Henri Bernard, né le à Bruxelles et mort le à Schaerbeek, est un officier dans l'armée belge, résistant et professeur à l'École royale militaire. Il est principalement connu comme historien militaire. En 1986, le roi Baudouin lui a conféré le titre de baron.
Biographie Famille Henri Bernard est le fils de Léopold Bernard et de Clémence Dewez. Formé à l'École militaire, son père se distingue à la bataille de Liège et est blessé aux sorties d'Anvers et à l'Yser. En mai 1915, l'état-major de l'armée exige que la brigade qu'il commande lance une attaque qu'il estime inutile et coûteuse en hommes. Celle-ci échoue et le commandement lui est retiré. Il est alors mis à la retraite à sa demande. Il meurt en 1928 avec le grade de général-major honoraire.
En 1923, Henri Bernard épouse Anne Bougard, dont il aura deux fils et une fille (Henri, Jean et Sylvianne).
Jeunesse Après ses études primaires (à Wavre et à Bruxelles), Henri Bernard commence ses études gréco-latines au Collège Saint-Michel et les termine à l'Institut Saint-Louis en 1918. Entre 1908 et 1913, il accompagne souvent son père quand celui-ci rend visite au lieutenant-général Leman, commandant de l'École militaire et futur défenseur de Liège, ou au lieutenant-colonel Jacques, commandant en second de l'École. En 1917, durant l'occupation allemande de la Belgique, Henri Bernard est un distributeur du journal clandestin La Libre Belgique, en dépit des peines sévères comminées par l'occupant. Il reçoit, en 1919, la médaille civique de première classe 1914-1918 comme agent reconnu de la presse clandestine.
Activités militaires L'officier La carrière militaire de Henri Bernard commence le , lorsqu'il entre comme volontaire au régiment de grenadiers. Promu sous-lieutenant le , il est désigné pour le régiment de Ligne. Entre le et le , il suit les cours de l'École militaire, section « artillerie et génie » ( promotion). Entre-temps promu au grade de lieutenant (le ), il rejoint alors le régiment du génie à Namur. Capitaine le , il passe en août au régiment des troupes de transmissions à Vilvorde. Le , il entre comme élève à l'École de guerre et est breveté d'état-major le . Il est désigné le comme chargé de cours de géographie à l'École de Guerre. Tout en conservant cette charge, il retourne le au régiment des Troupes de Transmissions. À partir du , il est chef du bureau à l'état-major du corps d'armée. Le , il passe dans la subdivision de capitaine-commandant.
Le , il est désigné comme chef de la section Travaux de la Direction du Génie et des Fortifications (4 DGnF), chargée de construire la position Koningshooikt-Wavre sur laquelle l'armée livrerait bataille avec ses alliés en cas d'invasion allemande. Cette ligne de défense devait être prolongée jusqu'à la position fortifiée de Namur. On travaille d'arrache-pied au point que la position est solidement établie le . Jusqu'au 15, Bernard parcourt la position sous les bombardements et coordonne l'achèvement des travaux. Il assure enfin le repli de ses unités, quand la position doit être évacuée par suite de l'effondrement du front français entre Dinant et Sedan. Le 18, il remplace le commandant de la 4 DGnF appelé à d'autres fonctions. Il reçoit l'ordre de la conduire en France ; elle arrive à Montpellier le et y est dissoute. Il est alors attaché au cabinet du lieutenant-général Denis, ministre de la Défense nationale, qui s'établit à Villeneuve-sur-Lot. Le moral de Bernard reste élevé. Malgré les revers de la Belgique et de la France, il croit en la victoire finale. Le , il fait ses adieux au général Denis et retrouve sa famille à Bruxelles le 30.
Le résistant Avant de se lancer dans la clandestinité, il doit avoir une occupation qui lui serve de couverture. Il la trouve à l'Office des travaux de l'armée démobilisée, qui a été créé par les secrétaires généraux Oscar Plisnier et Alexandre Delmer , et emploie des militaires de carrière ayant échappé à la captivité. Bernard explique en toute confiance ce qu'il veut entreprendre au colonel Goethals, ancien attaché militaire à Berlin, qui l'approuve et lui permet de travailler à mi-temps sous les ordres du colonel Deleval ; celui-ci fermera les yeux car il a compris.
