thumb| à Oxford, autrefois appelée
est un nom de rue des villes et cités d’Angleterre commun au cours du Moyen Âge. Il semblerait qu’il provienne de la pratique de la prostitution, puisque les noms de rues médiévales évoquaient souvent une fonction ou une activité économique de la rue. La première attestation de Gropecunt remonte à environ 1230, et semble un terme dérivé de grope (« tâter ») et cunt (terme, maintenant vulgaire, pour désigner la vulve). Les rues portant ce nom sont situées le plus souvent dans les secteurs où la circulation semble avoir été importante.
Bien que le nom fût auparavant fréquent dans toute l’Angleterre, il fut peu à peu remplacé par des versions moins « offensantes » tel que le Grape Lane (« Le passage du raisin »). La dernière Gropecunt Lane, comme nom de rue, a été enregistrée en 1561.
Toponymie Le terme connaît plusieurs variations comme Gropecunte, Gropecountelane, Gropecontelane, Groppecountelane et Gropekuntelane. L'expression était au Moyen Âge répandue pour qualifier ce genre de lieux, mais la totalité de ces appellations a depuis été remplacée par des versions déformées. Dans la ville de York, le nom de Grapcunt Lane, signifiant « tripoter » en vieil anglais, est devenu Grape Lane, grape ayant le sens de « raisin » en anglais.
La première utilisation de grope pour désigner le fait de tripoter avec une connotation sexuelle apparaît en 1380. Le mot cunt pour désigner la vulve est attesté depuis 1230. Il proviendrait du vieux norrois kunta, mais l’étymologie exacte demeure inconnue.
Prostitution thumb|Une carte de 1720 des quartiers de et de dans une édition du de John Stow de . Les tracés de trois voies disparues sont en bleu, avec à gauche, au milieu, et à droite.
L’ indique à son entrée pour cunt que la première rue enregistrée sous l’appellation de Gropecuntlane l’a été aux environs de 1230. Angus McIntyre précise pour sa part que la prostitution organisée était bien établie à Londres au milieu du . Bien qu’initialement circonscrite à Southwark dans le sud-est de l’agglomération, elle s’est par la suite étendue à d’autres quartiers comme Smithfield, Shoreditch, Clerkenwell, ou Westminster. Sa pratique était tolérée par les autorités, et plusieurs exemples historiques montrent que la question était traitée par voie législative plutôt que par la censure. En 1393, les autorités de Londres ont ainsi limité l’activité des prostituées à la rue de Cocks Lane. En 1285 le lieu d’exercice des prostituées de Montpellier en France fut aussi limité à une seule rue.
Le fait de nommer les rues en fonction des activités qui s’y pratiquaient ou de leurs fonctions était répandu au Moyen Âge. En Angleterre des noms de rues comme ou pouvaient indiquer la présence de bouchers, la présence de professionnels liés au métiers de l’argent, ou la présence de poissonniers. La prostitution était elle aussi présente dans cet aspect de la culture urbaine du Moyen Âge. Ainsi dans , John Stow décrit en 1598 une rue du nom de nommée ainsi . Mais le terme de reste l’allusion la plus évidente aux activités pratiquées dans ce genre de rues.
Évolutions de l’appellation thumb|left|Plan d’Oxford par John Speed, 1605. est en bleu.
Le définit le mot comme étant la partie extérieure des organes génitaux féminins, et note que son emploi est limité par un tabou qui touche aussi d’autres mots se rapportant au même sujet. Au Moyen Âge le mot n’avait qu’une connotation vulgaire, ayant été utilisé dans ce sens anatomique depuis au moins le . Dans Le Conte du Meunier, Geoffrey Chaucer écrit (« et l’attrape intimement par l’entrejambe »), et dans la pièce de théâtre Philotus de Robert Charteris, l’auteur mentionne un (« et sa main descend et lui attrape la vulve »).
Le mot ne prend que progressivement le sens obscène qu’il possède aujourd’hui. Dans le que John Garfield écrit en 1660, le mot est appliqué à une femme, spécifiquement à une prostituée : () Dans de Francis Grose de 1785, le mot est défini ainsi : () L’attribution par Grose de l’origine du mot aux Grecs et aux Latins est probablement incorrecte. Son origine remonterait à un terme méditerranéen aujourd’hui inconnu, que l’on retrouverait dans l’égyptien ancien et , signifiant vulve.
