Sarah, initialement Saraï (en hébreu : et « princesse »), est un personnage du livre de la Genèse.

Épouse d'Abraham réputée pour sa beauté, mère d'Isaac à un âge avancé, rivale de sa servante Agar et de son fils Ismaël, elle est une figure majeure des religions abrahamiques et compte au nombre des quatre matriarches bibliques.

La tradition rabbinique, qui l'assimile à Yiska et en fait une nièce d'Abraham, la considère comme une prophétesse supérieure à ce dernier et loue tant sa beauté que son hospitalité.

Récit biblique

Genèse L'épouse d'Abram Saraï est mentionnée pour la première fois dans le chapitre 11 de la Genèse où elle est présentée comme l'épouse d'Abram, fils de Terah, sans que le texte ne lui attribue ni origine ni parenté précises :

Dans les chapitres suivants, elle apparaît dans le cadre des tribulations de son époux voyageant avec lui à Harran (Gn 11:31) et vers la terre de Canaan (Gn 12:5), puis en Égypte (Gn 12:11-20), demeurant à ses côtés lorsqu'il se sépare de Lot (Gen. 13) puis durant les guerres impliquant celui-ci (Gn. 14).

Il faut attendre le seizième chapitre pour que Saraï prenne une part active aux évènements : afin de pallier son infertilité, Saraï propose à Abram d'avoir des relations intimes avec sa servante égyptienne Agar afin qu'elle lui donne un enfant, qu'elle pourrait considérer comme sa propre descendance. Mais une fois Agar enceinte, Saraï la traite durement et la servante est expulsée dans le désert, où YHWH lui enjoint de retourner se soumettre à sa maîtresse. La servante enfante alors Ismaël (« Dieu entend »).

Alors qu'Abram et Saraï, âgés respectivement de 100 et , sont devenus bien trop vieux pour avoir des enfants, YHVW réitère la promesse faite de descendance (Gn 17), changeant le nom d'Abram en Abraham et celui de Saraï en Sara(h), lui promettant sa bénédiction et une destinée spéciale :

À cette nouvelle, la réaction d'Abraham est de rire (Gn 17:17), une réaction similaire s'emparant de Sarah lorsqu'elle entend plus tard à son tour de la bouche de mystérieux visiteurs venus informer Abraham qu'elle donnera naissance à un fils (Gn 18:1-15). C'est pourquoi lorsque l'héritier tant attendu voit le jour (Gn 21), il est prénommé Isaac, ce qui signifie « rire ». Ensuite, Sarah la matriarche, voyant Ismaël le fils d'Hagar jouer avec le jeune Isaac, en prend ombrage et, entendant protéger l'héritage de ce dernier qu'elle se refuse de voir partagé, fait chasser sa servante et son fils au désert. Elle est soutenue dans sa démarche par YHWV auprès d'un Abraham réticent, enjoignant à ce dernier d'écouter tout ce que lui dira Sarah (Gn 21:12) « car c'est par Isaac que viendra ce qui sera appelé [sa] descendance descendance qui te sera propre ».

Sarah meurt à l'âge de à Qiriath-Arba, « c'est-à-dire Hébron en Canaan » (Gn 23), et Abraham achète au Hittite Héphron la grotte de Makpéla, ainsi que les champs avoisinant, où il établit le tombeau de son épouse, assurant en outre à sa descendance un lieu de sépulture en terre de Canaan. Après la mort de Sarah, Abraham prend une autre épouse, Ketourah (Gn 25:1) tandis que c'est en épousant Rébecca (Gn 24:67) qu'Isaac trouve du réconfort après la mort de sa mère.

En dehors de la Genèse, Sarah n'est plus mentionnée qu'à une seule reprise dans la bible hébraïque, dans le livre d'Isaïe (Is 51:2) en tant qu'ancêtre du peuple d'Israël.

« Sœur » d'Abram vignette|Abimélech restituant Sarah à Abraham, huile sur toile d'Elias van Nijmege, 1731, Musée de Rotterdam. La Genèse ne mentionne pas le nom des parents, la généalogie ou le pays d'origine de Saraï. Elle apparaît seulement en qualité d'épouse d'Abraham. En outre, si elle est présentée en Genèse 20:12 comme la demi-sœur d'Abraham, fille de son père Térah mais pas de sa mère, cette information est difficile à concilier avec le passage Genèse 11:31, issue d'une autre source documentaire, qui identifie Sarah comme la belle-fille de Térah.

