Le château de Tournoël est un ancien château fort situé à Volvic en France.
Il fait l'objet d'un classement au titre des monuments historiques par la liste de 1889..
D'abord forteresse des comtes d'Auvergne, son siège en 1213 mettra fin à la guerre entre et Philippe Auguste et marquera le rattachement d'une majorité du comté d'Auvergne au domaine royal. Par la suite possession royale le château passera finalement entre les mains de différentes familles de l'aristocratie, des Maulmont jusqu'aux Chabrol.
Localisation Le château de Tournoël est bâti sur un contrefort du puy de la Bannière, sur un éperon rocheux à d'altitude surplombant la plaine de la Limagne, dans le nord du territoire de la commune de Volvic, à au nord de son centre-bourg, dans le département du Puy-de-Dôme en région Auvergne-Rhône-Alpes.
Objectif stratégique Le château, en surplombant la plaine de la Limagne, surveillait les environs de la bonne ville de Riom, capitale marchande et judiciaire de Basse-Auvergne, ainsi que l'abbaye de Mozac.. Dans un rayon de , Tournoël était donc un contre-pouvoir seigneurial dans ce triptyque de puissances consulaires, royales et religieuses.
Son isolement sur cette avancée volcanique assurait également une sécurité accrue pour s'y replier. D'ailleurs, le château de Tournoël était réputé « inexpugnable » ou « imprenable, défendu à l'extérieur par des pentes très élevées, des vallées très profondes, des tours et des murs multipliés, garni à l'intérieur d'hommes armés et de provisions », comme le décrit Guillaume Le Breton au début du Extraits de La Chronique de Guillaume le Breton édités et traduits par Pierre-François Fournier, dans : Pierre Balme (dir.), « Le château de Tournoël en Basse-Auvergne (de l'an mille à nos jours) », dans L'Auvergne littéraire, artistique et historique, , Clermont-Ferrand, Imprimerie De Bussac, 1937, ..
Toponymie L'origine du nom de vient du nom de lieu gaulois (langue celtique) , c'est-à-dire .
Mentions médiévales L'écriture du nom sous la forme « Tournoël » est assez récente. Avant le , on trouve dans les documents écrits en français les orthographes suivantes : Tournoille ; Tournoelle ; Torniel ; Tornoele ; Tornelle Les titres latins médiévaux donnent Tornolium ; Turnollia ou Turnoialium.
La première mention, qui remonte au , est en ancien occitan sous la forme Turnoile..
Historique Bertrand de Tournoël Les origines du château sont incertaines car aucun document n'existe avant le . La première mention d'un possesseur de Tournoël remonte aux années entre 1077 et 1095 contenue dans un document conservé aux archives départementales du Puy-de-DômeArchives départementales du Puy-de-Dôme, 3 G PS 1000 13. Ancienne cote : armoire 18, sac A, cote 43.. Dans cet acte, Bertrannus (Bertrand en français), seigneur de « Tournoile » (toponyme de l'époque), s'était emparé de l'église de Cébazat qu'il restitue au chapitre de chanoines de Clermont.
Tournoël, une possession des comtes d'Auvergne vignette|322x322px|Château de Tournoël : dernière place forte tenue par le comte d'Auvergne . vignette|gauche|80px|Blason de et des comtes d'Auvergne : d'or au gonfanon de gueules frangé de sinople. La famille des comtes d'Auvergne prend possession du château à une date inconnue. le possède au moins depuis 1190.
Tandis que favorise les prétentions de Richard Cœur de Lion sur l'Auvergne, son frère Robert, évêque de Clermont, est partisan du roi Philippe Auguste. De ces tensions entre les deux frères, on retiendra la captivité à Tournoël de l'évêque de Clermont Robert en 1199.
