Pella (en / ) est une cité antique située en Macédoine-Centrale, en Grèce, surtout connue comme la capitale de l'ancien royaume de Macédoine et le lieu de naissance d'Alexandre le Grand. La municipalité grecque située dans la même localité que la cité antique porte également le nom de Pella.
Cette cité de peuplement mixte gréco-barbareL'expression est de M. Hatzopoulos, Macedonian Institutions Under the Kings, Athènes, 1996, passe sous le contrôle des rois téménides dès le début du , puis devient leur résidence habituelle, à une époque où le royaume est en pleine expansion vers l'Est aux dépens des Thraces et de la Ligue chalcidienne. Elle devient ainsi la capitale du royaume de Macédoine à partir du début du en supplantant Aigéai, et conserve ce rôle à l'époque hellénistique pour le royaume antigonide. La ville est mise à sac par les Romains en , au terme de la troisième guerre de Macédoine. Elle entre alors dans un long déclin qu'une refondation coloniale sous Auguste ne parvient pas à enrayer.
Les fouilles archéologiques du site ont révélé une ville organisée selon un plan hippodamien centré sur une vaste agora, de la prospérité de laquelle témoignent de nombreux sanctuaires et de vastes demeures ornées de mosaïques. Les inscriptions trouvées au cours de ces fouilles ont permis de trancher dans le débat sur la nature de la langue macédonienne en faveur de la thèse d'un dialecte grec.
Histoire
La capitale du royaume de Macédoine thumb|Mosaïque de la chasse au cerf, Maison de l'Enlèvement d'Hélène, Œuvre signée par le mosaïste Gnôsis.
Les premières mentions de la ville se trouvent chez Hérodote, VII, 123. à propos de la campagne de Xerxès et chez Thucydide, II, 99,4 et 100,4. à propos de l’expansion macédonienne et de la guerre avec le roi thrace Sitalcès. Les origines de la ville sont obscures, de même que la date précise de son incorporation dans le royaume de Macédoine : l'épigraphie locale suggère que Pella est au un établissement mixte gréco-barbare comme il en existe plusieurs dans la plaine de Macédoine centrale autour du golfe Thermaïque (Ichnai, Chalástra, réputée pour la qualité de sa soude, 430b., Sindos et Therma). Parmi d'autres du même typeM. Lilimpaki-Akamanti, « New inscriptions of Pella », Makedonika, 26, 1987-1988, , une inscription funéraire de la première moitié du , gravée en caractères ioniques, pour un certain Orthagorès ou Pythagorès, fils d'Aristokratès et d'Aristobolè, constitue un indice probant de cette population d'origine ioniqueM. Hatzopoulos, Macedonian Institutions Under the Kings, Athènes, 1996, 107, n. 1.. Pella aurait été conquise par les rois téménides vers 510-N. G. L. Hammond, History of Macedonia, II, Oxford, 1978, 64-65. mais il est envisageable qu'elle ait gardé une certaine autonomie jusqu'au milieu du , comme c'est probablement le cas pour sa voisine Ichnai, qui continue de frapper sa propre monnaie jusque vers 480. Elle possédait aussi selon toute probabilité ses propres institutions civiques.
Pour Xénophon, elle est, au début du , la plus grande des villes de MacédoineXénophon, Helléniques, V, 2, 13.. C’est soit le roi Archélaos soit plus probablement Amyntas III qui en fait, un peu avant cette époque, la capitale du royaume et y attire des artistes grecs renommés tels le peintre Zeuxis, le poète Timothée de Milet et, surtout, le tragique Euripide qui y finit ses jours après y avoir écrit et fait représenter Archélaos. Ce changement de statut politique s'accompagne de l'installation de colons macédoniens et entraîne une modification démographique perceptible elle aussi dans l'épigraphie : l'onomastique attestée prend en effet une coloration plus diverse, où l'influence ionique est moins prédominante. Des noms macédoniens y côtoient désormais d'autres d'origine « panhellénique ». La décision d'Amyntas III de faire de Pella sa capitale s'explique peut-être par la nécessité de mieux contrôler les « Nouveaux Territoires » du royaume, les anciennes cités grecques toujours susceptibles de se rebeller sous l'influence de la confédération de Chalcidique voisine : Pella elle-même se révolte en 383. C'est au fils d'Amyntas III, Philippe II qui grandit dans le nouveau palais de Pella, qu'il revient d'achever l'intégration de ces territoires dans le royaume : contrairement à l'exagération oratoire de Démosthène, le grand ennemi athénien du roi, la ville n'a alors rien d'un village même si elle est loin d'atteindre l'importance démographique d'AthènesM. Hatzopoulos, La Macédoine. Géographie historique - Langues - Cultes et croyances - Institutions, Paris, 2006..
