vignette|Guadeloupe au présent vignette|Espace caraïbe
L'histoire de la Guadeloupe (appartenant à l'ensemble insulaire des Antilles dans la mer des Caraïbes) est marquée par la déportation massive, à partir des années 1670, d'esclaves noirs ouest-africains, ancêtres de la majorité de la population actuelle.
Cette île double (en ailes de papillon) française des Petites Antilles, située à environ au nord des côtes de l'Amérique du Sud, à à l'est de la République dominicaine et à au sud-est des États-Unis a été plusieurs fois investie par les Anglais et a connu la Révolution française plus longtemps que la Martinique.
L'archipel de la Guadeloupe est département et région d'outre-mer (de France) et également région ultrapériphérique de l'Union européenne. Sa superficie est de , et sa population en 2018 de , parlant principalement français standard et/ou français guadeloupéen et/ou créole guadeloupéen.
Période précolombienne
La Guadeloupe est peuplée par des populations "amérindiennes" (dites natives) au moins 3000 ans avant J.-C. Vers 300 avant J.-C., le peuple des "premières nations" appelés « Arawaks », un peuple d’agriculteurs et de pêcheurs, s’installent dans la région.
Ils sont progressivement supplantés militairement par les Kalinagos venus de l'actuel Venezuela.
Selon des sources non identifiées, Basse-Terre se serait appelée Karukera et Grande-Terre, Cibuqueira.
: découverte par les Espagnols, premiers contacts (1493-1635) Passages de Christophe Colomb vignette|Les cinq îles de la Guadeloupe clairement identifiées et nommées (Isla de Guadalupe, Isla Deserada, Marígalante et Todos Santos) sur le planisphère de Cantino datant de 1502. 21 jours après avoir quitté les îles Canaries, au cours de son deuxième voyage, Christophe Colomb aperçoit une première terre : La Désirade, qu'il baptise ainsi Desirada (« désirée » en espagnol), tant la vue d'une terre a été désirée par l'équipage. Le , une autre île est en vue, que Colomb nomme Maria Galanda (Marie-Galante), du nom du navire amiral. Après un passage d'une nuit à la Dominique, ils reprennent la mer vers une île plus grande dont ils ont aperçu au loin les montagnes : Colomb décide de jeter l'ancre devant cette île afin d'accorder quelques jours de repos à ses hommes. Il nomme l'île Guadeloupe, en référence au monastère Sainte-Marie de Guadalupe, en Estrémadure.
Le , il débarque sur l'île principaleÀ l'actuel lieu-dit de Sainte-Marie sur le territoire de la future commune de Capesterre-Belle-Eau sur Basse-Terre.Jean-Pierre Giordani, La Guadeloupe face à son patrimoine : Itinéraires et modalités d'une reconnaissance et d'une revalorisation, éditions Karthala, 1996, , .. Il baptise cette île Guadalupe du nom du monastère royal de Santa María de Guadalupe en Espagne. Lors d'un pèlerinage, Christophe Colomb aurait fait la promesse aux religieux de donner le nom de leur monastère à une île ou alors, il s'était fait cette promesse à lui-même lors des tempêtes de son retour en Europe en 1492. Il semblerait également que Christophe Colomb ait été inspiré par les chutes du Carbet, lui rappelant les cascades présentes dans la région d'Estrémadure où se situe le monastère.
Le , Colomb retourne à Guadeloupe avec deux vaisseaux. Ils sont de retour vers l'Espagne, mais il a fait fausse route et ils se trouvent à court de provisions. Les habitants, interrogés par des Taïnos qui voyagent avec les Espagnols, refusent de fournir les aliments demandés. Christophe Colomb ordonne un débarquement en force et il s'ensuit une dure bataille après laquelle les guerriers locaux se retirent vers l'intérieur de l'île. Christophe Colomb et ses hommes y restent jusqu'au .
