Théodore Turquet de Mayerne ( à Genève - à Chelsea) est un médecin et chimiste genevois qui fit progresser les théories de Paracelse. En France, il fut médecin ordinaire de Henri IV, puis en Angleterre, « premier médecin » de Jacques I et de ses successeurs, Charles I et Charles II. En tant que chimiste, il travailla avec des artistes pour développer de nouveaux pigments, on lui doit aussi la première découverte d'un « air inflammable », que l'on nommera plus tard l'hydrogène.
Biographie Famille et études thumb|upright=0.6|left|Théodore de Bèze, parrain de Mayerne. Mayerne naît dans une famille protestante de Genève. Son père, LouisKahn, p. 358, un historien huguenot français a fui Lyon après le massacre de la Saint-BarthélemyTrevor-Roper, p. 192 et son parrain, à qui il doit son prénomDavenport, p. 127, n'est autre que le théologien Théodore de Bèze. Son grand-père Étienne venait quant à lui de Chieri dans le Piémont avant de s'installer à Lyon pour faire le commerce de la soie et du poisson à l'angle des rues de la Saônerie et de la ChêvrerieTrevor-Roper, p. 14-15.. Le nom de famille est alors « Turchetti »Turchetti est un diminutif de Turch, il signifie « petit turc » en italien., puis devient « Turquet » en franchissant les Alpes, il existe d'ailleurs à Lyon, une impasse TurquetImpasse Turquet, Rues de Lyon. Théodore prétend par la suite que son arrière-grand-père se nommait Jacques de Mayerne, dit Turquet, et que le blason de la famille remontait à l'empereur Frédéric BarberousseTrevor-Roper, « Appendix A: The Name de Mayerne ».
Mayerne étudie tout d'abord à Genève puis à l'Université de HeidelbergTrevor-Roper, p. 19Il est immatriculé à Heidelberg sous le nom de Theodorus Maernius Genevensis. avant d'entreprendre des études de médecine à MontpellierTrevor-Roper, p. 23 où il obtient son diplôme en 1596 puis son doctorat en 1597Trevor-Roper, p. 25. Sa thèse réalisée sous la direction de Joseph du Chesne porte sur l'usage de remèdes chimiques en médecine ; c'est ainsi la première révélation de son intérêt pour les théories paracelsiennes.
Carrière En France En 1598, Mayerne s'installe à Paris, où il ouvre une pratique médicale et donne des cours d'anatomie et de pharmacie Charles Herbert LaWall, Four Thousand Years of pharmacy : An outline history of pharmacy and the allied sciences, Philadelphia & London : Lippincott, 1927. , p. 264. Cela déplait à la faculté de médecine de Paris qui y voit une concurrence à son propre enseignementSciences de la Renaissance, VIIIe Congrès international de Tours, par August Buck et al., Librairie philosophique J. Vrin, Paris 1973, p.265. À cette époque, il soutient déjà les thèses de Paracelse et utilise des remèdes chimiques en rédigeant des rapports détaillés sur ses patients. Dans la querelle séculaire à propos des remèdes à base d'antimoine, il se range du côté des partisans de cette médecine chimique, ce qui lui vaut les foudres de Jean Riolan (1577-1657) professeur à la faculté de médecine de Paris.
En 1600, le premier médecin du roi Henri IV, le huguenot Jean Ribit de la Rivière (1571-1605) obtient que Mayerne devienne l'un des médecins ordinaires du roiKahn, p. 360Trevor-Roper, « Paris, 1598 - 1601 ». Ses autres activités sont contrariées parce qu'il n'est pas catholique et parce que la plupart des médecins français suivent alors les principes de Galien. En 1603, il tente de soutenir son point de vue devant la faculté, affirmant dans son Apologia in qua videre est inviolatis Hippocratis et Galeni legibus, qu'il ne s'oppose ni à la galénique, ni aux principes d'HippocrateKahn, p. 373. La faculté parvient cependant à faire fermer son cours. Malgré l'opposition de la faculté, Mayerne conserve les faveurs du roi, qui le charge d'accompagner le duc de Rohan lors d'une mission diplomatique en Allemagne et en Italie.
En 1606, il se rend en Angleterre et y rencontre Jacques I. Il y suit également des cours à la faculté d'Oxford avant de rentrer en France. Le refus de Mayerne d'abjurer son protestantisme, lui portant de plus en plus préjudice, et l'assassinat d'Henri IV, en 1610, le décident à s'installer en AngleterreBourg, p. 74.
