Thomas Wentworth (né le et mort le ), comte de Strafford, est un homme d'État anglais et l'un des principaux protagonistes de la période précédant la Première Révolution anglaise. Il siège au parlement en tant que partisan du roi Charles . De 1632 à 1639 il exerce une dure répression en tant que Lord Deputy d'Irlande. Rappelé en Angleterre, il devient l'un des plus proches conseillers du roi, et s'efforce de renforcer le pouvoir de la Couronne face au Parlement d'Angleterre. Pourtant, lorsque le parlement le condamne à mort, Charles signe la sentence et Wentworth est décapité.

Biographie Né à Londres, il était le fils de sir William Wentworth de Wentworth Woodhouse, près de Rotherham, descendant d'une vieille famille du Yorkshire, et d’Anne Atkins, fille de sir Robert Atkins of Stowell (Gloucestershire). Thomas Wentworth étudia les arts à St John's College (Cambridge)., puis le droit à Inner Temple en 1607, et en 1611 fut armé chevalier et marié à Margaret Clifford, fille de Francis Clifford, comte de Cumberland.

Début de sa carrière parlementaire Wentworth entra au Parlement d'Angleterre en 1614 en tant que député du Yorkshire dans ce qu’on appela le « Parlement stérile ». Il s’opposait à la politique de Jacques d'Angleterre, par des altercations avec le conseiller le plus en vue et favori du roi, George Villiers, de Buckingham ; mais il ne prit vraiment part aux débats qu’au Parlement de 1621, où il représentait la même circonscription. Sa position était d’ailleurs ambivalente, car s’il désapprouvait le zèle déployé par le parti populaire en faveur d’une guerre contre l'Espagne, le refus du roi Jacques de reconnaître les droits et prérogatives du Parlement le poussèrent à soutenir les motions de la Chambre des communes, et il se joignit aux protestations après la dissolution de la troisième chambre par le roi.

En 1622 la femme de Wentworth mourut, et, en , il épousa Arabella Holles, la fille de John Holles, comte de Clare. Il représentait Pontefract au Parlement de 1624, mais semble avoir peu siégé. À cette époque, il était surtout partisan d’éviter les complications avec l’étranger et de « s’occuper d'abord des affaires du pays » (do first the business of the commonwealth).

En , dans le premier Parlement du roi Charles , Wentworth représentait encore le Yorkshire, et manifesta son hostilité au projet de guerre contre l’Espagne en soutenant une motion d’ajournement avant même que la Chambre examinât le projet. Il s'opposa au vote de subsides de guerre présenté par le duc de Buckingham (après la mort de Jacques , Buckingham était devenu le premier ministre du roi Charles), et après la dissolution du Parlement en novembre, fut nommé sherif du Yorkshire, un poste qui lui interdisait de siéger à la nouvelle chambre, qui recommença à se réunir en 1626.

En , Wentworth postula à la présidence du Council of the North, et fut même reçu par le ministre Buckingham. Mais, après la dissolution du Parlement, il fut démis de sa charge de justiceship of the peace et de custos rotulorum du Yorkshire (qu'il détenait depuis 1615) probablement à cause de son refus de laisser la cour lever un emprunt national sans la caution des députés. En 1627, un nouveau refus de contribuer à l'emprunt forcé entraîna sa mise en détention.

La Pétition des Droits et ses conséquences En 1628, Wentworth était l'un des partisans les plus en vue de la Pétition des Droits, qui visait à modérer les prérogatives du roi. Après que Charles eut agréé (à contre-cœur) cette pétition, Wentworth jugea opportun de rejoindre le parti de la Couronne ; il retourna sa veste, affirmant que C'est ainsi que le , il fut anobli baron Wentworth.

