vignette|Abbaye Sainte-Trinité . Labbaye de la Sainte-Trinité est une abbaye bénédictine d'architecture romane, fondée au , qui se dresse sur le territoire de la commune française de Lessay, dans le département de la Manche, en région Normandie.
Elle est un des fleurons de l'architecture romane normande.
C'est une des rares abbayes normandes qui n'a pas subi de destruction à la Révolution, mais en revanche, l'église a été totalement détruite en 1944, avant de faire l'objet d'une restauration exemplaire.
L'abbaye est partiellement classée au titre des monuments historiques.
Historique La fondation vignette|redresse| vignette|redresse| vignette|redresse| vignette|redresse| vignette|redresse|
L'abbaye bénédictine de Lessay, Exaqvio ou sancta trinita Exaqvii (le nom latin d'origine de Lessay), a été fondée sur la paroisse de Sainte-Opportune, diocèse de Coutances, entre 1056 et 1064., par le baron de La Haye-du-Puits et du Plessis, Richard Turstin Haldup (ou Haloup) et sa femme EmmaD'après le Gallia Christiana. Cette fondation est confirmée par son fils Eudes au CapelLouis Couppey, Notes historiques sur le prieuré conventuel d'Héauville à La Hague, Imprimerie de l'Eure, Évreux, 1898, ., sénéchal de Guillaume le ConquérantF. Desoulières, Au début de l'art roman : les églises de l'onzième siècle en France, Les Éditions d'Art et d'Histoire, Paris, 1943, .. Cette fondation intervient dans un contexte de rétablissement de la paix et de la justice aux confins de la Normandie, et notamment le Cotentin resté très indépendant, par le duc de Normandie Guillaume. L'abbaye est créée dans les années qui suivent l'écrasement des barons de Normandie occidentale au Val-ès-Dunes.
En 1080, une charte signée sous le parrainage de Guillaume le Conquérant, Geoffroy de Montbray, évêque de Coutances et cinquante illustres personnages parmi lesquels les évêques de Cantorbéry, York, Bayeux, Winchester, saint Anselme, Geoffroy de Fierville., confirme la fondation. Le , Eudes au Capel y trouve sa sépulture, dans le chœur.
Dans la charte de fondation, Richard Turstin Haldup, baron de la Haye-du-Puits et sa femme Emma, avec le consentement de leur fils Eudes au Capel, donnent tout ce qu'ils possèdent à Sainte-Opportune et les Mesnils en dépendant, plusieurs églises du pays, bois, forêts, moulins, pêcheries, salines, les bois de Castiaux, ce qu'ils ont à Urville, l'église de Saint-Georges-de-Tonneville avec la dîme, l'église de Coigny avec la dîme, leurs biens à Beuzeville-au-Plain, à Appeville et Ozeville, l'église de Sainte-Suzanne avec les droits de coutume, la chapelle de Saint-Ermeland avec la dîme, la forêt de Beaupte, la dîme du moulin de la Feuillie, les églises de Saint-Georges-de-la-Roque, d'Arganchy, de Créances, de Saint-Philippe-de-Vaussieux et de Saint-Marie-de-MartragnyRenault, Essai historique sur l'abbaye de Lessay, page 587..
Le développement Les circonstances de la riche donation de l'abbaye sont la parenté assez proche des fondateurs avec le duc Guillaume, les grandes concessions obtenues en Angleterre, les alliances avec les premières familles du pays et le zèle d'Eudes au Capel cité parmi les plus magnifiques constructeurs de ce temps. Dans les chartes les plus anciennes, on voit les noms des plus illustres barons normands et Anglo-Normands : Saint-Jean, La Haye, Especk, Bohon, Brisqueville, AubignyM. de Gerville, Abbaye de Lessay, pages 63-64..
Richard, baron de la Haye, connétable et sénéchal de Normandie, donne un marché près de Lessay à la fête de la Sainte-Croix, nundinas apud Exaquium in festo Sanctæ CrucisGallia christiana, tome 11, instrumenta, page 247 et Renault, Essai historique sur l'abbaye de Lessay, page 593..
