Bernard KouchnerLe Who's Who In France édition 2006 indique Bernard-Jean Kouchner. (prononcé ), né le à Avignon (Vaucluse), est un médecin et homme politique français. Cofondateur de Médecins sans frontières et de Médecins du monde, il a été ministre de différents gouvernements.
Médecin de formation, Bernard Kouchner a connu une vie militante, qui l'a conduit à adhérer à l'Union des étudiants communistes, au début des années 1960, au Parti socialiste, au PRG, puis à nouveau au Parti socialiste.
Militant de l'action humanitaire, fondée sur le droit international humanitaire, il a tenté de faire admettre au sein de l'ONU l'idée d'un « droit d'ingérence humanitaire », qu'a essayé de théoriser avec lui, à la fin des années 1980, le professeur de droit Mario Bettati notamment, mais sans succès en droit international public positif, ni à l'ONU, qui lui a préféré la notion de « responsabilité de protéger » reconnue par nombre de résolutions de l'Assemblée générale, du Conseil de sécurité et du Conseil des droits de l'homme.
Il est plusieurs fois secrétaire d'État et ministre (Action humanitaire, Santé) au sein des gouvernements socialistes de Pierre Bérégovoy et Lionel Jospin. De 1999 à 2001, il exerce les fonctions de Haut représentant du secrétariat général de l'ONU au Kosovo.
Du au , Bernard Kouchner est ministre des Affaires étrangères et européennes des gouvernements Fillon I et Fillon II au titre de l'« ouverture » pratiquée par le président UMP Nicolas Sarkozy, ce qui lui vaut d'être exclu du Parti socialiste.
En , il fonde une société de conseil pour les grandes entreprises et les gouvernements étrangers, activités qui lui valent beaucoup de critiques .
Biographie Origines et études Bernard Jean Kouchner naît le à Avignon. Il est le fils de Georges Kouchner (, Paris – , Fontenay-sous-Bois), médecin français, fils d’immigrés juifs lettons, et de Léone Mauric (, Boulogne-Billancourt – 2009, Massognes), infirmière bénévole de la Croix-Rouge, issue d'une famille protestante.
Du côté paternel, George Kouchner est le fils de Samuel Kushner (, Dwinsk – , Auschwitz) et de Rachel Tzinmann (, Dwinsk – , Auschwitz). Samuel avait quitté la Lettonie pour la France en 1908 et avait fait venir son épouse Rachel l'année suivante. Ils sont naturalisés français en 1925Doan Bui et Isabelle Monnin, Ils sont devenus français. Dans le secret des archives. Jean-Claude-Lattès, 2010, ; Points, 2011, . Pendant la Seconde Guerre mondiale Samuel et Rachel, devenus septuagénaires, sont arrêtés en 1944 et déportés au camp de concentration d'Auschwitz. Ils font partie du convoi 76 parti de la gare de Bobigny, le 30 juin 1944Serge Klarsfeld, Le Mémorial de la Déportation des Juifs de France, Paris, 1978. On y apprend que Samuel Kouchner est né le 3 mai 1870 à Dwinsk et que Rachel Kouchner est née le 15 janvier 1873 à Dwinsk..
Du côté maternel, Léone Mauric est la fille de Léon Mauric (, Orange – vers 1920) et d’Augustine Marie Testanière (1883-1955).
