Le Tour de France 1903 est la du Tour de France et a eu lieu en 1903, du au . Course cycliste organisée par le journal L'Auto, elle se déroule en six étapes. Le parcours relie les principales villes françaises, Paris, Lyon, Marseille, Toulouse, Bordeaux et Nantes. L’un des favoris de l'épreuve, Maurice Garin, remporte trois étapes et le classement général avec près de trois heures d'avance sur le deuxième, Lucien Pothier, ce qui constitue le plus grand écart entre le vainqueur du Tour et son dauphin dans l'histoire de cette compétition. La longueur des étapes, disputées pour partie de nuit, varie de 268 à , pour un total de .
Cinquante-neuf coureurs prennent le départ, face à l'auberge Au Réveil matin. à Montgeron, commune de la banlieue sud-est de Paris (alors située dans le département de Seine-et-Oise et actuellement celui de l'Essonne), mais seulement vingt-et-un d'entre eux figurent au classement général au terme des six étapes. En cas d'abandon, les coureurs peuvent néanmoins concourir lors des étapes suivantes, sans figurer toutefois au classement général. C'est notamment ce qui permet au Français Hippolyte Aucouturier et au Suisse Charles Laeser de remporter une victoire d'étape sur ce Tour, sans être classés à l'arrivée à Paris.
Suggérée à Henri Desgrange, le directeur du journal, par son collaborateur Géo Lefèvre, la création du Tour de France vise à encourager les ventes du quotidien face à son principal concurrent, Le Vélo, tout en promouvant l'industrie du cycle qui soutient financièrement L'Auto. Véritable succès populaire, salué par les différents organes de presse, le Tour de France est organisé à nouveau l'année suivante, en 1904 et le sera chaque année jusqu'à nos jours, hors périodes de guerre.
Naissance du Tour de France vignette|alt=Photographie en noir et blanc d'un homme en costume complet, assis à un bureau et tenant à la main un journal.|Henri Desgrange, créateur du Tour de France.
À la fin du , le quotidien Le Vélo qui tire à détient le monopole de la presse spécialisée dans le sport. Son rédacteur en chef, Pierre Giffard, associe son journal à ses engagements personnels et prend position dans les colonnes de son quotidien en faveur du capitaine Dreyfus, ce qui déplaît aux industriels du cycle et de l'automobile, pour la plupart antidreyfusards et qui financent son journal par la publicité. L'un d'entre eux, le comte Jules-Albert de Dion, fondateur de la marque De Dion-Bouton, se fâche avec Pierre Giffard car ce dernier refuse de publier ses publicités automobiles dans Le Vélo. Il prend alors ses distances avec Pierre Giffard et décide de créer son propre journal, L'Auto-Vélo..
Il en confie la direction à Henri Desgrange, ancien coureur cycliste, premier recordman de l'heure. et spécialiste de la presse sportive en tant que directeur d'un quotidien alors disparu, Paris-Vélo.. Alors que Le Vélo est publié sur papier vert, Henri Desgrange fait éditer son quotidien sur papier jaune et affirme son programme, le soutien de l'industrie automobile et cycliste, conformément au souhait du comte de Dion et des principaux industriels qui appuient le projet, comme Édouard Michelin, Adolphe Clément-Bayard ou le baron Étienne van Zuylen van Nyevelt, président de l'Automobile Club de France.. Lancé le à l'occasion de l'Exposition universelle et des Jeux olympiques de Paris, le quotidien est condamné le pour usurpation de titre lors d'un procès intenté par les directeurs du quotidien Le Vélo. Ne pouvant plus comporter le mot vélo, le journal est alors rebaptisé L'Auto...
