Nathanael ou Nathaniel Tarporley ou Torporley, voire Torperley Torperley sur Clergy of the anglican church database, né en 1564 à Shrewsbury, dans le Shropshire, mort au collège de SionLa page consacrée au collège de Sion sur la Wikipédia anglaise en 1632, est un mathématicien et un astronome anglais. Tarporley est probablement le plus intéressant des personnages énigmatiques qui gravitaient autour du neuvième comte de Northumberland, Henry Percy. Secrétaire du mathématicien François Viète, il fut le collègue et le confident de Thomas Harriot. Il fut désigné par celui-ci pour préparer ses publications posthumes.
Biographie
Élève de Viète Après des études à l'école de grammaire de Shrewsbury (à compter de 1571Calvert, Shrewsbury school Regestum Scholarium, p. 41), Nathaniel Tarporley s'inscrivit à 17 ans à Christ Church le , comme « Plébéien » originaire du comté de Salop (id est Schrops). Il entre à St Mary's Hall l'année où Thomas Harriot en sort. Peu après avoir obtenu son premier diplôme (BA) à Christ Church, Oxford, en , il vint en France vers 1583-1584 et passa deux ou trois ans comme apprenti et secrétaire auprès de François Viète* Annals of Shrewsbury School (1899), à Fontenay-le-Comte Wood : athenae Oxoniens V2. Cette datation est sujette à débat, certains historiens, dont Jacqueline Stedall, plaçant leur rencontre vers 1595, voire après. Il offrit vraisemblablement un livre de François Viète à Thomas Harriot, qu'on retrouva annoté de la main de cet algébriste mais là encore se posent des problèmes de datation de sa rencontre avec le mathématicien du comte Henri Percy.
De retour en Angleterre, Tarporley s'inscrivit au collège de Brasenose où il passa son second examen de maîtrise (MA) le . Il se fit moine peu après.
Les Diclides En 1602, Tarporley publia un ouvrage intitulé Diclides Coelometricae ; a Preliminary InvestigationTarporley Nathanael Diclide Colometrique dont on ne peut réellement estimer la valeur : Delambre se réfère à ses tables dans son Astronomie Moderne en 1821, comme étant les plus obscures et les plus incommodes jamais dressées. Mais vingt ans plus tard, Augustus De Morgan dans sa Penny Cyclopedia (1838) distingue dans ces papiers l'invention du logarithme, et des calculs d'interpolation des triangles sphériques douze ans avant John Napier... Quoique d'un autre côté il lui décerne le titre du plus burlesque des astronomes. Le latin de Tarporley est impénétrable. Le titre de son travail est obscur et ses mathématiques remplies de rébus à deviner... conclut pour finir De Morgan, qui abandonna son étude Joel Silverberg, Roger Williams University, Bristol, Rhode Island, USA Nathaniel Torporley and his Diclides Coelometricae (1602)-A Preliminary Investigation intervention au third Joint Meeting with the Canadian Mathematical Society Memorial University St. John’s, Newfoundland 6-8 June 2009.
D'après Coxeter, Nathanael Tarporley étudiait dans cet ouvrage les relations entretenues par les 5 angles (a, A, b, B, c) d'un triangle rectangle sphérique droit en C. Le Pentagramma mirificum de GaussCoxeter le triangle rectangle sphérique de Tarporley.
Dans la compagnie du comte Henry Percy
Vers cette époque, Henry Percy, neuvième comte de Northumberland, lui donna une pension en considération de ses singulières connaissances. Le comte réunissait une cour de savants dans son manoir de Syon (Syon House) puis dans sa prison (après 1605 et pendant 17 ans). Tarporley retrouva dans la mouvance du comte Dee et Harriot ; il était, avec ce dernier et Walter Raleigh, le dernier des trois "mages" du neuvième comteFranz Xaver Zach Correspondance astronomique, géographique, hydrographique et statistique.
