Cette liste des bateaux dans Les Aventures de Tintin recense les noms et les présentations simplifiées des différents navires cités ou représentés dans Les Aventures de Tintin, univers fictif créé par le dessinateur Hergé. Leur grand nombre s'explique par l'omniprésence de l'univers maritime tout au long de la série, et plus encore à partir de l'apparition du capitaine Haddock dans Le Crabe aux pinces d'or en 1940.
Fidèle à sa recherche de réalisme et d'authenticité, Hergé, qui souhaite produire une œuvre exigeante et cohérente, fournit un riche travail préparatoire afin de représenter fidèlement ses navires. Il réunit ainsi une grande documentation iconographique, mais dessine également à partir de maquettes ou de croquis réalisés sur le terrain.
L'univers maritime dans Les Aventures de Tintin
Un décor présent dès la naissance de la série La mer est très présente dans Les Aventures de Tintin, au point qu'un élément maritime figure sur la couverture de cinq albums : L'Île Noire, L'Étoile mystérieuse, Le Secret de La Licorne, Le Trésor de Rackham le Rouge et Coke en stock.. Hergé s'inscrit pleinement dans la tradition littéraire et cinématographique de la seconde moitié du à l'entre-deux-guerres, qui repose sur l'imaginaire collectif occidental pour lequel la mer a longtemps constitué un espace aussi fascinant que redoutéMichel Pierre, « L'appel du large », in .. D'ailleurs, le seul roman que Tintin lit dans ses Aventures est un classique du genre, L'Île au trésor de Robert Louis Stevenson..
Mais dans les premières aventures de la série, et jusqu'au Sceptre d'Ottokar en 1939, Tintin est avant tout un héros voyageur. Il emprunte une multitude de moyens de locomotion et se déplace aussi bien sur terre ou sur mer que dans les airs, dans le seul but d'aller vite et loin, comme le souligne le critique littéraire Philippe Goddin :
Le des Aventures vignette|alt=Tintin, Milou et le capitaine Haddock représentés sur un mur de la ville de Bruxelles.|La rencontre du capitaine Haddock sur le cargo Karaboudjan entraîne Les Aventures de Tintin dans un . Avec Le Crabe aux pinces d'or en 1940, marqué par la rencontre avec le capitaine Haddock, s'ouvre un cycle maritime qui se poursuit avec L'Étoile mystérieuse, Le Secret de La Licorne et Le Trésor de Rackham le Rouge. La mer est alors le décor principal de l'aventure, comme si pour Hergé, le créateur de la série, l'évasion de son héros semblait nécessaire dans le contexte d'occupation allemande de la Belgique pendant la Seconde Guerre mondiale.
C'est à cette période qu'Hergé fait apparaître des navires qui peuvent être considérés comme des personnages à part entière plutôt que de simples bateaux, à l'image de La Licorne ou du Sirius. L'amitié entre Tintin et Haddock, née sur le cargo Karaboudjan, est à ce point déterminante que le héros, qui voyageait jusqu'alors sur des paquebots, ne se déplacera désormais que sur des cargos. Hergé se fait là encore le témoin de son époque, dans la mesure où la Seconde Guerre mondiale met fin au règne du paquebot pour les voyages commerciaux, au profit de l'avion.
Le En 1956, Coke en stock constitue selon Yves Horeau . Dans cet album, où la mer est omniprésente, les bateaux sont si nombreux qu'il s'agit pour l'écrivain d'un véritable . Cet album marque cependant , selon l'expression du professeur agrégé Michel Pierre, dans la mesure où, dans les dernières aventures de la série, Tintin ne prend plus le bateau en mer et n'arpente plus les quais des ports, bien que l'histoire de Vol 714 pour Sydney se déroule sur une île d'Indonésie.
Tout au long de son œuvre, Hergé représente les différentes facettes de l'univers maritime : l'auteur fait évoluer son héros tout aussi bien sur de luxueux navires que dans l'atmosphère sinistre et empreinte de trafics de la marine marchande, mais il évoque également les récits d'aventures et de piraterie ou l'exploration scientifique, sans oublier les catastrophes auxquelles l'imaginaire marin est étroitement lié.
