Léopold Jorédié est un homme politique indépendantiste kanak, né à la tribu de Gélima à Canala le et mort le à Nouméa., président de la province Nord de la Nouvelle-Calédonie de 1989 à 1999, maire de Canala de 1989 à 1995 et vice-président du Gouvernement collégial local de 1999 à 2001.

Carrière professionnelle Issu d'un village minier, Canala, il exerce la profession de rouleur sur mine pour la Société Le Nickel (SLN) avant de fonder sa propre entreprise de transport de minerai. Mais il entre assez tôt en politique, étant élu pour la première fois conseiller municipal de sa commune natale en 1977 sous les couleurs de l'Union calédonienne, et prend la présidence de la maison rurale de la collectivité. L'UC, sous la direction de Jean-Marie Tjibaou, prend cette même année officiellement position en faveur de l'Indépendance kanak socialiste (IKS), et Léopold Jorédié va commencer à gravir petit à petit les échelons du mouvement.

Lieutenant d'Éloi Machoro puis de Jean-Marie Tjibaou Devenu premier adjoint au maire de Canala en 1983, la création du FLNKS en 1984 et la décision des indépendantistes de boycotter les élections territoriales et d'obtenir leurs revendications par la force lui permet de connaître une ascension rapide. Commissaire politique de l'UC pour le centre de la Grande Terre en 1984, il est en effet choisi par Éloi Machoro, autre natif de Canala et secrétaire général de l'UC (ainsi que du FLNKS) qui organise depuis le le boycott actif et les actions sur le terrain, pour le seconder. Après la mort d'Éloi Machoro le , Léopold Jorédié est choisi lors du congrès de Nakéty de février pour le remplacer comme « ministre de la Sécurité » dans le « Gouvernement provisoire de Kanaky » présidé depuis le par Jean-Marie Tjibaou. À partir de là, et jusqu'à la fin des Évènements, il est considéré comme l'un des principaux lieutenants de ce dernier, aux côtés de Yeiwéné Yeiwéné, et comme l'un des principaux dirigeants du FLNKS.

Après la mise en place le du statut dit Fabius-Pisani, la division de la Nouvelle-Calédonie en quatre régions (Sud, Centre, Nord et îles Loyauté) et l'abandon (pour un temps) du boycott des institutions par le FLNKS, il est choisi pour mener aux élections du suivant la liste du Front dans la région Centre, considérée par les deux camps comme la circonscription la plus incertaine. Si le Sud est sûr d'être emporté par le RPCR et le Nord et les Îles par les indépendantistes, le Centre comprend à la fois les fiefs loyalistes de la Côte ouest (Bourail, Moindou, Farino, La Foa et Boulouparis), ceux du FLNKS de la côte est (Houaïlou, Canala, Thio, Sarraméa et Yaté) et les communes plus disputées de Poya ou l'île des Pins. Mais la division du camp anti-indépendantiste (notamment le refus du RPCR de s'allier au FN, tandis que le maire de Bourail, l'autonomiste Jean-Pierre Aïfa, forme lui aussi une liste) permet à la formation de Léopold Jorédié d'obtenir 5 élus sur 9 au Conseil de Région, dont il est élu président, contre 4 à celle RPCR du sénateur Dick Ukeiwé Résultats des élections des Membres des Conseils de Région de la Nouvelle-Calédonie et Dépendances (Scrutin du 29 septembre 1985), JONC n°6380, 01/10/1985. De ce fait, il est également, jusqu'au , membre du Congrès du TerritoireComposition du Congrès du Territoire de 1985 à 1999, site officiel du Congrès de Nouvelle-Calédonie et du Conseil exécutif (composé du président du Congrès, Dick Ukeiwé, qui le dirige, et des quatre présidents de Région, à savoir, outre Jorédié, Jean Lèques puis Pierre Frogier pour le Sud, Jean-Marie Tjibaou pour le Nord et Yeiwéné Yeiwéné pour les Loyauté)L'exécutif du Territoire de 1985 à 1999, site officiel du Congrès de la Nouvelle-Calédonie.

