surtout parce que peu de niveaux archéologiques de cette période ont été mis au jour, en dépit de l'essor de l'archéologie syrienne jusqu'au début des années 2010 pour une synthèse sur les découvertes archéologiques concernant la Syrie de l'Âge du Bronze récent avant sa date de publication. M. Novák, « Upper Mesopotamia in the Mittani Period », dans W. Orthmann, P. Matthiae et M. al-Maqdissi (dir.), Archéologie et Histoire de la Syrie : La Syrie de l’époque néolithique à l’âge du fer, Wiesbaden, 2013, pour une tentative d'analyse de la documentation disponible en Haute Mésopotamie à l'époque du Mittani..

L'étude du Mittani souffre surtout du fait que sa région centrale est mal connue, puisque aucun lot notable de tablettes cunéiformes n'y a été mis au jour et que la documentation est surtout architecturale et artistique.. La principale capitale du royaume, Washshukanni, est généralement identifiée au site de Tell Fekherye, sans preuve déterminante toutefois, notamment parce que le site n'a pas livré d'archive de la période. Pour Taidu, la capitale tardive, on a proposé de la localiser à Tell al-Hamidiya, où une architecture monumentale est connue, avec sa vaste terrasse palatiale (un centre du pouvoir royal ?), aussi une cinquantaine de tablettes administratives rédigées en akkadien, fortement mâtiné de hourrite comme souvent à cette période K. Kessler, « Neue Tontafelfunde aus dem mitannizeitlichen Taidu – Ein Vorbericht », dans D. Bonatz (dir.), The Archaeology of Political Spaces: The Upper Mesopotamian Piedmont in the Second Millennium BC, Berlin et Boston, 2014, .. Parmi les autres sites de la région centrale, Tell Brak (Nawar) a livré des restes artistiques et architecturaux (un palais et un petit temple) ont été mis au jour ainsi que quelques tablettes de la période témoignant de la présence d'une administration sur place, et même des rois Artashumara et Tushratta lors de deux affaires judiciairesDocuments juridiques et administratifs en akkadien : I. L. Finkel, « Inscriptions from Tell Brak 1984 », dans Iraq 47, 1985, ; Id., « Inscriptions from Tell Brak 1985 », dans Iraq 50, 1988, ; N. J. J. Illingworth, « Inscriptions from Tell Brak 1986 », dans Iraq 50, 1988, . Un fragment de lettre en hourrite : G. Wilhelm, « A Hurrian Letter from Tell Brak », dans Iraq 53, 1991, .. Les autres sites connus de la région centrale et des régions voisines situées entre Tigre et Euphrate n'ont guère livré de témoignages notables, juste des parties de constructions et des céramiques. Ce n'était sans doute que des sites secondaires dans l'organisation mittanienne. On peut y compter Tell Rimah, Tell Mozan, Tell Chuera, Tell Bderi, Tell Sheikh Hamad, Tell Mohammed Diyab, Bassekti ou encore Tell Bazi W. Sallaberger, « Schenkungen von Mittani-Königen an die Einwohner von Baṣīru, Die zwei Urkunden aus Tall Bazi am Mittleren Euphrat », Zeitschrift für Assyriologie 96, 2006, .

Les sites les mieux documentés sont périphériques : Nuzi (Yorghan Tepe dans la région de Kirkouk) et Alalakh (Tell Açana dans la vallée de l'Amuq), qui sont situés aux deux extrémités du royaume, et témoignent donc de particularités régionales. Ce sont aussi les deux sites qui ont livré le plus de tablettes de la période mittanienne, et si on y trouve bien de nombreuses personnes aux noms hourrites (une large majorité à Nuzi), les conditions sociales et administratives y sont bien différentes, ce qui fait qu'on ne peut reconstituer de tableau cohérent de la société des régions dominées par le Mittani, qui sont sans doute très diversesLes institutions de ces deux sites qui apparaissent dans les tablettes de la période du Mittani sont présentées dans : C. Zaccagnini, « Nuzi », dans R. Westbrook (dir.), A History of Ancient Near Eastern Law, vol. 1, Leyde, 2003, et I. Márquez Rowe, « Alalakh », dans Ibid., . Voir aussi E. von Dassow, State and society in the late Bronze Age, Alalaḫ under the Mittani Empire, Bethesda, 2008.. Nuzi reste le site le plus important pour connaître une société hourrite, grâce à environ de la période. Il s'agit d'un centre secondaire d'un royaume vassal du Mittani, le royaume d'Arrapha, dont la capitale, située sous l'actuelle Kirkouk, n'a pu être fouillée, même si des tablettes de la période mittanienne y ont été retrouvées lors d'un glissement de terrain. La documentation d'Alalakh, capitale du royaume de Mukish, est également importante. Le site de Terqa (Tell Ashara sur le Moyen-Euphrate) a livré des tablettes de la période, non publiées. Les importantes archives d'Emar (Tell Mishrife) concernent très peu la période durant laquelle le site a été sous la coupe du Mittani. Autre site périphérique, Qatna (Tell Mishrife en Syrie occidentale), dont les fouilles ont connu un essor spectaculaire depuis la fin des années 1990. Tell Umm el-Marra (Tuba ?), a livré une tablette portant le sceau dynastique du roi mittanien Shaushtatar J. Cooper, G. Schwartz et R. Westbrook, « A Mittani Era Tablet from Umm el-Marra », dans Studies on the Civilization and Culture of Nuzi and the Hurrians 15, 2005, . La reprise des fouilles dans le Kurdistan irakien a conduit à la découverte du site de Kemune, sans doute l'ancienne cité de Zakhiku. Situé sur les bords du Tigre, il a pu être exploré en 2018 puis en 2022 en période de sécheresse. Il présente une importante cité du Mittani, avec des murailles puissantes, un palais, des complexes de stockage et d'artisanat, qui a aussi livré une dizaine de tablettes.. Les autres sites importants dominés par ce royaume en dehors de son cœur et qui n'ont pas ou peu fourni d'attestations de cette période sont Alep, Karkemish (Jerablus) sur l'Euphrate, Harran un peu plus à l'est, ainsi que Ninive et Assur sur le cours moyen du Tigre.

