(en français : La charité dans la vérité) est le titre de la troisième encyclique du pape Benoît XVI. Venant après les deux premières encycliques Deus caritas est et Spe salvi, est la première encyclique sociale du pape. La dernière encyclique sociale remonte à 1991 avec Centesimus annus de Jean-Paul II.
Initialement annoncée pour le , le jour de la fête de saint Joseph, saint patron des travailleurs, sa publication a été plusieurs fois reportée. Finalement signée le , jour de la fête des saints apôtres Pierre et PaulDépêche Catholic News Agency, 24 avril 2009, citant le cardinal Renato Martino, elle a été publiée le .
Ce report est lié à la crise financière, qui semble avoir poussé le pape « à agir ainsi et, peut-être, à retravailler et à infléchir le texte lui-même. Cette encyclique, la première depuis 18 ans dans ce domaine, intervient en effet à un moment clé de l'évolution sociale mondiale »Article des Semaines sociales de France..
Parmi les grands changements intervenus au niveau mondial depuis et qui justifiaient un nouveau document majeur du Magistère sur sa pensée sociale : la mondialisation ; l'environnement, l'écologie, le développement durable ; la crise financière, économique et sociale.
Benoît XVI avait assuré lors de l'angélus, lundi , que ce document serait « une nouvelle contribution de l'Église destinée à l'humanité dans ses efforts pour un développement durable dans le plein respect de la dignité humaine et des exigences réelles de tous ».
Selon les propos du cardinal Tarcisio Bertone, « le pape ne veut pas répéter des lieux communs de la doctrine sociale de l'Église, mais veut apporter quelques éléments originaux, conformément aux défis de l'époque » Dépêche Zenit.
Résumé
Introduction
L’amour, aussi appelé charité () est une force qui pousse les hommes à poser des actes pour la justice et la paix. C’est une force qui trouve son origine en Dieu. L’amour est au cœur de nos relations avec Dieu, avec le prochain (micro-relations), et également entre les hommes constitués en corps sociaux (macro-relations). La charité doit s’accompagner de la vérité, au risque de tomber dans le sentimentalisme et devenir la proie des émotions et de l’opinion contingente des personnes. C’est le risque majeur dans notre monde moderne. (N° 5)
La vérité est logos qui crée un dia-logos (une communication et une communion). La vérité doit s’accompagner de la charité. En aidant les hommes à aller au-delà de leurs opinions, la vérité leur permet de se rencontrer dans la reconnaissance de la substance et de la valeur des choses, et notamment de l’amour de Dieu.
La charité est un amour à la fois reçu (une grâce, sa source étant en Dieu) et donné (les hommes sont eux-mêmes instruments de la grâce en tissant des liens de charité). La Doctrine sociale de l'Église répond à cette dynamique, en proposant dans les sujets de société de vivre de la charité dans la vérité.
La charité n’existe jamais sans la justice (reconnaissance des droits légitimes des individus et des peuples) mais elle la dépasse également dans la logique du don. Aux côtés du bien individuel exprimé par la justice, se trouve le bien commun, celui des institutions qui structurent la société (familles, corps intermédiaires, etc) et qui permettent aux personnes d’arriver plus efficacement à leur bien.
Reprenant l’enseignement de Paul VI en 1967 dans , qui posait l’annonce du Christ comme principal facteur de développement, Benoît XVI précise que seule la charité éclairée par la lumière de la raison et de la foi permettra un développement plus humain pour notre monde.
Chapitre 1 : le message de
Benoît XVI replace Populorum progressio dans le contexte de l’après Concile Vatican II, mais rappelle que la Doctrine sociale de l'Église tire son origine de la tradition de la foi des Apôtres dans la continuité de la Tradition de l’Église, dont le Concile Vatican II est l'un des éléments.
L’Église promeut le développement intégral de l’homme, par sa doctrine et par ses actes (assistance, éducation, etc). Elle dispose d’une position privilégiée car le développement ne peut se passer de Dieu, au risque d’être déshumanisé (il s’agit en effet pour nous de ne pas voir dans l’autre que l’autre, mais l’image de Dieu).
La charité chrétienne est une force principale au service du développement. Ainsi, Paul VI avait pris position dans d’importantes questions morales de son époque. Dans la lettre apostolique Octogesima adveniens, il avait mis en garde contre les idéologies qui nient l’intérêt du développement (au mépris des capacités humaines, car le développement et progrès font partie du dessein de Dieu sur l’homme) et celles qui, à l’opposé, font du progrès un absolu. Deux autres textes de Paul VI marquent également le lien impératif entre morale et éthique sociale : l’encyclique (qui dessine la signification pleinement humaine de la sexualité, et dont Evangelium vitae qui la prolonge précisera qu’une société ne peut tolérer la violation de la vie humaine) et l’exhortation (qui lie Doctrine sociale de l'Église et foi, car le témoignage de la charité à travers les œuvres du Christ fait partie de l’évangélisation).
Paul VI rappelle également que le développement suppose la liberté responsable, les situations de sous-développement dépendant essentiellement de la responsabilité humaine, avec notamment en cause un déficit de réflexion (sur les moyens à mettre en œuvre pour sortir du sous-développement), et un désintérêt des devoirs de solidarité. En effet, la société toujours plus globalisée nous rapproche mais elle ne nous rend pas frères, ce que seul peut faire le constat d’être des fils du même Père.
