Kenilworth (en anglais, Kenilworth; A Romance) est un roman historique de l'auteur écossais Walter Scott, paru le sous la signature « par l'auteur de Waverley ». Il s'inspire très librement de la mort suspecte d'Amy Robsart le . Il transpose cet événement en 1575, année où est reçue avec un faste inouï au château de Kenilworth.
Robert Dudley, favori d'Élisabeth, est partagé entre une ambition dévorante et son amour pour Amy Robsart. Il épouse en secret cette dernière. Mais la jeune femme supporte mal d'être tenue recluse dans un manoir. Elle s'enfuit. Elle gagne le château de Kenilworth, où son mari s'apprête à recevoir la reine.
Genèse vignette|alt=Gravure. Portrait de trois quarts.|gauche|upright=1|Archibald Constable.
Le , Scott propose à ses éditeurs de donner une suite au Monastère. Le roman, dont le titre reste à trouver (ce sera L'Abbé), fera revivre l'Écossaise catholique Marie Stuart. Fin ou début , l'éditeur Archibald Constable suggère à l'auteur de consacrer un livre à l'Anglaise protestante , la meurtrière de Marie. Le roman s'intitulerait L'Armada, et parlerait de la tentative espagnole d'invasion de l'Angleterre en 1588 « Kenilworth », sur walterscott.lib.ed.ac.uk, 20 juillet 2012 (consulté le 29 mars 2017)..
Scott accepte d'écrire un roman sur Élisabeth. Il préfère néanmoins évoquer une affaire du début du règne, celle de la mort d'Amy Robsart en 1560. Le livre s'intitulerait Cumnor Hall, du nom du manoir où eut lieu la mort suspecte. Constable fournit à Scott une importante bibliographie, et lui conseille un autre titre, Kenilworth, que l'auteur adopte. Le contrat est signé le , alors même que Le Monastère n'est pas fini et que L'Abbé n'est pas commencé.
Scott termine Le Monastère fin février « The Monastery », sur walterscott.lib.ed.ac.uk, 19 décembre 2011 (consulté le 31 mars 2017). et L'Abbé en août. Il demande quelques semaines de délai avant de commencer Kenilworth. Il le finit le .
Sources
Scott connaît depuis l'enfance l'histoire de la mort d'Amy Robsart. Il l'a découverte dans Cumnor Hall (1784), une élégie de dont il cite les derniers vers à la dernière page de Kenilworth. Il dit aussi avoir trouvé dans Antiquities of Berkshire (1665) d'Elias AshmoleWalter Scott, Kenilworth, trad. Defauconpret, sur ebooksgratuits.com, décembre 2010, 744 (consulté le 6 avril 2017)..
Il connaît bien les sources historiques de l'ère élisabéthaine pour avoir travaillé à des éditions scolaires de livres consacrés à cette période. Mais les sources littéraires ont aussi leur importance. L'intrigue et le langage de Kenilworth doivent beaucoup au théâtre du temps d'Élisabeth et de , notamment à Macbeth et à Othello, de Shakespeare.
Pour la réception de la reine à Kenilworth, l'auteur se documente dans le livre de , The Progresses and Public Processions of Queen Elizabeth (1788). Il a visité les ruines du château en 1815. Il en trouve un plan ancien dans Antiquities of Warwickshire (1656) de William Dugdale.
Publication
Le Monastère et L'Abbé ont pour éditeur principal le Londonien Longman, et pour coéditeur londonien Hurst, Robinson, and Co. L'éditeur habituel de Scott, l'Écossais Archibald Constable, n'est que coéditeur pour ces deux livres, avec pour partenaire écossais l'imprimeur Ballantyne. On a prévu qu'il en irait de même pour Kenilworth. Mais un désaccord s'installe entre Longman et Constable. Le divorce est consommé en . Constable redevient éditeur principal, avec Ballantyne comme coéditeur écossais et Hurst, Robinson, and Co comme coéditeurs anglais.
Kenilworth; A Romance paraît en trois volumes le à Édimbourg, et à Londres. Il porte la signature by the Author of Waverley (« par l'auteur de Waverley »). En appendice, figure un plan du châteauHenri Suhamy, Sir Walter Scott, Paris, Fallois, 1993, 322..
En 1831, dans l'édition de langue anglaise de ses œuvres complètes, Scott fait précéder Kenilworth d'une introduction Walter Scott, Kenilworth, sur gutenberg.org, 30 août 2016 (consulté le 7 avril 2017)..