Craignant de perdre les lecteurs passionnés de cyclisme avec cette nouvelle appellation, Henri Desgrange sollicite ses collaborateurs afin d'élaborer une course qui dépasserait en renommée celles organisées par Le Vélo, tout en favorisant les ventes de L'Auto. Lors d'une conférence de rédaction, puis d'un déjeuner à la brasserie Le Zimmer., le journaliste Géo Lefèvre propose alors à son patron d'organiser une course cycliste qui ferait le tour de la France.. D'abord sceptique, Henri Desgrange approuve finalement le projet. Le , L'Auto annonce dans sa une la création du Tour de France, , qui se disputerait du au avec un droit d'entrée de . Le Tour de France apparaît donc dès sa création comme un moyen de relancer les ventes du quotidien. tout en soutenant l'industrie du cycle, qui bénéficie à travers la course d'une vitrine pour ses différents produits..
Présentation vignette|alt=Photographie en noir et blanc d'un homme, en buste, portant un costume, un nœud papillon et des lunettes.|Alphonse Steinès, l'un des collaborateurs d'Henri Desgrange dans l'organisation du Tour de France. Règlement et organisation Les frais occasionnés pour cette nouvelle compétition provoquent l'hésitation des coureurs professionnels ; alors que seulement quinze coureurs sont engagés à une semaine du départ, Henri Desgrange décide de reporter la course. Celle-ci est désormais programmée du au .. Plusieurs mesures sont prises afin d'attirer les concurrents : le droit d'entrée est réduit à dix francs, cinq francs sont promis aux cinquante premiers coureurs du classement général, ce qui correspond à la rémunération journalière moyenne d'un ouvrier., à condition qu'ils aient accompli chaque étape à une moyenne supérieure ou égale à , tandis que le montant total des gains atteint désormais dont pour le vainqueur du classement général final.. Après ces modifications, quatre-vingts coureurs sont finalement inscrits pour l’intégralité de l’épreuve. Henri Desgrange annonce également que le Tour de France sera une course sans entraîneurs, une pratique pourtant répandue dans la plupart des courses de l'époque et qui consistait à ce qu'un ou plusieurs hommes se mettent au service d'un autre coureur pour lui ouvrir la route, imposer un rythme ou encore l'alimenter. Cette pratique faussait d'autant plus les résultats que l'on retrouvait dans une course des leaders aidés par des dizaines d'entraîneurs, ces derniers utilisant parfois même des engins motorisés, tandis que d'autres coureurs luttaient seuls. La direction du Tour de France interdit donc la présence de ces locomotives humaines et emploie de nombreux contrôleurs bénévoles placés tout au long du parcours afin de veiller à ce que les cyclistes n'aient jamais recours à la tricherie, sous peine d'exclusion sur-le-champ.. Les coureurs reçoivent un brassard jaune et une bande de drap rouge à fixer dans le cadre de leur vélo et sur lesquels figure leur numéro d'engagement, afin de permettre aux contrôleurs de les reconnaître plus facilement, notamment la nuit.. Enfin, un coureur qui abandonne lors d'une étape peut néanmoins courir la ou les suivantes, mais il ne peut plus figurer au classement général.
Contrairement au cyclisme moderne, les coureurs ne sont membres d'aucune équipe. Toutefois, vingt-et-un d'entre eux sont soutenus par un fabricant de vélos.. La marque « La Française » est la plus représentée avec neuf coureurs dont Maurice Garin, l'un des favoris de la course. On trouve également au départ des cyclistes arborant les marques Gladiator, Crescent, Aiglon ou encore Herstal.. Ce soutien leur permet notamment de bénéficier de soins ou de vélos neufs lors des points de contrôle fixe.
La couverture médiatique de l'épreuve est assurée par la présence de trois quotidiens sportifs nationaux : outre L'Auto, en sa qualité d'organisateur, Le Vélo, en la personne d'Alphonse Baugé et Le Monde sportif, en celle de Frantz Reichel, rapportent eux aussi les faits de course.. D'autre part, la voiture de La Revue sportive est la seule à suivre ce premier Tour de France dans son intégralité.. De nombreux journalistes sont présents le jour du départ, comme le rédacteur en chef de l'hebdomadaire sportif La Vie au grand air, mais également des représentants de la presse quotidienne d'informations, comme Le Figaro, L'Écho de Paris, La Presse, Le Matin ou Le Journal, ainsi que des représentants de la presse régionale, comme ceux de L'Ouest-Éclair ou de La Gironde, et un représentant de l'agence Havas.