L'abandon des Espagnols Les Espagnols se préoccupent peu de l'île au cours du . En effet, elle semble relativement inhospitalière et ne possède aucune mine d'or. Elle sert d'aiguade, c'est-à-dire de point de ravitaillement en eau douce et en bois pour les navires.
Au début, les Caraïbes tolèrent ces « marins de passage » et parfois même fraternisent avec eux. Mais, petit à petit, les hostilités grandissent entre les indigènes et les Espagnols. Les Caraïbes, aguerris au combat, résistent à la présence grandissante des Européens, jusqu'à ce qu'une cédule royale datant d', autorise aux Espagnols la capture d'Arawaks habitant les îles sans or. Plusieurs expéditions et raids au cours du ont lieu dans le but de capturer des Caraïbes et de les faire travailler, de pacifier, puis de coloniser ces îles.
En 1515, Juan Ponce de León, conquérant de Porto Rico, et Antonio Serrano décident de pacifier la Guadeloupe et d'y installer définitivement des colons ibériques. Leur expédition compte trois navires et trois cents soldats. Cachés en embuscade, les Caraïbes foncent sur ceux qui débarquent, les tuent ou en font des prisonniers.
Lassés, les Espagnols, qui préfèrent les terres plus riches de l'Amérique centrale, abandonnent progressivement les Petites Antilles. Ainsi, ils quittent définitivement leur fort de l'île Saint-Martin en 1648, laissant la place aux colons et flibustiers anglais, français et hollandais. Ceux-ci font escale régulièrement à partir de 1550 pour faire du commerce avec les Kalinago (Caraïbes / Karib).
Les engagés blancs, premiers producteurs de sucre vignette|Description de l'Isle de Gadeloupe, contenue dans l'Atlas de Boisseau, 1643. Le cartouche en haut à droite contient le texte suivant :
Menés par Jean du Plessis d'Ossonville et Charles Liénard de L'Olive 150 français (dont de nombreux Normands) débarquent le à la Pointe Allègre dans les environs de l'actuelle ville de Sainte-Rose, avec quatre prêtres dominicains puis s'installent au sud, près de l'actuel Vieux-Fort. Ces Français sont quasiment tous des engagés par contrat, pour trois ans, auprès d'un maitre qui a le droit de les revendre, car il a payé leur traversée. Quelques-uns réussissent à faire fortune., une fois les trois ans passés, ce qui restera possible pendant une vingtaine d'années, avant que terres disponibles deviennent hors de prix.
Dans l'île anglaise de la Barbade, cela devient assez vite impossible : le prix de la terre y grimpe de 50% dès 1639, à 1,20 livre par acre"Sweet Negotiations: Sugar, Slavery, And Plantation Agriculture in Early Barbados" par Russell R. Menard aux Éditions University of Virginia Press, en 2006 puis monte à 5,20 dès 1646, multiplié par 4,5 en 8 ans. À la Guadeloupe, la culture du sucre est prévue dans un contrat signé dès 1635 par la Compagnie des îles d'Amérique : elle est d'abord l'affaire de ces engagés blancs, auxquels font référence nombre de ses documents. Dès le début, l'un d'eux montre qu'elle s'engage à installer en plus de 60 esclaves, 40 à 50 « artisans de tous mestiers à la construction des bastimens, halles et magazins, culture des cannes et autres ouvrages ».. Mais les esclaves resteront très minoritaires dix à douze ans.
D'une moyenne d'âge de 21 ans dans les années 1630 pour les îles françaises, ces "engagés" sont aussi appelés "alloués""Documents" par Jacques Petitjean Roget, et Eugène Bruneau-Latouche, en 2000 aux Editions Desormeaux .. Jean Dupont, gouverneur de Saint-Christophe avant d'être pris par les Espagnols, vient par exemple, au Havre en chercher 94 en 1635 à bord du navire "La Petite Notre-Dame".
