est un genre fossile de grands pliosaures ayant vécu durant les étages Aptien à Albien du Crétacé inférieur dans ce qui est actuellement l'Australie. Le premier spécimen connu est reçu en 1899 et consiste en une symphyse mandibulaire partiellement préservée, qui est d'abord vue comme provenant d'un ichthyosaure selon Charles De Vis. Ce n'est cependant qu'en 1924 qu' décrit formellement ce spécimen comme l'holotype d'un imposant pliosauridé, auquel il érige le nom scientifique de , qui est toujours l'unique espèce reconnue à ce jour. Le nom du genre, signifiant « lézard de Kronos », se réfère à sa grande taille et à sa possible férocité pouvant rappeler le Titan de la mythologie grecque, tandis que l'épithète spécifique fait allusion au Queensland, l'État australien de sa découverte. Au début des années 1930, le Musée de Zoologie comparée d'Harvard envoie une expédition organisée en Australie qui récupère deux spécimens historiquement attribués au taxon, incluant un célèbre squelette qui est aujourd'hui massivement restauré en plâtre. Un certain nombre de fossiles attribués ont été découverts ultérieurement, incluant deux grands squelettes plus ou moins partiels. Le spécimen holotype ne présentant pas de diagnoses pour distinguer concrètement Kronosaurus des autres pliosauridés, ces deux mêmes squelettes sont proposés comme de potentiels néotypes pour de futures redescriptions. Deux espèces supplémentaires furent proposées, mais ces dernières sont désormais vues comme peu probables ou appartenant à un autre genre.
Kronosaurus est l'un des plus grands pliosaures ayant été identifiés à ce jour. Les estimations initiales fixaient sa taille maximale à environ de long sur la base du squelette d'Harvard. Cependant, ce dernier ayant été reconstitué avec un nombre exagéré de vertèbres, les estimations publiées à partir de la fin des années 1990 réduisent la taille de l'animal de de long. À l'image d'autres plésiosaures, Kronosaurus dispose de quatre palettes natatoires, d'une queue courte et, comme la plupart des pliosauridés, d'une tête allongée et d'un cou court. Les plus grands crânes identifiés de Kronosaurus surpassent en taille ceux des plus grands dinosaures théropodes connus. L'avant du crâne est allongé en un rostre qui constitue le museau. La symphyse mandibulaire, là où les extrémités situées sur l’avant de chaque côté de la mandibule fusionnent, est allongée chez Kronosaurus et contient jusqu'à six paires de dents. Les grosses dents de formes coniques de Kronosaurus auraient été utilisées dans le carde d'un régime alimentaire constitué de grosses proies. Les dents situées à l’avant sont plus grandes que les dents à l'arrière. Les membres de Kronosaurus sont en forme de nageoires, les palettes natatoires arrière étant plus grandes que celles situées en avant. Les palettes natatoires auraient donné une envergure d'environ aux plus grands représentants.
Les classifications phylogénétiques publiées depuis 2013 récupèrent Kronosaurus au sein de la sous-famille des Brachaucheninae, un lignée qui inclut de nombreux pliosauridés ayant vécu durant différents étages du Crétacé. D'après sa répartition stratigraphique dans les archives fossiles, Kronosaurus habitait la mer d'Eromanga, une ancienne mer intérieure qui couvrait une grande partie de l'Australie au début du Crétacé. Cette mer intérieure atteignait des températures froides proches du point de congélation. Kronosaurus aurait probablement été un superprédateur au sein de cette mer, des preuves fossiles montrant qu'il s'est attaqué envers des tortues de mer et à d'autres plésiosaures. Des estimations quant à sa force de morsure suggèrent que l'animal aurait atteint entre . Le crâne d'un spécimen juvénile montre qu'il aurait été attaqué par un adulte, indiquant une agression intraspécifique voire une potentielle preuve de cannibalisme au sein du genre. Kronosaurus aurait fait face à la compétition interspécifique avec d'autres grands prédateurs au sein de cette mer, un spécimen attribué montrant des traces de morsures d'un requin semblable à Cretoxyrhina.
Historique des recherches Trouvailles et recherches initiales vignette|gauche|upright=1.1|alt=|La symphyse mandibulaire partielle holotype de K. queenslandicus (QM F1609).
