Les Liaisons dangereuses, sous-titré Lettres recueillies dans une société et publiées pour l’instruction de quelques autres, est un roman épistolaire de 175 lettres, écrit à partir de 1779 par Pierre Choderlos de Laclos et publié en 1782.
Cette œuvre littéraire majeure du , qui narre le duo pervers de deux nobles manipulateurs, roués et libertins du siècle des Lumières, est considérée comme un chef-d'œuvre de la littérature française, bien qu'il soit tombé dans un quasi-oubli durant la majeure partie du , avant d'être redécouvert au début du . Roman inscrit dans la tradition du libertinage de mœurs illustrée par Crébillon fils, roman d'analyse psychologique dans la lignée de La Nouvelle Héloïse de Jean-Jacques Rousseau, il porte à un degré de perfection la forme épistolaire : aucun élément n'est gratuit, chaque épistolier a son style et la polyphonie des correspondances croisées construit un drame en quatre étapes au dénouement moralement ambigu., qui continue à fasciner le lecteur et à susciter de nombreuses adaptations.
Structure Le roman est composé ainsi : Un court Avertissement de l’éditeur qui émet un semblant de doute sur l’authenticité des lettres. Une Préface du rédacteur, longue comme deux lettres environ, qui contextualise les correspondances qui vont suivre en leur prêtant une origine authentique, bien que les noms aient été changés, selon le rédacteur. 175 lettres datées, qui permettent de retracer l’histoire. Des commentaires du rédacteur (50 environ au total) placés en bas de certaines lettres, donnant parfois des informations clés, comme l’origine de la rencontre entre Merteuil et Valmont. Tout à la fin, une très courte Note de l’éditeur au sujet d’une éventuelle suite des aventures de mademoiselle de Volanges.
Tout au long de cette œuvre, un grand soin est donné à la véracité, au point qu’on retrouve à la fin le motif du rassemblement de toutes les lettres en un seul recueil que constitue le roman. C’est en effet madame de Rosemonde qui a récupéré les lettres pour faire oublier l’affaire.
Présentation
Anciens amants et grands libertins, le vicomte de Valmont et la marquise de Merteuil se confient, par lettres, leurs projets de conquêtes amoureuses. La marquise cherche à dépraver la jeune Cécile de Volanges pour assouvir une vengeance, tandis que le vicomte manœuvre pour séduire la vertueuse présidente de Tourvel. Tantôt alliés, tantôt rivaux, c'est avec art qu'ils trompent leur entourage tout en préservant leur réputation. Mais le jeu des masques a ses limites...
Résumé vignette|Illustration de la lettre 44 des Liaisons Dangereuses de Pierre Choderlos de Laclos : « Je ne lui permis de changer ni de situation ni de parure ».
Les deux défis La marquise de Merteuil demande à son ami et complice le vicomte de Valmont, qui est aussi l'un de ses anciens amants, de bien vouloir déniaiser la jeune Cécile de Volanges avant que cette dernière ne soit mariée avec le comte de Gercourt. La jeune Cécile est une parente de la marquise de Merteuil, elle sort tout juste du couvent et ignore tout de l'amour. Le but de la marquise est de se venger du futur mari.
Le vicomte de Valmont refuse amicalement la demande, au motif qu’il a un défi d’une toute autre envergure à relever : séduire une jeune femme fidèle et pieuse, éloignée temporairement de son mari : la présidente de Tourvel. Valmont fait sa cour à de Tourvel, qui attend son mari parti pour Dijon en restant au château de de Rosemonde, la tante de Valmont. Celle-ci, très âgée, a pour lui une forte affection.
N’abandonnant pas son projet, la marquise de Merteuil remarque que le chevalier Danceny, un jeune homme qui fréquente la maison des Volanges, s'est épris de la jeune Cécile. La marquise prend pour dessein de libérer les mœurs des deux tourtereaux afin d'accélérer leur rapprochement. Tandis qu'elle devient la confidente de Cécile avec la bénédiction de sa mère, de Volanges, qui porte la marquise haut dans son estime, cette dernière s'agace de la timidité du chevalier Danceny et se venge en tourmentant son amant du moment, le chevalier de Belleroche – qu'elle invite néanmoins dans sa maison de plaisir et en lui en confiant la clef (dont elle a un double) pour lui faire croire qu'il est le seul homme à obtenir ses faveurs.