L'abbaye est richement dotée en terres, landes, forêts, pêcheries, moulins et salines ; la construction est engagée en 1064 sous la direction de Renouf, frère de Turstin. Les premiers moines viennent de l'abbaye du Bec-Hellouin ainsi que Roger, premier abbé. En 1178, l'église abbatiale est consacrée, bien après son achèvement, par Rotrou, archevêque de Rouen.
Le roi d'Angleterre, le roi de France ainsi que les papes et prendront l'abbaye sous leur protection. Son apogée religieux et matériel se situe au avec deux-cent-dix-huit vassaux, neuf prieurés dont celui de Boxgrove (Sussex) et des bénéfices provenant de plus de quarante-quatre localités.
En 1250, lors de la visite d'Eudes Rigault, archevêque de Rouen, le monastère a trente-six religieux, plusieurs prieurés avec un seul moine contrairement à la règle qui est mal observée, en particulier pour le jeûne et l’abstinence. Le revenu de l'abbaye est de et la dette de Visites pastorales d'Eudes Rigault, archevêque de Rouen, page 88.. Lors de la visite de 1266, les moines sont cinquante-six, mais ne peuvent se vêtir d'étamine pour cause de guerre avec l'AngleterreRenault, Essai historique sur l'abbaye de Lessay, pages 604-605.. En 1275, Guillaume de Vernon, seigneur de Néhou, donne à l'abbaye cinquante sous tournois de rente annuelle à prendre dans sa terre de Barneville..
En 1337, l'abbé Jean de Cource fait bâtir l'église paroissiale de Sainte-Opportune et délivre l'abbaye du fardeau de la paroisseM. de Gerville, Abbaye de Lessay, page 70..
Pendant la guerre de Cent Ans, le , l’abbaye, qui comptait quinze moines, est dévastée par les troupes de Philippe de Navarre (1336-1363). : voûtes, nef et tour-lanterne sont détruites ainsi que le dortoir et le réfectoire, à la suite de quoi, Philippe octroya une gratification de mille royaux . En 1385, Dom Pierre Leroy, futur abbé du Mont-Saint-Michel, décide de la reconstruction à l’identique qui sera achevée en 1420 sous Guillaume de Guéhébert.
En 1423, l'abbaye avoue une foire à Anneville-en-Saires, des droits sur la foire de Bolleville, le roi confirme la dîme du marché d'Aubigny et la foire d'Orval qui figure sur les Échiquiers de 1198 à 1203Renault, Essai historique sur l'abbaye de Lessay, page 598..
Le déclin et la fin À la fin du , Jean Vaslin, protonotaire apostolique, abbé de 1484 à 1504 sous le nom de voit l'abbaye mise en commende, les rois et les grands étant tentés par la richesse des monastères s'emparent de ces établissements et s'en déclarent abbés pour jouir de ses revenus. Cette mise en commende entraîne la perte de privilèges, le manque d'émulation, de zèle pour les études et le relâchement de la discipline.
Nicolas Jeroesme est le de 1514 à 1558. Il prescrit des limites aux aumônes contre les exigences toujours croissantes des pauvres. En 1560, quand le roi monte sur le trône, il nomme Arthur de Cossé-Brissac abbé commendataire de Lessay, évêque de Coutances et abbé du Mont-Saint-Michel. Il est victime des guerres de Religion. Les moines abandonnent le monastère à la fureur des protestants et aux pillages des hordes de Montgommery.
En 1587, le roi veut récompenser pour son zèle en Guyenne et nomme son fils Lancelot de Matignon comme évêque de Coutances et abbé de Lessay (1587-1588). De 1588 à 1619, le siège de Lessay est vacantRenault, Essai sur l'abbaye de Lessay, pages 609-612..
Le roi confirme les foires de Sainte-Croix et Saint-Maur et les marchés du dimanche et mardi de temps immémoriaux, mais négligés et les titres perdus lors de la grande contagion et la guerre civileFormulaire à l'usage des notaires de la chancellerie royale, manuscrit, folio 33r..
