vignette|Appel au boycott d'Israël à Copenhague, 2022. vignette|Manifestation en 2022 devant une boutique Puma. L'entreprise allemande est alors le principal sponsor de la Fédération israélienne de football qui inclut les clubs des colonies en territoire palestinien. Le boycott d'Israël ou sanction contre Israël est une série de sanctions et d'actions d'opposition notamment économiques, académiques ou culturels contre Israël. Le boycott d'Israël par la Ligue arabe est mis en place en 1945. Il est respecté par ses membres jusqu'aux années 80, jusqu'à ce que certains membres, l'Égypte, la Jordanie, etc, normalisent petit à petit leurs relations avec Israël.
La campagne Boycott, désinvestissement et sanctions est lancée dans les années 2000. Certaines actions se focalisent uniquement sur le boycott des produits et services issus des territoires occupés non reconnus officiellement par l'ONU comme israéliens.
Boycott par la Ligue arabe
Au cours du conflit en Palestine mandataire, certains meneurs arabes pensent entreprendre un boycott anti-sioniste. Le boycott est mis en œuvre lors de la révolution arabe de 1929 à Jérusalem.
Les Arabes ayant commercé avec des Juifs sont physiquement attaqués et leurs marchandises sont endommagéesFeiler, Gil. "From boycott to economic cooperation, 2009. À la suite de la révolte, diverses organisations arabes lancent des appels à boycotter les commerces juifs. En 1936, les dirigeants arabes palestiniens lancent un dernier appel au boycott infructueuxFeiler, Gil. "Arab Boycott." The Continuum Political Encyclopedia of the Middle East. Ed. Avraham Sela. New York: Continuum, 2002. p. 54-57.
Dès la fin du , des leaders arabes appelèrent à l'interdiction de la vente de terre aux immigrants juifs et au boycott des biens produits par euxÀ l'inverse, Sir John Hope Simpson, un expert dépêché par la puissance mandataire, la Grande-Bretagne, signalait - ce sont ses termes - « le boycott… du travail arabe » (Cf. Bichara Khader, L'Europe et la Palestine : des Croisades à nos jours. Créée en 1945, la Ligue arabe appela formellement dès le de la même année au boycott des marchandises (qualifiées indistinctement dans ses déclarations d'alors) de « sionistes » ou de « juifs »« Jewish products and manufactured goods shall be considered undesirable to the Arab countries. » All Arab « institutions, organizations, merchants, commission agents and individuals » were called upon « to refuse to deal in, distribute, or consume Zionist products or manufactured goods. » ; le fait de savoir si le boycott est seulement antisioniste ou s'il est également anti-juif/antisémite est un point de polémique récurrent. Cf. : Sami Hadawi,Bitter harvest: a modern history of Palestine,notamment p 206.
Mise en œuvre En , la Ligue crée un comité permanent chargé du boycott et installe un bureau central du boycott au Caire en Égypte. En 1948, à la création de l'État d'Israël, la Ligue interdit toute relation commerciale ou financière entre les États arabes et l'État d'Israël. En 1950, la Ligue adopte la résolution 357 qui jette les bases du boycott : en , un Bureau central du Boycott (CCB) est créé à Damas afin de coordonner les actions des membres de la Ligue et d'en accroître l'intensité. Des bureaux nationaux de boycott seront ensuite créés dans chacun des pays membres de la Ligue. L'objet du boycott, tel que prôné par la Ligue Arabe, fut d'abord d'interdire à ses seuls membres tout commerce avec Israël : c'est ce qui est désigné comme le « boycott primaire ». Le boycott fut ensuite étendu aux firmes, quelle qu'en soit la nationalité, commerçant avec Israël : c'est le « boycott secondaire » qui institue la pratique des « listes noires » des sociétés avec lesquelles les pays arabes ne doivent pas commercer. Le « boycott tertiaire » concerne les sociétés qui commercent avec celles touchées par le boycott secondaire. Enfin, le « boycott quaternaire » est appliqué aux entreprises dont les dirigeants sont, suivant la terminologie de la Ligue, des « soutiens d'Israël », ou d'« orientation sioniste ». Le CCB avait initialement pour charge de mettre à jour tous les six mois une « liste noire » des firmes israéliennes (boycott primaire) ou de compagnies d'autres pays ayant des relations avec Israël (boycott secondaire).