En 1899, un fossile partiel provenant d'un reptile marin est envoyé de la part d'un certain Andrew Crombie au , à Brisbane, en Australie, et est reçu par le zoologue Charles De Vis, qui est alors le directeur du musée lors de cette époque. Aucune information concernant la localité d'origine du fossile n'est connue, mais il semblerait qu'il aurait été vraisemblablement découvert près d'Hughenden, dans le Queensland, ville d'où provient Crombie. Les archives du Queensland Museum montrent que De Vis a même envoyé une lettre à Crombie pour l'informer qu'il fut mis au courant de la réception du matériel. Le fossile en question, depuis catalogué QM F1609, consiste en une symphyse mandibulaire partielle portant six dents coniques. Sur la base de ses observations, De Vis considère le fossile comme provenant d'un représentant des Enaliosauria, un taxon aujourd'hui obsolète qui regroupait les plésiosauriens et les ichthyosaures. De Vis pensait initialement que le spécimen proviendrait d'un ichthyosaure, et plus particulièrement d’Ichthyosaurus australis, qui semble aujourd'hui être placé dans le genre Platypterygius. Cependant, la dentition particulière de ce spécimen le fait vite changer d'avis quant à son appartenance à cette espèce précise. Le fossile est officiellement décrit par le directeur succédant à De Vis, , dans un article scientifique publiée en 1924 par le journal du Queensland Museum. Longman en déduit que le fossile provient d'un grand pliosaure, auquel il érige le nom de genre et d'espèce Kronosaurus queenslandicus. Le nom générique provient de Kronos, un Titan de la mythologie grecque, et du grec ancien , « lézard », pour donner littéralement « lézard de Kronos ». Longman aurait créé ce nom générique en référence à la taille imposante et à la possible férocité de l'animal, qui pourrait rappeler l'histoire de Kronos, qui est connu dans la mythologie grecque pour avoir dévoré ses propres enfants, notamment Zeus. L'épithète spécifique queenslandicus est nommé d'après le Queensland, l'État australien où fut très probablement découvert le spécimen holotype.
vignette|redresse=1.0|Saturne dévorant un de ses fils, vue d'artiste par Francisco de Goya, peinte entre 1820 et 1823, représentant le Titan de la mythologie grecque Kronos. Kronosaurus est nommé en référence à ce dernier pour sa grande taille et de sa possible férocité pouvant rappeler le personnage.
En , quinze fossiles plus ou moins partiels sont découverts à près de au sud d'Hughenden. Ces mêmes fossiles, tous enregistrés sous la numérotation QM F2137, sont identifiés comme provenant de la , datant de l'étage Albien du Crétacé inférieur, l'holotype ayant très probablement été également découvert dans cette même unité stratigraphique. La majorité du matériel récupéré est alors très incomplet, les deux seuls pouvant être concrètement décrits étant des parties proximales de propodiums (des os supérieur des membres), qui sont analysés plus en détails l'année suivante, et ce à nouveau par Longman. En 1932, dans le but de rendre les fossiles de l'animal « attrayants », Longman publie l'une des plus anciennes reconstitutions connues de Kronosaurus. L'illustration fut dessinée en 1931 par un certain Wilfrid Morden, qui s'est inspiré notamment des traits anatomiques de Peloneustes pour combler les parties encore inconnues de l'animal. En mai et en , un certain J. Edgar Young du Queensland Museum, collecte plusieurs fossiles provenant de la formation de Toolebuc, plus précisément dans la station de Telemon, à environ à l'ouest d'Hughenden. Parmi tous les fossiles à l'exhumation desquels Young a participé, figurent des restes supplémentaires attribués à Kronosaurus, incluant les premières parties crâniennes un peu plus complètes identifiées au sein du genre. Dans son article publié en , Longman, en raison du nombre élevé de fossiles, suggère qu'ils proviendraient d'au moins deux ou trois individus. Notant que les fossiles n'ont pas été entièrement préparés au moment de sa description, il les décrit à titre préliminaire. Le spécimen le plus notable, catalogué QM F2446, consiste en un milieu partiel du crâne qui préserve un condyle occipital, l'arrière du neurocrâne, les narines externes ainsi que les orbites.
Expéditions australiennes d'Harvard
En 1931, le musée de Zoologie comparée d'Harvard envoie une expédition en Australie dans le double but de se procurer des spécimens d'animaux aussi bien vivants qu'éteints, et en particulier des mammifères marsupiaux. Cette décision venait du fait que le musée possédait relativement peu d'animaux australiens et souhaitait donc en collectionner plus. C'est alors que l' débute, et est entreprise par une équipe de six hommes. L'équipe se composait du coléoptérologue , du zoologue Glover Morrill Allen et son étudiant Ralph Nicholson Ellis, le médecin-chef Ira M. Dixon, du paléontologue ainsi que de leur chef, l'entomologiste William Morton Wheeler. L'année suivante, en 1932, c'est Schevill qui acquiert le titre de chef d'expédition, effectuant de longs voyages et recrutant des aides locales lorsqu'il le peut. Le Queensland Museum fut d'ailleurs invité à participer à cette expédition, mais cela n'a jamais été approuvé en raison du manque de fonds et/ou d'intérêt de la part du gouvernement de l'État. Cependant, Longman, qui avait décrit les premiers fossiles connus de Kronosaurus, apporte son aide à l'expédition, stockant les spécimens au fur et à mesure qu'ils lui sont envoyés, fixant les permis de collecte et entretenant une correspondance avec Schevill. Schevill s'aventure alors dans le groupe géologique de , au nord de la ville de Richmond, où il collecte deux spécimens de pliosaures de grande taille. Ces mêmes spécimens sont récoltés dans le membre Doncaster de la , datant d'environ . Le premier spécimen qu'il exhume, catalogué MCZ 1284 et découvert dans une propriété appelée Grampian Valley, consiste en un morceau bien conservé du rostre antérieur étroitement relié à l'ensemble de la symphyse mandibulaire, en plus de plusieurs autres morceaux fragmentaires.