En 1210 ou 1211, attaque l'abbaye de Mozac et son prieuré des moniales de Marsat. Bernard Itier, moine et bibliothécaire de l'abbaye Saint-Martial de Limoges (né vers 1163 et mort en 1225), raconte l'épisode dans sa Chronique : « Cette année (1211), Guy, comte d'Auvergne, détruisit de fond en comble le monastère de Mozac ; il emporta même le corps de saint Austremoine dans une de ses places. À cause de cela, il subit des mesures répressives de la part du roi de France »Bernard Itier, Chronique, édité par Jean-Loup Lemaître, Paris, Les Belles Lettres, 1998 .. En effet, le roi Philippe Auguste trouve le prétexte de l'attaque d'une abbaye royale, qu'il doit donc protéger, pour accaparer le comté d'Auvergne. Fin 1212, le roi envoie son armée commandée par , seigneur de Bourbon, qui assiège et prend le château de TournoëlLe siège de Tournoël de 1212 est raconté par Guillaume le Breton, chapelain et historiographe de Philippe Auguste dans La Chronique. Cf. extraits édités et traduits par Pierre-François Fournier, dans : Pierre Balme (dir.), « Le château de Tournoël en Basse-Auvergne (de l'an mille à nos jours) », dans L'Auvergne littéraire, artistique et historique, , Clermont-Ferrand, Imprimerie De Bussac, 1937, ..
Le siège de Tournoël
vignette| combattant le roi de France Philippe Auguste. Chroniques de Saint-Denis, British Library. À la suite de la prise de Riom et du comte dans cette même ville, il ne reste qu'un seul bastion libre de l'Auvergne, le château de Tournoël. La défense est organisée par Gualeran de Corbelles, mais sont également présents le fils du comte, Guillaume et son neveu, Albert.
Le siège se voit être compliqué pour les Français, les auvergnats ayant réussi à faire entrer des troupes et du ravitaillement et effectuant des sorties minant le moral des troupes royales.
À la suite des déboires de l'armée française à mener le siège le roi de France sonne la retraite. Les Auvergnats en profitent pour réaliser une sortie pour capturer les chevaux français. Or, les Français réussissent à se défendre et infligent de nombreuses pertes chez les Auvergnats et prennent de nombreux prisonniers dont Guillaume et son cousin Albert. Le commandant de la forteresse voyant le fils du comte capturé et ses troupes vaincues, se rend. Tournoël et le comté d'Auvergne sont définitivement tombés en Georges Bernage, Anne Courtillé, Marc Mégemont, Gabriel Fournier La Basse-Auvergne médiévale, Créer, 2002 . ..
Cet événement marque l'annexion d'une majorité de l'Auvergne au domaine royal de France. perd quasiment toutes ses possessions en Auvergne, ne conservant que la région autour de Vic-le-Comte. Philippe Auguste ordonne la restitution des biens appartenant à l'abbaye de Mozac.
C'est cet événement qui permet d'annexer pour la première fois la Basse-Auvergne au domaine royal. Les territoires confisqués par le roi sont appelés « terre d'Auvergne ».
Un château royal vignette|gauche|80px|Blason de : de gueules à deux léopards d'or. En 1213, Guy de Dampierre prend donc possession du château au nom du roi.
Il adresse à son maître l'inventaire du château dans une missive datée du Texte original de l'inventaire de Guy de Dampierre (sur Wikisource)..
Guy de Dampierre décède le . Son fils lui succède et conserve la propriété de Tournoël, sur décision du roi.
vignette|droite|80px|Blason d'Alphonse de Poitiers : parti d'azur semé de fleurs de lys d'or et de gueules semés de château d'or. En 1225, le roi prévoit de transmettre toutes ses possessions auvergnates à son fils Alphonse de Poitiers (qui deviendra à l'occasion comte d'Auvergne). Le comté d'Auvergne, tout comme le comté de Poitiers et la Saintonge, est donc concédé en apanage. Alphonse de Poitiers prend réellement possession de la terre d'Auvergne à sa majorité, en 1241. La ville de Riom devient la capitale de Basse-Auvergne à laquelle Alphonse accorde en 1270 une charte de franchise, appelée « l'Alphonsine ». Le prince Alphonse réside à plusieurs reprises dans son château de Riom mais aussi à Tournoël en 1251. À la suite de son décès en 1271, la terre d'Auvergne retourne au domaine royal.
