thumb|upright=1.8|Comparaison du plafond de la chapelle Sixtine avant et après la restauration de 1984-1994.
La restauration des fresques de la chapelle Sixtine est l'une des plus importantes restaurations d'art du .
La chapelle Sixtine a été construite au Vatican sous le pontificat du pape Sixte IV, juste au nord de la basilique Saint-Pierre, et achevée vers 1481. Ses murs ont été décorés par nombre de peintres de la Renaissance, figurant parmi les artistes les plus en vue de la fin du en Italie, comme Domenico Ghirlandaio, Michel-Ange, Le Pérugin et Sandro Botticelli Essai The Chapel of Sixtus IV de John Shearman dans The Sistine Chapel de Massimo Giacometti, Harmony Books, 1986.. La décoration de la chapelle a été reprise sous le pape Jules II par la peinture du plafond par Michel-Ange entre 1508 et 1512 et par la peinture du Jugement dernier commandée par le pape Clément VII et terminée en 1541, également par Michel-Ange Massimo Giacometti, The Sistine Chapel, Harmony Books, 1986.. Les tapisseries du niveau inférieur, aujourd'hui mieux connues grâce aux cartons de Raphaël de 1515-1516, sont venues compléter l'ensemble.
L'ensemble de ces peintures et fresques représente le plus grand projet pictural de la Renaissance. Prises individuellement, certaines peintures de Michel-Ange sur le plafond, comme La Création des astres et des plantes ou La Création d'Adam - figurent parmi les œuvres les plus importantes de l'art occidental. Les fresques de la chapelle Sixtine et en particulier le plafond et les tympans de Michel-Ange ont connu plusieurs restaurations, dont les plus récentes, réalisées entre 1980 et 1994, ont eu un important retentissement auprès des historiens et amateurs d'art, révélant des couleurs et des détails jamais vus depuis des siècles. Après ce travail, on a pu dire que « tous les livres sur Michel-Ange devraient être récrits » Robert Fulford, Robert Fulford's column about art restoration in Italy, 1998.. Mais d'autres auteurs, comme l'historien d'art James Beck, d'ArtWatch International, ont été extrêmement critiques à l'égard de cette dernière campagne de restaurations, affirmant qu'elles n'ont pas été réalisées dans le respect des véritables intentions de l'artiste. Ces arguments sont au cœur d'un débat encore en cours.
Restaurations antérieures Les fresques de la voûte de la chapelle Sixtine ont été restaurées à plusieurs reprises avant les travaux majeurs des années 1980, sous Jean-Paul II. Les premiers problèmes rencontrés ont été ceux d'infiltrations d'eau qui avaient percé le plancher de la partie haute de la voûte. Paulo Giovio signalait déjà, vers 1547, que les fresques de la voûte étaient endommagées par des fissures et des efflorescences blanches de salpêtre. Gianluigi Colalucci, restaurateur en chef du laboratoire de restauration des peintures des monuments et musées pontificaux, rapporte dans son essai sur Les couleurs de Michel-Ange retrouvéesGianluigi Colalucci, Michelangelo's Colours Rediscovered in The Sistine Chapel, éd. Massimo Giacometti. (1986) Harmony Books, , que les premiers restaurateurs avaient traité les œuvres par l'application cosmétique d'huile de lin et de noix qui ont eu pour effet de rendre les dépôts cristallins plus transparents.
En 1625, sous le pape Urbain VIII, une restauration a été menée par Simone Lagi, « doreur résident », qui a essuyé et nettoyé la patine sombre de la surface peinte de la voûte à l'aide de toile de lin et de mie de pain, parfois humidifiée pour une meilleure élimination des matières incrustées. Son rapport indique que les fresques ont recouvré leur éclat d'origine sans subir aucun dommageBiblioteca Vaticana, Vat. Capponiano 231, f 238 et Chigiano G. III 66. f 108. Colalucci précise que Lagi a très probablement appliqué des couches de vernis-colle pour raviver les couleurs sans le préciser dans son rapport afin de préserver les secrets des restaurateurs.
