Le soulèvement postélectoral de 2009 en Iran ou mouvement vert, parfois surnommé , commence le à la suite de l'annonce des résultats de l'élection présidentielle iranienne de 2009. Les manifestants accusent le conservateur Mahmoud Ahmadinejad de fraude électorale. Les manifestations ont lieu à Téhéran et dans d'autres grandes villes d'Iran et du monde. D'une révolte contre une élection jugée truquée, le mouvement prend rapidement une signification plus large en contestant non seulement la légitimité du nouveau président, mais celle aussi du Guide suprême, Ali Khamenei.
Les autorités bloquent nombre de sites internet et de réseaux de téléphonie mobile et interdisent les manifestations. Le gouvernement empêche les journalistes internationaux de couvrir les événements et les chaînes de télévision par satellite sont brouillées.
La police et la milice paramilitaire Basij répriment violemment les manifestations, tirant parfois à balles réelles dans la foule. Le soulèvement fait plus de , dont celle de Neda Agha-Soltan, élevée au rang d'icône internationale de la contestation iranienne. Des milliers d'Iraniens sont arrêtés et torturés, dont des centaines de femmes violées en prison par les agents du régime. Cette contestation est d'une ampleur jamais vue depuis la révolution iranienne de 1979.
Les opposants arrêtés sont nombreux, y compris des responsables importants de l'opposition favorables à un régime démocratique ou à une démocratisation du régime. Soumis à des procès qualifiés de « mascarade » par l'opposition au régime totalitaire de Khamenei, de plus en plus contesté par un mouvement tout à fait inédit depuis les débuts de la révolution islamique, ces prisonniers de haut rang sont accusés de trahison et de collaboration avec l'étranger, contraints à des aveux après avoir été torturés, comme l'a dénoncé, parmi d'autres, Hossein Moussavi.
Contexte L'élection présidentielle de 1997 a porté au pouvoir Mohammad Khatami, candidat réformateur, soutenu par les intellectuels religieux tels que Soroush et Kadivar, favorables à une démocratisation du régime. Son impuissance à mettre en place les réformes annoncées suscite une profonde déception dans la société iranienne. L'élection de 2005, précédée d'une campagne sans vie, voit la victoire d'Ahmadinejad. En 2009, au contraire, la campagne électorale est passionnée, une partie de la population, en particulier la classe moyenne urbaine, est animée de l'espoir d'un changement. Sourds aux appels de l'opposition en exil à boycotter le scrutin, les électeurs votent massivement, de sorte que le taux de participation est proche de 85 %. L'élection du président de l'Iran du est précédée par une enquête menée par l'organisation Terror Free Tomorrow, réalisée du 11 au , qui prédit une forte participation et montre des intentions de vote pour les candidats similaires aux résultats officiels, mais avec plus d'un quart encore indécis. Cette enquête est contestée, car les sondages commandés par le régime eux-mêmes excluent une victoire d'Ahmadinejad dès le premier tour. Or, il remporte l'élection avec plus de 62 % des voix. C'est le caractère écrasant de ce score qui le discrédite et précipite les Iraniens dans la rue.
Contrairement à l'élection de 2005, la participation est forte. Les résultats officiels sont rejetés par les trois candidats de l'opposition, le conservateur Mohsen Rezaï et les réformistes Mehdi Karoubi et Mir-Hossein Moussavi, qui affirment que les votes ont été manipulés et les élections truquées. La dernière élection présidentielle avait déjà été controversée, mais cette fois la fraude semble avoir plus d'ampleur. Les candidats Mohsen Rezaï et Mir-Hossein Moussavi déposent des plaintes officielles. Moussavi annonce qu'il avant de déposer un recours contre le résultat officiel au Conseil des gardiens le .