Au cours de la session parlementaire de 1628, Wentworth joignit sa voix à celle des chefs de file populistes dans leur dénonciation des impôts et des peines de prison arbitraires, mais il fit en sorte cette fois d’épargner la Couronne. Il prit l'initiative d'un projet de loi qui aurait garanti les libertés des sujets de façon aussi entière que le fit la Pétition des Droits par la suite, mais, là encore, sans viser directement le roi. Cette proposition tourna court, tout autant par l’intransigeance du parti du parlement que par le refus entêté du roi Charles de faire des concessions, si bien que la prééminence au sein de la Chambre fut arrachée à Wentworth par John Eliot et John Coke. Quelques semaines plus tard il se querella même avec Eliot, qui ne voulait aucun compromis avec les Lords, compromis qui aurait permis au roi d’agir sans vote du Parlement dans les cas d'urgence.

Jusqu’alors Wentworth n'exerçait encore aucune fonction gouvernementale ; mais après l’assassinat du duc de Buckingham en , il fut élevé au rang de vicomte Wentworth et enfin porté à la présidence du Council of the North. Dans son discours d'investiture prononcé à York, il présenta un programme qui reprenait presque mot pour mot les propos de Francis Bacon, à savoir qu'il s'efforcerait de rendre indissociables les prérogatives de la Couronne et les libertés des sujets. . Sa tactique annonçait déjà celle qu'il allait appliquer ensuite en Irlande, et qui allait alimenter l’accusation selon laquelle il cherchait à centraliser tous les pouvoirs au sein de l’exécutif au détriment des droits individuels et au mépris des libertés constitutionnelles.

La session parlementaire de 1629 s'acheva sur la rupture définitive entre le roi et la Chambre. Wentworth devait à présent décider s'il allait aider la Chambre des communes à dominer le roi ou aider le roi à mettre au pas les parlementaires. Il choisit la seconde option, se lança dans la répression avec toute l'énergie dont il était capable et se posa en défenseur de l'ancienne constitution menacée par ses opposants (le Parlement). À partir de ce moment, il fut pendant plus de dix ans l'un des deux plus éminents conseillers (l'autre étant l’archevêque William Laud) du roi, qui régna en monarque absolu, sans plus consulter les Chambres élues (période connue en Angleterre comme celle du « Règne personnel » et de la « tyrannie de onze ans »).

Gouverneur d'Irlande En , Wentworth devint conseiller du Roi, puis en , on le choisit comme Lord Deputy of Ireland, essentiellement du fait de sa réputation de sévérité. Il y appliqua la politique dite de « » (un intégrisme arminien et absolutiste prôné par l’archevêque Laud) avec dureté et obstination, inaugurant la tradition anglaise d’expérimenter en Irlande les réformes sociales et militaires. D'un autre côté, sa main de fer contribua à renforcer l'efficacité de l'administration royale en Irlande. Son refus d'accéder à la pétition des Graces (demandant la parité pour les Catholiques au Parlement d'Irlande) en 1634, quoique davantage motivé par des considérations fiscales que confessionnelles, lui aliéna la bienveillance des sujets irlandais. thumb|left|Thomas Wentworth, de Strafford, en armure, portrait de 1639 par Antoine van Dyck. Wentworth avait affaire à un peuple qui n'était encore jamais parvenu à une cohésion nationale, et qui avait accueilli quelques décennies plus tôt des colons anglais et écossais (cf. Plantations en Irlande), dont certains, comme les Normands, étaient de confession catholique, tandis que d'autres restaient attachés au Protestantisme. Wentworth reforma l’administration, se débarrassant des notables anglais trop installés. Il manipulait les chambres élues pour cautionner ses décrets, et s'assura de leur coopération à l'occasion du vote de plusieurs lois particulièrement importantes. Il inaugura le commerce de vivres avec l’Espagne, développa les manufactures de lin, et encouragea par toutes sortes de mesures le développement des ressources de l’île.

