Le Pseudo-Denys l'Aréopagite est un auteur de traités chrétiens de théologie mystique en grec. Il est l'une des sources majeures de la spiritualité mystique chrétienne. C'était probablement un moine syrien qui a vécu vers l'an 500. Son œuvre s'inspire du néoplatonisme, notamment des écrits de Proclus, auxquels il fait quelques emprunts. Selon certains auteurs, cette part néoplatonicienne ne doit pas être exagérée« La position de Denys en ce qui concerne les penseurs de la Grèce est une relation non de dépendance génétique, mais d'opposition victorieuse. Il ne parle pas négligemment et il n'y a aucune raison de ne pas le croire quand il dit avoir été accusé de parricide à cause de son usage impie des Hellènes contre les Hellènes. » (Ceslas Péra, "Denys le Mystique et la Théomachia", in Revue des Sciences philosophiques et théologiques, 1936, p. 62).. Il a aussi été influencé par l'école théologique d'Alexandrie (Origène, Clément d'Alexandrie) et par la tradition des Pères cappadociens (surtout par Grégoire de Nysse qui a traité de thèmes similaires).
Cet auteur est assimilé à d'autres personnalités historiques. En particulier, selon le Livre des Actes des Apôtres, Denys l'Aréopagite était un Athénien faisant partie des philosophes qui écoutèrent la prédication de saint Paul.. L'auteur des œuvres mystiques attribuées à Denys l'Aréopagite ne peut pas avoir été cet Athénien du . L'attribution pseudépigraphique de ces traités postérieurs à ce philosophe converti par Paul permet de les présenter comme des œuvres à la fois chrétiennes et philosophiquesYsabel De Andia (dir.), Denys l'Aréopagite: tradition et métamorphoses, Paris, Vrin, coll. Histoire de la philosophie 42. .
Identité du Pseudo-Denys et confusions avec d'autres personnalités Pendant longtemps l'auteur de ce corpus était pris pour l'un des disciples que l'apôtre saint Paul a converti après son sermon à Athènes sur la colline de l'Aréopage (Acte des apôtres, 17, 34). Cette confusion est due au fait que l'auteur se faisait passer pour un contemporain de saint Paul. Il prétendait avoir assisté aux ténèbres qui ont assombri la Terre au moment de la mort de Jésus (lettre VII).
Hincmar, évêque de Reims, professait l'identité de saint Denis avec Denys l'AréopagiteChristian Montésinos. Éléments de Mythologie sacrée aux en France. Éditions de la Hutte 2011.. Jacques de Voragine dans sa Légende dorée rapportait la même opinionJacques de Voragine. La Légende Dorée. 2 Vol. Garnier Flammarion Paris.1967 tout en donnant ses sources hagiographiques en citant Méthode de Constantinople et Hincmar. L'étude de son texte montre qu'il s'inspira en outre d'HilduinOp. cit. Montésinos.
Des doutes furent exprimés dès le , au moins en Orient. Le patriarche de Constantinople Photios Ier renseigne en effet dans sa bibliothèque, en commentant un ouvrage de Théodore le prêtre, qu'il doute de l'attribution à Denys l'Aréopagite. En Occident, la question est soulevée tardivement, au par Nicolas de Cues et par Lorenzo Valla, au par ÉrasmePour des raisons stylistiques. et par LutherPour des raisons religieuses..
En 1900, Joseph Koch Joseph Koch, Pseudo-Dionysius, Mayence, 1900. et J. Stiglmayr, deux auteurs catholiques, démontrent de façon incontestable (et indépendante) le caractère pseudépigraphe des écrits de Denys : dans le traité des Noms divins est cité un extrait du traité de Proclus De malorum subsistentia où l'influence du philosophe néoplatonicien est visible dans certains points de détail et par certaines similitudes d'expressionLe lien avait déjà été noté par Maxime le Confesseur (580-662) qui pensait au contraire que Proclus avait copié Denys.. La rédaction des traités de Denys est conséquemment fixée entre 485 et 515, soit après la mort de Proclus en 485.
