L’Europe néolithique correspond à la période néolithique ( - ) en Europe. Durant cette période, l’agriculture et l’élevage se sont diffusés au fil des migrations et se sont répandus dans les différentes régions d'Europe, mais à des rythmes variables, car encore à l’Âge du bronze on trouve des communautés vivant exclusivement de chasse et de cueillette en Europe du NordAndré Leroi-Gourhan (dir.), Dictionnaire de la préhistoire, Paris, 1994.

L'Europe néolithique est une mosaïque de cultures, le plus souvent définies, pour l'essentiel, sur la base des formes et des décors de la céramique. Ces cultures sont d'une ampleur géographique et chronologique très variable. En outre, le Néolithique européen recouvre des modes de vie et une organisation sociale très variés selon les périodes et les régions. Certaines cultures sont marquées par le développement de très vastes villages d'agriculteurs, d'autres correspondent à des communautés vivant pour l’essentiel du pastoralisme. En Europe du Nord et du Nord-Est, les populations conservent longtemps un mode de vie mésolithique, alors que l'agriculture est déjà bien installée dans le reste de l'Europe.

Le développement en Europe de la métallurgie du cuivre est si progressif et les changements dans les modes de vie et l’organisation sociale sont si peu marqués que les expressions « âge du cuivre » ou « Chalcolithique » tendent chez les préhistoriens à être remplacées par les expressions « Néolithique récent » ou « Néolithique final ». Le Néolithique s'achève donc avec la diffusion de la métallurgie du bronze, qui permet de définir l’Âge du bronze, mais ce processus, commencé en Grèce et dans les Balkans au début du , s'est déroulé sur près d'un millénaire avant d'atteindre la côte atlantique.

Historique des études L'origine proche-orientale du Néolithique européen a été avancée dès 1925 par l’archéologue australien Vere Gordon Childe, dans son ouvrage majeur L’Aube de la civilisation européenne. Pour ce chercheur, la diffusion de l’élevage, de l’agriculture et des autres techniques liées au mode de vie néolithique en Europe était liée à la migration à travers l’Anatolie de populations proche-orientales. Cette hypothèse, qui fut largement admise, fut appuyée par des découvertes successives. Le développement de la technique de datation par mesure du carbone 14, à partir des années 1960, a permis de l’enrichir et de la préciser. Dans un article de 1971 d’Ammerman et Cavalli-Sforza étaient synthétisées les datations des plus anciens sites néolithiques de toute l’Europe, et jusqu’au Proche-Orient. Les auteurs démontraient la diffusion progressive du Néolithique à partir du Proche-Orient jusqu’au Nord-Ouest de l’Europe. Selon leur calcul, ce processus se serait déroulé à des rythmes différents selon les régions A. J. Ammerman et Luigi Luca Cavalli-Sforza, « Measuring the Rate of Spread of Early Farming in Europe », Man, 1971, vol. 6, nº 4, .

À partir des années 1970, de nombreux chercheurs remirent en cause l’idée d’une migration massive de population du Sud-Ouest de l’Asie pour expliquer l’adoption du Néolithique en Europe, et suggérèrent plutôt des passages locaux à l’agriculture et à l’élevage indépendants les uns des autres, dans plusieurs régions européennes. Leur argumentation se basait sur la critique des datations de l’article d’Ammerman et Cavalli-Sforza, qui n'étaient pas calibrées, et qui donc « rajeunissaient » artificiellement de plusieurs siècles les sites datés. Après calibration des dates carbone 14, plusieurs sites apparaissaient comme aussi anciens voire plus anciens que les sites proche-orientaux desquels ils étaient censés être les descendants. D’autres arguments furent avancés ; les chercheurs notaient de profondes différences entre les productions matérielles des groupes du Néolithique de l’Ouest de l’Europe et ceux du Proche-Orient. Ils relevaient également que dans de nombreuses régions européennes, les espèces animales et végétales domestiquées avaient des ancêtres sauvages ; une domestication locale était donc possible. Il existait également des régions dans lesquelles le passage du mode de vie mésolithique au mode de vie néolithique semblait progressif ; il y avait par exemple des communautés qui faisaient usage de la poterie mais qui vivaient encore exclusivement de chasse et de cueillette.

Toutefois l’hypothèse du développement indépendant du Néolithique dans différentes régions d’Europe a rencontré le scepticisme de la majorité des chercheurs. Tout d'abord, le nomadisme était initialement de règle dans la population humaine, et la diffusion d’outils en obsidienne montre des échanges sur de longues distances : les communautés ne vivaient pas isolées. De plus, la multiplication des datations carbone 14 sur des sites des différentes régions et les nombreuses recherches sur les plus anciens sites néolithiques du Proche-Orient démontraient clairement la plus grande ancienneté de ces derniers par rapport aux sites européens. D’autre part, la présence supposée d’espèces végétales pouvant correspondre aux espèces domestiquées en Europe a été en partie remise en cause, ce que confirment les analyses génétiques qui montrent que les espèces animales et végétales domestiques des plus anciens sites néolithiques d’Europe sont originaires du Proche-Orient. Tout au plus peut-on parler d’hybridation partielle entre des espèces domestiquées ailleurs et les espèces sauvages européennes, par exemple entre les aurochs et les bovins. Enfin, hormis dans quelques régions, le passage au Néolithique n’est pas progressif mais soudain, ce qui n’est pas cohérent avec un développement local, car le processus de domestication des plantes et des animaux est nécessairement long.