En 1972, le Bureau central du Boycott identifiait neuf raisons devant soumettre une société au boycott secondaireDeon Geldenhuys, Isolated states : a comparative analysis, p. 302 dont, notamment avoir une unité de fabrication ou d'assemblage en Israël, produire en partenariat avec une société israélienne liée par un contrat de licence ; participer au capital d'entreprises israéliennes ; prendre part à des activités de prospection de ressources naturelles sur le territoire israélien.
Jusqu'à la fin des années 1970, le boycott fut appliqué et respecté par tous les membres de la LigueAinsi des produits comme le Coca-Cola n'étaient pas distribués dans les pays arabes ; à l'inverse, Pepsicola et MacDonald qui avaient choisi d'être présents dans les pays arabes, n'avaient pas d'activité en Israël.. L'Égypte fut le premier pays à renoncer au boycott en 1980Cela n'advint pas immédiatement à la signature du Traité de paix israélo-égyptien : l'Égypte traîna les pieds et les diplomates israéliens durent multiplier les demandes. (Cf. Ephraïm Dowek Vingt ans de relations égypto-israéliennes, 1980-2000 : malgré tout, c'est la …. Le , les pays du Conseil de coopération des États arabes du Golfe décidèrent de n'appliquer que le boycott primaireConstance A. Hamilton, Effects of the Arab League Boycott of Israel on U. S. Businesses. La Jordanie - qui maintenait des relations commerciales depuis 1967 avec la Cisjordanie occupée - et l'Autorité palestinienne abandonnèrent le boycott en 1995. Enfin, en 2005, l'Arabie saoudite et Bahreïn mirent fin à leur participation au boycott afin de se mettre en conformité tant avec les lois des États-Unis qu'avec les règles de l'Organisation mondiale du commerce. En 2008, seuls le Liban, la Syrie et l'Iran avaient encore recours au boycottCris E. Toffolo, The Arab League,Infobase Publishing, 2008.
Après l'accord de normalisation entre Abu Dhabi et l'État hébreu annoncé le , le président des Émirats arabes unis, cheikh Khalifa ben Zayed Al Nahyane abroge le « le boycott d'Israël ainsi que les sanctions en découlant »..
Effets À la suite de la guerre du Kippour de 1973, tous les pays arabes producteurs de pétrole décidèrent un embargo pétrolier à l'encontre des États-Unis et des pays soutenant l'État d'Israël, ce qui entraîna une très forte augmentation des prix du pétrole. Ce premier choc pétrolier, qui entraîna des ressources financières et un pouvoir économique importants dans les pays arabes - du moins ceux producteurs de pétrole -, ne fut pas sans conséquence concernant le boycott : dans une situation économique difficile, les sociétés qui auparavant ne se souciaient guère d'être présentes sur la liste noire du Bureau du Boycott, s'inquiétèrent désormais des conséquences commerciales d'une telle inscriptionConstance A. Hamilton, Effects of the Arab League Boycott of Israel on U. S. Businesses, DIANE Publishing, 1994..
En 1972, le Bureau Central du Boycott révéla que sociétés avaient pu figurer sur la liste depuis la mise en place du boycott. En 1977, sociétés y auraient figuré ; en 1984 c'était sociétés ou individus. À l'inverse, en 1977, ce serait sociétés qui auraient choisi de respecter les dispositions du boycott tandis que 600 autres auraient été amenées à cesser toute activité en Israël. Parmi les pays industrialisés, le Japon était alors le pays qui se soumettait le plus au boycottPar Deon Geldenhuys,Isolated states: a comparative analysis, 303..