Le revenu des droits de douane augmenta d'un peu plus de £ en 1633–1634 à £ en 1637–1638. Wentworth leva une armée, mit un terme à la piraterie, revivifia les églises et sauva les biens ecclésiastiques. Son administration énergique modéra la tyrannie des riches sur les pauvres ; mais toutes ces mesures bénéfiques étaient appliquées de façon arbitraire, ce qui les rendit impopulaires. Le but poursuivi n'était d'ailleurs pas la prospérité des Irlandais, mais l'accroissement des bénéfices pour le Trésor d'Angleterre : ainsi, le comte de Strafford supprima le commerce des vêtements . Il y eut plusieurs condamnations pour contrebande dont celles d’Esmond, du chancelier Adam Loftus et du vicomte Annesley, Lord Mountnorris. Ce dernier fut d'ailleurs condamné à mort par Wentworth pour le forcer à démissionner de ses charges, puis fut gracié.

Strafford ignora les promesses faites aux colons par le roi Charles qu’aucun d'entre eux ne serait forcé de s’installer dans la province de Connaught, et en 1635 il produisit un diplôme caduc du (la donation du fief de Connaught à Lionel d'Anvers, dont Charles était l'héritier) et demanda aux hauts-jurés de trouver des arguments en faveur des droits de la Couronne. Seul un comté, Galway, résista aux pressions, et la Court of exchequer confisqua les biens du comté rebelle, tandis que le comte de Strafford mettait son sherif à l’amende ( £) pour avoir formé un tel jury, enfin cita les jurés à comparaître au tribunal du château pour y répondre de leur offense à la Couronne. En Ulster, la confiscation des biens des corporations souleva l’indignation contre le gouvernement.

Wentworth se défiait des Irlandais en tant que peuple. Son obsession était d’en faire des Anglais le plus vite possible, par les mœurs, les lois et la croyance. .

Jusqu’alors il n’avait jamais été mêlé aux affaires intérieures de l’Angleterre, et ce n’est qu’en que le roi Charles le consulta sur une intervention du royaume dans les affaires du Continent. Il répondit en affirmant qu’il serait imprudent d’entreprendre des opérations navales tant que la situation intérieure ne serait pas affermie. Il demandait que John Hampden et ses partisans soient « mis au fouet pour leur faire entendre raison ». Les juges avaient autorisé le roi à lever l’impôt de guerre (), mais pour Wentworth cela ne changeait rien à l’affaire. Lorsque les Puritains écossais se rebellèrent, il réclama des mesures répressives énergiques, envoyant £ au roi en comme contribution personnelle aux frais de guerre, tout en déconseillant de marcher sur l’Écosse tant que l'armée anglaise ne serait pas suffisamment entraînée, et en recommandant quelques concessions en matière de religion.

Conseiller du roi Wentworth fut rappelé en Angleterre en . Nommé premier conseiller du Roi, on attendait de lui qu'il résolve les problèmes de politique intérieure, à savoir : la banqueroute de la Couronne et la guerre avec les Covenantaires écossais. Inconscient de la montée du ressentiment en Angleterre au cours de ses années d’absence, il recommanda de convoquer les Chambres élues pour faire approuver la poursuite de la guerre, envisageant un emprunt des conseillers du roi en cas d'échec pour éviter à Charles de se soumettre aux parlementaires. En , il fut élevé au rang de comte de Strafford, et en mars se rendit en Irlande pour réunir l'assemblée, où un vote des catholiques garantit la demande de fonds pour poursuivre la guerre contre les Presbytériens écossais. Une armée irlandaise devait même être mobilisée pour aller combattre en Écosse. Lorsque le comte de Strafford retourna en Angleterre, il essaya de gagner les pairs à la cause du roi, puis convainquit Charles qu'il pouvait se contenter d'un emprunt plus modeste que celui qu'il avait primitivement envisagé.

À cette époque, Antoine van Dyck, « peintre principal en ordinaire de sa Majesté » réalisait des portraits en plusieurs versions afin de pouvoir les envoyer comme cadeaux diplomatiques ou les donner aux partisans du roi. Il a peint neuf portraits de Thomas Wentworth.

right|thumb|300px|Gravure détaillée du procès du comte de Strafford par Wenceslas Hollar, avec mention de différents protagonistes.