Selon G. Mancini dans ses Considerazioni sulla pittura (1617-162), Le Greco, alors au service du cardinal Alexandre Farnèse à partir de 1570, aurait proposé de détruire et de repeindre les fresques. Cela aurait provoqué un tel courroux, que le Greco dut quitter son emploi à la cour du cardinal en 1572. On conserve sa lettre de demande d'explication, restée sans réponse.
Entre 1710 et 1713, une autre restauration a été entreprise sur ordre du pape Clément XI par le peintre et son fils, qui ont utilisé « des éponges trempées dans du vin grec », ce qui, selon Colalucci, a été rendu nécessaire par l'accumulation de suie et de poussière sur les dépôts graisseux de la restauration précédente. Les Mazzuoli, nous dit Colalucci, ont travaillé à améliorer le contraste des figures par des retouches de peinture sur les détails. Ils ont aussi repeint certaines zones où les couleurs avaient été perdues à cause des efflorescences salines. Ces surfaces ont été traitées par des retouches en hachures ou des traits de pinceau linéaires. Colalucci ajoute que les Mazzuoli ont fait usage de grandes quantités de vernis-colle et que cette restauration a essentiellement porté sur les voûtes, accordant moins d'attention aux tympans.
L'avant-dernière restauration a été faite par le laboratoire de restauration des Musées du Vatican au cours des années 1935-38 sous le pape Pie XI, dans le but de renforcer les enduits à l'extrémité est du bâtiment et d'enlever partiellement la suie et les salissures.
Restauration moderne (1984-1994) thumb|upright=1.4|La Création des astres et des plantes, non restaurée thumb|upright=1.4|La Création d'Adam, restaurée. thumb|upright=1.4|Section restaurée des fresques de la chapelle Sixtine, incluant les deux œuvres ci-dessus.
Par autorisation du pape Jean-Paul II, les tests préalables à la dernière restauration débutent en 1979. L'équipe de restauration comprenait Gianluigi Colalucci, Maurizio Rossi, Piergiorgio Bonetti et Bruno BarattiCarlo Pietrangeli, Foreword to The Sistine Chapel, éd. Massimo Giacometti. (1986) Harmony Books, , qui ont appliqué les règles des lignes directrices pour la restauration des œuvres établies en 1978 par Carlo Pietrangeli, directeur du laboratoire du Vatican pour la restauration de peintures, pour base des procédures et des méthodes à utiliser dans la restauration, reposant en grande partie sur l'étude et le travail d'analyse. Cette partie comprend l'enregistrement de chaque étape du processus de restauration, documenté par le photographe Takashi Okamura pour Nippon Television Network Corporation.
La première étape des travaux de restauration, portant sur les lunettes de Michel-Ange, a été accomplie de juin 1980 à octobre 1984. Puis vint la restauration des peintures de la voûte, achevée en 1989, et enfin celle de la fresque murale du Jugement dernier, achevée en 1994.. L'ouverture définitive de l'ensemble au public eut lieu le ..
Objectifs des techniques de conservation Les objectifs à atteindre étaient les suivants : Étudier les fresques progressivement, analyser chaque découverte et faire appel aux ressources techniques appropriées. Enregistrer chaque étape de la restauration dans une archive spéciale, accompagnée de photos et de films. Utiliser des matériaux et des processus simples, ayant largement fait leurs preuves, sans danger et réversibles. Réparer les fissures et les dommages structurels menaçant la stabilité du mortier. Enlever des couches de suie et de poussière déposées par les chandelles et cierges allumés depuis plus de 500 ans. Suppression des repeints d'autres restaurateurs qui avaient tenté de contrecarrer l'encrassement et d'autres facteurs qui ont contribué au dommage. Enlever les huiles et graisses animales utilisées dans le passé pour lutter contre la salinité des zones pénétrées par l'eau. Supprimer les concrétions de sels cristallins formant des zones blanchâtres avec l'eau d'infiltration. Restaurer les surfaces sur lesquelles sont apparus d'autres processus de détérioration, comme la formation de bulles ou de craquelures. Restaurer les zones où certains types de détériorations avaient obscurci les détails, faisant obstacle à la perception de l'œuvre, telles que le remplissage des fissures et des joints avec une peinture de couleur proche de l'original. Conserver physiquement, dans de petits espaces bien définis, la mémoire des restaurations antérieures.