Pour être authentique, le développement doit être intégral, c'est-à-dire promouvoir tout homme et tout l’homme. La vérité du développement réside dans son intégralité, y compris dans son aspect spirituel (l’homme ne peut pas faire moins que s’ouvrir à l’appel divin).
Chapitre 2 : le développement humain aujourd’hui Par le terme développement, Paul VI désignait l’objectif de faire sortir les peuples de la misère. Ce développement économique a bien eu lieu, pour les milliards de personnes, mais il a été et continue d’être affecté par des déséquilibres profonds, mis encore davantage en relief par l’actuelle situation de crise. Les déséquilibres actuels sont la conséquence de problèmes différents de ceux auxquels avait été confronté Paul VI : une activité financière mal maîtrisée, des flux migratoires gérés de façon inappropriée, l’exploitation anarchique des ressources de la terre. La crise doit d’une part être une occasion de discernement sur les pratiques actuelles, et d’autre part permettre de redécouvrir les valeurs de fond.
La ligne de démarcation entre pays riches et pays pauvres n’est plus aussi nette qu’au temps de , les zones pauvres souffrant elles aussi de fortes inégalités (entre les classes gouvernantes et le peuple), les droits des travailleurs étant violés aussi bien par les multinationales que par des groupes locaux, le détournement des aides internationales étant causé par des irresponsabilités d’un côté comme de l’autre de la chaîne. Enfin, il faut noter que certaines normes sociales de comportement ralentissent le processus de développement des pays pauvres.
Paul VI, dans Populorum progressio, assignait à juste titre un rôle central aux pouvoirs publics. Mais face à la globalisation des problématiques et au défi lancé par la crise actuelle, les États doivent redéfinir leur rôle. Benoît XVI exhorte également les citoyens à porter une attention et une participation plus larges à la res publica.
D’un point de vue social, les difficultés que connaissent les systèmes de protection sociale, dans un environnement économique profondément modifié (délocalisations dans des pays à faible coût de main-d’œuvre), remettent en cause leur capacité à poursuivre leur objectif de justice sociale. L’invitation faite par la doctrine sociale de l'Église de créer des associations de travailleurs reste de pleine actualité, dans un contexte d’affaiblissement des organisations syndicales. La mobilité du travail, liée à la déréglementation généralisée est bonne dans son essence, mais doit être encadrée afin de limiter ses conséquences négatives (instabilité rendant difficile la vie extra-professionnelle, chômage, dépendance excessive envers l’assistance publique).
Sur un plan culturel, il est regrettable que la mondialisation ait pour conséquence un relativisme culturel (cultures substantiellement équivalentes et interchangeables entre elles) qui rend difficile tout dialogue authentique et induit une uniformisation des comportements et des styles de vie.
Éliminer la faim dans le monde est un enjeu majeur, afin de répondre à cette exigence primordiale de justice mais également de sauvegarder la paix et la stabilité. La faim est souvent essentiellement la conséquence des carences sociales (instabilité politique, désorganisation des institutions économiques), plutôt que d’une carence de ressources matérielles. Un soutien économique aux pays pauvres est également nécessaire (investissements, introduction de techniques de culture nouvelles pour peu qu’elles soient reconnues comme convenables).
Le respect de la vie est un thème majeur du développement, car on remarque que de nombreux pays subissent des pratiques de contrôle démographique, qui diffusent la contraception et vont jusqu’à imposer l’avortement. Les pays économiquement développés cherchent à transmettre aux pays pauvres leur mentalité antinataliste. (N° 28)
Dieu est le garant du véritable développement de l’homme. La négation du droit à la liberté religieuse porte par conséquent atteinte au développement, mais également le terrorisme de nature fondamentaliste et la promotion de l’indifférence religieuse ou de l’athéisme (les pays riches exportent vers les pays pauvres un sous-développement moral).
Le développement nécessite d’être orienté. Les problèmes sont complexes et exigent une interdisciplinarité ordonnée, relevée avec le sel de la charité, et un lien entre sciences humaines et métaphysique. À titre d’exemple, il est indispensable que les choix économiques ne fassent pas augmenter de façon excessive et moralement inacceptable les écarts de richesse. Si la mondialisation a permis à des régions entières de sortir du sous-développement, et représente en soi une grande opportunité, seule la charité dans la vérité permettra de se prémunir du risque de création de nouvelles fractures au sein de la famille humaine.
Chapitre 3 : fraternité, développement économique et société civile
Les effets pernicieux du péché originel s’étendent au domaine de l’économie. La conviction d’être autosuffisant a poussé l’homme à faire coïncider le bonheur avec des formes immanentes de bien-être matériel, cette autonomie ne tolérant pas d’influences de caractère moral. Les systèmes nés de ces convictions ont foulé aux pieds la liberté de la personne, et n’ont pas apporté le bonheur qu’ils promettaient. C’est au contraire de l’espérance chrétienne que doivent se nourrir nos systèmes économiques, celle-ci encourageant la raison, orientant la volonté, et nourrissant la charité dans la vérité. Parce qu’elle est un don que tous reçoivent, la charité dans la vérité est une force qui constitue la communauté et lui permet d'être pleinement fraternelle.