Le guide suprême d'Iran, l'ayatollah Ali Khamenei, souligne le taux de participation sans précédent et exhorte la nation à s'unir, et plus tard ordonne une enquête sur les allégations de fraude électorale. Se référant à la lettre d'appel de Moussavi sur les irrégularités, Khamenei déclare que . Moussavi n'est pas optimiste quant à son appel en disant que beaucoup de membres du Conseil lors de l'élection n'ont pas été impartiaux. Ahmadinejad qualifie l'élection de « totalement libre » et le résultat de « grande victoire » pour l'Iran, et estime que le soulèvement n'est guère plus significatif que « les passions de supporters déçus après un match de football ». Il qualifie les manifestants avec dédain de khas o khashak, qui peut se traduire par « racailles ». Il attise ainsi une contestation dont l'ampleur est sans précédent depuis 1979..
Des résultats suspects Le think tank Chatham House analyse comme suit les raisons de suspecter une fraude.
Plus de 100 % Dans deux provinces conservatrices, Mazandaran et Yazd, un taux de participation de plus de 100 % a été enregistré. Toutefois, le Conseil des Gardiens note que les citoyens iraniens ne sont pas tenus de voter dans leur région d'origine, et peuvent voter au sein du district où ils se trouvent. Cela pourrait, théoriquement, entraîner un taux de participation de plus de 100 % dans une circonscription donnée, même si cela nécessiterait un taux de participation important d'électeurs qui vivent déjà dans le-dit district.
Vote réformateur Dans un tiers de toutes les provinces, selon les résultats officiels, il faudrait qu'Ahmadinejad ait non seulement obtenu les votes de tous les anciens électeurs conservateurs, tous les anciens électeurs centristes, tous les nouveaux électeurs, mais également jusqu'à 44 % des anciens électeurs réformateurs, malgré une décennie de conflit entre ces deux groupes, pour justifier de son score.
Vote rural En 2005, comme en 2001 et 1997, les candidats conservateurs, et Ahmadinejad en particulier, étaient nettement impopulaires dans les zones rurales. L'affirmation selon laquelle cette année Ahmadinejad a balayé ses adversaires dans les provinces plus rurales en 2009 va à l'encontre de ces tendances.
Chronologie
alt=Place Azadi, le 15 juin|vignette|Place Azadi, le 15 juin Le samedi , après les résultats des élections ayant annoncé la victoire d'Ahmadinejad, les partisans de Moussavi descendent dans les rues pour protester.. Leurs slogans interpellent : « où est mon vote ? ».
Le lendemain, le nombre des manifestations augmente, tout comme la violence. En réponse aux manifestations, des groupes soutenant le président Mahmoud Ahmadinejad rallient la capitale iranienne.. Les autorités iraniennes ferment l'université de Téhéran et bloquent l'accès aux informations.. Dans la nuit du 14 au , les Basijs, groupe paramilitaire affilié au pouvoir, attaquent l'Université de Téhéran, faisant de nombreux blessés, et le complexe résidentiel Sobhan, parce que le cri « Allah Akbar ! » y a été entendu.
Mir-Hossein Moussavi demande au Conseil des Gardiens l'annulation de l'élection. Ahmadinejad qualifie son élection de et de , et les manifestations des opposants comme .. Les autorités iraniennes déclarent que le pouvoir ne cédera pas aux manifestants, qui seraient contrôlés et financés, d'après elles, par les Occidentaux, la CIA et Israël.thumb|Manifestants contre le résultat de l'élection présidentielle iranienne, le 16 juin 2009, à Téhéran.|alt=Manifestants contre le résultat de l'élection présidentielle iranienne le 16 juin 2009 à TéhéranLe , Moussavi fait sa première apparition post-électorale en tête du cortège qui rassemble, entre la place Azadi et la place Enqelab, des centaines de milliers de mécontents. On déplore au moins sept morts.
Le , les manifestations continuent, et le Conseil des gardiens annonce qu'un recompte partiel aura lieu. Mohammad Reza Shadjarian répond aux propos méprisants d'Ahmanidejad sur les manifestants en demandant que ses chansons ne soient plus diffusées à la radio-télévision publique, parce qu'il se déclare la voix du peuple iranien.
