Maurice Southgate (1913-1990) fut, pendant la Seconde Guerre mondiale, un agent secret britannique du Special Operations Executive. De à , il développa le réseau action Hector-STATIONER : couvrant l'Indre, l'Auvergne, le Limousin, etc. son réseau y organisa de nombreux parachutages et sabotages ; avec des implantations à Châteauroux, Limoges, Tarbes, Toulouse, Montluçon, Clermont-Ferrand et une antenne à ParisSource : Jouanneau, ., il instruisit et arma les maquisards ; il accueillit un grand nombre d'agents du SOE envoyés en France pour soutenir la Résistance intérieure en prévision du débarquement. Le , il fut arrêté par les Allemands et déporté à Buchenwald, dont il revint.
Pour E. H. Cookridge, un historien britannique du SOE, « Maurice Southgate, chef né, fut sans doute le meilleur chef de réseauPour « chef de réseau », les Britanniques employaient le mot d’« organizer » (organisateur). qu'ait eu la section française ».
Selon Henri Noguères, « Maurice Southgate est en réalité, en , l'une des pièces maîtresses sur l'échiquier du SOE en France. Il est un des chefs de réseau que l'on cite en exemple à Baker StreetQuartier général de la section F. — et son réseau est, lui aussi, de ceux dont le SOE s'enorgueillit à juste titreHenri Noguères, tome 8, . ».
Identités État civil : Maurice Southgate Comme agent du SOE, section F : Nom de guerre : « Hector » Nom de code opérationnel : STATIONER (en français, PAPETIER) Autres pseudos : Philippe, Maurice Leblanc
Parcours militaire : Army RAF ; grade : Squadron Leader SOE, section F
Pour accéder à des photographies de Maurice Southgate, se reporter au paragraphe Sources et liens externes en fin d’article.
Famille Parents britanniques. Marié deux fois.
Éléments biographiques Premières années 1913. Maurice Southgate naît le à Paris .
Il grandit à Paris. Il finit ses études aux Paris British Schools. Il épouse une Française. Il est fabricant de sièges de grand luxe, tapissier décorateur, dans une maison importante qu'il partage avec un associé.
1938. Au moment de la conférence de Munich de , il se présente à l'ambassade britannique pour y faire ses offres de service, mais on le remercie.
1939. Il recommence et, fin août, il est envoyé à Reims, à la Wing, où il reste environ sept mois. Il est sous-officier.
1940. Il est muté à la , à Nantes. Dans la nuit du , il subit le naufrage du bateau de transport de troupe Lancastria bombardé par des avions allemands, au large de Saint-Nazaire. Repêché par des pêcheurs français, il est ramené en France. Il retourne en Angleterre, où il arrive le 19 au matin. Il va y rester jusqu'en 1943.
1941. Une circulaire passe dans les différentes unités de l'Armée, demandant que les Anglais parlant couramment le français donnent leur nom. Il n'y répond pas.
1942. À Picadilly, il rencontre par hasard un camarade qui revient de France. Southgate lui avouant qu'il s'ennuie, le camarade lui indique la marche à suivre pour être expédié en France. Quelques jours plus tard, il reçoit une convocation au Ministère de la guerre. On lui indique les différentes filières. Il est recruté par le SOE et reçoit une « honorary commission » dans la RAF Volunteer Reserve. AnecdoteSource : Daily Telegraph. : Cela fait partie du folklore du SOE qu'un certain délai administratif soit nécessaire pour un tel transfert de l'Armée vers la RAF. Pendant cette période d'attente, Southgate, qui résidait à Londres avec sa mère, ne savait pas bien à quelle arme il appartenait, et il portait alternativement l'uniforme de l'Armée et celui de la RAF. C'est ainsi qu'un voisin s'étonna un jour auprès de sa mère : « Je n'ai jamais vu vos deux fils sortir ensemble ! » Il suit l'entraînement SOE.
