François Coillard (1834-1904) est un missionnaire protestant envoyé par la Société des missions évangéliques de Paris (S.M.E.P.) au Basutoland (aujourd'hui le Lesotho) en renfort d'une première équipe installée depuis 1830. Il est surtout connu comme fondateur de la « mission au Zambèze » au Barotseland, région située aujourd'hui en Zambie (ancienne Rhodésie du Nord).

Enfance et jeunesse à Asnières François Coillard est né le dans une famille protestante à Asnières-lès-Bourges, un quartier de Bourges, ville dans laquelle Calvin avait jadis enseigné le droit, et qui était, au , la seule ville du Berry, avec Sancerre, à avoir une communauté protestante. Ses parents étaient des vignerons et des membres de la communauté protestante. Le temple d'Asnières est construit en 1816 et le temple protestant de Bourges en 1831. thumb|left|150px|Pont de Calvin à Asnières-les-Bourges (au ) Au , on montrait encore le petit pont sur le Moulon que franchissait Calvin dans ses promenades. Voir : Edouard Favre, François Coillard, Enfance et jeunesse, Société des Missions Evangéliques, Paris, 1908, p. 2.. Son père mourut en 1837 alors qu’il n’avait que deux ans et demi, et ce décès fit plonger la famille dans la plus grande misère. Il s’était en effet porté caution pour des sommes considérables et sa mère, alors qu’elle n’avait aucune responsabilité personnelle, vendit quand même la quasi-totalité de ses biens propres pour payer les cautions données par son époux.

François Coillard vécut alors seul avec sa mère dans une petite chaumière, ses frères et sa sœur étant placés dans deux riches familles protestantes des environsCoillard était le dernier d’une famille de huit enfants. Sa mère fut obligée de travailler seule les vignes qui lui restaient mais les sympathies ne lui manquèrent pas car elle était unanimement appréciée dans la région. Cette bonté naturelle lui valait d’ailleurs le sobriquet de « mère Bonté », terme que François Coillard devait utiliser régulièrement plus tard dans sa correspondanceEdouard Favre, François Coillard, Enfance et jeunesse, o.p. cit., p. 10.. De plus, malgré ces conditions de vie, leur chaumière devint le centre de la vie protestante de Bourges, et leur unique chambre le pied-à-terre des évangélistes colporteurs qui sillonnaient le pays ; c’est là que François Coillard entendit pour la première fois chanter les cantiques de César Malan alors que, jusqu’alors on ne chantait dans les temples que les Psaumes. thumb|right|150px| Maison natale de François Coillard. En 1841, la situation économique de la famille ne s’améliorant pas, la mère de François Coillard dut accepter une place de ménagère dans une grande ferme dépendant d’un château appartenant à une riche famille protestante de Paris. François Coillard fut donc obligé, à son grand regret, de quitter l’école pour devenir gardien d’un troupeau de dindes car lui aussi devait gagner son pain. Il lisait cependant dans les champs les Evangiles car c’était le seul livre qu’il avait.

Cependant, souffrant de voir son enfant sans possibilité d’acquérir aucune instruction, la « mère Bonté » décida en 1843, malgré les problèmes financiers non résolus, de retourner à Asnières. François Coillard put donc retourner à l’école où il restait toute la journée, même en dehors des heures de classe, ne rentrant chez lui que le soir après le retour de sa mère des champs.

Cette attitude attira l’attention de son maître mais aussi celle d’Ami Bost, le nouveau pasteur de la paroisse de Bourges, qui l’influença profondément.