Sources d'inspiration Au milieu des , Hergé accorde de plus en plus d'importance au réalisme de ses œuvres et pour cela, chaque aventure est précédée d'un riche travail de documentation.. Ainsi, la plupart des éléments issus des arts industriels sont parfaitement identifiables, comme le souligne le critique littéraire Philippe Goddin..
Comme le monde de la mer et des bateaux n’est pas familier à l'auteur, il perfectionne son savoir dans ce domaine. À partir de 1935, Hergé est abonné à la revue marine Wandelaer et sur l'eau et fréquente l'écrivain et collectionneur Alexandre Berqueman, pour qui il réalise la couverture d'un ouvrage intitulé Musées belges de la Marine. Par ailleurs, Hergé se rend parfois au parc Ten Reuken, dans la banlieue bruxelloise, pour y observer les passionnés de modélisme..
vignette|gauche|alt=Photographie d'une maquette en bois de navire.|Modèle réduit du Brillant, vaisseau de la flotte de qui a inspiré le dessin de La Licorne. Au début de l'année 1942, il réunit une abondante documentation écrite et iconographique pour préparer la rédaction du Secret de La Licorne, onzième tome de la série. Il s'appuie notamment sur la collection de maquettes du prince Rodolphe de Croÿ et sur des modèles réduits que lui présentent les frères Chauveau, deux antiquaires bruxellois. Parmi ces documents figurent de nombreux croquis de vaisseaux inspirés de ceux de la Marine royale française, bien qu'Hergé n'ait probablement jamais visité le musée national de la Marine de Paris. Il entreprend également une collaboration avec le maquettiste Gérard Liger-Belair, gérant d'un magasin de modèles réduits à Bruxelles, qu'il charge de réaliser une maquette précise de La Licorne afin d'une part, de vérifier la conformité du vaisseau qu'il a dessiné, et d'autre part de le représenter de façon réaliste sous différents angles..
Lors de la préparation de Coke en stock, en 1956, Hergé consulte de nombreux ouvrages, parmi lesquels une édition illustrée des Secrets de la mer Rouge d'Henry de Monfreid, plusieurs numéros de la Revue maritime, ou encore le livre Un sous-marinier de la Royal Navy d'Edward Young. Il embarque également en compagnie de son assistant Bob de Moor pendant quatre jours à bord du cargo Reine-Astrid, qui assure la liaison entre Anvers et Göteborg. Les photos et les croquis réalisés lors de ce court séjour sont utilisés pour dessiner les séquences où les héros naviguent à bord du Ramona. Tous les autres navires de l'album sont eux aussi dessinés à partir de photographies de modèles réels, soigneusement consignées par Hergé dans la documentation qu'il amasse au cours de sa carrière.
Popularité En parallèle de la publication du Secret de La Licorne en 1942, Hergé accède à la demande de Gérard Liger-Belair de réaliser une maquette de La Licorne en vue de la commercialiser dans son magasin bruxellois, Au petit constructeur. Les deux hommes se sont rencontrés en 1938 à la Fédération des scouts catholiques de Belgique dont Liger-Belair était le secrétaire. Avant la guerre, ce dernier avait par ailleurs commercialisé une maquette en bois de balsa du Stratonef H. 22, apparu dans Le Testament de M. Pump, premier volet de bande dessinée des Aventures de Jo, Zette et Jocko, une autre série d'HergéJacques Langlois, « Au petit constructeur », dans ..
Une autre maquette de La Licorne est éditée en 2011, après la sortie du film Les Aventures de Tintin : Le Secret de La Licorne réalisé par Steven Spielberg. Conçue par Pierre-Henri Le Coz, charpentier de marine à Roscoff, elle est fabriquée à dans un atelier au Viêt Nam. La même année, les éditions Hachette lancent une collection en pour construire la maquette du navire, chaque numéro comprenant les éléments du bateau ainsi qu'un livret explicatif., chaîne officielle Tintin, 2011., chaîne officielle Tintin, 2011..