Mission en France
1943 Définition de la mission : Maurice Southgate vient établir le réseau STATIONER, qui doit prendre la suite du réseau TINKER de Benjamin Cowburn « Valérien ». Les consignes sont simples : « ennuyer le boche de toutes les façons, avec le minimum de contrariétés pour les Français ; se garder soigneusement d'entrer en contact avec des groupements politiques français ; continuer la lutte de ses prédécesseurs ; ne pas perdre du temps à faire du renseignement. » Pour démarrer, il dispose de trois contacts : Auguste ChantraineAmi de Max Hymans, Auguste Chanteraine avait réceptionné Benjamin Cowburn. « Octave » dans l'Indre ; à Tarbes28, place Marcadieu., contact personnel dû à des relations d'affaires d'avant-guerre ; la famille Néraud à Clermont-Ferrand37, rue Blatin.. Janvier. Le 25, Maurice Southgate et Jacqueline Nearne sont parachutés à l’aveugle. Ils se rendent à Clermont-Ferrand dans une maison sûre, chez la famille Néraud. Avril. Il organise un parachutage dans les Pyrénées, sur les collines de Sarrouilles, à six kilomètres de Tarbes : au milieu du moisLa date du parachutage varie selon les sources : 13 avril, selon Paturau ; 14 avril selon Boxshall, sheet 30 ; 15 avril, date du parachutage d'Harry Rée indiquée par Boxshall, sheet 23., grâce à l'aide de Charles Rechenmann assisté à la réception par deux paysans, Leduc et Hugue, deux agents sont parachutés, Amédée Maingard « Samuel », qui vient comme opérateur radio de STATIONER, et Harry Rée. Southgate poursuit le développement du réseau, avec pour auxiliaires principaux Auguste Chantraine dans le Nord-Indre, la famille Hirsch à Montluçon et à Toulouse, la famille Néraud à Clermont-Ferrand, Charles Rechenmann à Tarbes et Jacques Dufour dans le sud-ouest, en Dordogne. Alors que les parachutages d’agents et de matériel se multiplient, la pression du travail et les dangers de se faire prendre ne cessent d’augmenter. Septembre. Le 2, la famille Néraud est arrêtée à Clermont-FerrandLa maison des Néraud a été utilisée comme maison sûre, ainsi que pour des réunions générales du réseau STATIONER. Le nom des Néraud avait été souvent donné comme premier contact aux agents qui venaient pour la première fois en France. Parmi ceux-ci : Sydney Hudson, George Jones, Maurice Southgate, Jacqueline Nearne, John Starr « Bob » et Brian Rafferty. Pendant ses recherches, la Gestapo aurait trouvé une valise appartenant à John Starr et contenant et des pièces en or. Néraud fut déporté à Buchenwald, où il mourut le 23 mars 1945. et sa mère furent internées à Ravensbrück, où la mère mourut le . Seule Colette Néraud survécut et fut rapatriée via la Suède en 1945. [Source : Boxshall]. Dans la nuit du 22 au 23, Pearl Witherington « Marie » est parachutée (près de Tendu) pour devenir courrier de STATIONER. Pierre Hirsch « Popaul », qui a été formé par Amédée Maingard depuis juillet comme opérateur radio, est accepté par Londres. Il opère à Montluçon. Southgate obtient de Londres qu'Amédée Maingard soit nommé son « aide de camp ». Octobre. Maurice Southgate est rappelé à Londres pour consultation. Un Lysander le ramène en Angleterre dans la nuit du 16 au Opération : PILOT organisée par Henri Déricourt ; Terrain BRONCHITE près de Tours ; avion Lysander ; équipage : Flight lieutenant Stephen A. Hankey ; personnes amenées (2) : Rémy Clément, Arthur Watt ; personnes remmenées (3) : Maurice Southgate, René Dumont-Guillemet, X. [Source: Verity, ].
