Fernando De Lucia, né le et mort le à Naples, est un ténor et professeur de chant italien.
Issu d'une famille de musiciens, il entre au Conservatoire San Pietro a Majella pour y étudier le basson puis la contrebasse, avant de se consacrer au chant. Il débute en 1885 au Teatro San Carlo de Naples dans le rôle-titre du Faust de Gounod, et mène ensuite une carrière qui le conduit à Madrid, Londres, Vienne, Saint-Pétersbourg, New York et Paris.
Il crée les rôles principaux de quatre ouvrages de Pietro Mascagni — (1891), (1892), (1895) et (1898) — et est connu de son vivant comme interprète du répertoire vériste, en particulier dans le rôle de Canio de .
Il laisse un legs discographique considérable, gravé entre 1902 et 1922 pour la Gramophone Company, la Fonotipia et la maison napolitaine Phonotype. Ces enregistrements lui ont valu une réputation posthume distincte, fondée sur un style orné antérieur au vérisme.
Le , il chante aux obsèques d'Enrico Caruso.
Biographie
Formation
Fernando De Lucia naît à Naples le dans une famille où la musique est une pratique quotidienne : son père joue de la clarinette, son frère du violon.
Il entre au conservatoire San Pietro a Majella pour y étudier d'abord le basson, puis la contrebasse auprès de G. Negri. Doté d'une voix de ténor, il décide ensuite de se consacrer au chant.
Le Dizionario biografico degli italiani indique qu'il fut l'élève de Beniamino Carelli et de Vincenzo Lombardi, et qu'il compléta sa formation en observant au San Carlo des ténors tels que Gayarre, Masini et Stagno.
Débuts
Avant ses débuts scéniques, De Lucia prend part à des concerts privés à Palerme et interprète le de Boito en version de concert à Naples, chez son maître Lombardi. Il y est entendu par Scalise, imprésario du San Carlo à la recherche d'un ténor pour la saison 1885, qui l'engage pour chanter Faust de Gounod.
Il se produit ensuite en Espagne, en Amérique du Sud et dans les théâtres italiens de moindre importance, dans , Dinorah, , Fra Diavolo et .
À l'hiver 1886-1887, il paraît au Teatro Real de Madrid, où il rencontre le baryton Mattia Battistini. C'est à Madrid qu'il est engagé pour ses premières apparitions londoniennes, lors de la saison 1887 de Drury Lane.
Les créations de Mascagni
Le , De Lucia crée le rôle de Fritz Kobus dans de Mascagni, au Teatro Costanzi de Rome, aux côtés de la cantatrice française Emma Calvé.
Il crée ensuite le rôle principal d', troisième ouvrage de Mascagni, au Teatro della Pergola de Florence le , puis celui de à La Scala en 1895 et celui d'Osaka dans , au Costanzi, le .
Londres et New York
En 1893, De Lucia fait ses débuts à Covent Garden dans le rôle de Canio de de Leoncavallo, ce qui l'établit comme l'un des chanteurs favoris de ce théâtre.
Il débute au Metropolitan Opera de New York le , de nouveau dans , donné pour la première fois dans ce théâtre, aux côtés de Nellie Melba et de Mario Ancona. Il y chante également , Don Giovanni, , Faust, Carmen, et , et paraît dans Mignon lors de la tournée du théâtre à Boston et à Chicago. Le Dizionario biografico relève que, contrairement au public anglais, les Américains n'apprécièrent guère son art vocal, et qu'il n'y accomplit qu'une seule saison.
Suite de la carrière
De Lucia chante pour la première fois à Vienne en 1892, à La Scala et à Saint-Pétersbourg en 1895-1896, à Lisbonne en 1899, à Paris en 1905, puis à Monte-Carlo et à Berlin en 1907.
Le , il revient à La Scala pour une série de représentations de de Puccini, sous la direction de Leopoldo Mugnone.