En 1999, une exposition intitulée Tintin, Haddock et les bateaux est organisée à Saint-Nazaire par l'association Les 7 Soleils et présidée par Jean-Claude Chemin. Un album est alors réalisé par Yves Horeau, puis réédité en 2021. Cette même exposition, enrichie et augmentée, se tient sous le titre Mille sabords ! en 2001 au palais de Chaillot, à Paris, à l'initiative du musée national de la Marine et de la Fondation Hergé. L'exposition connaît ensuite plusieurs présentations à l'étranger, comme à Londres, Barcelone, Stockholm ou OstendeJacques Langlois, « Hergé, Hergé, toujours recommencé », dans ..
Recensement des bateaux Les bateaux apparaissant dans Les Aventures de Tintin sont présentés non exhaustivement par ordre alphabétique. Certains d'entre eux ne sont dessinés que dans la version originale en noir et blanc des albums, tandis que d'autres le sont pour les éditions en couleurs. De même, certains navires sont seulement cités par les personnages sans être dessinés.
Plusieurs petites embarcations dessinées par Hergé dans les différents albums ne font pas l'objet d'une présentation détaillée, comme le canot automobile dont le héros s'empare dans Tintin au pays des Soviets, la vedette qu'il emprunte sur le lac Michigan dans Tintin en Amérique, le sampan du Lotus bleu., la pirogue de L'Oreille cassée., la barque à moteur qu'il achète pour rallier L'Île Noire, celle à rames qu'il emprunte pour franchir les douves du château Kropow dans Le Sceptre d'Ottokar, le canot à bord duquel Tintin et le capitaine Haddock prennent la fuite dans Le Crabe aux pinces d'or (inspiré d'une photographie des rescapés du naufrage du paquebot Georges Philippar en 1932), la vedette du Shéhérazade dans Coke en stock, qui est la même que celle empruntée par Tintin et le capitaine dans L'Affaire Tournesol ou encore le sous-marin de poche mis au point par le professeur Tournesol pour explorer l'épave de La Licorne et qui figure sur la couverture du Trésor de Rackham le Rouge.
Bateaux cités et dessinés LAurore est, dans L'Étoile mystérieuse, le navire polaire à bord duquel embarque l'expédition scientifique du FERS (Fonds Européen de Recherche Scientifique) qui cherche à découvrir l'emplacement d'un aérolithe tombé dans l'océan Arctique. Un hydravion figure également à son bord. Dans un entretien accordé à l'écrivain Numa Sadoul, Hergé dit regretter le dessin de ce navire, réalisé sans maquette ni modèle, et qui serait incapable de tenir la mer. Le City of Doodlecastle est un bateau de contrebande d'opium présent uniquement dans la version originale en noir et blanc des Cigares du pharaon. Sa silhouette est celle d'un remorqueurTout comme celle du navire à bord duquel interviennent les agents X33 et X33bis (édition de 1934) puis Dupond et Dupont (édition de 1955).. Il est remplacé dans l'édition en couleurs par un navire d'aspect radicalement différent : le grand yacht motorisé Sereno. Le MS Épomeo est un paquebot à bord duquel Tintin effectue une traversée maritime à destination de Shanghai au début de l'album Les Cigares du pharaon. Il s'agit d'une copie fidèle du Victoria, un navire lancé en 1953 par la compagnie italienne Lloyd Triestino. Long de et capable d'embarquer , il assurait la liaison entre Venise et l'Extrême-Orient. Le nom du navire choisi par Hergé est tiré du mont Époméo, point culminant de l'île d'Ischia, au large de Naples.. Le navire utilisé par le pirate Rackham le Rouge, dans Le Secret de La Licorne, est une galiote, dessinée à partir d'un modèle conservé dans les archives d'Hergé. Elle ne porte pas de nom dans l'album. Sa présence dans la mer des Caraïbes est plutôt inhabituelle car à l'époque où se déroule l'assaut de La Licorne, elle est utilisée comme navire de commerce en mer du Nord. Le Harika Maru est un navire appartenant à Mitsuhirato dans Le Lotus bleu, ancré dans le port de Shanghai, et qui lui sert à transporter de l'opium à destination de Marseille. Le Kentucky Star est un navire aux ordres de la banque Bohlwinkel qui tente de couler l’Aurore dans L'Étoile mystérieuse.