Il ne tarde pas à rencontrer le colonel de réserve Robert Lentz et le major médecin de réserve André qui ont commencé à regrouper clandestinement des hommes sûrs mais ne s'occupent pas de renseignement. Par eux, il est mis en rapport avec Georges Leclercq, fonctionnaire au ministère de la Justice, et avec André Cauvin, avocat et cinéaste. À trois, ils fondent le service de renseignement "Luc" et l'étendent au point qu'il comptera plus de mille membres fin décembre 1941, répartis dans toute la Belgique. Un service de courrier amène de province les renseignements à Bruxelles où ils sont examinés, recoupés, confrontés, triés. Le problème est de les faire parvenir en Angleterre. Un début de solution est trouvé le , jour où Bernard reçoit un envoyé du réseau belge "Benoît" établi à Limoux, près de Carcassonne. Il s'ensuivra que des courriers venus de Limoux arriveront périodiquement à Luc qui enverra ses propres courriers; des renseignements pourront ainsi être acheminés vers Londres. Les courriers de Luc emmèneront aussi en France non occupée, à destination de l'Angleterre ou du Congo, de nombreuses personnes désireuses d'y servir. Bernard participe plusieurs fois à ces évasions. Au début de l'été 1941, on lui amène un parachutiste arrivé d'Angleterre. Celui-ci vient faire l'inventaire des réseaux de renseignement existant, leur donner des directives, des conseils de sécurité. Il apprend à Bernard que les messages de Luc arrivent régulièrement depuis février en Angleterre. Cette visite entraînera un grand progrès dans le rendement des réseaux.
Le , il reçoit la visite de Jean Cassart, son camarade de la promotion artillerie et génie. Parachuté d'Angleterre, envoyé par le Special Operations Executive (SOE), Cassart transmet à Bernard des directives de Londres, dont l'une est d'entreprendre et intensifier le sabotage militaire à l'aide du matériel qui sera parachuté. Bernard fusionne des groupes de Luc et de la Légion belge (qui deviendra l'Armée secrète); il organise ainsi plusieurs actes de sabotages qui réussissent. Mais des jours plus dangereux s'annoncent car un traître s'est infiltré dans Luc; une trentaine de ses agents et des membres de la Légion sont arrêtés. Luc changera de nom et deviendra "Marc" qui se consacrera exclusivement au renseignement.
Londres Il devient urgent que Bernard s'évade. Sa femme doit l'accompagner car elle a couru de grands risques en l'aidant dans ses actions clandestines. À la mi-, ils quittent la Belgique en emmenant leur fille Sylvianne qui a neuf ans (un des plus jeunes évadés de Belgique). Commence alors leur odyssée qui durera plus de trois mois: ils arriveront non sans péripéties en France non occupée et franchiront les Pyrénées en plein hiver. Ils quittent Lisbonne par hydravion et arrivent le en Irlande. Ils sont à Londres le lendemain et s'y installent.
Le , Bernard devient chef de la section du ministère de la Défense nationale du Gouvernement Pierlot IV. Elle s'occupe de la résistance armée en Belgique et travaille en étroite collaboration avec le Special Operations Executive (SOE). Ayant acquis une grande expérience dans la lutte contre l'occupant, Bernard était tout désigné pour la tâche qu'il doit assumer. Il est de ceux qui, en juillet, accueillent le capitaine-commandant BEM Charles Claser, créateur, dès , de la Légion Belge. Claser s'est rendu à Londres pour recevoir du Gouvernement des directives pour les opérations futures de la Légion. Il est accueilli plutôt froidement par le Gouvernement, influencé par des personnalités politiques exilées qui considèrent la Légion comme un mouvement d'extrême-droite qui songerait moins à combattre l'occupant qu'à établir un régime "fort" à la libération. Bernard sait que cela est faux; il n'hésite pas à rédiger une note cinglante de mise au point qui lui vaut d'être rétrogradé au rang d'adjoint à son successeur. Il assume cette fonction du au . Après cette date, ses activités changent. Il effectue des stages dans les écoles britanniques du SOE, puis dans les grandes unités au cours de manœuvres préparatoires au second front. Dans les mois précédant le 6 juin 1944, il dispense de nombreux cours aux futurs officiers de liaison belges et britanniques, sur la géographie de la Belgique (qu'il connaît bien pour avoir enseigné la géographie militaire à l'École de Guerre) et sur la Résistance. Il est commissionné major à la date du .
