alt=Le Zero d'Akutan inspecté par des militaires|thumb|upright=1.2|Le Zero d'Akutan inspecté par des militaires sur l'île Akutan le . thumb|alt=Militaires américains sur le Zero d'Akutan.|upright=1.2|Militaires américains sur le Zero d'Akutan.
Le Zero d'Akutan (, ou ) est un avion de chasse Mitsubishi A6M dit « Zero »« Zero » est le surnom du Mitsubishi A6M à cause de sa désignation dans la marine impériale japonaise, chasseur embarqué de « type 0 ». Le nom de code officiel utilisé du côté allié pour cet avion était cependant « Zeke ». ( modèle 21) japonais qui s'est écrasé sur l'île Akutan pendant la Seconde Guerre mondiale. Tadayoshi Koga, le pilote, est mort dans l'accident.
Capturé quasiment intact par les Américains en , l'appareil est réparé et devient le premier Zero en état de fonctionner acquis par les États-Unis pendant la guerre... Les tests en vol de l'avion, réalisés par des pilotes d'essai, fournissent des renseignements précieux : les stratèges américains sont ainsi en mesure d'élaborer des tactiques pour déjouer les attaques du Zero, alors avion de chasse principal de la marine impériale japonaise, et ce jusqu'à la fin de la guerre.
Le Zero d'Akutan est une prise de guerre inestimable pour les États-Unis, et probablement .. L'historien japonais Masatake Okumiya a ainsi affirmé que la chute de ce Zero aux mains des Américains avait été aussi grave que la , et qu'elle .
Le Zero d'Akutan fut détruit dans un accident en 1945, mais certaines de ses pièces sont conservées dans des musées aux États-Unis.
Mitsubishi A6M « Zero »
La seconde guerre sino-japonaise commence en 1937. Les attaques menées par des avions de combat chinois contre les bombardiers japonais incitent les Japonais à développer le concept de chasseurs d'escorte. Néanmoins, l'aéronef Mitsubishi A5M « Claude », utilisé pour escorter les bombardiers, a une distance franchissable limitée, ce qui oblige les militaires japonais à commander un nouvel avion : le Mitsubishi A6M « Zero », un avion de chasse à longue distance franchissable et capable d'évoluer depuis un porte-avions.
alt=Un Mitsubishi A6M2 Zero modèle 21|thumb|left|Un Mitsubishi A6M2 Zero modèle 21 décolle du porte-avions Akagi pour attaquer Pearl Harbor.
Le premier vol du Zero a lieu en 1939. Cet avion de combat est remarquablement agile et léger ; sa maniabilité et sa distance franchissable surclassent les autres avions de l'époque. Il est supérieur à tous les chasseurs alliés qu'il rencontre pendant les deux premières années de la guerre. Pour atteindre ce résultat, les ingénieurs japonais ont dû rogner sur la solidité de la structure du Zero, considérablement allégée ; l'appareil ne comporte en outre aucun blindage et ses réservoirs ne sont pas auto-obturants. Selon l'auteur américain Jim Rearden, En conséquence, le Zero est le principal chasseur japonais de la marine impériale pendant la guerre, et sa fabrication atteint environ ..
En 1940, Claire Lee Chennault, chef de l'escadrille des Tigres volants (), écrit un rapport sur les performances du Zero. Toutefois, les analystes du Département de la Guerre des États-Unis le rejettent comme étant un , et concluent que les performances attribuées au Zero constituent une impossibilité aérodynamique.. Selon l'as de l'aviation américain William Leonard, .
Pendant l'attaque de Pearl Harbor, neuf Zeros sont abattus. De ces épaves, les Alliés apprennent que le Zero n'a ni blindage ni réservoir de carburant auto-obturant mais peu de choses au sujet de ses capacités. Les caractéristiques de vol du Zero permettant de définir des tactiques pour le vaincre demeurent un mystère.