Denis de Paris Outre son identification à Denis d'Athènes, il fut aussi identifié à saint Denis de Paris.
Cette confusion est due à Hilduin, abbé de Saint-Denis et archichapelain impérial, qui écrivit en 835 son Areopagita dans laquelle il soutient la thèse de l'identité. Les anciens martyrologes distinguent nettement Denis de Paris et Denys d'Athènes. Cette confusion née à Paris parvint en Grèce en passant par Rome. Elle fut définitivement réfutée par Le Nain de TillemontAbbé Sevestre, Dictionnaire de Patrologie, édition Migne, tome 2, 1852.
Denys l'Aréopagite, qui aurait entendu des sermons de saint Paul, ne pouvait être Denis de Paris. L'attribution de l'œuvre à celui-ci, premier évêque de Paris, enterré à l'abbaye Saint-Denis au nord de Paris, est donc une légende. Il est avéré que l'influence énorme au Moyen Âge exercée par les écrits de Denys irradia à partir de l'abbaye Saint-DenisEdith Stein, Les voies de la connaissance de Dieu (la théologie symbolique de Denys l'Aréopagite).
Sévère d'Antioche La thèse de Stiglmayr consistant à identifier Denys à Sévère d'Antioche a été vivement contestéeAnders Nygren Eros et Agapè La notion chrétienne de l'amour et ses transformations Aubier, Ed. Montaigne, 1952.
Pierre l'Ibère Michel van Esbroeck a repris, selon de nouvelles bases, les arguments d'Ernest Honigmann en faveur de l'identification du Pseudo-Denys à Pierre l'Ibère « Peter the Iberian and Dionysius the Areopagite: Honigmann’s thesis revisited », Orientalia Christiana Periodica, 59 (1993), ; “Pierre l’Ibère et Denys l'Aréopagite”, dans Elguja Khintibidze (ed.), Proceedings of the Second International Symposium in Kartvelian Studies, Tbilisi (Tbilisi University Press), 1994, (en géo.); v. aussi “L’opposition entre Pierre l’Ibère et Pierre le Foulon (482-491)”, Caucasica. The Journal of Caucasian Studies [Tbilissi], 1 (1998), . Toute tentative d'identification consistant à piocher dans la liste des quelques noms qui nous sont parvenus du , semble assez hasardeuse : il est fort possible que les écrits dionysiens en grec soient eux-mêmes la traduction d'écrits monastiques syriaques.
Les œuvres Il nous reste, sous son nom, un des écrits (CPG 6600-6635), traduits en français par Maurice de Gandillac en 1943 : Les Noms divins ; La Théologie mystique ; La Hiérarchie céleste ; La Hiérarchie ecclésiastique ; Lettres : quatre lettres à Gaïos (un « thérapeute » ou moine), une à Dorothée (un « liturge » ou diacre), une à Sosipater, une à Polycarpe, une à Démophile, une à Tite, une à l'apôtre Jean. Dans sa lettre à l'évêque Titus, le Pseudo-Denys écrit que selon la tradition locale, le tombeau de Marie se trouve à Gethsémani.
Certains autres titres nous ont été transmis : Esquisses théologiques, Théologie symbolique. Il s’agit probablement d’ouvrages fictifs.
Présentation de sa pensée Théologie mystique et théologie symbolique L'un des aspects les plus féconds de l'œuvre du Pseudo-Denys est d'avoir introduit la distinction entre les différentes dimensions de la théologie : la théologie mystique (le sommet de la théologie), la théologie symbolique et la théologie spéculative.
La théologie mystique : elle correspond à une révélation secrète. C'est le degré suprême de la connaissance de Dieu. Plus la connaissance est élevée, moins il est possible de l'exprimer par des mots ; la montée vers Dieu est donc une montée dans le silence et l'obscurité : Théologie Mystique. La théologie symbolique : c'est le degré inférieur de la théologie. Elle examine les expressions issues de l'expérience des choses sensibles pour être rapportées à Dieu ; ainsi la Bible mentionne-t-elle la colère de Dieu, l'ivresse de Dieu, le sommeil de Dieu, son réveil, la jalousie de Dieu, par exemple. Le symbole est une image qui renvoie au-delà d'elle-même, il permet de rendre l'invisible visible et de dire l'indicible.
