vignette|upright=1.5|Orchestre Philharmonique de Jalisco, où sont représentées les quatre premières grandes classes d'instruments de musique selon Hornbostel et Sachs. La classification Hornbostel-Sachs ou système Hornbostel-Sachs (parfois Sachs-Hornbostel tout court) est un système de classification des instruments de musique conçu par Erich von Hornbostel et Curt Sachs en 1914. Ce système ou ses dérivés sont les plus utilisés actuellement en organologie, en ethnomusicologie ou toute autre discipline qui demande une classification des instruments.

Le système a été mis à jour en 2011 dans le cadre des travaux du projet Musical Instrument Museums Online (ou MIMO project)., qui donne accès en ligne aux collections de beaucoup de musées nationaux d'instruments de musique, et instruments anciens du monde entier, parmi les plus prestigieuses.

Historique La classification de Mahillon Victor-Charles Mahillon (1841-1924), fondateur du musée instrumental de Bruxelles (créé en 1877, actuel musée des instruments de musique de Bruxelles) est le créateur d'une classification des instruments de musique. Elle est inspirée d'une classification issue d'un texte hindou, le Nâtya-shâstra de Bharata Muni qui daterait du , qui distingue les instruments « tendus » (tada vadya ou tata vâdya), c'est-à-dire les instruments à cordes, les instruments « recouverts » (annaddha ou avanaddha vâdya) qui correspondent aux instruments à membrane, les instruments « frappés » ou « solides » (ghana vâdya) qui sont les percussions sans membrane et les instruments « creux » (susira vadya ou shûsirâ vâdya) qui sont les instruments à ventSur le site suivant, utiliser le menu déroulant à gauche pour trouver le chapitre 3 « Ethno-organologie », section 4 « Les classifications traditionnelles » : ..

En résumé, Mahillon répartissait les instruments en quatre grandes catégories, selon la nature du matériau à l'origine de la vibration produisant le son (ou .) :

colonne d'air ; corde ; membrane ; corps de l'instrument lui-même.

Les dispositifs et les techniques de mise en action de ces quatre matériaux de base déterminent ensuite les sous-catégories.

Les trois premiers sont . Les derniers, appelés ultérieurement idiophones, en revanche, .

Mahillon, gestionnaire d'une collection importante d'instruments non européens, cherche un système de classification qui puisse se baser sur l'instrument en lui-même, en absence de données extérieures à sa structure physique, telles que la provenance, la fonction, le mode de jeu, etc. La classification Mahillon s'illustre d'abord dans le champ de l'ethnomusicologie et de l'organologie extra-européenne, mais elle permet également une étude beaucoup plus poussée des instruments européens.

La classification de Mahillon comporte quelques défauts, notamment le manque d'univocité, car un même instrument serait susceptible d'appartenir à deux classes distinctes. Mahillon classe par exemple le violon en instrument à cordes, ce qui est tout à fait logique (puisque c'est la vibration des cordes qui est à l'origine du son amplifié par la caisse de résonance) ; cependant, il est diffficile de dire si l'instrument doit être classé ensuite en instrument à cordes frottées ou pincées, le violon permettant ces deux modes de jeu. Mahillon, conscient de ce problème, essaye de justifier et clarifier son système en décrétant que seul l'usage « normal » compte pour la classification ; cependant, il peut être difficile de déterminer cet usage « normal » pour un instrument exotique, dont la provenance, le mode de jeu et la fonction ne sont pas connus. Mais même en ce qui concerne les instruments classiques européens, la détermination de cette « normalité » d'usage reste malaisée, notamment pour ce qui est du choix du critère de définition de la « norme » envisagée : par exemple les fréquences statistiques respectives des usages et des modes de jeu d'un instrument donné peuvent varier et évoluer drastiquement d'un type de musique à l'autre.

Révision et systématisation par Sachs et Hornbostel Les musicologues Curt Sachs (allemand, 1881-1959) et Erich von Hornbostel (autrichien, 1877-1935) établissent une révision et une systématisation de la classification de Mahillon, qu'ils publient en 1914. Il en existe une traduction française partielle dans le cours d'organologie de N. MeeùsN. Meeùs, Cours d'organologie fait en Sorbonne, 2003-2011, Annexe 3. Lire en ligne.. Ils réduisent les critères de classification à des éléments de la structure des instruments. Ainsi, même lorsque le critère est le mode de jeu (idiophones et membranophones), il peut être déduit de la structure de l'instrument uniquement.

De ce fait, il devient possible de classer chaque instrument sur la base d'un simple examen de ses caractéristiques intrinsèques et en l'absence de toute autre donnée concernant son mode de jeu, sa fonction, sa provenance. Il s'agit d'une classification d'ethnomusicologue, concernant en tout premier lieu la musique et les instruments extra-européens, à propos desquels les informations contextuelles sont souvent très succinctes.

Leur ambition est tout à la fois une extension du principe de base de la classification de Mahillon combinée à une description plus précise et sériée des dispositifs structuraux de production du son, afin de rendre possible la classification et la désignation exclusive (c'est-à-dire sans les ambiguïtés de Mahillon) de toutes les formes de tous les instruments issus de toutes les cultures du monde ; qu'il s'agisse d'instruments connus, à découvrir, ou même imaginables.