Harriot et Tarporley
Tarporley, décrivant Harriot, déclare<ref>dans la préface des Diclides (1602), cité par Amir R. Alexander dans Geometrical landscapes: the voyages of discovery Hariot était destiné à dissiper les brumes qui enveloppaient le monde depuis bien des siècles. La citation anglaise est For indeed by the delays and affected obscurity of authors, it was impossible, that in the first promulgation of the art, we should give the praise of invention and the credit of teaching, to the same individual ; but while they were quarrelling & contending for no less a prize than the empire of Mathematics, whilst others were muttering, and waiting with excited minds to see who should rule the flock, whom so many herds should follow, our own champion has not been wanting to England. I mean Thomas Hariot, a most distinguished man, and one excelling in all branches of learning : a man born to illustrate Science, and, what was his principal distinction, to clear away by the splendour of undoubted truth those philosophical clouds in which the world had been involved for so many centuries : who did not allow the trophies of substantial praise to be wholly carried abroad to other nations. For he (while the arrow, which was to hit the bull's-eye, was yet in the quiver) defined by an admirable method the limits of all that science ; and showed it to me, amongst others of his friends, explained in an expeditious and simple manner ; and by proposing various problems to us, enabled us to exercise our ingenuity in the profundities of this science.</ref> :
Le comte Henry se délectait de la conversation de ces hommes de sciences ; lorsqu'il fut emprisonné dans la tour de Londres, il continua à prendre ses repas avec cette communauté de savants qu'il pensionnait. Sa société se désignait, elle-même, comme les Atlantes du monde mathématique ; on y trouvait également des antiquisants, des astrologues, des chimistes et des naturalistes. Il y avait là Thomas Allen, le docteur John Dee... Tarporley s'y déclarait disciple du philosophe Lucrèce, et de sa philosophie atomistique. Parmi cette compagnie, Thomas Harriot était considéré comme un philosophe universel. On y trouvait encore, l'astronome John Protheroe, qui pensionna Tarporley après la mort du comte, Walter Warner, qu'on disait avoir inspiré à Harvey la découverte de la circulation du sang et le cartographe mathématicien Robert Hues. Les travaux de ce cénacle n'ont malheureusement jamais été imprimés correctement.
Harriot, qui était assez ouvertement athée, doutait du fiat lux ex nihilo de la bible, Tarporley rattachait cette puissance créatrice au mouvement des atomes de la philosophie épicurienne. Tarporley considérait en effet que le dogme de la création s'expliquait par le mouvement des atomes, et recherchait à prouver la maxime contraire : omnia ex nihilo,.
En 1605, Tarporley fut à son tour interrogé par le conseil pour avoir dressé le thème astral du roi.
En 1607, il observa le passage de la comète de Halley avec Harriot et Myles Standish.
Enfin, le , Tarporley fut nommé recteur de Salwarp, dans le Worcestershire, où il demeura jusqu'en 1622 ; il fut également nommé recteur de Liddington ou Luddington, dans le Wiltshire, en 1611, mais semble avoir résidé la plupart du temps près de l'église de St. Alphege, à Londres, où il disposait d'une chambre.
Un piètre exécuteur testamentaire
Certains commentateurs déduisent de leurs différends religieux qu'il fut un très mauvais exécuteur testamentaire d'Harriot en ne publiant pas entièrement ses manuscritsJohn W. Shirley Thomas Harriot : Renaissance Scientist, ed. p 268. Harriot laissait 4000 feuillets non classés, donnant des notations parfois multiples (notamment < et> n'y sont pas notés tels quels), faisant appel aux racines négatives ou imaginaires (qui n'étaient généralement pas admises à cette époque)Joël Biard, Sabine Rommevaux : Mathématiques et théorie du mouvement: .
Après la mort d'Harriot, Robert Hues, l'astronome John Protheroe, et surtout Walter Warner prirent la responsabilité d'aider Nathanael Tarporley dans l'édition posthume des œuvres de leur ami. Les œuvres d'Harriot avait été recueillies dans un coffre et déposées chez le comte PercyHenry Stevens : Thomas Hariot, the mathematician, the philosopher, and the scholar page 165.. Tarporley et Warner se partagèrent vraisemblablement la tâche, Warner gardant pour lui la théorie des équationsJanet Beery ; Jacqueline Stedall : Thomas Harriot's doctrine of triangular numbers: the 'Magisteria magna' page 29. European Mathematical Society, 2009. Mais leur cénacle ne parvint pas à une édition satisfaisante.