Avant la récupération du Zero d'Akutan, des informations techniques de trois autres appareils abattus sont à la disposition des Alliés. Un Zero avec le numéro de série 5349, piloté par Hajime Toyoshima, s'écrase sur l'île Melville en Australie après le bombardement de Darwin. L'avion est lourdement endommagé et Toyoshima devient le premier prisonnier de guerre japonais en Australie de la Seconde Guerre mondiale. Un autre Zero, piloté par Yoshimitsu Maeda, s'écrase près du cap Rodney en Nouvelle-Guinée. L'équipe envoyée pour récupérer l'avion commet une erreur quand elle découpe les ailes pour le transporter, endommageant les longerons des ailes et rendant la carcasse impossible à faire voler. Le troisième Zero vient de Chine, où Gerhard Neumann peut en reconstituer un utilisable grâce à une partie intacte d'un appareil capturé, de numéro de série 3372, récupéré en territoire chinois en association avec des pièces récupérées à partir d'autres appareils abattus. Toutefois, de mauvaises conditions météorologiques et un long délai de livraison de l'appareil venu de Chine empêchent celui-ci d'arriver aux États-Unis pour des tests avant que le Zero d'Akutan ne soit récupéré..
Dernière mission de Tadayoshi Koga
alt=Tadayoshi Koga (1922–1942), pilote du Zero d'Akutan|thumb|upright|Tadayoshi Koga (1922–1942), pilote du Zero d'Akutan.
En , dans le cadre des manœuvres japonaises pour la bataille de Midway, les Japonais attaquent les îles Aléoutiennes, au large de la côte sud de l'Alaska. Un groupe de combat comprenant les porte-avions Jun'yō et Ryūjō et commandé par l'amiral japonais Kakuji Kakuta bombarde la ville de Dutch Harbor, future Unalaska, sur l'île d'Unalaska, les ..
Tadayoshi Koga, un pilote sous-officier de 19 ans, s'envole du porte-avions japonais Ryūjō dans le cadre du raid du . Koga fait partie d'une escadrille de trois avions, avec ses équipiers Makoto Endo et Tsuguo Shikada. Koga et ses camarades attaquent , abattant un hydravion américain piloté par Bud Mitchell et mitraillant ses survivants alors dans l'eau. Dans cette manœuvre, l'avion de Koga, numéro de série 4593, est endommagé par le tir d'armes légères.
Tsuguo Shikada, l'un des ailiers de Koga, publie en 1984 ses mémoires dans lesquelles il prétend que les dégâts de l'avion de Koga sont survenus lorsque l'escadrille attaquait deux hydravions américains ancrés dans la baie. Il omet toute mention du de Mitchell. Ces deux témoignages, américains et japonais, sont en contradiction car il n'y avait pas d'hydravions dans la baie le . Cependant, le témoignage japonais correspond aux archives américaines de l'attaque contre de la veille. Rearden note dans son livre de 1995 : .
L'origine du tir fatal sur l'avion de Koga n'est pas connue, bien que de nombreuses personnes aient affirmé en être les auteurs. Une photographie suggère fortement qu'il a été endommagé par un tir en provenance du sol. Les membres du d'artillerie côtière, futur américain, qui avaient des canons antiaériens de trois pouces et des mitrailleuses de calibre () lors de la défense de , ont revendiqué la destruction de l'avion tout comme des équipages de navires de l’ qui étaient sur place. L'inspection de l'avion a révélé qu'il a été touché par des armes légères de calibre , voire plus petit, à la fois du dessus et du dessous.
thumb|alt=Le Zero piloté par Tadayoshi Koga|left|Le Zero piloté par Tadayoshi Koga lors de la bataille de Dutch Harbor. Dans cette image prise peu avant le crash, il fume.
Le coup fatal sectionne une conduite d'huile moteur, qui immédiatement commence à fuir, et Koga réduit alors sa vitesse pour permettre au moteur de durer aussi longtemps que possible.
Jim Rearden écrit que
Le train d'atterrissage de l'avion s'embourbe dans l'eau et la boue, provoquant le retournement de l'appareil. Bien que l'avion demeure intact à l'atterrissage en catastrophe, Koga meurt sur le coup, probablement d'une fracture des cervicales ou d'un traumatisme crânien. Les ailiers de Koga, qui tournent au-dessus de l'appareil, ont pour ordre de détruire tous les Zeros qui s'écrasent en territoire ennemi, mais, ne pouvant pas déterminer si Koga est encore en vie, ils ne peuvent se résoudre à mitrailler son avion. Ils décident ainsi de partir sans le détruire. Le sous-marin japonais stationnant près de l'île Akutan effectue une recherche de Koga en vain, avant d'être chassé par le destroyer .