Au château de sa tante, Valmont réussit à charmer quelque peu la présidente de Tourvel malgré toute la mauvaise réputation qui court sur lui. Mais de Volanges, la mère de Cécile, est une grande amie de de Tourvel et met chaudement en garde cette dernière contre Valmont.
Le vicomte de Valmont et la marquise de Merteuil se taquinent l’un l’autre par écrit sur leurs conquêtes et objectifs respectifs. La marquise de Merteuil prétend que Valmont est en train de tomber amoureux et Valmont prétend que la marquise rend son amant, le chevalier de Belleroche, plus heureux qu’elle-même. La marquise annonce à Valmont qu’elle se donnera à lui en récompense quand la présidente de Tourvel aura succombé à ses charmes, avec preuves écrites à l’appui.
Valmont joue finement avec la présidente de Tourvel en faisant le doux repenti de ses torts passés. Se sachant suivi par de Tourvel, il feint la vertu et la miséricorde en sauvant une famille de la misère dans un village voisin. de Tourvel tombe dans le piège et révèle à de Rosemonde ce que Valmont feignait de cacher. Croyant qu’elle a un effet vertueux sur Valmont, elle tombe peu à peu amoureuse, tout en luttant contre elle-même grâce aux mises en garde continuelles de de Volanges contre la redoutable réputation de Valmont.
Valmont se décide à déclarer son amour à la présidente de Tourvel à la suite de sa manigance. Elle lui refuse toute relation et tente de s’écarter de lui. Puis, se voyant ébranlée, elle demande à Valmont de quitter le château. Valmont se rend tout de même compte qu’elle est touchée et apprend que c’est de Volanges qui conseille de Tourvel contre lui. Il voue alors une rancune à sa dénonciatrice. Il obtient néanmoins en échange de son départ le droit d’écrire à de Tourvel et de continuer sa cour. Avant le départ du vicomte pour Paris, sa tante, de Rosemonde, le charge d’inviter au château de Volanges et sa fille.
Le retour du vicomte à Paris Sur le chemin de Paris, Valmont retrouve une femme, Émilie, qu'il a connue autrefois. Cyniquement, il l'utilise comme pupitre pour écrire une lettre d’amour à la présidente de Tourvel. Celle-ci continue de repousser Valmont, mais elle ne se rend pas compte qu’elle entre dans son jeu en lui répondant.
La marquise de Merteuil manipule Danceny et Cécile tout en étant leur confidente à tous deux, mais elle peine à les faire consommer leur amour, car malgré leurs échanges de billets doux ils sont l’un comme l’autre prudes et novices en sentiments amoureux. La marquise continue d’être l’amie de Danceny. Elle envisage plus tard de former Cécile à devenir comme elle. Les deux femmes ont un moment charnel ambiguVoir Lettre LIV, LV et LVII.. Comme son projet de rencontre nuptiale entre les deux jeunes personnes semble au point mort, la marquise demande au vicomte de l’aide pour convaincre Danceny d’être plus entreprenant envers Cécile. Le vicomte accepte, il rencontre Danceny, devient son ami, mais Danceny reste timide et les projets des deux tourtereaux n’avancent toujours pas.
Le vicomte de Valmont conseille alors à la marquise de Merteuil de mettre des obstacles pour échauffer les comportements des deux jeunes amoureux. La marquise s’inspire de ce conseil et dénonce à madame de Volanges les échanges écrits entre sa fille et le chevalier Danceny. De plus, la marquise incite la mère à éloigner sa fille en l’envoyant à la campagne, chez de Rosemonde. Ceci volontairement pour que Valmont puisse d’une part revoir sa belle de Tourvel et d’autre part servir de confident et passeur de courrier entre les deux jeunes amoureux.
