Jean-Joseph-Pierre-Augustin Lapeyrière dit Augustin Lapeyrière (puis de Lapeyrière), né le à Cahors et mort le à Gaillac, est un financier et collectionneur d'art français.

Augustin Lapeyrière, receveur général des finances du département de la Seine, posséda la plus grosse fortune particulière recensée pour la Restauration : ses biens étaient estimés à . Il fut également un éminent collectionneur d'œuvres d'art.

Biographie En 1804, Jean-Louis Lapeyrière et son épouse, les parents d'Augustin, s'installèrent à Paris, rue de l'Université, à la suite de sa nomination à la recette générale des contributions du département de la Seine, après avoir été avocat au parlement de Toulouse, conseiller au présidial de Cahors, receveur du clergé de la province de Quercy (1780-1789). Jean-Louis Lapeyrière mena simultanément sa carrière de receveur général à des activités bancaires, comme la majorité des receveurs généraux de son époque, et poursuivre ses investissements immobiliers. Il avait été honoré par une ordonnance royale le nommant membre de la Légion d'honneur. Des lettres de noblesse furent accordées à Jean-Louis Lapeyrière par lettres patentes du Albert Révérend, Titres, anoblissements et pairies de la Restauration, 1814-1830. Volume 4, 1904, avec règlement d'armoiries : d'azur au sautoir d'or, accompagné en chef d'une épée en pal, en flancs, à dextre, d'une rose, à senestre, d'une étoile, et en pointe, d'un lévrier courant, le tout en argent. Son père était propriétaire du château de Croissy, du château de Canussel et du futur Palais épiscopal de Cahors. Augustin Lapeyrière est le neveu de Blaise Dubruel.

Augustin Lapeyrière suivit ses parents à Paris où il s'acquittait des diverses tâches relatives à la recette générale procurées par son père. Parallèlement, des personnes de son entourage lui accordaient leur confiance pour administrer leurs affaires, quittances, payements, courriers ou autres, tel que son beau-frère Jean-Baptiste Bessières, maréchal d'Empire (son frère Fabien-Sébastien-Jacques Lapeyrière, chef d'escadron et chevalier de l'Empire, en été également l'aide de camp), ainsi qu'Amable de Baudus, dont il était le chargé d'affairesFlorence de Baudus, Amable de Baudus: Des services secrets de Talleyrand à la direction de la Censure sous Louis XVIII, 2012. En 1810, Augustin Lapeyrière succéda à son père en tant que receveur général des contributions de la Seine. Sa nouvelle position lui assurait des revenus confortables.

La réussite professionnelle d'Augustin Lapeyrière l'avait poussé à s'installer à l’hôtel de Rohan-Montbazon à Paris, dans le souci d'affirmer son rang. Une formidable collection composée de tableaux des plus grands maîtres flamands, espagnols, italiens et français venaient agrémenter les murs de l'hôtel. Ils étaient visibles à tous ceux qui en avaient préalablement formulé la demande auprès du propriétaire, comme cela se faisait couramment à l'époque. À ces chefs-d'œuvre, il fallait ajouter un splendide ensemble mobilier réalisé par Jacob Desmalter et Bellangé pour le grand salon de l'hôtel, la grande chambre à coucher, le boudoir et le cabinet de travail de Lapeyrière. De nombreux objets d'art, marbres, petits bronzes et sculptures participaient au décor.

Il prend part à la fondation de la Caisse hypothécaire en 1818 et de plusieurs compagnies d'assurances (Compagnie royale d'assurances contre l'incendie, Compagnie royale d'assurances maritimes, Compagnie royale d'assurances sur la vie, Compagnie d'assurance mutuelle contre l'incendie dans les départements de la Seine et de la Seine-et-Oise, etc), dont il siège aux conseils d'administration.