Les modalités selon lesquelles le Néolithique s’est étendu à l’Europe ont fait l’objet de nombreux travaux. En 2001, Marek Zvelebil Marek Zvelebil, « The agricultural transition and the origins of Neolithic society in Europe », Documenta Praehistorica, 2001, vol. 28, proposait différentes modalités hypothétiques pour ce processus : Folk migration (migration communautaire) : c’est l’ensemble d’une population déjà néolithisée qui se déplace dans une autre région. Demic diffusion (migration progressive) : colonisation progressive d’une région par épisodes successifs par des petits groupes ou quelques familles. Elite dominance (migration d'’une élite) : pénétration dans une région donnée d’une élite sociale qui s’impose à la population locale. Infiltration : pénétration graduelle dans une région de petits groupes généralement spécialisés qui remplissent une niche sociale ou économique spécifique. Leapfrog colonisation (migration sporadique) : ou colonisation par « sauts de grenouille », colonisation sélective d’une zone par des petits groupes qui forment une enclave parmi la population locale. Frontier mobility (mélange frontalier) : mouvements de population de faible ampleur entre les chasseurs-cueilleurs et les agriculteurs (mariages, alliances, etc.) au niveau de la zone de contact. Contact : le commerce, les échanges, les réseaux régionaux ou extra-régionaux permettent la diffusion dans des groupes mésolithiques des innovations comme les pratiques agricoles.

La diffusion du Néolithique en Europe vignette|redresse=2|La progression de l'agriculture en Europe de 9 600 à 3 800 av. J.-C. L'agriculture et l'élevage ont été apportés en Europe par des populations venues d'Anatolie, qui se sont établies en Grèce et dans les Balkans à partir d'environ , avant de s'étendre progressivement vers l'Ouest. La plupart des agriculteurs présents en Europe continentale semblent être issus de populations habitant le bassin égéen et la région orientale de Marmara. Ces populations sont elles-mêmes clairement apparentés aux agriculteurs d'Anatolie centrale.. Ces premiers agriculteurs d'Anatolie et d'Europe avaient émergé d'un mélange multiphase d'une population d'Asie du Sud-Ouest avec une population de chasseurs-cueilleurs occidentaux ayant connu un fort goulot d'étranglement après le dernier maximum glaciaire. De plus, ces ancêtres des premiers agriculteurs d'Europe et d'Anatolie avaient traversé une période de dérive génétique extrême lors de leur expansion vers l'ouest entre et , contribuant fortement à leur spécificité génétique. Une étude publiée en 2022 estime que la taille effective de leur population a été réduite à environ 620 individus au cours de cette période de dérive relativement longue, ce qui les a amenés à diverger génétiquement non seulement de leur population ancestrale mais aussi des autres groupes de premiers fermiers du Proche-Orient.

Le modèle développé par Jean Guilaine en 2001Jean Guilaine, « La diffusion de l’agriculture en Europe : une hypothèse arythmique », Zephyrus, 2001, vol. 53–54, , qui se base sur les très nombreuses datations carbone 14, suggère un développement arythmique du Néolithique. Il y aurait eu des vagues relativement rapides de progression du Néolithique suivies dans certaines régions par des arrêts de parfois plusieurs siècles avant de nouvelles phases de progression. Ces phases d'arrêt s'expliquent selon ce chercheur par une nécessaire adaptation des espèces animales et végétales à des environnements différents, avant de pourvoir s'étendre à de nouvelles régions, par exemple entre le climat et la végétation méditerranéennes et celles de l'Europe continentale.

vignette|redresse=2|Expansion néolithique de la culture de la céramique cardiale et de la culture rubanée en Europe d'après l'archéologie

Malgré la complexité extrême des modalités de diffusion du Néolithique à l'échelle de l’Europe, deux courants majeurs se distinguent. Le premier concerne la majeure partie des régions méditerranéennes : c’est le courant de la céramique cardiale (dit aussi courant de la céramique imprimée ou méditerranéen). Le second, qui concerne l’Europe continentale, est le courant de la céramique rubanée (dit aussi courant LBK ou danubien ou continental) Detlef Gronenbor et Barbara Horejs, Map: Expansion of farming in western Eurasia, 9600 - 4000 cal BC (update vers. 2021.2), octobre 2021.

Les deux courants sont issus d'une seule et même source commune ayant connu un mélange mineur avec les chasseurs-cueilleurs rencontrés sur le chemin, probablement dans les Balkans, en amont de leur séparation. Ils semblent se distinguer par le fait que l'expansion agricole en Europe centrale à partir des Balkans a impliqué un nombre important de migrants et une forte communication vers l’amont lors de la diffusion du complexe de la céramique rubanée, les populations restant relativement bien connectées tout au long de la période néolithique. Ces échanges ne concernaient pas uniquement des biens matériels, mais également des objets dotés d’une forte valeur sociale et symbolique, tels que les haches polies en jadéitite, qui constituaient des marqueurs sociaux dans les sociétés néolithiques européennes. Par opposition, la colonisation néolithique de la Méditerranée occidentale depuis l'Est associée au complexe cardial s'est probablement produite par des placements côtiers itératifs le long du littoral maritime nord. Ce déplacement à longue distance a été nettement plus rapide que celui observé en Europe centrale, mais du fait des capacités limitées des embarcations marines utilisées dans ce cabotage, ce mode de diffusion a apparemment limité le nombre de pionniers et les échanges ultérieurs en arrière et a finalement eu pour conséquence une séparation génétique entre les populations des sites de Méditerranée occidentale et leurs populations sources de Méditerranée orientale Bruno Ariano, Valeria Mattiangeli et al., Ancient Maltese genomes and the genetic geography of Neolithic Europe, cell.com, 18 mai 2022, doi.org/10.1016/j.cub.2022.04.069.