Après avoir été pensionnaire chez les jésuites au collège Saint-François-de-Sales d'Évreux, Bernard devient jeune militant actif au lycée Voltaire à Paris, comme son frère GérardAujourd'hui président de CMP/Medica France-Benelux (éditeur de la presse professionnelle Le Quotidien du Pharmacien, Le Généraliste et Le Quotidien du médecin) et du Syndicat national de la presse médicale.. Il n'hésite ainsi pas à prendre le car vers Le Havre pour aller soutenir des grèves de dockers.. Il suit des études de médecine dans les années 1960 tout en menant des activités militantes intenses à la rédaction de Clarté, le journal de l'Union des étudiants communistes. Bernard Kouchner a hérité de son père Georges un athéisme radical. Exceptionnellement, il se plie au rituel du judaïsme comme lorsqu'il récite la prière du Kaddish sur la tombe de son amie Ania Francos en 1988. Sans renier son identité juive, il peut être agacé par les : , lance-t-il en guise de boutade à Michel-Antoine Burnier en 1991. Face à l'abbé Pierre qu'il a beaucoup fréquenté dans les années 1990, il développe l'idée qu'il se fait des Juifs :
Militant à l'UEC, à Clarté, au comité Vietnam (1958-1968) Bernard Kouchner qui a fréquenté les Jeunesses communistes dès l'âge de rejoint l'UEC au moment de la guerre d'Algérie, par antifascisme. En 1961, à l'époque où l'OAS fait la une des journaux, il participe au Front universitaire antifasciste, fondé en 1961, qui réunit des militants de la gauche de l’UEC mais comprend aussi en son sein un certain nombre d’étudiants du PSU et de la Jeunesse étudiante chrétienne"Jeunesse et engagement pendant la guerre d'Algérie", par Ludivine Bantigny dans Parlement, Revue d'histoire politique, en 2007. Avec d'autres militants, il assure la protection de l'appartement de Simone de Beauvoir. Il participe également au groupe UEC. Mais, recruté par Jean Schalit, c'est surtout au sein de l'équipe de rédaction du journal Clarté que s'exprime le militantisme de Kouchner au sein de l'UEC. Il y rencontre Michel-Antoine Burnier dont il resta proche tout au long de sa carrière. Le travail pour Clarté l'amène à fréquenter un certain nombre d'intellectuels de renom : Jacques Monod, Louis Aragon, Claude Roy. En 1963, il publie dans Clarté une « Lettre à un moderne Rastignac » où il conseille à ceux qui veulent réussir de décrier la société :
À cette époque, les étudiants communistes de l'UEC sont en conflit ouvert avec la direction du PCF et se sentent plus proches des positions du Parti communiste italien qui s'est engouffré dans la critique de Staline amorcée par Khrouchtchev au moment où le Parti communiste français dirigé par Maurice Thorez reste beaucoup plus timoré sur ce point. Kouchner fait partie des « Italiens ». La reprise en main définitive de l'UEC et l'éviction des « Italiens » de la direction ne sera chose faite qu'en 1965. Entre-temps, Jean Schalit met sur pied Clarté-voyage et organise un voyage à Cuba dont font partie une bonne partie des dirigeants de l'UEC. C'est l'occasion pour Kouchner d'interviewer Fidel Castro. Pour évoquer cette époque, il raconte:
Kouchner qui n'a jamais adhéré au PCF mais seulement à l'UEC, quitte la mouvance communiste en 1965, lorsque les « Italiens » sont écartés. Toujours aux côtés de Jean Schalit et Michel-Antoine Burnier, il siège à la direction du Comité Vietnam national qui pourfend l'impérialisme américain qui s'englue dans la guerre du Viêt Nam. Il poursuit également des activités journalistiques en participant toujours avec Burnier à la création du journal L’Événement d'Emmanuel d'Astier de La Vigerie.
Pendant les événements de Mai 68, Kouchner participe à la rédaction d'un « Livre blanc » de la faculté de médecine.
Le « French doctor » des années 1970 Après Mai 68 dans lequel il ne s'est que modérément impliqué, Bernard Kouchner, qui a terminé ses études de gastro-entérologie mais n'a pas encore passé sa thèse, apprend par un de ses amis, Marek Halter, que la Croix-Rouge française recrute des médecins pour faire face aux problèmes humains consécutifs à la guerre du Biafra. Kouchner séjourne au Biafra à trois reprises, de septembre à , en et d'octobre à avec Louis Schittly avec qui il fondera, plus tard, Médecin Sans Frontières (Louis Schittly). Le responsable de la mission, Max Récamier, et Kouchner rompent le devoir de réserve imposé par le CICR et témoignent dans les colonnes du Monde daté du , prenant fait et cause pour les rebelles biafrais. Plus tard, dans Le Nouvel Observateur du , sous le titre « Un médecin accuse », Kouchner écrit ceci :
Parallèlement à ses missions humanitaires à l'étranger qui ne sont pas rémunérées, tout au long des années 1970 et 1980, jusqu'en 1988, Kouchner travaille à l'hôpital Cochin, à Paris comme gastro-entérologue. Il exerce également dans une polyclinique de la rue Claude-Bernard. En plus de sa carrière médicale, il collabore régulièrement avec le magazine Actuel fondé par Jean Georgakarakos et Jean Luc Young, et la participation de son ami Michel-Antoine Burnier. Son père Georges, qui avait lancé une série de journaux médicaux plus ou moins liés à des laboratoires pharmaceutiques, lui en laisse la direction au début des années 1970. Beaucoup d'anciens « Italiens » de l'UEC font des piges pour ces journaux. Cette façon d'exercer des activités multiples est à l'origine du titre du livre Les 7 Vies du Kouchner que Burnier consacra à son ami. De 1976 à 1986, Kouchner se procure de substantiels revenus comme scénariste des soixante épisodes de la série télévisée Médecins de nuit sous le pseudonyme de Bernard Gridaine.