Cadre historique vignette|alt=lFemme étendue au pied d'un escalier|droite|upright=1|Mort d'Amy Robsart.
La mort d'Amy Robsart
Élisabeth repousse tous les prétendants, au nombre desquels roi d'Espagne, d'Autriche et Éric XIV de Suède. En , elle règne depuis cinq mois lorsque le bruit se répand qu'elle entretient une liaison avec Robert DudleyMichel Duchein, Élisabeth d'Angleterre : le pouvoir et la séduction, Paris, Fayard, 1992, 216-222.. Celui-ci a épousé neuf ans plus tôt Amy Robsart , « 4 June 1550 – The marriage of Robert Dudley and Amy Robsart », sur tudorsociety.com (consulté le 5 avril 2017).. Sans que l'on en connaisse bien la raison, les deux époux vivent loin l'un de l'autre et n'ont pas d'enfant. Depuis un an et demi, on sait Amy atteinte d'un cancer du seinMichel Duchein, , 223-225.. Ses jours, dit-on, sont comptésJoanny Moulin, Élisabeth : la reine de fer, Paris, Cerf, 2015, 150.. Le , elle est retrouvée morte, le cou brisé, au pied d'un escalier, dans le manoir de Cumnor PlaceAnka Muhlstein, Élisabeth d'Angleterre et Marie Stuart ou les Périls du mariage, Paris, Albin Michel, 2004, 85..
L'enquête conclut à un accidentMichel Duchein, , 225.. Les ennemis de Dudley propagent la rumeur d'un meurtre sur ordre du mari, afin d'épouser la reine « Amy Robsart », sur bodley.ox.ac.uk (consulté le 5 avril 2017).. Une tradition locale veut qu'il s'agisse d'un excès de zèle d'un serviteur de Dudley : c'est la version que va retenir Scott. Plus récemment, on a pu songer à un suicide.
Cet événement fait croire que la reine et son favori sont secrètement fiancés ou mariésJoanny Moulin, , 150 et 151.. Le scandale est grand. Élisabeth risque sa couronne. Elle comprend qu'elle doit renoncer à épouser Dudley. Celui-ci intrigue encore pour devenir roi. L'idée de son mariage avec la reine réapparaît de temps à autre, puis elle est abandonnée. Dudley reste néanmoins le confident très influent d'ÉlisabethMichel Duchein, , 226-230.. En 1564, la reine le fait comte de Leicester « Robert Dudley (1st E. Leicester) », sur tudorplace.com.ar (consulté le 8 avril 2017). — Historiquement, Robert Dudley n'est pas encore comte de Leicester à la mort de sa femme en 1560. Il ne le devient qu'en 1564. Il l'est dans le roman, puisque tous les événements sont groupés sur l'année 1575..
La dernière visite d'Élisabeth à Kenilworth
Élizabeth fait plusieurs visites au château de Kenilworth, propriété de Dudley. La dernière, celle du , est célèbre par la magnificence déployée par le maître des lieux. Élisabeth reste . Ce sont les festivités les plus coûteuses des de son règne Elizabeth Goldring, « Princely pleasures at Kenilworth: Robert Dudley's three-week marriage proposal to Elizabeth I », sur historyextra.com, 29 avril 2016 (consulté le 3 avril 2017).. Selon l'historienne Elizabeth Goldring, il s'agit pour Dudley de la .
Dates et lieux du récit Dates
Scott groupe sur une courte période des événements qui se sont déroulés à des années de distance. Il les situe non pas en 1560, date réelle de la mort d'Amy Robsart, mais en 1575, année de la réception de la reine à Kenilworth. Plusieurs indications de l'auteur le confirment : Élisabeth règne depuis et Marie Stuart est captive depuis sept ansKenilworth, éd. cit. ebooksgratuits.com, 2010, 316.. Scott fait aussi du mariage d'Amy et de Dudley quelque chose de récent (historiquement, il a eu lieu dix ans avant la mort d'Amy) et de secret (historiquement, il n'avait rien de secretMichel Duchein, , 223.).
L'anachronisme le plus surprenant est la renommée de Shakespeare. En 1575, il n'avait pas plus de onze ans. Dans le roman, il est déjà un poète dont tout le monde parle à la courHenri Suhamy, , 323.. Un personnage, Wayland, cite trois vers de La TempêteKenilworth, éd. cit. ebooksgratuits.com, 2010, 238., pièce qui sera écrite vers 1611.