Le règne d’Antigone II Gonatas représente probablement l’apogée de la ville, celle à laquelle appartiennent la plupart des vestiges dégagés (voir infra). Elle est mentionnée par la suite à de nombreuses reprises par Polybe et Tite-LiveTite-Live, XLIV, 45. en tant que capitale de Philippe V et de Persée, à l’occasion des guerres macédoniennes. C'est d'ailleurs chez Tite-Live qu’on trouve la seule description de la ville qui nous soit parvenue, à propos du séjour que Paul Émile, le général romain vainqueur de Persée à la bataille de Pydna, fait sous les murs de la ville en :
Institutions de la cité macédonienne thumb|upright|Statuette d'Athéna aux cornes de taureau, terre cuite du , musée archéologique de Pella.
Capitale du royaume macédonien, Pella est le lieu de résidence habituel du roi, dans son palais, et celui de réunion du synédrion, le Conseil, qui se tient dans le sanctuaire d'Héraclès qui fait ainsi office également de bouleutérion. C'est aussi le lieu de rassemblement de l'armée macédonienne lors de la grande célébration printanière des Xandika, qui donne lieu à une cérémonie de lustration attestée par Tite-LiveM. Hatzopoulos, L'Organisation de l'armée macédonienne sous les Antigonides, Athènes, 2001, .
Mais Pella possède aussi ses propres institutions civiques y compris après son élévation au statut de capitale du royaume macédonien. Les principaux magistrats attestés par l'épigraphie sont les politarques, au nombre de deux. Une dédicace à Asclépios est datée par le prêtre à la même divinité, introduisant l'existence probable à Pella d'une prêtrise éponyme, comme il en existe dans d'autres cités de Macédoine (par ex. à Amphipolis et à Kallindoia). Une magistrature secondaire, financière, également répandue en Macédoine (Thessalonique, Apollonia, Dion) est aussi attestée pour Pella : un collège de deux trésoriers au moins (tamiai) et Appendice épigraphique , apparaît dans un décret de la cité en faveur de Cos, et dont une copie a été retrouvée à l'Asklépiéion.
Pella abrite un atelier de frappe monétaire à l'époque antigonide, dont les émissions sont inscrites du nom des Bottiéens (), qui n'a pas à cette époque une signification ethnique mais indique une subdivision administrative du royaume macédonien : c'est l'une des quatre mérides (districts ou régions administratives), la seconde d'après le numéro d'ordre (B) accompagnant l'ethnique, et dont les Romains reprennent par la suite le découpage comme fondement du démembrement territorial du royaume en 167, mais dont la création remonte au moins au et probablement jusqu'à Philippe II.
Les sources romainesTite-Live, 44, 6, 2 ; Plutarque, Paul Émile, 23, 6. indiquent que Pella était aussi le siège du principal trésor du royaume. Le monnayage des Bottiéens, distinct du monnayage au nom de tous les Macédoniens, implique que le second district avait son propre trésor et ses propres finances. Cela s'accorde aussi avec l'existence d'une assemblée régionale, probablement plutôt une assemblée primaire que représentative, attestée indirectement par l'épigraphie.
Vie religieuse Les cultes et les sanctuaires Sans être la capitale religieuse du royaume, un rôle dévolu à Dion, Pella n'en comporte pas moins de nombreux sanctuaires : plusieurs d'entre eux ont été systématiquement fouillés et renseignent par leurs inscriptions et leur matériel sur la vie religieuse des habitants de la cité. Le Thesmophorion, situé à l'extrémité nord-ouest de la ville, est le sanctuaire de Déméter Thesmophoros : c'est un petit péribole de dix mètres de diamètre, avec un autel au centre. De très nombreuses figurines d'argiles retrouvées sur le site étaient produites en série dans un atelier local. Des ossements d'animaux (porcelets, ovins) présents en grande quantité attestent des sacrifices faits à l'occasion de la fête des Thesmophories, la fête des semences célébrée à l'automne. Le sanctuaire d'Aphrodite-Cybèle, la Mère des Dieux, occupe toute la largeur d'un îlot au nord de l'agora. Il comprend un vaste espace dégagé avec deux petits temples au nord et au sud, des entrepôts, des ateliers et une citerne souterraine. Le culte de la déesse est identifié par des inscriptions, des statuettes et des figurines d'argile, dont certaines ont été retrouvées dans les boutiques de l'agora. La première phase de construction daterait du dernier quart du et son abandon du à la suite du cataclysme qui détruit toute la ville à cette époque. Le sanctuaire de Darrhon, un dieu guérisseur local identifié par une inscription du se trouve dans la partie sud-ouest de la ville, à proximité immédiate de la route monumentale la reliant au port. Darron est connu par Hésychios comme un dieu guérisseur, mais l'inscription de Pella est la première attestation épigraphique de son culte.
D'autres cultes sont pratiqués à Pella et connus par les statuettes et figurines de dieux qui ont été retrouvées : Athéna, avec l'épiclèse Alkidémos, est représentée non seulement avec le Gorgoneion traditionnel sur la poitrine mais aussi avec un casque orné de trois cornes de taureau (voir illustration ci-contre). Elle est une déesse protectrice des troupeaux. Dionysos et Pan sont également honorés à Pella.