En 1820, Lapeyrière acquiert l'hôtel Valentinois, rue Saint-Lazare, et finance la création de la Nouvelle Athènes. Les terrains situés au nord de la rue Saint-Lazare, entre les rues de La Rochefoucauld et des Martyrs étaient couverts de pépinières, de vignes et de champs. Sous la Restauration, les spéculateurs guettaient le quartier des Porcherons. Ils fondaient des sociétés immobilières, achetaient des propriétés, grandes et petites, regroupaient des parcelles, bâtissaient et aménageaient en vue de locations. Parmi eux, Lapeyrière, qui viabilisa les abords du vieux moulin de la Tour des Dames. Puis, avec son associé, l'architecte Constantin, il construisit sur les rues Blanche, Pigalle, La Tour des Dames, La Rochefoucauld, Saint-Lazare et Taitbout, le quartier qui sera nommé la Nouvelle Athènes.

vignette|gauche|300px|Le château de Mont-Saint-Père-sur-Marne. Il acquiert cette même année 1820 le château de Mont-Saint-Père et son domaine de 750 hectares pour la somme de francs, auquel il ajouta francs de dépenses. Il s'agit d'une ancienne propriété de Joseph Pâris Duverney, de la famille Faventines de Fontenilles et de Claude Baudard de Saint-JamesMémoires / Fédération des sociétés d'histoire et d'archéologie de l'Aisne.

Lapeyrière fait construire en 1826 les forges de Caussanus à Bruniquel, pour la fonte des minerais de fer de Penne et de Puycelsi, en remplacement de ses forges et hauts-fourneaux de Courbeval, qu'il acquiert de son beau-frère Jean-Baptiste GarrigouMélanges en commémoration du cinquantenaire de sa fondation (1878-1928) / Société des sciences, arts et belles-lettres du TarnUsine de fabrication des métaux dite forges de Caussanus. Les forges de Caussanus comprennent alors deux hauts fourneaux au charbon de bois, trois feux d'affinerie, deux laminoirs et deux fours à réverbère, trois halles à magasins de charbon, des ateliers, des logements d'ouvriers et la maison du directeur.

La folie des grandeurs d'Augustin Lapeyrière le conduisirent à sa perte. Ses nombreux investissements nécessitaient d'énormes capitaux, bientôt les dépenses dépassèrent ses prévisions au point qu'il fut criblé de dettes qu'il n'était pas en mesure d'amortir. Le contexte économique difficile vint s'ajouter à ses problèmes financiers. Cela se solda par une faillite retentissante de plus de neuf millions et demi de francs. Aujourd'hui encore, les circonstances exactes de la ruine de Lapeyrière demeurent obscures. La faillite de l'architecte Auguste Constantin, associé de Lapeyrière lors de la construction de la Nouvelle Athènes, apportait des éléments de réponse.

Un grand collectionneur d'art Augustin Lapeyrière était incontestablement un amateur d'art passionné. Malgré sa déconfiture, il conserva auprès de lui, jusqu'à sa mort, les quelques tableaux qu'il avait pu sauver des mains de ses créanciers, pour le remboursement desquels il dut vendre ou abandonner la majeure partie de sa magnifique collection de tableaux et objets d'art en 1825. L'achat d'œuvres d'art provenant d'illustres cabinets français et étrangers participait à la constitution de la collection d'Augustin Lapeyrière et à son prestige. Il constitua sa collection rapidement entre les années 1810 et 1817 et n'eut de cesse de la faire évoluer au gré de ses désirs jusqu'en 1823, date à laquelle la faillite eut raison de sa collection. Le catalogue de la vente de 1825 d'Augustin Lapeyrière dévoilait aux amateurs une collection de peinture d'une ampleur et d'une richesse considérable.