Les limites du système et sa généralisation Critère structural exclusif et extériorité Le problème de cette classification vient de sa systématisation même. En effet, comme les critères se concentrent exclusivement sur des données uniquement physiques, perceptibles par le seul examen de l'instrument, toutes les autres données socio-musicales sont exclues du classement. Ainsi, on ne peut savoir si l'instrument est exclusivement à usage religieux, s'il n'est joué que pour une cérémonie particulière, ou encore s'il a une fonction primordiale dans les relations de groupe d'une culture donnée (communication par le biais de tambour, usage pour les danses sacrées, moyen de communion, identité nationale, etc.). En mettant de côté toutes réflexions sur le contexte culturel, ethnologique et sociologique des instruments, la classification Hornbostel-Sachs laisse une porte ouverte à la critique et à l'innovation.

En effet, la caractérisation et la classification d'un instrument n'est qu'une première étape de son analyse ; grâce à elles ..

Cette classification H/S« H/S » ou « S/H » sont des abréviations courantes en musicologie pour désigner le système Hornbostel-Sachs (ou Sachs-Hornbostel). laisse aussi une grande part d'insatisfaction pour les musicologues et organologues qui se concentrent exclusivement sur la musique européenne (organologie médiévale ou renaissance, organologie des époques baroque, classique ou romantique). En effet, elle ne fait aucune distinction réelle entre des instruments aussi différents que le violon, la viole, la contrebasse, la guitare ou le luth qui sont tous classés dans la même catégorie, à savoir : -des cordophones→(classe « 3 ») - composites→(code « 32 » : le résonateur est une partie intégrante du corps de l'instrument), -ce sont des luths “génériques” dont le plan des cordes est parallèle à la surface du résonateur→(« 321 »), -avec un manche→(« 321.3 » : le support des cordes est une hampe), -le manche est “rapporté”→(« 321.32 » : .) -et la caisse de résonance est en forme de “boîte”→(« 321.322 »).. Soit la classe (ou indice organologique) : « 321.322 » qui désigne autant le violon que la guitare (entre autres). Et donc, notamment, ce système ne distingue pas les cordophones majoritairement à cordes frottées de ceux qui sont majoritairement à cordes pincées, les deux étant artificiellement réunis dans une même classe. Il est vrai que les violons peuvent aussi être joués en pizzicati (soit en pinçant la corde ; en jazz la contrebasse est même surtout jouée en pizzicati), et aussi que certains musiciens contemporains utilisent parfois un archet pour frotter les cordes d'une guitare, à titre d'expérimentation. Mais pour autant le dispositif de production du son, la tenue de l'instrument, les techniques de jeu, les contraintes et options structurelles pour ce qu'il en est de la lutherie sont bien différents entre un violon et une guitare, ce dont ne rend pas assez compte la classification de Hornbostels et Sachs.

En définitive, en s'en tenant par principe à une description extérieure objective (quasi objectale) des instruments et uniquement à des critères structuraux de discrimination sans introduire de différenciation par les modes de jeu ou de fabrication (pour entre autres éviter les chevauchements, les contradictions et l'émiettement des classes d'instruments), cette classification rejoint en l'inversant le défaut d'univocité reproché à Mahillon, ou le remplace par le stigmate d'une extériorité qui échoue à éviter toute confusion comme à empêcher les regroupements arbitraires ; puisque deux instruments trop différents sont cette fois susceptibles d'appartenir pourtant à une même classe.

Suffixes additionnels à la catégorisation Bien sûr, Hornbostel et Sachs étaient conscients de cette difficulté, mais leur volonté principale était de résoudre l'équivocité qui entachait la classification de Mahillon (un même instrument dans deux classes différentes). Or, comme celle-là tient à la diversité des modes de jeux possibles sur un même instrument (violon à cordes frottées et à cordes pincées), ils ont volontairement tenu à l'écart le mode de jeu comme critère discriminant de sélection et de constitution des classes d'instruments. Ce faisant, ils prennent le risque de tomber dans l'écueil inverse de celui de l'équivocité, à savoir le regroupement arbitraire (associant donc des instruments dont la parenté est trop lointaine et comme “extérieure”).

Pour limiter ce risque, ils ont créé des « suffixes additionnels » aux différents codes désignant les classes pour distinguer tout de même ce qui dans la structure ou la composition des instruments (mécanique du clavier, marteaux et feutres du piano, ou bien la présence d'adjuvants constants comme l'archet pour le violon) tient lieu d'éléments inducteurs du mode de jeu majoritaire en fonction de la façon dont l'onde sonore (par exemple la vibration des cordes) est provoquée [voir la section « Suffixes additionnels » de l'article consacré aux cordophones classés selon Horbostel-Sachs].

Ainsi le violon, dont le code de classe est « 321.322 » [voir ci-dessus], peut se voir attribuer les suffixes additionnels « 7 » (cordes mises en vibration par frottement), et « 1 » (au moyen d'un archet, par opposition à celles qui sont sollicitées par une roue ou par un ruban). Le code de désignation du violon admet alors la désinence suivante : « 321.322-7-1 », lorsque le violon est joué avec l'archet. Mais ces suffixes sont donc interchangeables et n'appartiennent pas en propre au code de classe, si bien que le violon peut aussi être désigné par le même code avec un autre suffixe (ou désinence adjointe) : « 321.322-5 » (cordes actionnées par la main ou les doigts nus, sans plectre), lorsque le violon est joué en pizzicato.