La libération Le , il quitte la Grande-Bretagne en avion, en qualité de chef d'état-major de la Mission militaire belge auprès du Commandement supérieur interallié (SHAEF). Le lendemain, il retrouve ses fils: Henri qui s'est engagé à la Royal Navy et Jean qui est devenu parachutiste du Special Air Service (SAS); parmi les frères d'armes de ce dernier, le sergent Hubert de Mûelenaere qui épousera plus tard Sylvianne, la fille d'Henri Bernard.
Devenu chef d'état-major de la 1ère brigade Libération, il est détaché à la 52th Division qui combat sur le front d'Allemagne. Avec elle, il prend part à la bataille de la Reichswald. Vers le , il retourne à la brigade Libération. Au début avril, celle-ci est envoyée sur le front des Pays-Bas. Il est malheureusement victime d'un accident le , ce qui le privera de participer aux opérations de la brigade jusqu'au jour du cessez-le-feu. Après quelques semaines de convalescence, il reprend du service à l'Inspection générale des troupes, passe ensuite au Centre de renfort et d'instruction et commande l'École de perfectionnement de Boitsfort. Ainsi s'achève sa carrière militaire proprement dite.
Activités d'enseignement Le professeur Le , il est désigné comme chargé de cours à l'École royale militaire - qui vient de rouvrir ses portes - pour y enseigner l'art militaire, la tactique générale, l'histoire militaire et la géographie. Il est major le . Le , il est nommé professeur d'histoire militaire et promu lieutenant-colonel le . Il est colonel le . Le , sa démission est acceptée. Il passe avec son grade et son ancienneté dans les cadres de réserve. Il est nommé professeur civil à l'École royale militaire. Le , il cesse par limite d'âge de faire partie des cadres de réserve. Ajoutons qu'il a été aide de camp du prince régent Charles de Belgique, en 1948 et en 1950. En qualité de membre de l'Armée secrète, il a été reconnu comme "agent de renseignement" avec le grade de capitaine et nommé "major de la Résistance".
Quand il devient chef de la chaire d'histoire militaire à l'École royale militaire, il est animé par le vif intérêt qu'il a toujours porté à cette science. Il a beaucoup appris en combattant au grand jour et dans l'ombre; il est fort de l'expérience qu'il a acquise comme professeur à l'École de Guerre, expérience mise à profit durant les mois qui ont précédé le débarquement. Aussi va-t-il rénover l'enseignement de l'histoire militaire en l'enchâssant dans l'histoire générale, en en dégageant la philosophie plutôt que les faits. En témoignent De Marathon à Hiroshima (3 vol. et 3 atlas, 1949), Par la paix armée vers la guerre totale. Compléments d'histoire contemporaine (1951) et Leçons d'histoire militaire (2 vol. et 2 atlas, 1952). Ajoutons-y Des séismes nationaux aux éruptions mondiales. Compléments d'histoire contemporaine (1954), La guerre et son évolution à travers les siècles (2 vol. et 2 atlas, 1956-1957), Guerre totale et guerre révolutionnaire (3 vol. et 3 atlas, 1965-1968). De nombreuses générations d'officiers ont, grâce au professeur Bernard, bénéficié d'une solide formation historique.
L'historien La campagne de 1815 ou la faillite de la liaison et des transmissions (1954) est une contribution intéressante à l'histoire de cette campagne en Belgique. Européen convaincu, le professeur Bernard écrit Terre commune, Histoire des Pays de Benelux, microcosme de l'Europe