Au cours d’une soirée à Paris, le vicomte de Valmont est témoin d’un pari lancé par Prévan, un séducteur réputé, prétendant qu’il arrivera à conquérir la marquise de Merteuil dont il soutient que la vertu est exagérée. Valmont rapporte cet événement à la marquise et la met en garde contre la réputation de Prévan.
La dépravation de Cécile Volanges Valmont retourne au château de sa tante de Rosemonde, où sont déjà arrivées madame de Volanges et sa fille. Sur le chemin, il s'arrête chez la Vicomtesse de M. qui trompe son mari avec Vressac. Valmont mécontent que Vressac lui soit préféré convainc la Vicomtesse de M. de feindre une dispute avec Vressac pour passer la nuit avec le Vicomte. Malheureusement à la fin de la nuit passée dans la chambre de Valmont, la Vicomtesse se rend compte que la porte de sa chambre s'est refermée sur elle. Valmont la convainc alors d'appeler au secours pendant qu'il défonce la porte. Ils mettent leur plan à exécution et l'honneur de la Vicomtesse est sauf : mais pouvais-je souffrir qu’une femme fût perdue pour moi, sans l’être par moi ? Et devais-je, comme le commun des hommes, me laisser maîtriser par les circonstances ? Il fallait donc trouver un moyen.Il entreprend de nouveau la présidente de Tourvel. Il remet à Cécile de Volanges les lettres de Danceny, ce dernier ayant déjà précédemment enjoint à son amoureuse de faire confiance à Valmont et de lui remettre ses lettres pour mieux la protéger.
Piquée par quelques remarques de Valmont sur l’intérêt qu’elle porte à Prévan, la marquise de Merteuil expose au vicomte dans une lettreVoir Lettre LXXXI. la supériorité qu’elle a sur lui, explique aussi travailler sa fausseté en société depuis ses quinze ans, et se dit « née pour venger mon sexe et maîtriser le vôtre ». Car étant une femme, elle doit conserver sa réputation vertueuse, alors que les hommes peuvent afficher leurs tromperies amoureuses en public. Elle explique aussi que les femmes sont par nécessité plus prudentes que les hommes car pour un homme « les défaites ne sont que des succès de moins ».
Quelques jours plus tard, la marquise de Merteuil organise une supercherie pour se jouer de l’offense que lui fait Prévan. Après plusieurs jours à côtoyer Prévan et le laisser croire qu’elle est charmée, la marquise de Merteuil l'invite à un dîner et lui propose, après avoir feint de quitter la soirée, de venir la rejoindre dans son boudoir où elle l'attend. Elle passe alors une partie de la nuit avec lui, mais au moment de son départ, elle crie tout haut, ameutant ses gens de maison qui arrivent en urgence et font fuir Prévan (elle avait au préalable demandé à Victoire, sa femme de chambre, d'organiser un dîner dans sa chambre). Très vite, Prévan prend la réputation d’avoir voulu surprendre la marquise de Merteuil chez elle. La marquise racontera cette histoire sous deux versions différentes, une version authentique au vicomte de Valmont, et une version faussée à madame de Volanges, version qui lui donne le beau rôle. Prévan est alors mis aux arrêts par son commandant de corps.
Au château de de Rosemonde, le vicomte de Valmont demande l’aide de Cécile de Volanges pour faire un double de la clef de sa chambre au prétexte fallacieux que cela devient nécessaire pour lui remettre les lettres de Danceny, et plus tard pour lui faire rencontrer son chevalier. Après un premier refus, Cécile de Volanges s’exécute car Danceny la presse dans ses lettres (à la suite des manigances du vicomte de Valmont), et malgré son manque de confiance envers le vicomte.
Une fois le double fabriqué, Valmont s’introduit par surprise la nuit dans la chambre de Cécile de Volanges. Il commence par la convaincre de ne pas appeler au secours, sans quoi il ferait rejeter la faute sur elle à cause de la clef, puis il promet de partir contre un baiser, et de fil en aiguille il réussit à la troubler et à abuser d’elle sans se faire repousser.