La documentation pour reconstituer l'histoire du Mittani provient en grande partie de royaumes extérieurs qui ont été les adversaires ou les alliés du Mittani, les Égyptiens et les Hittites, notamment les inscriptions rapportant les faits militaires des souverains de ces États, et aussi leur correspondance diplomatique, retrouvée à Tell el-Amarna (l'ancienne Akhetaton) pour les premiers et à Boğazkale (Hattusa) pour les seconds ; pour la fin de la période ce sont les sources assyriennes qui sont les plus importantes. En l'absence de liste royale, il est difficile de reconstituer la séquence des rois du Mittani avec certitude, et il n'y a pas de consensus sur celle-ci.

Géographie et peuplement

Le royaume du Mittani se développe à partir d'un centre qu'on situe généralement dans la région du « triangle du Khabour », constituée du Khabour et de plusieurs de ses affluents, dans la région appelée actuellement Haute Djézireh, située à la jonction de plusieurs zones : montagnes et de leurs piémonts vers le nord ; vallées encaissées du Tigre, de l'Euphrate et de leurs affluents, qui sont rarement pérennes (les plus importants étant le Khabour et le Belikh) ; étendues semi-désertiques de la Basse Djézireh au sud, vers la plaine de Basse Mésopotamie ; la Syrie à l'ouestX. Faivre, « Haute Mésopotamie », dans ; B. Lyonnet et F. Joannès, « Habur », dans ; X. Faivre, « Balih », dans ..

Cette région longtemps convoitée par des royaumes extérieurs devient pour plus de deux siècles le centre d'un royaume puissant. Cet espace est peuplé en majorité de sédentaires, pratiquant une agriculture sèche, sans irrigation, même si cette pratique permet quelquefois d'améliorer les rendements sur certaines terres. Par contre, dans la frange sud, l'irrigation est nécessaire les mauvaises années. Les populations nomades (ou plus exactement « semi-nomades », une partie de la population étant sédentaire pendant une grande partie de l'année) sont également importantes dans ces régions au climat incertain. L'habitat du est traditionnellement situé sur des sites en relief (tells), où on trouve des acropoles, entourées de zones d'habitation, alors que la vallée est mise en culture. Les derniers siècles du millénaire voient un changement s'amorcer avec l'installation progressive de plus en plus de villages dans les plaines, et plus largement un phénomène de dispersion de l'habitat, avec notamment la constitution d'établissements fortifiés, servant de centres d'exploitations et de districts (dimtu « tours » à Nuzi, dunnu « forts » par la suite en Assyrie), même si la plupart des anciennes cités subsistent T. J. Wilkinson, « Regional Approaches to Mesopotamian Archaeology: The Contribution of Archaeological Surveys », dans Journal of Archaeological Research 8/3, 2000, . Mais des incertitudes demeurent, car la périodisation fournie par les prospections archéologiques est imprécise, distinguant mal les périodes du Mittani et du royaume médio-assyrien, alors qu'il est possible que des habitats des zones basses aient complètement disparu, tandis que des disparités régionales apparaissaient R. Koliński, « Settled Space. Evidence for Changes in Settlement Patterns of Northern Mesopotamia at the Advent and at the Turn of the Mittani Era », dans .