1944. Janvier. Dans la nuit du 27 au , Southgate retourne en France, parachuté à Lubbon (Landes). Sa tête a été mise à prix pour un million de francs. Mars. Comme Maurice Southgate n'a pas obtenu la coopération de la direction des usines Michelin pour un sabotage limité et efficace, c'est la RAF qui intervient le : 500 bombardiers écrasent Michelin sous un tapis de bombes. Malheureusement, l'opération se solde aussi par , , 30 maisons détruites et 300 autres endommagées dont 100 gravementSource Ruby, .. Avril. Il fait rentrer sa femme Josette Southgate en Angleterre dans la nuit du 9 au 10Opération : CHAUFFEUR de Maurice Southgate ; appareil : Lysander ; terrain : BILLARD ; pilote : Flt Lt Taylor ; personnes amenées (3) : Lise de Baissac, Philippe de Vomécourt, Arnaud de Vogüe ; personnes remmenées (3) : Jacqueline Nearne, Josette Southgate, M. Régis (ou Savy). Le 15, le chef régional des FFI d'Auvergne, le colonel Émile Coulaudon « Gaspard » établit le contact avec Maurice Southgate, à Montluçon. Résumé des accords entre « Hector » et « Gaspard » (voir détails dans l'article consacré au réseau Hector-STATIONER). Au cours de l'entretien du , « Gaspard » essaye de « vendre » à Southgate le plan « Caïman » dont il connaît, à défaut du nom, les grandes lignes, que l'on appelle déjà le plan Kœnig et qui consiste à créer trois réduits, l'un au mont Mouchet dans les monts de la Margeride où se trouvera l'état-major régional, le second dans la région de Chaudes-Aigues et le troisième au Lioran. Ce plan, il semble que « Gaspard » n'en connaisse que les grandes lignes. Il ignore qu'il est mis en sommeil... et surtout il ne peut deviner le refus qui lui sera finalement opposé par les Alliés — en fait par Roosevelt. Aussi ne cache-t-il pas son adhésion enthousiaste. Refus que Southgate n'imagine pas davantage. Southgate rédige aussitôt, pour ses chefs de Baker Street, un long message demandant tout l'appui nécessaire en armes, en munitions, en moyens de transmission et en personnel d'encadrement. « Gaspard », après avoir ainsi joué à l'apprenti sorcier, a toutefois formulé deux réserves : il a rappelé que, désormais, tout ce qui s'adresse à la Résistance française doit passer par l'état-major de Kœnig. Et, pour respecter les structures internes de la Résistance, il subordonne l'accord définitif à une très prochaine réunion du Comité Régional de Libération de R6. Le mois d'avril ne s'achève d'ailleurs pas sans qu'une première initiative prise par le SOE soit interprétée en Auvergne comme apportant la confirmation de l'accord Coulaudon-Southgate : c'est l'arrivée, dans la nuit du 28 au , des deux premiers éléments du réseau FREELANCE, le major John Hind Farmer « Jean » et le lieutenant Nancy Fiocca-Wake « Andrée ». Le troisième membre de la mission, le capitaine Denis Rake devant les rejoindre à la lune suivante. Quant au Comité Régional de Libération, il se réunit le , et approuve le plan proposé. Avril (suite). Southgate est surmené. Durant ce mois d'avril, il a fait 28 opérations d'agents, ainsi que des parachutages sur ses 19 terrains personnels. Il est aussi soucieux en raison des « histoires de partis politiques ». Le , à Châteauroux, un capitaine AS a été arrêté. Southgate estime qu'il est plus sage d'aller à Montluçon pour deux ou trois jours. Il y arrive exténué.
Mai. Le au matin, un de ses amis vient le prendre pour aller chez lui afin d'y rencontrer un homme et une femme parachutés le même matin à 2 heures.
[Les personnes évoquées dans ce récit, sont les suivantes : le narrateur est Nancy Wake, courrier du réseau FREELANCE du SOE. Elle a été parachutée dans la nuit du 29 au , avec Hubert ; Hubert est le nom de guerre de John Hind Farmer, chef du réseau FREELANCE ; Hector est le nom de guerre de Maurice Southgate, chef du réseau STATIONER ; Gaspard est le pseudo d'Émile Coulaudon, chef du maquis d'Auvergne. Le village de Cosne-d'Allier est situé à quelques kilomètres au nord-est de Montluçon.]
Hubert et moi fûmes parachutés près de Montluçon. [...] Soulagés d'avoir pu atterrir sains et saufs, nous fûmes conduits à un village, Cosne-d'Allier, où nous devions loger chez des sympathisants jusqu'à l'arrivée de notre contact. Le deuxième matin, notre hôtesse me proposa d'aller faire un tour au village. C'était une journée ensoleillée et j'acceptai, contrairement à Hubert, encore sous la tension nerveuse des quarante-huit heures précédentes.