Le Bison d'Europe ( ou ) est une espèce de mammifères ruminants de la famille des bovidés.
C'est une des deux espèces du genre Bison, l'autre étant le Bison d'Amérique. Les deux espèces de bisons sont considérées par certains auteurs comme appartenant au genre Bos (Bos bison)Groves, C. P., 1981. Systematic relationships in the Bovini (Artiodactyla, Bovidae). Zeitschrift für Zoologische Systematik und Evolutionsforschung, 4:264-278., quoted in Don E. Wilson & DeeAnn M. Reeder (editors). 2005. Mammal Species of the World. A Taxonomic and Geographic Reference (3rd ed), Johns Hopkins University Press: "Bison" (online edition)., à cause de croisements possibles entre espèces du genre Bison et du genre Bos (voir Beefalo).
Commun durant toute la préhistoire, il a failli être exterminé par la chasse et aussi par la quasi-disparition de son milieu naturel, la forêt primaire, remplacée dès la révolution agricole du néolithique par des champs et des pâturages : les derniers spécimens sauvages avaient été tués en Pologne en 1927.
Désormais protégé, il est peu à peu réintroduit en Europe depuis les années 1950, à partir de douze reproducteurs issus de parcs zoologiques.
La population de bisons d'Europe en 2020 est constituée de en captivité, 501 en semi-liberté et à l'état sauvage. Ils sont répartis dans . Mis à part en captivité, tous ces bisons vivent en Europe. Les bisons sauvages se trouvent dans le centre et l'Est du continent : Allemagne, Biélorussie, Bulgarie, Lettonie, Lituanie, Pologne, Roumanie, Russie, Slovaquie et Ukraine. Les programmes d'élevage en semi-liberté permettent de réintroduire les animaux dans la nature. C'est le plus grand mammifère terrestre du continent européenWWFund / Espèces menacées : le bison d'Europe.
Dénominations Nom scientifique valide : Bos bonasus Linnaeus, 1758 Noms vulgaires (vulgarisation scientifique) : Bison d'Europe, Bison européen Noms vernaculaires (langage courant) : bisó europeu (catalan), bizon Europa (breton), europako bisonte (basque), wisent
Historique vignette|Aire de répartition historique du Bison d'Europe : Le bison d'Europe était très répandu sur tout le continent européen, de l'océan Atlantique à l'Oural (excepté le sud de la péninsule Ibérique, le sud de l'Italie, la péninsule Scandinave et les îles Britanniques), et ce jusqu'au Moyen Âge. Il est également possible qu'il ait peuplé la Sibérie, mais ce point demande à être confirmé..
La présence de bisons en Grèce antique est attestée par plusieurs auteurs. Aristote, au , évoque dans son Histoire des animaux un animal appelé bonasos () présent en Péonie et en Médique, identifié comme le bisonAristote, Histoire des animaux, II, 2, 5 (§499a) et II, 2, 17 (§500b) et les notes de J. Barthélémy Saint-Hilaire dans son édition (1883) .. Au , l'écrivain grec Pausanias le Périégète mentionne dans sa Description de la Grèce la présence de bisons en Péonie, une région de Thrace, en Grèce du Nord, animaux qu'il appelle tantôt « bisons », tantôt « taureaux de Péonie » dans le même passage. Il décrit une technique locale permettant d'en capturer. Cette technique consiste à rabattre l'animal vers un piège situé sur une pente et consistant en des peaux de bêtes huilées sur lesquelles l'animal dévale la pente, jusqu'à finir enfermé entre des palissades construites au préalable. Pausanias indique dans le même passage qu'un roi des Péoniens, Dropion fils de Déon, avait consacré dans le sanctuaire d'Apollon à Delphes une tête de bison en bronze que l'auteur a vue en visitant l'endroitPausanias le Périégète, Description de la Grèce, X, 13 , et en anglais sur le portail Perseus .. Pausanias indique aussi avoir vu ces taureaux de Péonie parmi les curiosités de RomePausanias le Périégète, Description de la Grèce, IX, 21, 2 .. Le poète Oppien d'Apamée, qui vit au , donne une description des bisons dans son épopée des Cynégétiques (consacrée, comme son nom l'indique, à la chasse) ; il rapproche leur nom de celui de la région de Bistonie, en Thrace, où vivaient les BistonesOppien, Cynégétiques, II, 160 et suivants ..