En Angleterre thumb|Sir Théodore Turquet de Mayerne par Rubens vers 1630Sir Theodore Turquet de Mayerne, National Portrait Gallery.
En 1611 Mayerne devient « premier médecin » du roi Jacques I et de la reine, ainsi que de nombreux membres de la famille royale et de la cour, dont le prince de Galles Henri-Frédéric Stuart et Robert CecilTrevor-Roper, p. 7. Son impuissance à guérir ces deux célèbres patients et le scandale entourant le meurtre de son ami, le poète Thomas Overbury, rendent ses premières années en Angleterre assez péniblesTrevor-Roper, p. 185.
En 1616 Mayerne est élu Fellow du Royal College of Physicians. Il participe à la rédaction de Pharmacopoeia Londonensis, publié en 1618, qui est la première pharmacopée du royaume, dans laquelle il introduit le calomel et d'autres remèdes chimiquesKremers, p. 430. Il est parfois envoyé en mission diplomatique en France et en Suisse, où il achète en la seigneurie d'AubonneKahn, p. 392. Il permet à la Society of Apothecaries d'obtenir une charte royale, distincte de celle des Grocers et participe à la fondation de la Company of Distillers. Le roi le fait chevalier en 1624. Après l'accession au trône de Charles I en 1625, Mayerne conserve son poste de « premier médecin » du roi.
thumb|left|Turquet de Mayerne par Jean Petitot, vers 1640. En 1628 sa femme, Marguerite de Boetslaer, avec qui il a eu trois enfants, meurt. Lorsque Pierre Paul Rubens se rend en Grande-Bretagne, en 1629, envoyé par Philippe IV, pour jeter les bases d'une alliance entre l'Espagne et l'Angleterre, il rencontre Mayerne qui lui commande un portrait. En 1630, Mayerne se remarie avec Elizabeth Joachimi avec qui il aura cinq enfantsPostérité : leur fille - Elisabeth († juin 1652) épouse en mars 1652 Pierre de Caumont de Cugnac (né en 1615) ; leur autre fille - Adrienne Turquet de Mayerne (1638-† 1662), dame d'Aubonne, marie en 1659 Armand de Caumont de Montpouillan (1626-1701), frère cadet du précédent (ces deux filles : sans postérité) (cf. Louis de Charrière, p. 312, Louis Moréri, p. 246, et Brigitte Gastel, VII-2)., dont seule une fille survécut. Lorsque la peste frappe Londres (en 1630), Mayerne cherche des moyens de prévenir et de vaincre l'épidémie. En 1631, il rédige un rapport, adressé à Charles I, qui recommande la création d'un Office of Health (ministère de la santé) auquel seront rapportés les cas de peste et qui pourra prendre des mesures restrictives de circulation des personnes et venir en aide aux plus défavorisésTrevor-Roper, p. 309 ; Thackeray, p. 148.
En plus de ses tâches médicales, Mayerne s'intéresse à la chimie. Il travaille avec des peintresErnst van de Wetering, Rembrandt: the painter at work, Amsterdam University Press, 1997 , p. 61, 145., comme Jean Petitot, pour développer de nouveaux pigments comme le pourpre et perfectionne les plaques de cuivre qui supportent la pâte d'émail destinée à la peintureMusée d'art et d'histoire, Genava, Musée d'Art et d'Histoire, 1942, vol. 20-22, p. 413.. Il découvre qu'un gaz inflammable se dégage lorsque de l'« huile de vitriol » diluée est versée sur du fer. Cette découverte de l'hydrogène, bien antérieure à celle de Robert Boyle en 1673 est relatée dans son ouvrage Opera medica, complectentia consilia, epistolas et observationes, pharmacopeam, variasque medicamentorum formulas.
Enfin, il s'intéresse à la zoologie. C'est lui qui réussit à éditer le premier ouvrage d'entomologie publié en Angleterre, en gestation depuis de nombreuses années, terminé par Thomas Muffet (ou Mouffet) peu avant sa mort en 1604: Insectorum, sive minimorum animalium Theatrum: Olim ab Edoardo Wottono, Conrado Gesnero, Thomaque Pennio inchoatum: tandem Tho. Moufeti Londinatis opera sumptibusque maximis concinnatum, auctum, perfectum (Londres : Th. Cotes, 1634).