Le « père Bost » était une forte personnalité et il se comportait comme un Oberlin et un Félix NeffEdouard Favre, François Coillard, Enfance et jeunesse, o.p. cit., p. 21.. Il ne tolérait ni laisser-aller ni irrégularité dans la fréquentation du temple, n’hésitait pas à fustiger ses ouailles en chaire et à faire chanter des cantiques dans le temple, au grand dam des Anciens ; il ne craignait pas non plus de polémiquer par voie de presse avec l’archevêque de Bourges. Mais, d’un autre côté, Ami Bost s’appliquait personnellement à remédier aux conditions de vie déplorables. Il luttait sans cesse pour faire enlever les tas de fumiers qui traînaient devant les portes des maisons et à travailler lui-même avec ses enfants pour améliorer les routes boueuses, y compris dans le quartier catholique. Malgré ces efforts, le comportement d’Ami Bost déplaisait non seulement aux catholiques mais aussi aux protestants qui trouvèrent bientôt que c’était « un casseur de vitres »Edouard Favre, François Coillard, Enfance et jeunesse, o.p. cit., p. 23. et ils commencèrent à se plaindre de sa sévérité. thumb|left|150px|Le temple d'Asnières-les-Bourges. Grâce à Ami Bost, sa famille et surtout leur fille, Marie, François Coillard connut alors, comme il l’écrira lui-même, les plus belles années de sa vie. Il vécut en effet pendant quelques années dans une ambiance spirituelle et intellectuelle qu’il n’avait jamais connue jusqu’alors. Il prit goût à la musique et au chant et entendit pour la première fois parler des missions en terres lointaines. Aussi, le départ d’Ami Bost pour Melun en qui, comme le dit François Coillard, était « une puissante batterie appliquée à nos lourds vignerons »Edouard Favre, François Coillard, Enfance et jeunesse, o.p. cit., p. 20., fut-il une énorme déception pour François Coillard, mais aussi, et malgré les problèmes antérieurs, pour tous les habitants du village, catholique comme protestants, qui firent tout pour empêcher ce départ.

Bost fut remplacé par le pasteur Théophile Guiral. Comme il donnait également des cours à l’école, il remarqua bientôt deux des premiers élèves, dont François Coillard, et leur donna des leçons de latin ; il le présenta même un jour au célèbre avocat Pierre-Antoine BerryerEdouard Favre, François Coillard, Enfance et jeunesse, o.p. cit., p. 44.. En , son ancien instituteur étant parti pour Orléans, il fut remplacé par Frédéric Viénot, le père de Charles Viénot, le futur missionnaire et fondateur des écoles protestantes « modernes » à TahitiEdouard Favre, François Coillard, Enfance et jeunesse, o.p., cit., p. 68..

La révolution de 1848 eut d’importantes répercussions dans la région jusqu’en 1849 qui entrainèrent un renchérissement du coût de la vie auxquels vinrent s’ajouter des calamités naturellesEdouard Favre, François Coillard, Enfance et jeunesse, o.p. cit., p. 47. .

En juin ou , comme la situation de la famille ne s’améliorait toujours pas, le pasteur Guiral proposa à la mère de François Coillard de le placer chez une riche famille protestante de la région. Il accepta à contre cœur mais il savait que c’était la seule façon de pouvoir soulager sa mère. Dans cet emploi, non rémunéré par ce qu'il était logé et nourri, il n’avait aucun répit. Il travaillait en effet toute la journée aux côtés du jardinier qui le considérait comme un futur rival. Il était très apprécié de tous mais il était malheureux car il n’avait pas la possibilité de lire et, surtout, parce qu'il voyait que ses maitres le destinaient à devenir jardinier, ce qu'il ne pouvait admettre. C'est dans ces dispositions qu'il retourna quelques jours à Asnières pour faire sa communion.

thumb| Château de la Ferté-Imbault où était employé François Coillard. Il se plaint de cette situation au pasteur Guiral et, n'en pouvant plus, il finit par écrire aux propriétaires du château, qui étaient retournés à Paris pour l'hiver, afin de se plaindre également. Sans doute choqués par tant d'impertinence, ils lui donnèrent aussitôt son congé et François Coillard se retrouva donc à la rue. Heureusement, une connaissance du voisinage le recueillit pour quelques jours et lui trouva un emploi en Sologne chez Monsieur Robert Kirby révérend britannique pasteur de l'église anglicane qui y possédait le château de La Ferté-Imbault. Il arriva en Sologne au printemps 1850 et il trouva sa nouvelle situation bien meilleure ; son travail ne l'intéressait cependant toujours pas car sa seule ambition était de poursuivre des études.