Préparation et méthodologie En 1979, Colalucci a mené une série d'expériences préliminaires pour mettre au point la méthodologie appropriée à la restauration des fresques de la chapelle Sixtine. L'enquête a débuté par des essais sur de petites zones des fresques murales, notamment sur la Dispute sur le corps de Moïse de Matteo da Lecce, dont les caractéristiques physico-chimiques sont similaires aux techniques utilisées dans les fresques de Michel-Ange. Les essais pour trouver le bon solvant ont été poursuivis sur de petites portions de la lunette d'Éléazar et Matthan.
En raison de la hauteur des voûtes et de l'inaccessibilité des fresques, la nature précise des dommages et des problèmes qui se poseraient lors de la restauration n'étaient pas prévisibles au moment de la décision d'entreprendre les travaux. Ils n'ont pu être étudiés qu'après la pose d'échafaudages. Selon Colalucci, la recherche de réponses aux problèmes particuliers devait être un processus évolutif, préférable à des solutions générales préétablies.
En 1980, il a été décidé de procéder à une restauration générale. C'est la société japonaise de télévision Nippon Television Network Corporation qui a fourni l'essentiel des fonds, s'élevant à 4,2 millions de dollars, en échange des droits cinématographiques.
Échafaudages Une fois achevée la première phase des travaux de restauration sur les surfaces verticales et les demi-lunes de la partie supérieure des fenêtres, on a établi des échafaudages en aluminium juste au-dessous des lunettes, en utilisant les mêmes trous dans les murs que ceux utilisés par Michel-Ange. Les avantages de l'utilisation des matériaux légers modernes se sont traduits par la possibilité de déplacer la plate-forme à volonté, plutôt que de démonter et reconstruire toute la structure à plusieurs reprises, comme Michel-Ange l'avait pratiqué en 1506Fabrizio Mancinelli, Michelangelo at Work in The Sistine Chapel, éd. Massimo Giacometti, (1986) Harmony Books, Pietrangeli, Hirst e Colalucci, The Sistine Chapel: A Glorious Restoration, (1994) Harry N Abrams, .
État des fresques Les recherches préliminaires de 1979 ont révélé que toutes les parties internes de la chapelle, mais particulièrement les voûtes, étaient recouvertes d'une couche de crasse (graisse poussiéreuse) et de suie (carbone amorphe) constituée de résidus des graisses animales provenant de la combustion des chandelles de suif et des cierges de cire.. Au-dessus des fenêtres, qui constituent la principale source de ventilation, les lunettes ont été particulièrement noircies par les fumées de la ville, « de plus en plus sales à mesure que le temps passait ». La structure de la chapelle a été rendue un peu instable par une surélévation du bâtiment opérée avant l'époque de Michel-Ange, cause de la fissuration des fresques. Une lézarde de la demi-lune de Judith était si importante qu'elle exigea un bouchage de brique et de mortier, préalable à la restauration de la peinture. La partie supérieure de la voûte a fourni à Michel-Ange une surface de travail très irrégulière, en raison des fissures et des infiltrations d'eau.
L'apport continu d'eau par le toit et les cheminements extérieurs, qui ne sont pas protégés par des tuiles au-dessus du plafond, a causé des fuites qui ont dissous les sels contenus dans le mortier et les a déposés sur les fresques par évaporation. Des gonflements et des bulles sont ainsi apparus dans certaines zones, mais sans réelle gravité, parce que l'épaisseur réduite et la transparence des couleurs utilisées par Michel-Ange ont laissé passer les sels à travers la surface picturale, au lieu de s'accumuler en dessous.