Mercredi , une autre grande manifestation a lieu. Certains membres de l'équipe nationale de football portent des bracelets verts en faveur de Moussavi lors de leur match contre la Corée du Sud. Le vert (sabz en persan) est la couleur du principal parti d'opposition à Ahmadinejad, celui de Moussavi. Cette couleur est ensuite adoptée par les manifestants qui contestent le résultat de l'élection, quelle que soit leur appartenance politique, et devient le symbole de la contestation.
Jeudi , plus de manifestants organisent une veillée aux chandelles à Téhéran après l'appel de M. Moussavi pour un jour de deuil en mémoire des personnes tuées dans les manifestations. Le Conseil des gardiens invite les trois principaux challengers pour discuter de leurs griefs.
Vendredi , l'ayatollah Ali Khamenei parle lors du service religieux, en disant que l'élection est légitime et que les manifestations ne seront plus tolérées. Le lendemain, moins de manifestants descendent dans les rues. Mais, en validant le résultat sans attendre le verdict du Conseil des Gardiens, le Guide contribue à transformer le mouvement de contestation post-électoral en un mouvement plus large de contestation du régime.
Le , une jeune femme iranienne, Neda Agha-Soltan, est abattue par les Basijs et meurt devant les caméras. La vidéo amateur de l'assassinat se propage rapidement à travers l'internet.
Le , le ministre iranien des Affaires étrangères dénonce des ingérences dans les élections et accuse en particulier la Grande-Bretagne. La télévision d'État reconnaît la mort de dix manifestants. Le Conseil des Gardiens proclame le candidat Ahmadinejad vainqueur de l'élection et rejette les allégations de fraude.
Le , la police anti-émeute disperse le principal rassemblement à Téhéran avec des gaz lacrymogènes.
Le , seules quelques centaines de personnes manifestent, face à une forte présence policière. Le 25, l'ayatollah Montazeri apporte son soutien aux manifestants. Le 25, Moussavi déclare que les intimidations ne « l'empêcheront pas d'obtenir des droits pour les Iraniens ».
Au cours de la prière du vendredi retransmise en direct à la télévision le , l'ayatollah déclare que les « émeutiers » doivent être condamnés à mort. Il prétend que la mort de Neda Agha-Soltan est une affaire « montée de toutes pièces ». Joan Baez chante « We shall overcome » en persan.
L'opposition doit faire preuve d'inventivité pour contourner la répression. Sous prétexte de commémorer la mort de l'ayatollah Beheshti, un rassemblement est organisé à la mosquée Qoba le . Des affrontements ont lieu entre policiers et manifestants.
Lundi , le Conseil des gardiens certifie les résultats de l'élection. Cela déclenche une vague de manifestations, au mépris de l'interdiction de manifester. Le chef des services secrets iraniens allègue que l'Occident et les « forces sionistes » sont coupables d'incitation à la sédition. Quatre fonctionnaires britanniques sont détenus en vertu de ces accusations.
En juillet la contestation entre dans une nouvelle phase : elle prend la forme de boycott de produits, de manifestations éclair, d'inscription de slogans sur des billets de banque.
Après qu'une une foule de centaines de milliers de personnes est venue écouter, le à Téhéran, le prêche de l'ancien président Ali Akbar Hachémi Rafsandjani déplorant que ., des rassemblements sont organisés les 24 et dans une centaine de villes à travers le monde pour dénoncer les violations des droits de l'homme en Iran et soutenir l'opposition en lutte contre le régime de Téhéran.
Le commence le procès d'une centaine d'opposants arrêtés pendant les manifestations, notamment Mohammad-Ali Abtahi et Mohammad Atrianfar, qui doivent exprimer des confessions forcées, retransmises à la télévision, dans lesquelles ils reconnaissent la validité du scrutin et la manipulation par des puissances étrangères. Amnesty international constate une augmentation des condamnations à mort, depuis le , dans un pays où le recours à la peine de mort est déjà massif.