Connaissant ses souhaits, le pasteur Guiral lui écrivit alors une lettre dans laquelle il lui parlait, mais sans rien lui promettre, d'un institut, à Glay (Doubs), qui recevait de jeunes protestants souhaitant devenir, instituteur, pasteur ou missionnaire. François Coillard en parla aussitôt à ses maitres qui, convaincus de ses qualités, écrivirent immédiatement au directeur de Glay pour le recommander.

Une réponse favorable arriva rapidement et François Coillard quitta le château en pour Asnières où il passa trois mois. Lors du dernier culte auquel il assista à Asnières, le pasteur lut un appel de la Société des Missions de Paris qui faisait un pressant appel à la jeunesse et, à la sortie il dit à sa mère : « Pourquoi ne serais-je pas missionnaire, moi aussi ? ». Elle ne lui répondit pas ce jour mais aumoment de son départ, elle lui dit : « Fais tout ce que tu voudras ; mais surtout, je t’en supplie, ne pense pas à devenir missionnaire »Edouard Favre, François Coillard, Enfance et jeunesse, o.p. cit., p. 69..

François Coillard prit le train pour Glay dans les derniers jours de .

Études à Glay, à Paris et à Strasbourg En arrivant à Glay, François Coillard veut surtout poursuivre ses études mais c'est là pourtant qu’il répond à un appel pour devenir missionnaire. La Société des missions évangéliques de Paris (SMEP) accepte sa candidature mais, son niveau d’étude étant trop faible, elle lui demande de suivre les cours de l'École préparatoire de théologie des Batignolles. Pour éviter la conscription, la durée du service militaire étant alors de sept ans, il part ensuite à Strasbourg ou il passe son baccalauréat, mais sans succès. Il est alors admis à la Maison des missions de Paris et, alors qu’il n’a pas encore terminé ses études, la SMEP décide de l’envoyer en renfort au « Lessoutho » (Lesotho).

Études à Glay et vocation missionnaire L'Institut de Glay avait été fondé en 1822 par le pasteur Henri Jaquet qui avait une réputation de piétiste. Il n’entendait pas donner à ses élèves une formation théologique ambitieuse mais leur assurer une formation courte et ciblée pour devenir pasteur, instituteur ou missionnaire ; certains de ses élèves devaient d’ailleurs acquérir une certaine célébrité dans les milieux protestants, comme Rolland et Pellissier qui furent parmi les premiers missionnaires envoyés en Afrique du Sud. thumb|right|L'Institut de Glay (Doubs). François Coillard fut accueilli chaleureusement à Glay et, malgré sa grande timidité, il n’éprouva aucune difficulté à s’intégrer dans son nouveau milieu. Il appréciait particulièrement que la discipline soit faite par les élèves eux-mêmes et l’ambiance très familiale. Le rythme de travail était immuable, avec des cours, des moments de prières et des réunions de discussions entre les élèves.

En , à la suite d'une prédication de M. Jaquet, sa vie spirituelle est bouleversée par une expérience personnelle avec Dieu : « Ce fut comme si une voix, entendue de moi seul, me disait, avec une force et une suavité indescriptibles : « Mon fils, va en paix, tes péchés te sont pardonnés! »Edouard Favre, François Coillard, Enfance et jeunesse, o.p. cit., p.92.. thumb|left|100px|M. Henri Jaquet (1788-1867). Quelque temps après sa conversion, survint un nouvel appel de la Société des missions évangéliques de Paris et M. Jaquet pressa avec instance ses élèves de se consacrer au service de Dieu. Les missions n'étaient plus pour François Coillard un sujet nouveau ou étranger et il ne concevait rien de plus grand que la vocation missionnaire mais sa mère constituait un grand obstacle car il sentait qu’il avait à son égard des obligations sacrées et une dette de filiale reconnaissance.

Après bien des tourments et des prières pendant plusieurs mois, et alors que Coillard avait pratiquement renoncé, elle finit par lui écrire pour lui donner son consentement à la fin .