Les entreprises évitaient de dévoiler les pratiques de boycott auxquelles elles étaient sujettes ; des affaires impliquant la Banque Rothschild, les Galeries Barbès, L'Oréal (du fait de son rachat de la marque de cosmétiques Helena Rubinstein) mais aussi Shell ou Siemens témoignent de la réalité de la contrainte.
Paradoxalement, les agrumes produits à Gaza étaient eux aussi soumis au boycott des pays arabes dans les années 1970. Avec l'arrêt des relations commerciales entre l'Iran et Israël (et ses territoires occupés) après la révolution iranienne, ce boycott participa au déclin de cette culture et à l'appauvrissement de la Bande, dont les possibilités de développement étaient largement entravées par IsraëlJean-Pierre Filiu, Histoire de Gaza, Paris : Fayard, 2024. Collection « Pluriel histoire », , 279..
Réactions occidentales Israël créa un Bureau anti-boycott en 1960, qui fut fermé en 1971 au motif que le boycott était alors inefficace. Cette structure fut ressuscitée en 1975 sous le nom de Autorité contre la Guerre économiqueConstance A. HamiltonEffects of the Arab League Boycott of Israel on U. S. Businesses.
En , la publication par le sénateur américain Frank Church d'une liste de 14 sociétés « blacklistées » marqua le début d'une prise de conscience aux États-Unis ; des révélations concernant les agissements complices de certaines administrations américaines firent également scandalecf Mitchell Geoffrey Bard, The water's edge and beyond: defining the limits to domestic influence on …. Un amendement introduit en 1977 dans lExport Administrative Act rend illégal au niveau fédéral le boycott ou la participation à un échange incluant le boycott de l'État d'Israël pour les citoyens américainsAntiboycott Compliance, Bureau of Industry and Security ; La première réaction vint - sans aucun effet - du département d'État le 22 mai 1956 ; sollicitée par l'AIPAC en 1964 et 1965, l'administration Johnson ne se résolut pas à légiférer dans la crainte et des réactions du monde arabe et des mesures auxquelles les États-Unis pouvaient être exposés du fait de leurs embargos sur Cuba, la Chine populaire, le Vietnam et la Corée. Jusqu'en 1977, l'arsenal législatif reposait sur l'Export Control Act de 1949 tel qu'amendé, de façon peu efficace, en 1965 puis en 1969. (Cf. Mitchell Geoffrey Bard, The water's edge and beyond: defining the limits to domestic influence on …. Les amendements de 1977 furent repris par l'Export Administration Act de 1979 qui reconduit à deux reprises inspira l'Executive Order 12924 pris le 20 août 1994 par le président Bill Clinton. En 1976, une modification de la législation fiscale (Tax Reform Act) cherchait déjà à empêcher les sociétés de recourir au boycott.
Le 7 juin 1977, est votée en France la loi 77-574 dite loi « anti-boycottage ». La République fédérale d'Allemagne et les Pays-Bas, mais également la Belgique et le Luxembourg, légiférèrent aussi en ce sens. Cependant, aucune de ces lois ne fut aussi détaillée ou contraignante que la loi américaine. Le gouvernement japonais, s'il se déclara opposé au boycott, affirma qu'il n'était pas dans ses attributions d'interdire aux sociétés japonaises de se conformer au boycott.
Le 16 novembre 1993, le Parlement européen prit officiellement position par la voie de deux résolutions (A3-0322/93 ;A3-0239/93)Philippe VelillaLes relations entre l'Union européenne et Israël: droit communautaire et ....
Boycott, désinvestissement et sanctions vignette|Affiche du parti socialiste suédois appelant au boycott contre Israël : « Refusez de financer l'occupation, boycottez Israël » (2005)