Selon Notker le Bègue, Charlemagne chassait le bison d'Europe, dans la région de Liège et d'Aix-la-Chapelle.. Buffon, dans son Histoire naturelle (1763), l'appelle zoubre (du polonais żubr) et le distingue ainsi de laurochsBenoit Grison, « Corne d'Aurochs ! : la saga scientifique mouvementée de Bos primigenius », in : Espèces n° 50, déc. 2023, p. 28, .
Exterminé après la Première Guerre mondiale, le bison d'Europe ne survivait alors plus qu'en captivité. Il a été progressivement réintroduit dans la nature après la Seconde Guerre mondiale.
Description Le poids moyen du mâle est d'environ ( au maximum), et sa taille peut atteindre , voire au garrot, et jusqu'à de long. La femelle est plus petite, avec un poids entre . C'est le plus gros mammifère terrestre d'Europe.
L'animal peut vivre , surtout en captivité où il n'a pas de prédateur. Dans la nature, le bison a surtout comme prédateur le loup.
Les accouplements ont lieu à la fin de l'été et au début de l'automne. Après neuf mois de gestation, les petits naissent au printemps, ils sont joueurs, affectueux et faciles à apprivoiser. À deux mois, leur bosse commence à pousser. À partir de 1 ans, ils commencent à devenir adulte et deviennent, de ce fait, plus agressifs.
La nourriture de ce ruminant est constituée de quelque végétales différentes, avec une prédominance d'herbes, mais avec aussi des écorces et des feuilles.
L'animal vit en petits troupeaux familiaux de trente têtes au maximum, dirigés par une femelle. Ces troupeaux ont tendance à se disperser l'été en petits groupes, et à se reformer à l'automne.
Les groupes de mâles sont plus petits, de l'ordre de deux à quatre individus, en général.
Le bison d'Europe (Bison bonasus) vit essentiellement en forêt comme le bison des bois (Bison bison athabascae, sous-espèce du Bison d'Amérique du Nord) et à l'inverse du bison des plaines (Bison bison bison, autre sous-espèce du Bison d'Amérique du Nord) qui lui est exclusivement un animal de prairie. Le bison européen consomme par jour selon le Word Wild Fund quelque 30 kg d'herbes, d'écorce et de branches. Cela créé le paysage caractéristique et mosaïque de zones boisées et de prairies ouvertes.
Sous-espèces Trois sous-espèces de bison d'Europe ont été décrites, mais d'autres ont peut-être existé dans le passé : Bison bonasus bonasus (Linnaeus, 1758) – Pologne, Allemagne et Roumanie † Bison bonasus caucasicus (Turkin et Satunin, 1904) – région du Caucase † Bison bonasus hungarorum (Kretzoi, 1946) – montagnes des Carpates et Transylvanie
La première sous-espèce existe toujours. La seconde a disparu, mais conserve des descendants dans une lignée hybride de Bison bonasus bonasus et de Bison bonasus caucasicus.
Une espèce en péril thumb|Jeune bison au zoo de Barcelone. thumb|Jeune bison en semi-liberté en France (Lozère).
Extermination Le bison d'Europe disparut de France au , de Suisse au , d'Allemagne au , de Transylvanie (Roumanie) au et de Pologne, son ultime refuge, dans les années 1920.
Ces disparitions sont largement dues à la chasse, mais aussi à la régression de ses habitats (agriculture, urbanisation).
Gibier de rois, des mesures furent décidées assez tôt pour sa protection, mais sans succès. Il fut interdit de le tuer dans la Pologne du . Des élevages furent entrepris et une tentative de réintroduction fut menée avec des bêtes d'élevage dans le Mecklembourg en 1689 et en Saxe en 1733, sans succès.
Sauvetage À la fin des années 1920, les seuls bisons d'Europe encore vivants (54, dont et ) ne survivaient plus que dans les zoos. Il s'agissait alors essentiellement de la sous-espèce de plaine Bison bonasus bonasus. La sous-espèce des montagnes du Caucase (Bison bonasus caucasicus) a aujourd'hui disparu. Il n'en reste qu'une lignée mixte, mélange de Bison bonasus bonasus et de Bison bonasus caucasicus, que les généticiens maintiennent soigneusement séparée de la lignée pure des plaines (Bison bonasus bonasus).