Quoi qu'il en soit, dans deux épisodesEn Genèse 12:10 à 13:1, lors de la rencontre avec Pharaon, roi d'Égypte, et Genèse 20, lors de la rencontre avec Abimélec, roi des Philistins., et pour des raisons discutées par les exégètes, Abraham, au prétexte que sa propre vie soit préservée, demande à son épouse de se faire passer pour sa sœur et la présente comme telle.

Dans un premier épisode, poussé par la famine, Abram quitte le pays de Canaan avec sa maisonnée pour se rendre en Égypte. Sachant que Saraï est d'une grande beauté et craignant que le Pharaon ne le tue pour être avec elle, Abram demande à Saraï de dire au pharaon qu'elle est sa sœur, afin d'être bien traité. Le pharaon emmène Saraï dans son palais pour la prendre pour femme et offre de nombreux cadeaux et marques de distinction à Abram. Mais quand il se rend compte que la malédiction est tombée sur sa maison parce que Saraï est l'épouse d'Abram, il exige qu'ils quittent l'Égypte sur le champ.

Plus tard, dans un épisode parallèle au précédent, Abraham et Sarah se déplacent à nouveau vers le sud, au pays philistin de Guérar. Là, Abraham dit de nouveau que Sarah est sa sœur, de nouveau Sarah est emmenée à la maison du roi Abimélech et de nouveau, Dieu punit le roi et sa maison. Cette fois, Dieu envoie un avertissement sous forme de rêve à Abimelech, qui l'empêche de toucher à Sarah. Ce dernier rend Sarah à Abraham et leur donne des cadeaux.

Ces épisodes ont donné lieu à bien des interprétations sur les liens unissant Sara et Abraham au-delà de leur union matrimonialevoir notamment et ..

Nouveau Testament Le traitement le plus approfondi de Sarah dans le Nouveau Testament, bien qu'elle n'y soit pas nommée, se trouve dans l'Épitre aux Galates (4:21-31) rédigé par Paul de Tarse. Ce dernier utilise Sarah et Agar comme figures allégoriques pour prédire le remplacement du judaïsme par le christianisme : représentée par « la femme libre » (Sarah), la nouvelle alliance promise à ceux qui ont foi en Jésus-Christ s'oppose à l'ancienne alliance de la loi au Sinaï, représentée Hagar, la « femme esclave ».

Ailleurs, l'auteur de la première épître de Pierre (3:5-6) présente Sarah comme un modèle pour les femmes d'acceptation de l'autorité de leurs maris : « 5 Ainsi se paraient autrefois les saintes femmes qui espéraient en Dieu, soumises à leurs maris, 6 comme Sara, qui obéissait à Abraham et l'appelait son seigneur ». Enfin, deux passages tirés de l'Épître aux Romains et et un de l'Épître aux Hébreux rappellent en mentionnant Sarah la foi d'Abraham dans la promesse que Dieu lui a faite.

Exégèses

Son nom

Étymologie Selon la plupart des chercheurs contemporains, Saraï (שָׂרַי) et Sarah (שָׂרָה) proviennent de la même racine SRR, les deux signifiant « princesse » ou « femme importante ». Il est possible que le terme soit lié à l'akkadien Šārrat qui est l'une des désignations de la déesse assyrienne de la lune Ishtar. Le mot hébraïque שר (sar) est connu dans d'autres langues sémitiques telles que šarru en akkadien, la racine šr signifiant « prince », « roi » ou « souverain » dans les langues sémitiques du Nord-Ouest, avec une connotation positivecf. ; . La théorie d'un glissement sémantique depuis « ma princesse » vers « princesse » parfois évoquée n'a pas de fondement linguistiques, les deux graphies Saraï et Sarah ne constituant qu'une variante orthographique.

Midrash Les sages juifs ont proposé plusieurs explications midrashiques pour son changement de nom de Saraï à Sarah, par exemple qu'elle a obtenu le remplacement de la petite lettre י / yod (à la fin de Saraï) par la plus grande lettre ה / He (à la fin de Sarah) en raison de ses bonnes actionsמכילתא דרבי ישמעאל (Michilta Darbi Ishmael).

Tradition juive vignette|Cénotaphe de Sarah dans le Caveau des Patriarches à Hébron.