Organisateur des groupes armés du FLNKS à Canala, de loin le Comité de lutte local le plus structuré, au plus fort de la tension des Évènements en avril et , il participe directement, avec Tjibaou et Yeiwéné, aux négociations avec les preneurs d'otages d'Ouvéa, le trio exécutif indépendantiste relayant les revendications de ces derniers à la presse et au gouvernement. Après l'opération Victor, il fait partie dans un premier temps des plus sceptiques à l'égard des négociations menées par le entre Jacques Lafleur et Jean-Marie Tjibaou et refuse de participer à la dernière séance de négociations des accords de Matignon, se justifiant en des termes assez durs à l'égard du leadeur indépendantiste lui-même en signant une tribune dans le journal Le Monde du intitulée « L'esclave a accepté de serrer la main de son maître pour réconcilier les Français » et dans laquelle il déclare : « L'accord que vous appelez « de Matignon » a été symbolisé par une poignée de main montrée à la télévision comme l'un des produits exotiques du bon vieux temps de la marine à voile. Comme un produit rare ramené des antipodes, cette fois-ci pour être vendu aux centristes français. »P. GODARD, Le Mémorial Calédonien, vol. 10 : 1988-1988, éd. d'Arts Calédoniennes, . Il se rétracte toutefois par la suite, et appelle à voter « oui » au référendum national sur les accords. Il reste de plus le numéro 3 du FLNKS et assure son emprise sur l'importante section de Canala, commune dont il est élu maire lors des élections municipales de .

Le , il est présent aux côtés de Jean-Marie Tjibaou et Yeiwéné Yeiwéné à Ouvéa pour la cérémonie de levée de deuil des preneurs d'otages de Gossanah, lorsque ses deux compagnons sont assassinés par Djubelly Wéa et d'autres extrémistes kanaks. Léopold Jorédié, également visé, en sort indemne mais apparait très éprouvé à la télévisionMort TJIBAOU factuel, Journal de 20h d'Antenne 2, 04/05/1989, INA. Dernier survivant parmi les proches lieutenants de Tjibaou, il remplace celui-ci au sein du Comité consultatif assistant le haut-commissaire dans le cadre du statut transitoire mis en place par les accords et à la tête de la liste FLNKS dans la nouvelle province Nord. Il prend aussi la vice-présidence de l'UC, la direction de la composante la plus importante du Front revenant à une personnalité plus consensuelle, François Burck, métis Caldoche-Kanak, ami de Jean-Marie Tjibaou et dernier représentant du bureau politique du parti qui avait voté en 1977 l'engagement pour l'indépendance.

Vers la modération Président de la province Nord Lors des premières élections provinciales à se tenir dans le Territoire, le , sa liste obtient 63,4 % des suffrages exprimés dans le Nord et 11 sièges sur 15 à l'assemblée de province Résultats des élections aux assemblées de province et au Congrès du 11 juin 1989, JONC n°6638, 27/06/1989, p. 1426. Léopold Jorédié est donc élu pour la seconde fois au Congrès du Territoire ainsi que président de la Province Nord. Ce poste lui vaut également de participer aux Comités de suivi des accords de Matignon. Lors des élections législatives de mars 1993, il est choisi comme candidat unitaire du FLNKS dans la (toute la Grande Terre hors Nouméa, et les îles Belep), il arrive en seconde position au premier tour avec 29,79 % des suffrages exprimés, loin derrière le député sortant RPCR Maurice Nénou qui est immédiatement réélu avec 54,15 % des voix« Un demi-siècle de législatives en Nouvelle-Calédonie », Nouvelles Calédoniennes, 06/06/2002.