Directeur de la course, Henri Desgrange est présent le jour du départ de l'épreuve mais reste ensuite à Paris pour s'occuper de la rédaction du journal L'Auto. C'est Géo Lefèvre qui est dépêché pour suivre la course et qui cumule les fonctions de commissaire, de juge à l'arrivée et d'envoyé spécial pour le quotidien. Alphonse Steinès et Georges Abran, chargés du protocole, suivent eux aussi la compétition, ce dernier étant par ailleurs chargé de donner le départ de chaque étape. Victor Goddet, grand administrateur du journal, se charge quant à lui de la partie financière de l'organisation, qui coûte plus de à L'Auto..
Parcours vignette|L'itinéraire détaillé, dans L'Auto-vélo du . Le Tour de France 1903 est disputé sur six étapes, reliant les plus grandes villes de France, Paris, Lyon, Marseille, Toulouse, Bordeaux et Nantes, pour un parcours total de . La longueur des étapes varie de pour la plus courte entre Toulouse et Bordeaux, à pour la plus longue entre Nantes et Paris. Le tracé du Tour permet notamment à certaines régions de découvrir pour la première fois une compétition cycliste de grande ampleur.. Le départ des étapes se fait la plupart du temps la nuit, entre 23 h et 5 h du matin, afin d'éviter les fortes chaleurs.. Les coureurs bénéficient d'un ou plusieurs jours de repos entre chacune des étapes. Le profil du parcours est relativement plat et le tracé évite les massifs montagneux, bien que les coureurs franchissent tout de même un col dépassant les d'altitude, le col de la République, situé après Saint-Étienne dans la deuxième étape entre Lyon et Marseille. Par ailleurs, plus que les montées, ce sont les descentes qui posent alors des difficultés pour les cyclistes, puisqu'ils courent sur des vélos dépourvus de roue libre, ce qui les oblige à maîtriser leur pédalage, seul moyen de ralentir..
À l'inverse des épreuves cyclistes sur piste, le Tour de France, en tant qu'épreuve itinérante, n'assure plus une bonne visibilité de la compétition. La presse joue alors un rôle déterminant dans la narration des différents faits de course, au-delà des simples résultats, ce qui entraîne l'obligation pour les journalistes d'utiliser les moyens de communication de l'époque pour remplir au mieux cette fonction. Le parcours du Tour de France intègre cette contrainte, puisque son tracé relie les grandes villes françaises en suivant le réseau ferroviaire. Comme le révèle Franco Cuaz, biographe de Maurice Garin, cela permet notamment à Géo Lefèvre d'assurer ses multiples fonctions au sein de la course en alternant les déplacements à vélo, en voiture et par train, au cours d'une même étape.. Le parcours s'inspire également de celui-ci d'une autre épreuve par étapes, le Tour de France automobile, né quelques années plus tôt..
L'arrivée des étapes ne se fait pas en centre-ville, essentiellement pour des raisons de sécurité. À titre d'exemple, l'arrivée de la deuxième étape entre Lyon et Marseille est jugée dans le petit village de Saint-Antoine, à du centre-ville de Marseille, afin d'éviter les rails du tramway qui présentent un danger pour les cyclistes. Après avoir franchi la ligne d'arrivée, les coureurs sont acheminés vers un vélodrome où le public se masse pour assister à un tour de piste de la part des concurrents, une prime étant versée au coureur le plus rapide..
Coureurs engagés vignette|alt=Photographie en noir et blanc d'un homme, en buste, portant un costume et de longues moustaches.|Maurice Garin figure parmi les favoris de l'épreuve.