Le plus connu est l'aide-chirurgien Alexandre-Olivier Exquemelin vendu pour trente écus à la Tortue le L'engagisme s'apparente au servage comme l'indique .. Utilisé comme défricheur, il tombe gravement malade, son maître refusant de le soigner, avant d'être sauvé par les capucins puis d'intégrer les boucaniers. Autre ex-engagé devenu célèbre, le futur pirate Henry Morgan et un autre propriétaire d'esclaves, Jean Roy (flibustier), né en 1617 et très tôt exploitant de tabac puis membre du Conseil souverain de Martinique en Jean-Baptiste Labat, Nouveau voyage aux Isles de l'Amérique, qui en détiendra 800 vers la fin du siècle.
La Martinique n'a toujours que 200 habitants blancs en 1638, les Engagés arrivant surtout en Guadeloupe, qui en compte un millier dès 1640. A Saint-Christophe, la plantation de canne à sucre du gouverneur Philippe de Longvilliers de Poincy dispose dès 1646 de plus de cent esclaves et 200 « domestiques »"Le général de Poincy, premier capitaliste sucrier des Antilles", article de Michel-Christian Camus dans la revue Outre-Mers en 1997 , c'est-à-dire des engagés blancs. Depuis , avant même d'arriver huit mois après aux îles, il avait deux associés , le banquier parisien Desmartin qui a effectué presque seul les avances de fonds et le capitaine Rigaud, propriétaire d'un vaisseau, puis dès son arrivée en il est en affaire pour des moulins à sucre avec le sieur Raye, frère d'Adam Raye, de Rouen, qui « dès son enfance, a fait profession de cet art » et qui a , au Brésil. Ses engagés travaillaient d'abord , et " Bulletin de la Société d'Histoire de la Guadeloupe Les engagés des Antilles au travail (XVIIe siècle) " par Gabriel Debien, Numéro 55, 1er trimestre 1983 .
D'anciens engagés qui ont sont ensuite promus, mais parfois ils restent longtemps une main d'œuvre de base : un inventaire de à Léogane (Saint-Domingue) en recense travaillant au milieu de 15 esclaves noirs.
Un édit royal du établit que 7000 personnes ont ainsi été transportées vers les îles françaises depuis 1635 au bénéfice de la Compagnie des îles d'Amérique, soit plus de 300 par an en moyenne dans chacune des trois îles, Saint-Christophe, Martinique et Guadeloupe. L'objectif de 4000 personnes en dix ans fixé en 1635 est battu grâce à l'accélération de 1640-1642. Ces trois îles se lancent au même moment très tôt dans les cultures coloniales : tabac et coton puis sucre, car la surproduction fait s'effondrer les prix du tabac et du coton en 1637-1639. Au contraire, dès 1635, l'offre mondiale de sucre est déficitaire à cause de la guerre entre Hollandais et Portugais qui ravage le Brésil depuis 1630, où un tiers des moulins à sucre sont détruits en quelques années.
Mais ces engagés blancs, parfois aussi utilisés à la fortification des îles, sont quasiment tous des hommes, qui craignent de rester célibataires une fois leur contrat de trois ans terminé, et vont alors tenter leur chance ailleurs en Amérique. C'est pour offrir des perspectives aux candidats en France qu'en 1642-1644 la Compagnie promeut l'importation de femmes "Le métissage dans la littérature des Antilles françaises: le complexe d'Ariel" par Chantal Maignan-Claverie, aux Editions Karthala en 2005: 8 en 1642, 14 en 1643 et 16 en 1644, de Dieppe à la Guadeloupe"Les épousées de la Guadeloupe" par Angel St Benoit, le 19/05/2015 . La ville de Basse-Terre est fondée dans le Sud de la Guadeloupe et 1643 et en 1645, plus de 200 orphelines apprennent à lire, écrire, coudre, tricoter et broder, rue St Dominique, dans le Couvent la Divine Providence, dirigé par Benoit Brachet. Léonore de La Fayolle, munie de lettres de la Reine, reçoit la somme de 200 livres, pour convoyer des orphelines aux îles