Seuls douze géniteurs sur les se sont finalement reproduits. La population actuelle de la sous-espèce des plaines (B. b. bonasus) est issue de sept sujets seulement : quatre mâles et trois femelles. C'est la principale population actuelle.
Une autre lignée a été formée à partir de quatre mâles et sept femelles B. b. bonasus, et d'un mâle B. b. caucasicus. vignette|Distribution du bison d'Europe en 2010. Certains fondateurs sont à la fois présents dans l'ascendance de la première lignée et dans celle de la seconde. Tous les fondateurs de la souche B. b. bonasus sont originaires de la population qui vivait dans la forêt de Białowieża.
La population du descend d'un très petit nombre d'animaux et la variabilité génétique est donc relativement faible, surtout dans la population « pure » de B. b. bonasus. Elle aurait même tendance à se réduire, du fait du phénomène dit de dérive génétique (à chaque génération, certains individus ne se reproduisent pas, ou ne transmettent pas une partie de leurs gènes, et certaines formes génétiques disparaissent donc) European Bison: Status Survey and Conservation Action Plan (executive summary) — Zbigniew A. Krashinski and Wanda Olech and the IUCN/SSC European Bison Specialist Group — Publisher: IUCN, 2004.. De fait, la comparaison entre les squelettes des animaux actuels et ceux des animaux des siècles précédents fait apparaître certaines anomalies dans la population moderne European Bison: Status Survey and Conservation Action Plan (Chapt 5 — Genetic Structure of the Species) — Zbigniew A. Krashinski and Wanda Olech and the IUCN/SSC European Bison Specialist Group — Publisher: IUCN, 2004..
Réintroduire le bison d'Europe profite aux milieux naturels, en réduisant le carboneEuronews / De la biodiversité au carbone: sauver le bison profite à l'Europe
Société protectrice et European Bison Pedigree Book En , la Société internationale pour la protection du Bison d'Europe a été créée pour assurer la survie de l'animal. Seize pays étaient à l'époque représentés. La société disparut avec la Seconde Guerre mondiale, mais son travail fut poursuiviEuropean Bison: Status Survey and Conservation Action Plan (chapitre I) — Zbigniew A. Krashinski and Wanda Olech and the IUCN/SSC European Bison Specialist Group — Publisher: IUCN, 2004..
Des zoos ont commencé à s'organiser pour échanger des reproducteurs, éviter la consanguinité et augmenter la population vivant en captivité. Un (EBPB) (« livre des pedigrees du bison d'Europe ») a été mis en place pour suivre les bisons et leur généalogie, afin de limiter la consanguinité et les croisements entre sous-espèces et entre espèces. En effet, avant la Seconde Guerre mondiale, il existait un certain nombre d'hybrides entre Bison bonasus bonasus et Bison bonasus caucasinus. Il existait aussi des hybrides de bisons d'Europe et de bisons américains car les deux espèces, très proches, font des hybrides fertiles. Ces hybrides américains, risquant de faire disparaître la souche originelle des bisons d'Europe, furent en partie abattus en 1945. Aujourd'hui encore de nombreux zoos et parcs animaliers sont membres de cet EBPB, comme la réserve animale du Domaine des grottes de Han en Belgique dans les Ardennes.
vignette|Un groupe de bisons en captivité. vignette|Groupe de bisons en semi-liberté. L'European Bison Pedigree Book fut l'instrument permettant : de maintenir le bison d'Europe en tant qu'espèce séparée, en empêchant les hybrides européen X américain de se croiser avec les bisons d'Europe ; de maintenir une lignée Bison bonasus bonasus libre de toute influence de Bison bonasus caucasicus ; d'éviter une trop grande consanguinité. L'EBPB était publié en Allemagne avant la Seconde Guerre mondiale, et l'est en Pologne depuis la fin de la guerre.
Réintroductions en milieu naturel et parcs animaliers vignette|Mâle adulte dans la forêt de Białowieża (Pologne).