Lors de la Première Révolution anglaise, entre 1641 et 1649, Mayerne fait profil bas dans sa pratique de Londres et conserve les faveurs du parlementTrevor-Roper, p. 362. Après l'exécution de Charles I en 1649, il devient « premier médecin » de Charles II, mais prend bientôt sa retraite et s'installe dans le quartier de Chelsea à LondresTrevor-Roper, p. 363. C'est là qu'il meurt le ou 1655Trevor-Roper, p. 365 (selon les sources). Il repose à St Martin-in-the-Fields avec la plupart des membres de sa famille. Son filleul Sir Theodore des Vaux lui fait construire un monument et publie les notes médicales de Mayerne dans l'ouvrage intitulé Praxeos Mayernian en 1690Nance, p. 35.
Postérité Parmi les possessions de Mayerne, après sa mort, on compte un grand nombre de publications et de manuscrits médicaux, dont des notes détaillées, en français et en latin, concernant ses patients qui vont de John Donne à Oliver Cromwell. Ses papiers sont aujourd'hui conservés par le Royal College of Physicians.
On reconnaît aujourd'hui très largement son influence sur l'exercice de la médecine, dont la normalisation des remèdes chimiques et la première tentative de socialisation de la médecine en Angleterre.
Son point de vue « paracelsien », qui considérait le monde comme riche de secrets chimiques n'attendant qu'à être exploités, l'amena à concevoir des projets visant à améliorer les mines de charbon écossaises et à rouvrir des mines de plomb en EuropeTrevor-Roper, p. 335. Il fit des expériences de chimie et de physique, créa des pigments et des cosmétiques et introduisit le calomel à usage médicalTrevor-Roper, p. 404.
Œuvres Apologia in qua videre est inviolatis Hippocratis [et] Galeni legibus, remedia Chymice preparata, tuto usurpari posse, ad cuiusdam anonymi calumnias Responsio. Rupellae, 1603. Sommaire description de la France, Allemagne, Italie & Espagne. … Rouen, I. Petit, 1604. La suite de la Guide des chemins tant de France, d'Espagne, Italie, & autres pays … Lyon, 1610. Pictoria sculptoria & quae subalternarum artium, 1620 The true picture and relation of Prince Henry … At Leyden : Printed by VVilliam Christian, 1634. Histoire generale d'Espagne : … Paris : Chez Sanuel Thiboust, 1635. The distiller of London. … London, Richard Bishop, 1639. King Charles ye First his physick books, [ca. 1645-1655]. 1645. Praxeos mayernian in morbis internis prcipue gravioribus & chronicis syntagma, ex adversariis, consiliis ac epistolis ejus, summa cura ac diligentia concinnatum., Londini : Impensis Sam. Smith ..., 1690. La pratique de medecine, Lyon : Anisson & Posuel, 1693. Opera medica, complectentia consilia, epistolas et observationes, pharmacopeam, variasque medicamentorum formulas, Londini, R.E., 1700.
Notes et références Notes
Références
Annexes Bibliographie Alexis Merle du Bourg, Peter Paul Rubens et la France, 1600-1640, Presses Univ. Septentrion, 2004. . August Buck, Sciences de la Renaissance, Vrin, 1973 . Geoffrey Davenport, Ian McDonald, Caroline Moss-Gibbons, The Royal College of Physicians and its collections: an illustrated history, Royal College of Physicians, 2001 . Donald C. Fels, Lost secrets of Flemish painting : including the first complete English translation of the De Mayerne Manuscript, … Hillsville, VA : Alchemist, 2001 . Didier Kahn, Alchimie et Paracelsisme en France à la fin de la Renaissance (1567-1625), Librairie Droz, 2007 . Edward Kremers, Glenn Sonnedecker et George Urdang, Kremers and Urdang's History of pharmacy, Amer. Inst. History of Pharmacy, 1986 . Brian Nance, Turquet de Mayerne as baroque physician: the art of medical portraiture, Rodopi, 2002 . Gudrun Bischoff, Das De Mayerne-Manuskript. Die Rezepte der Werkstoffe, Maltechniken und Gemälderestaurierung, Munich, 2004 . Frank W. Thackeray, Events that changed Great Britain from 1066 to 1714, Greenwood Publishing Group, 2004 . Hugh Redwald Trevor-Roper, Europe's physician: the various life of Sir Theodore de Mayerne, Yale University Press, 2006 .