En tant que président de la province Nord, il met l'accent sur le rééquilibrage visant à faire rattraper à sa collectivité son retard sur les plans économiques, sociaux et d'infrastructures. Cette politique comprend : l'achat par la SOFINOR (Société de financement de la province) à Jacques Lafleur le de 85 % du capital de la Société minière du Sud Pacifique (SMSP, qui rassemble les concessions minières du groupe Lafleur mais aussi des participations dans l'hôtellerie ou l'agriculture) afin de permettre aux Kanaks de devenir acteurs dans le domaine de la production de nickel et plus généralement du développement économique du Territoire« II. LE DÉCOLLAGE ÉCONOMIQUE : LA "BELLE AU BOIS DORMANT" DE LA NOUVELLE-CALÉDONIE » in R. du LUART, « Rapport n° 212: Mission Nouvelle-Calédonie », Sénat, 1996 ; la construction et l'ouverture par des filiales de la SMSP de deux importantes infrastructures hôtelières en 1992 que sont le Club Méditerranée « Koulnoué-Village » de Hienghène et du Novotel « Malabou Beach Resort » de Poum ; le lancement du programme d'habitat en tribu dit « Plan Jorédié » visant la construction de 100 à 150 maisons par an aussi bien en zone tribale pour des ménages aux revenus mensuels inférieurs à F CFP et en zone hors tribu pour des foyers aux revenus mensuels compris entre et Francs pacifiqueHabitat, site de la direction des affaires sanitaires et sociales DASS du Gouvernement de la Nouvelle-Calédonie ; et la mise en place du « plan PHAX » (du nom des quatre aires coutumières de la province : Paici-Camuki, Hoot ma Waap, Ajië-Aro et Xaracuu) qui permet à partir de l'année 1994-1995 de dispenser cinq heures d'enseignement (maximum) par semaine pendant lesquelles les langues vernaculaires peuvent être employées (une heure d'expression orale, deux heures d'éducation physique, une heure d'éducation artistique et une heure de géographie, d'histoire ou de sciences, sans que l'alphabétisation en langue maternelle ne soit réellement prévu tandis que ce plan est largement vu comme une « opération virtuelle »)« Nouvelle-Calédonie (5) La politique linguistique », Université de Laval et de mener des activités culturelles associant enseignants et parents dans le cadre scolaire.

Au sein des institutions néo-calédoniennes et du FLNKS, il incarne bientôt, avec François Burck, une ligne plutôt modérée, favorisant avant tout le dialogue avec le RPCR et une gestion pragmatique de la province et du Territoire, alors qu'il était considéré jusqu'alors comme l'un des « durs » du parti. Cela lui vaut l'hostilité du Palika et tout particulièrement de Paul Néaoutyine, élu en seconde position sur sa liste en 1989 et président unitaire du FLNKS depuis 1990, qui lui reprochent d'oublier l'objectif d'indépendance et d'écarter les composantes non-UC de la direction des affaires dans le Nord. Dès 1991, le Palika demande sa démission de la présidence de province, et Paul Néaoutyine forme, pour les provinciales suivantes du , une liste rivale baptisée Union nationale pour l'indépendance (UNI). Ainsi, si la liste officielle du FLNKS qu'il mène une nouvelle fois arrive en tête, elle n'obtient plus que 34,3 % des suffrages et 6 élus sur 15, contre 31,1 % et 5 sièges pour l'UNI Résultats des élections aux Assemblées de province du 9 juillet 1995, JONC n°7080, 12/07/1995, p. 2029. Il est toutefois réélu à la présidence de l'assemblée provinciale. La même année, il perd la mairie de Canala au profit d'une liste d'ouverture citoyenne apolitique emmenée par le grand-chef Gustave Kataoui.

Partisan de la négociation d'un nouvel accord afin d'éviter le « référendum couperet » de 1998 (perçu comme ne pouvant qu'être défavorable à l'indépendance), il fait partie de la délégation indépendantiste au Comité de suivi des accords en avril 1996 dirigée par Rock Wamytan, président du FLNKS, et également composée de François Burck, deux autres défenseurs de la solution consensuelle. Cette délégation est néanmoins désavouée par le bureau politique du FLNKS qui introduit un « préalable minier » (l'obtention pour la SMSP, afin d'alimenter la future usine du Nord, du massif minier de Tiébaghi, alors propriété de la Société Le Nickel, filiale d'Eramet, qui refuse de céder cette concession) à toute continuation des discussions. Au congrès de l'Union calédonienne tenue à la tribu de Wagap à Poindimié le (et auquel François Burck et Léopold Jorédié ne sont pas présents), la ligne modérée est désavouée et la direction du parti reprise par une aile radicale favorable au « préalable minier » emmenée par Bernard LepeuP. GODARD, Op. Cit., p. 174.

La FCCI Vers la dissidence du FLNKS