L'échange avec les héritiers de Géraud de Maulmont 80px|vignette|gauche|Blason de la famille de Maumont : d'azur, au sautoir d'or cantonné de quatre tours d'argent maçonnées de sable. En 1306, le roi Philippe le Bel conclut une convention avec les héritiers de Géraud de Maulmont (ou Maumont), une famille de haute noblesse limousine qui est possessionnée à Saint-Julien-Maumont. Tournoël, Châteauneuf et une partie de la seigneurie de CébazatJosiane Teyssot, Riom 1212 - 1557, capitale et bonne ville d'Auvergne, Nonette, Éditions Créer, 1999, . sont échangés contre des places stratégiques entre Limousin et Périgord, dont Bourdeilles, Châlus Chabrol et Châlus Maulmont (tous deux situés sur l'actuelle commune de Châlus), pour mieux contrer le domaine anglais d'Aquitaine en renforçant cette frontière.
Pierre de Maumont devient officiellement seigneur de Tournoël le . Il décède en 1345 et n'a qu'une fille unique pour descendance, Marthe, qui transmet de fait le château à son mari, Géraud, seigneur de la Roche en Limousin.
La famille de La Roche vignette|80px|droite|Blason de la famille de La Roche : de gueules à trois fasces ondées d'argent. Géraud de La Roche (1) décède à une date inconnue. C'est son fils, Hugues de La Roche qui hérite de Tournoël.
Hugues Hugues avait épousé en 1343 Dauphine Rogier qui était la nièce du pape et sœur du futur . De ce fait, Hugues devient Recteur du Comtat Venaissin et maréchal de la Cour pontificale. En 1359, il est nommé capitaine général de Basse-Auvergne et lutte contre les Anglais pendant les épisodes de la guerre de Cent Ans. Il meurt en 1398, portant le titre de « grand chancelier de France ».
Hugues de La Roche renforce les fortifications du château de Tournoël, notamment le grand donjon circulaire du , auquel il ajoute le siècle suivant un chemin de ronde (vers les deux tiers de sa hauteur, sous la forme d'un parapet crénelé supporté par des mâchicoulis sur consoles) et un couloir de protection l'entourant à sa base. Généralement en position sommitale, le chemin de ronde et le mâchicoulis sont ici disposés plus bas car ils desservaient une zone de défense à leur niveau : un massif en éperon plaqué au-devant, face à l'attaque, était doté d'une terrasse de défense..
Nicolas Son fils, Nicolas de La Roche, lui succède en 1398. Il épouse en 1404 Alix de Chauvigny, fille du seigneur de Château-Rocher. Ils ont un fils aîné, Jean de La Roche, qui épouse en 1419 Louise de La Fayette ; Jean reçoit Tournoël, sous réserve d'usufruit. Il est tué à la bataille de Verneuil en à l'âge de . Il laisse trois enfants. Lorsque Nicolas de La Roche meurt en 1428, ses autres fils contestent à la veuve de leur frère Jean la propriété de Tournoël. Après occupation du château, la sénéchaussée le met sous séquestre pour attendre le règlement de justice. En 1429, le château est remis à la veuve Louise de La Fayette et à ses enfants ; l'aîné, Antoine de La Roche obtient le château à sa majorité.
Antoine Antoine de La Roche habite Tournoël avec Jeanne de Vieuville (cousine d'Agnès Sorel) qu'il avait épousée en 1448. C'est durant cette période que le couple embellit l'architecture intérieure de la forteresse pour la transformer en demeure (ouverture de fenêtres, décorations de style Renaissance).
Lorsqu'éclate la révolte des nobles, la ligue du Bien public, contre , Antoine de La Roche ne s'associe pas aux partisans de Charles le Téméraire. le récompense en le nommant conseiller et chambellan de la cour. Antoine de La Roche entre en rivalité avec , duc de Bourbon, son suzerain, qui avait participé à la ligue du Bien public. En 1478, comme Antoine refuse de lui rendre hommage, de Bourbon le fait incarcérer à Moulins, puis à la Conciergerie à Paris. Le duc de Bourbon met Tournoël sous séquestre et sa garde l'occupe. À cette occasion, on dresse un inventaire détaillé des meubles du château. Ce même inventaire fait état de quatorze couleuvriness, de cinq petits canons tirant des boulets de pierre, de deux ribaudequins.
Deux ans plus tard, en 1480, un arrêt du Parlement ordonne la restitution du château à Antoine de La Roche. Mais Jean de Bourbon saisit le château de Tournoël une nouvelle fois en 1487, sous prétexte que ses gens y auraient été malmenés ; un an plus tard, la saisie est levée.
Antoine décède en 1493.
Jean