Lieux vignette|alt=lCroquis sommaire indiquant Kenilworth, puis Cumnor Place plus au sud, puis Londres au sud-est, puis Marlborough plus à l'ouest et enfin, au sud-ouest, le Somerset et le Devonshire, ainsi que l'Exmoor à cheval entre les deux.|droite|upright=1|Lieux du récit.
Le manoir de Cumnor Place se trouvait à Cumnor, à au nord-ouest de Londres, à au sud-ouest d'Oxford. Considéré comme hanté, tombant en ruine, il est détruit vers 1810 Peggy Inman, « Amy Robsart and Cumnor Place », sur bodley.ox.ac.uk (consulté le 6 avril 2017)..
Le château de Kenilworth, dont on peut toujours voir les ruines, est à plus au nord, à Kenilworth, dans le Warwickshire, à au sud de Coventry.
Marlborough est une petite ville du Wiltshire.
Dans le roman, le père d'Amy Robsart, sir Hugh, vit dans un château appelé Lidcote Hall. Scott situe celui-ci à la limite du Somerset et du Devonshire, à l'orée de la forêt d'ExmoorKenilworth, éd. cit. ebooksgratuits.com, 2010, 213 et 214.. Dans la réalité, le père d'Amy, sir John, vivait non pas au sud-ouest du pays, mais à l'est, dans le comté de Norfolk.
Résumé vignette|alt=Homme et femme dans des coussins|gauche|upright=1|Robert Dudley, comte de Leicester, et Amy Robsart dans le salon de Cumnor Place.
Le jeune Tressilian aime la belle Amy Robsart qui l'estime, mais ne l'aime pas. Amy est enlevée à son père par Richard Varney. Tressilian part à leur recherche. Il ignore que Varney n'a enlevé Amy que pour lui permettre d'épouser secrètement Robert Dudley, comte de Leicester, favori de la reine Élisabeth. Craignant le déplaisir de la reine, Leicester est contraint de cacher son épouse à Cumnor Place, vieux manoir où il ne la voit que de temps à autre. Supportant mal cette réclusion, Amy s'impatiente. Elle aimerait parader à la cour. Leicester, estimant avoir obtenu tout ce qu'il pouvait espérer en matière de rang et de fortune, envisage parfois de quitter la vie publique pour se consacrer à son épouse. Mais bien vite il revient à ses projets ambitieux.
La reine apprend l'enlèvement d'Amy. Elle fait comparaître Varney. Celui-ci prétend avoir agi pour son propre compte, à l'insu de son maître, et avoir épousé Amy. Leicester semble tiré d'affaire. Non seulement il n'a pas été soupçonné un seul instant, mais sa faveur semble plus établie que jamais. Chacun voit en lui le futur roi d'Angleterre.
Cependant, la curiosité d'Élisabeth est piquée. Elle annonce à Leicester qu'elle lui rendra visite bientôt dans son château de Kenilworth. Tressilian — à qui Amy était promise par son père — devra s'y trouver. Varney devra s'y trouver. Amy devra venir également, et se disposer à paraître devant la reine.
Varney fait appel à l'empoisonneur Alasco. Il lui demande d'administrer à la jeune épouse de la « manne de saint Nicolas » en doses juste suffisantes pour provoquer un état de langueur qui lui interdira tout déplacement.
vignette|alt=Maquette d'un château|droite|upright=1|Maquette du château de Kenilworth en 1575. La reine arrive à cheval en traversant le parc (à droite), puis en franchissant le pont qui mène à la .
Chargé par Tressilian de surveiller Cumnor Place, le maréchal-ferrant et médecin Wayland fournit un antidote à Amy, puis l'aide à s'enfuir. Tous deux se mêlent à une troupe de comédiens qui se rendent à Kenilworth. Amy compte bien mettre les choses au point avec son mari. Mais, à mesure qu'elle approche du gigantesque château, noyée dans l'effervescence populaire, dans les chariots et le bétail qui convergent vers des fêtes somptueuses dont elle est soigneusement exclue, elle prend conscience avec une horreur croissante de la réalité de sa situation.
Wayland et Amy réussissent non sans mal à pénétrer dans le château. Wayland corrompt un garde pour obtenir une chambre. Il y cache sa protégée, sans savoir qu'il s'agit de la chambre attribuée à Tressilian. Amy charge son compagnon de voyage de porter une lettre à Leicester.