Aggada Les commentaires et enseignements rabbiniques de la aggada concernant Sarah l'identifient à Yiska ou Iscah (Gn 11:29), fille d'Haran, en faisant donc la nièce d'Abraham et développent ses qualités pour un faire un personnage important, insistant sur sa grande beauté, ses dons de prophétesse et son hospitalité, sans qu'elle soit exempte de certains reproches..

Par ailleurs, l'identification par Abraham comme « la fille de son père » en Gn 20:12 est expliquée par certains commentateurs comme signifiant en réalité « la petite-fille de son père »Schwartz, Howard, (1998). Reimagining the Bible: The Storytelling of the Rabbis, Oxford University Press, New York, .. Cette explication fait de Sarah, fille de Haran, la petite-fille de Terah, la nièce d'Abraham et de Nahor (et sa belle-sœur), la sœur de Loth et Milka ainsi que la cousine germaine de Bethuel.

Yiska Les rabbins expliquent en effet que le nom « Yiska » provient du verbe sakkah (« regarder », « discerner ») car Sarah voit par inspiration divine et possède ainsi le don de prophétieMeguillah, 14.4, ce qui lui permet de regarder « avec les yeux de la vision » grâce à l'Esprit Saint. Ses dons prophétiques sont même considérés comme supérieurs à ceux d'Abraham et elle est ainsi comptée au premier rang des sept prophétesses (nevia) avec Myriam, Déborah, Hannah, Abigaïl, Houldah et Esther. Lorsque le couple est encore à Haran, Abraham convertit les hommes mais c'est Sarah qui convertit les femmes.

Les commentateurs du Meguillah expliquent également que le nom « Yiska » provient du fait que tous contemplent (sokhin) sa beauté, une beauté qu'elle conserve, suivant le Bereshit RabbaBereshit Rabba 40,4 tout au long de ses périples jusque dans sa vieillesse. Cette beauté est si resplendissante que même la belle Abisag n'atteint pas la moitié de l'attrait de SarahSanhédrin 39b et que, selon le Bava BatraBava Batra 58a, « toutes les autres personnes ressembl[ent] à des singes en comparaison ». En outre, son hospitalité est soulignée par le Bereshit RabbaBereshit Rabba 60,16 qui raconte comment « les portes de sa maison étaient toujours hospitalièrement ouvertes ; sa pâte augmentait miraculeusement ; une lumière brûlait du vendredi soir au vendredi soir; et un pilier de nuée divine reposait au-dessus de sa tente ».

Pharaon Les commentaires rabbiniques développent également quelques explications autour de l'épisode en Égypte. Abraham aurait caché Sarah dans une malle de peur qu'elle ne soit ravie par les Égyptiens mais le subterfuge est découvert par les fonctionnaires des douanes. Le Pharaon, épris de Sarah, lui offre la terre de Goshen pour ses descendants, le Pirqé de-Rabbi ÉliézerPdRE 36 justifiant de la sorte la présence d'Israélites. Lorsqu'un ange intervient pour fouetter le Pharaon à la suite des prières de Sarah pour que Dieu la délivreBereshit Rabba 45,1, impressionné par cette faveur divine, le souverain égyptien donne a Sarah sa propre fille Hagar comme servante.

Maternité Le Bereshit Rabba expliqueBereshit Rabba 47,2 que le changement du nom de Saraï en Sarah la fait passer d'une « princesse pour son propre peuple » à une « princesse pour toute l'humanité ». et qu'après ce changement, sa jeunesse et sa nubilité sont restaurées par miracle ce qui lui permet de donner naissance à Isaac. Pour couper court aux rumeurs qui prétendent que Sarah et Abraham ont adopté un enfant trouvé, le patriarche organise un banquet y invitant de nombreuses femmes avec leurs nourrissons, nourrissons que Sarah allaite tous, convainquant ainsi les invités qu'elle est bien la mère de l'enfant. D'autres rumeurs affirment également qu'Abimélech est le père d'Isaac, mais la ressemblance frappante de celui-ci avec son père y coupe court. La dureté de Sarah envers Ismaël est justifiée par le fait qu'elle l'aurait vu commettre l'idolâtrie, le viol et le meurtre, mais sa propension à discuter avec Abraham des méfaits de Hagar lui font retrancher de vie alors qu'elle aurait dû atteindre comme son époux.

Mort