Récupération alt=Militaires américains inspectant le Zero|thumb|Militaires américains inspectant le Zero. alt=Le Zero chargé sur une barge|thumb|Le Zero chargé sur une barge avant son départ pour la Californie.
Le lieu de l'accident, hors des voies de vol standard, est invisible depuis un bateau. Il reste tel quel plus d'un mois. Le , un hydravion américain piloté par le lieutenant William « Bill » Thies repère l'épave. Thies patrouille alors en navigation à l'estime et est perdu. En repérant les îles Shumagin, il réoriente son avion et commence à revenir vers , passant par le trajet le plus direct, au-dessus de l'île Akutan. Le capitaine de l'avion, Albert Knack, repère alors l'épave de Koga. Thies fait le tour du site, notant sa position sur sa carte, et revient vers pour faire son rapport. Il convainc son commandant, Paul Foley, de le laisser retourner sur zone avec une équipe de secours. Le lendemain, l'équipe s'envole pour inspecter l'avion et le photographe de la marine Arthur W. Bauman prend des clichés pendant que l'équipe explore la carcasse.
Les hommes de l'équipe de Thies extraient le corps de Koga de l'avion en coupant les harnais de sécurité qui le maintiennent. Ils fouillent le corps dans l'espoir de trouver quelque chose de valeur pour le renseignement américain, puis enterrent sommairement Koga dans une fosse. Thies revient ensuite avec son équipe à , où il présente l'avion comme étant récupérable. Le lendemain, le , une équipe de récupération menée par le lieutenant Robert Kirmse est envoyée sur l'île Akutan. Cette équipe en profite pour donner à Koga une sépulture chrétienne dans un tertre voisin, puis s'attelle à la récupération de l'avion. Le manque d'équipement « lourd », qu’ils ne peuvent pas débarquer de leur navire à cause d'un problème technique, contrecarre leurs efforts. Le , une troisième équipe est envoyée sur la zone. Cette fois, avec du matériel lourd, l'équipe réussit à dégager le Zero de la boue et le transporte sur une barge à proximité, sans l'endommager plus qu'il ne l'est déjà. L'aéronef est ramené à , retourné dans le bon sens et nettoyé.
Le Zero d'Akutan est chargé dans l' et transporté à Seattle, y arrivant le . De là, il est transporté par barge à la près de San Diego où les réparations sont soigneusement réalisées. Ces réparations La cocarde rouge du Zero est repeinte avec l'insigne américain. L'avion est gardé sous la surveillance continue de la police militaire afin de dissuader les « chasseurs de souvenirs » d'endommager l'avion. Le Zero est rendu apte à voler de nouveau le .
Analyse et étude alt=Le Zero d'Akutan à San Diego, restauré et repeint avec l'insigne de l'armée américaine|left|thumb|Le Zero d'Akutan à San Diego, restauré et repeint avec l'insigne de l'armée américaine.
Le , le lieutenant commander Eddie R. Sanders fait le premier vol d'essai du Zero d'Akutan. Il réalise en tout 24 vols d'essai entre le et le .
Sanders dit à propos du Zero d'Akutan :
Dans les vols d'essai suivants, le directeur de la , Frederick Trapnell, vole sur le Zero et Sanders pilote simultanément des avions américains dans une série de manœuvres identiques. À la suite de celles-ci, le pilote d'essai Melville Hoffman effectue des tests d'actions rapides similaires à celles faites en combat. Le Zero est ensuite transféré de la à l'. En 1944, il est rappelé à pour être utilisé comme avion d'entraînement à destination des pilotes envoyés dans le théâtre des opérations du Pacifique. Un modèle 52 de Zero, capturé lors de la libération de Guam, est également utilisé à cette fin.
Les données et conclusions des tests sont publiées dans plusieurs documents : , , (publié avant le premier test en vol) et . Ces résultats tendent cependant à sous-estimer les capacités du Zero..
Conséquences alt=Le Zero d'Akutan en vol|thumb|Le Zero d'Akutan en vol.