Le schéma de la composition de la collection témoigne de la constance du goût d'Augustin Lapeyrière pour les écoles flamandes et hollandaises du , pour la peinture française, la peinture espagnole et la peinture italienne, par ordre décroissant d’importance. Lapeyrière était toujours aussi épris des paysages « italianisants » de Jan Both. On remarque un Paysage hivernal, conservé au Philadelphia Museum of Art de Jacob van Ruisdael. Lapeyrière continuait d'apprécier les scènes de genre hollandaises, séduit par le raffinement, la minutie, les jeux de lumières et le brillant de ces peintures, citons entre autres, La peseuse d'argent de Gabriel Metsu, anciennement dans la collection Knoedler à New York, une Scène familière de Jan Steen et deux tableaux de Ter Borch représentant des jeunes femmes à leur toilette. On remarquait quelques intérieurs d'église, tel celui de Hendrick van der Vliet, conservé au musée des beaux-arts de Rouen. Lapeyrière affectionnait particulièrement les œuvres de Paul Potter, dont le fameux pâturage, racheté en 1817, qu'il dut se résoudre à vendre désormais augmentées par une scène pastorale, conservée à la Manchester Art Gallery et un Jeune cheval dans un parc qui évoque immanquablement le Cheval Pie conservé au musée du Louvre. Les sujets religieux occupèrent une place plus affirmée dans la collection Lapeyrière, citons La Sainte Famille de Rubens, conservée à la Wallace Collection, L'Apothéose de la Vierge de Van Dyck, La Tentation de Saint Antoine de David Téniers qui s'approche d'un tableau, conservé à la Gemäldegalerie de Dresde, La Vierge en prière sur des nuages d'Adriaen van der Werff ou la Prédilection de Saint Jean-Baptiste dans le désert de Bloemaert. Certains maîtres furent boudés par Lapeyrière, comme Wouwermans qui en 1817 avait ses faveurs, seule une Partie de chasse figurait dans la collection. Inversement, Karel Dujardin resté discret à la vente précédente était désormais représenté par quatre tableaux dont le Maréchal Ferrant qui avait appartenu à Lenoir du Breuil. Augustin Lapeyrière aimait toujours les œuvres de Rembrandt, parmi lesquelles Lucrèce, actuellement à la National Gallery of Art de Washington. Enfin, il faut signaler le cycle des Quatre saisons de David Téniers, remporté par l'Anglais Emerson pour , conservé au à Bois-le-Duc. Téniers devint l'un des artistes favoris de Lapeyrière, car à La Tentation de Saint-Antoine et aux Quatre saisons il fallait ajouter deux Kermesses et un Intérieur de Corps-de-Garde.

Le catalogue dévoilait également l'évolution du goût d'Augustin Lapeyrière : la peinture française du . Les six tableaux de Claude Gellée (1600-1682) occupaient une place prépondérante au sein de la collection. On pouvait ainsi y admirer un Paysage avec un gardien de troupeau conservé à la National Gallery de Washington, La Chasse d’Énée, actuellement aux musées royaux des beaux-arts de Bruxelles, l'un des plus fameux épisodes de l'Énéide, Énée et la Sibylle de Cumes descendant aux Enfers, le tableau aujourd'hui perdu, mais il subsiste deux dessins très finis, conservés au Louvre et au Norton Simon Museum of Art de Pasadena, Le Parnasse avec Minerve rendant visite au Muses conservé à la Cummer Gallery of Art et deux autres paysages. Lapeyrière possédait deux tableaux du rival de Salvator Rosa, Jacques Courtois dit le Borgognone (1621-1676), une Bataille et un Choc de cavalerie, et une étude de la Vierge de Charles Le Brun. Le classicisme de Nicolas Poussin (1594-1665) séduisait également Augustin Lapeyrière qui collectionna trois œuvres de ce maître, dont l'Adoration du Veau d'or, qui s'approche d'un tableau de Poussin aujourd'hui perdu mais dont il subsiste une copie d'Andrea di Lione au San Francisco De Young Museum. Enfin, un tableau de Jean-Baptiste Greuze venait rompre cette hégémonie des peintres du , représentant Egine visitée par Jupiter, exécuté dans les années 1767-1769 et conservé au Metropolitan Museum of Art.