Bien que plusieurs des noms des rues médiévales anglaises telles que (« urine puante », ou autre liquide souillé) ou encore (auparavant , signifiant une personne oisive et désordonnée) existent encore de nos jours, certaines appellations ont changé de sens. À Londres, était en connue sous le nom de , puis plus tard comme puis (probablement en raison de la présence de fosses à purin à proximité). , l’une des rues dont on avait conservé à l’identique le nom après le grand incendie de Londres, a été renommée en en 1848 avant d’être absorbée par en . , dont le nom est relié à tort à la prostitution, a été renommée en 1830 en , après que des plaintes ont été exprimées sur le fait que la rue porte le nom d’un type de sous-vêtement. Plus récemment, , le lieu où John Christie tuait ses victimes, a changé de nom pour devenir , et à Londres a été renommée par respect envers Nelson Mandela, car la rue baptisée en l’honneur de l’artiste Henry Courtney Selous pouvait paraître honorer le colonialiste Frederick Courtney Selous.
Le déclin de l’utilisation de ces mots a été de pair avec le déclin de ce type d’appellation pour le nom de rues, à l’exception de Shrewsbury et de Newcastle (où une est mentionnée en 1588), et l’usage de Gropecunt semble être peu à peu passé de mode au . Le recul de son usage dans l’anglais vernaculaire semble être le résultat d’un mouvement de nettoyage progressif de la langue. Ainsi le du de la ville de Wells est devenu , puis au . L’arrivée au pouvoir des élites conservatrices protestantes au , hostiles à la prostitution, a entraîné la fermeture des maisons closes de Southwark à Londres, mettant ainsi fin aux tentatives de règlementation.
Localisation Londres a connu plusieurs rues dénommées , y compris une dans les paroisses de et de Colchirche, entre (« La rue du bordel »), et (« La rue du fouineur de jupes ») à côté de l’actuel quartier de Cheapside. Les premières occurrences du toponyme datent de 1279 sous les formes et .. Ces rues constituaient une partie d’un quartier lié à la prostitution qui semble avoir survécu en dehors de Southwark, où étaient légalement circonscrites ce genre d’activités au Moyen Âge.
right|thumb| à Shrewsbury Cette appellation était aussi utilisée dans d’autres grandes villes anglaises au Moyen Âge, y compris Bristol, York, Shrewsbury, Newcastle upon Tyne, Worcester, Hereford, et Oxford. La de Norwich (actuellement ) était répertoriée en latin sous le nom de , la rue honteuse. En 1230, la de Oxford était connue sous le nom de , plus tard rebaptisée en ou au , puis en au milieu du . Elle a été renommée en 1850 en , avant de retrouver le nom de au . Les villes de Newcastle et de Worcester avaient aussi une à proximité de leurs quais. Dans une étude de 2001 sur la prostitution au Moyen Âge, en utilisant le , l’historien Richard Holt et l’archéologue Nigel Baker de l’université de Birmingham ont étudié les toponymes ayant une connotation sexuelle. L’étude conclut qu’il y a un lien important entre la rue nommée , presque invariablement dans le centre-ville, et la principale place de marché ou avenue de la ville. Cette corrélation suggère que l’activité de ces rues n’était pas limitée aux habitants de ces villes, mais aussi aux visiteurs de passage.
Ces activités commerciales expliquent en partie la relative uniformité de ce toponyme en Angleterre. Des rues baptisées sont ainsi répertoriées dans des villes de marché de petite taille, comme Banbury et Wells, où une rue portant ce nom existait en 1300, et était régulièrement mentionnée dans les documents légaux de cette époque. à Banbury a été répertoriée comme en 1333 et formait alors un important lieu de passage, mais ce nom a été changé en 1410 en . à Whitby a aussi probablement porté le nom de ou de . Une rue du nom de a existé jusqu’en 1561 à Shrewsbury, elle connectait entre elles deux des principales places de marché de la ville. À une date indéterminée, cette dénomination a été abandonnée au profit de . Dans le publié par Thomas Phillips en 1799, l’auteur cite explicitement l’origine du nom de ce lieu, comme celui d’une place , mais dans que l’archidiacre Hugh Owen publie en 1808, l’auteur décrit le lieu comme étant . En raison de cette divergence d’explication, certains guides locaux expliquent ce nom comme .
Notes et références Notes
Références
Voir aussi
Bibliographie
Articles connexes Histoire de la prostitution Maison close Lovers' lane
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