Après le Biafra, Kouchner participe à d'autres missions humanitaires dans les points chauds du globe comme la Jordanie, en 1970. Il fait souvent équipe avec René Frydman, comme lui ancien de l'UEC. En 1987, il a commenté auprès d'Hervé Hamon et Patrick Rotman, journalistes et historiens de cette génération de l'UEC, ce que représentait pour lui cette série d'aventures :
En , Bernard Kouchner participe à la création de Médecins sans frontières aux côtés d'hommes de terrain comme Max Récamier, Xavier Emmanuelli, Louis Schittly et de membres de l'équipe du journal médical Tonus, Raymond Borel et Philippe Bernier. Anne Vallaeys cite Philippe Bernier, Des Médecins sans frontières, Albin Michel, 1980.. Kouchner revendique avoir proposé et défendu le nom de « Médecins sans frontières » alors que d'autres fondateurs avaient proposé « Secours médical français ». Burnier précise que ce fait est contesté par Borel, un autre fondateur qui prétend que le nom aurait été proposé par Bernier.. Dans la charte de MSF, Philippe Bernier introduisit une règle inspirée de la Croix-Rouge stipulant que les membres Kouchner tenta, en vain, de s'opposer à cette règle en expliquant qu'en rendant publics les crimes de masse, on pourrait contribuer à arrêter les massacres.
En mission à Saïgon, en 1975, au moment de l'offensive finale nord-vietnamienne, Kouchner a l'occasion de s'intéresser à nouveau au Viêt Nam. En 1979, il participe à l'opération « Un bateau pour le Vietnam » qui aboutit à affréter un bateau, L'île de lumière, chargé de venir en aide aux rescapés qui fuient les régime communiste sur de frêles embarcations, où beaucoup périssent, et que l'on appelle les « boat-people ». L'Île de lumière servira à partir d' de bateau hôpital, au large de l'île malaise de Pulau Bidong et de l'île indonésienne de Pulau Galang où s'entassent des dizaines de milliers de réfugiés. Le bateau bénéficie d'une ample couverture médiatique qui fait connaître Kouchner au grand public. Néanmoins, au sein de MSF, l'idée de Kouchner rencontre une forte opposition, Xavier Emmanuelli, « l'ami de toujours », publiant dans Le Quotidien du médecin du un article intitulé « Un bateau pour Saint-Germain-des-Prés », qui souligne le côté médiatique et vain de l'opération .
Désavoué par la direction, Kouchner obtient cependant une forte minorité au congrès annuel de MSF qui se tient à Paris en . Le président sortant, Claude Malhuret, ne cite pas L'Île de Lumière dans son rapport moral, met en avant le succès des opérations à long terme en Thaïlande ou en Ogaden et s'en prend à l'indiscipline des « kouchnériens » : Malhuret réclame l'anonymat dans les missions. Kouchner se défend en dénonçant . Malgré un patient effort de collecte des mandats les semaines précédentes, le rapport de Malhuret n'est approuvé que par contre 30 et qu'une vingtaine d'abstentions, ces deux options totalisant environ 40 % mandats. Kouchner quittera un an après définitivement MSF pour fonder Médecins du monde en 1980.