Après l'abbé Rombault (1620-1622), la famille de Goüyon détient ensuite la commende de l'abbaye de 1622 à 1757 avec (1622-1676), (1676-1714) et (1714-1757). En 1700, l'abbaye a plus de de rentes, elle possède dans la généralité de Caen : à Sainte-Opportune, tout ce qu'il y a de bon, la fabrique de sel blanc, la chapelle du bourg, les patronages des églises d'Orval, Pirou, Montchaton, Saint-Sauveur-Lendelin, Anneville, La Feuillie, Sainte-Suzanne-en-Baulpe, Nay, Gonfreville, Mobec, Beuzeville-en-Bauptois, Prétot, Varangueberc, La Haye-du-Puits, Bretteville-sur-Ay, Vely, Gerville, les dîmes d'Orval, Pirou, Saint-Sauveur-Lendelin, les fiefs d'Orval, Tourville, Montchaton, les vestiges du prieuré d'Orval, le prieuré d'Appeville avec une maison, une chapelle et de rentesPierre Gouhier, L'intendance de Caen en 1700, pages 137, 234, 324, 325, 326,333, 334, 335, 336, 435, 438, 449, 451, 476, 477..
En 1706, l'abbé commendataire, également évêque de Lisieux, Goyon de Matignon demande au roi qu'il introduise dans son abbaye où les anciens vivent licencieusement, les religieux réformés de Saint-Benoît et abandonne tous ses revenus aux Mauristes contre une pensionP. Gouhier, L'intendance de Caen en 1700, page 234.. Les moines bénédictins de la congrégation de Saint-Maur engagent en 1707 la réforme de l’abbaye et confient à l’architecte Jacques de Cussy la réfection du clocher qui devient un clocher à bulbe, forme qu’il gardera jusqu’à sa destruction en 1944, et la reconstruction des bâtiments conventuels en 1752.
Le nombre de pauvres aux aumônes devient considérable et, face aux menaces d'incendie et de pillages, il est nécessaire d'employer la force publique. Le parlement de Rouen organise les aumônes par paroisseAbbé Lecanu, « Les aumônes de l'abbaye de Lessay », dans Mémoires des antiquaires de Normandie, 1842, pages: 297-299.. Ces aumônes qui se faisaient trois jours la semaine, attiraient un grand nombre de mendiants, entraînant de graves désordres se terminant en véritable émeute en 1687, 1709 et 1718.
Pendant la tourmente révolutionnaire, l'archevêque de Besançon, Raymond de Durfort-Léobard est abbé de Lessay et les six moines sous la conduite d'un prieur forment la population de l'abbaye où s'est introduit un grand relâchement et où l'on ne se livre plus à aucune étude. L'abbaye est mise à la disposition de la NationRenault, Essai historiques sur l'abbaye de Lessay, pages 612-614..
En 1791, après la disparition de l'ancienne église Sainte-Opportune, l’église abbatiale devient église paroissiale, sur décision de l’Assemblée constituante ce qui la sauve de la démolition. Les bâtiments conventuels sont vendus comme biens nationaux. L'abbaye est acquise quelques mois plus tard par Louis-Ferdinand de Perrochel (1749-1818), tenant du comté de Créances, rallié au nouveau régime, où il va habiter. Criblé de dettes, le , il revend sa propriété de Lessay à Pierre Thiers, spéculateur. parisien et père du futur président de la République, Adolphe Thiers.
En 1840, l'abbatiale est classée au titre des monuments historiques.
Maurice-Hippolyte Laigre de Grainville, maire de Lessay de 1892 à 1894, rentré en possession de l'abbaye la vend le à Félix Dehau.
Le , l’armée allemande en retraite mine l’église abbatiale, ce qui provoque l’écroulement des voûtes et des dégâts considérables notamment sur le bas-côté nord.
De 1945 à 1957 l’église abbatiale et les anciens bâtiments conventuels font l’objet d’une restauration remarquable réalisée sous la direction d'Yves-Marie Froidevaux, architecte en chef des monuments historiques, grâce aux archives conservées à Paris. Les façades et toitures des bâtiments conventuels seront classés monuments historiques l'année suivante en 1946.
En 1958, l’église est rendue au culte.
Aujourd'hui, les bâtiments conventuels sont une propriété privée et ne se visitent pas. Chaque été, des concerts sont organisés dans l'abbatiale.
Description vignette|gauche