Ses rôles véristes ayant éprouvé sa voix, il réduit ses apparitions scéniques à partir de 1909. Sa dernière représentation a lieu en 1917, dans le rôle-titre de .
Dernières années
Le , lors des obsèques d'Enrico Caruso, De Lucia chante le attribué à Niedermeyer dans l'église San Francesco di Paola de Naples.
Il se retire de la scène en 1922. Il meurt à Naples le .
Répertoire
L'Enciclopedia Treccani situe sa carrière dans le répertoire italo-français.
Les premières années, son répertoire se compose surtout d'ouvrages lyriques : , , , Mignon, Don Giovanni, Dinorah, , , , , L'étoile du nord et , ouvrage dans lequel il est l'un des rares ténors à chanter les deux airs.
Il ajoute dès 1886, puis, à partir de 1891, se tourne vers les ouvrages dramatiques modernes : , , , , Lohengrin, Carmen, , La Navarraise, , Manon, Werther, , et . Le dernier ouvrage qu'il ajoute à son répertoire est d'Giordano, au Teatro Lirico de Milan en 1907.
Créations
+ Rôles créés Date Rôle Ouvrage Compositeur Lieu Fritz Kobus Pietro Mascagni Rome, Teatro Costanzi Pietro Mascagni Florence, Teatro della Pergola 1895 Silvano Pietro Mascagni Milan, La Scala Osaka Pietro Mascagni Rome, Teatro Costanzi
Enregistrements
De Lucia grave près de cinq cents romances, chansons et extraits d'opéra, sur disques Gramophone et Phonotype ainsi que sur cylindres Edison, dont de nombreuses chansons napolitaines.
+ Principales campagnes d'enregistrement Période Firme Lieu 1902-1909 Gramophone Company (G&T) Milan Janvier 1911 Fonotipia Milan 1917-1922 Phonotype Records Naples
Entre les premiers mois de 1903 et le , la Gramophone Company vend disques de De Lucia, particulièrement demandés en Russie.
Pour Phonotype, il enregistre deux opéras complets, et . Exempté du service durant la Première Guerre mondiale et mis à disposition de la nation pour chanter, il grave à Naples des centaines de disques.
Style et réception
De son vivant
De Lucia est connu de son vivant non comme un styliste du bel canto, mais comme un interprète des personnages véristes de Mascagni et de Leoncavallo, et il tire parti de l'engouement européen pour Mascagni du début des années 1890.
Ses débuts londoniens de 1887 passent relativement inaperçus, éclipsés par les débuts britanniques du ténor Jean de Reszke ; son Almaviva du Barbier de Séville, rôle auquel il sera plus tard étroitement associé, est jugé détestable par The Times.
Il est comparé à Caruso, de treize ans son cadet, en raison d'un timbre presque barytonal et d'un aigu limité.
Réputation posthume
Le site History of the Tenor le présente comme le seul ténor à avoir laissé, encore en possession de ses moyens, un ensemble important de disques témoignant du style de l'âge d'or, et relève dans ces gravures une technique de virtuose ainsi qu'un traitement expressif du répertoire de Bellini, de Rossini et de Donizetti.
La notice de la Région Campanie le décrit comme un maître du style fleuri, remarquable dans l'usage des pianissimi, et le tient pour l'un des principaux ténors de grâce de son temps.
Postérité
Le chercheur britannique Michael Henstock lui a consacré un ouvrage, fruit de recherches menées dans les années 1980 sur les journaux conservés à la poste centrale de Naples.
En , pour le centenaire de sa mort, l'Emeroteca Tucci de Naples lui consacre une exposition réunissant une quarantaine de journaux et de périodiques ainsi que des pièces provenant de la collection de Henstock.
Notes et références
Notes
Références
Voir aussi
Bibliographie
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Articles connexes
Pietro Mascagni Enrico Caruso Teatro San Carlo Pagliacci
Liens externes
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