Le Pseudo-Denys estime que la théologie négativeNikoletseas, Michael M. (2014). Parmenides in Apophatic Philosophy.. (ou apophatique) est plus parfaite que la théologie cataphatique. Dans la théologie négative, Dieu s'approche par la négation de ce qui lui est attribué et qu'il n'est pas. Il faut gravir l'échelle des créatures pour remarquer que le Créateur est absent à chaque échelon. Selon l'image de la statue : à partir d'un bloc de marbre, l'artiste procéde par retranchements pour dégager l'image. Ainsi dans son traité La Théologie mystique, au chapitre 4 : « Nous disons donc que la cause de toutes choses, et qui est au-delà de tout, n'est pas sans essence ni sans vie, ni sans raison, ni sans intelligence et qu'elle n'est pas un corps. Elle n'a ni forme, ni figure, ni qualité, ni quantité, ni masse. Elle n'est dans aucun lieu. Elle n'est pas vue et on ne peut la saisir par les sens. Elle ne se perçoit pas par les sens et ne leur est pas perceptible. Elle ne connaît ni désordre, ni agitation, elle n'est pas troublée par les passions matérielles ».
Selon l'interprétation classique héritée des grands commentateurs scolastiques du Pseudo-Denys, la théologie négative et la théologie affirmative se complètent. Lorsqu'on affirme quelque chose sur Dieu, il faut immédiatement dire que ce n'est pas vrai : « Le symbole ne peut trouver son sens que s'il est purifié par la négation qui, en quelque sorte, découvre le sens en retranchant la chair du fruit pour faire apparaître son noyau »in Edith Stein, ibid, postface. Ainsi la transcendance de Dieu se trouve-t-elle véritablement honorée.
Pour David Bradshaw, cette interprétation ne doit pas faire oublier que les voies cataphatique et apophatique étaient pour l'aréopagite « un moyen d'ascension vers Dieu », avant d'être « un instrument sémantique pour clarifier les limitations du langage théologique ».
Les Hiérarchies célestes et ecclésiastiques
L'Un Les SéraphinsLes ChérubinsLes Trônes Hiérarchiecéleste Les DominationsLes VertusLes Puissances Les PrincipautésLes ArchangesLes Anges Les ÉvêquesLes PrêtresLes Diacres Hiérarchieecclésiastique Les MoinesLes Chrétiens baptisésLes Catéchumènes
Réception L'influence du Pseudo-Denys L'influence du Pseudo-Denys s'est étendue dans le monde grec durant les trois siècles suivant sa mortQuelques réflexions à propos du Pseudo-Denys l'Aréopagite et de la mystique chrétienne en général. Jean-Michel Hornus. Revue d'Histoire et de Philosophie religieuses, Année 1947/27-1, p. 37-63. Persée (portail)..
Le corpus dionysien fait partie des trois grands courants philosophiques et spirituels qui ont formé la pensée de l'Occident médiéval, avec la philosophie grecque et l'œuvre de saint Augustin. Le traité "la Théologie mystique" valut au Pseudo-Denys le titre de père de la mystiqueEdith Stein, les voies de la connaissance de Dieu. C'est, en Occident, le plus influent des pères grecs.
Une importante spécificité de son apport à la théologie chrétienne mystique est aussi d'avoir défini les trois polarités de la théologie : la théologie mystique qui est la plus haute connaissance de Dieu dans la ténèbre et le silence, au-delà de tout langage, de tout concept, de toute idée, de toute image et de tout symbole ; la théologie symbolique qui exprime la connaissance de Dieu dans le langage de l'image et du symbole ; et la théologie spéculativeEdith Stein, ibid, préface.