Peu après, Tarporley rédigea son propre Congestor analyticus, dont les premières pages furent envoyées à John Protheroe. Entre 1622 et 1625, Tarpoley se lia d'amitié avec Henry Briggs. En 1624, John Protheroe commanda à sa femme de poursuivre après sa mort le versement de la pension qu'il donnait à Tarporley ; puis la mort faucha Protehroe et Tarporley rédigea à ses propres fins un summary(résumé en 20 pages, conservé au collège de Sion), des 200 pages que lui avait léguées Harriot.
En 1626, le comte Henry Percy subventionna de nouveau les travaux de Tarpoley.
En 1627, Tarpoley se trouvait à Petworth, une des résidences du comteJacqueline A. Stedall, Thomas Hariot : The greate invention of algebra: Thomas Harriot's treatise on equations. Le , il lui dédicaça un résumé en 164 pages des œuvres d'Harriot relatives aux nombres triangulaires, le "Magisteria Magna" De triangulis laterum rationalium ou Magister. C'est le dernier travail qu'on connaît de lui. Une grande similitude de vues se dégage entre le Congestor de Tarporley et le Magister d'Harriot selon Jacqueline A. StedallJanet Beery, Jacqueline A. Stedall : Thomas Harriot's doctrine of triangular numbers: the 'Magisteria magna' page 24 European Mathematical Society, 2009..
En 1630 Tarporley se retira de façon définitive dans le nouveau collège de Sion, où il loua une chambreHenry Stevens : Thomas Hariot page 59..
Walter Warner et Sir Thomas Aylesbury, 1er Baronet, de Westminster, poursuivirent de leur côté leur mission et éditèrent l'Artis Analyticis Praxis ou Praxis (en 1631), sans en comprendre probablement toute la profondeur. Tarpoley désapprouva cette publication qui trahissait HarriotHelena M. Pycior : Symbols, Impossible Numbers, and Geometric Entanglements: British Algebra note page 56. Cette œuvre d'Harriot, qui fut l'une des seules menées à bien, inspira fortement Descartes dans l'établissement de sa méthode d'après Jean de Beaugrand.
Tarpoley mourut dans sa chambre du collège de Sion en avril 1632 et fut enterré peu après dans l'église Saint-Alfège.
Il avait légué le de la même année l'ensemble de ses livres et tous ses instruments au collège de Sion, dont les registres ont gardé de lui la mémoire d'un chimiste Society for the Diffusion of Useful Knowledge (Great Britain)Penny cyclopaedia of the Society for the Diffusion of Useful ..., Volumes 25-26. Le , sa sœur, Susanna Tasker, était désignée comme exécuteur testamentaire. Quelques manuscrits : Congestor: Opus Mathematicum, Philosophia, Atomorum Atopia demonstrata, Corrector Analyticus Artis posthunc figuraient parmi ce fondTorporley : Sion College Manuscripts. Une partie brûla en 1666 dans le grand incendie de Londres. Ce qui en restait fut transféré au Lambert Palace en 1996.
Le chaînon manquant
L'historien des sciences Montucla voyait dans la présence de Tarporley en France la preuve que François Viète avait influencé Thomas Harriot ; certains historiens anglais ont contesté cette thèse. Dans une autre version, propagée par Antony WoodTaylor & Francis Philosophical magazine et Edouard Sherburn dans son "Manilius", Tarporley n'aurait connu Viète qu'à la fin de sa vie, et se serait déguisé sous le nom de John Poltrier, Poultry ou Polterey, (Protheroe ?) pour l'approcher.
Une lettre de Torporley à HarriotJacqueline A. Stedall, Thomas Hariot : greate invention of algebra: Thomas Harriot's treatise on equations, témoigne de la rencontre, à Paris, de l'amanuensis et de son maître (malheureusement la date n'en est pas fixée).