thumb|right|alt=Photographie montrant la tribune d'un stade, avec un blason de grande taille en tissu, déployé par la foule.|Tribune des supporters du Stade rennais FC lors de la finale de la Coupe de France 2008-2009.

Des supporters soutiennent et encouragent le Stade rennais FC. Créé en 1901, ce club de football français, basé à Rennes, suscite, dès ses premières années d'existence, un intérêt grandissant parmi les amateurs de sport en Bretagne, attirant plusieurs centaines, puis plusieurs milliers de personnes qui assistent aux rencontres disputées par ses équipes. Leur soutien et leur intérêt s'organisent sous la forme de diverses associations ou souscriptions, lesquelles jouent un rôle décisif dans la sauvegarde du club lorsque celui-ci se retrouve en difficulté financière, dans les années 1930 et 1970 notamment.

Club le plus populaire de la région Bretagne, mais dont la notoriété reste modérée sur la scène nationale, le Stade rennais FC voit parfois son rôle dépasser le simple cadre sportif : ses succès en Coupe de France en 1965 , 1971 et 2019 sont l'occasion pour plusieurs milliers de personnes, portant fièrement les couleurs de la Bretagne, de suivre leur équipe jusqu'à Paris, et de célébrer ses victoires dans les rues de Rennes, participant au renouveau et à l'affirmation de l'identité bretonne dans les années 1970.

Suivant les évolutions économiques et sociales de la région rennaise et de la Bretagne, le public qui se masse dans les tribunes du stade de la route de Lorient (renommé Roazhon Park en 2015) voit sa composition se modifier au fil des décennies, avec la disparition progressive du tissu industriel rennais au profit du secteur tertiaire, transformant le soutien populaire en un public plus familial, souvent critiqué pour sa froideur et son exigence envers sa propre équipe. Suivant également les évolutions du football, il voit émerger la culture ultra, apparue à Rennes à la fin des années 1980, qui transforme la vie des associations de supporters, ainsi que les formes de soutien, avec ses animations, ses codes, et sa mentalité spécifique.

Historique

Premières années

thumb|left|alt=Photographie d'époque montrant la première tribune en bois construite au parc des sports de la route de Lorient en 1912.|Les premiers spectateurs qui assistent à des rencontres au stade de la route de Lorient prennent place dans une tribune en bois.

Créé le par d'anciens étudiants, le Stade rennais s'affirme rapidement comme le meilleur club de football de la ville de Rennes. Alors que la passion grandit pour ce sport, ses matchs attirent un public de plus en plus nombreux autour de son terrain de la Mabilais, sur la rive sud de la Vilaine.. La rivalité sportive qui oppose le Stade rennais à l'US servannaise durant ses premières années, ou la réception de quelques-uns des grands clubs parisiens, fédère autour de lui de nombreux spectateurs. Le , assistent à un match amical face au Racing Club de France., alors que ce sont qui assistent à un derby, le , contre l'équipe rivale de Saint-Servan. Pour l'occasion, des trains supplémentaires sont affrétés, alors que les taxis rennais sont pris d'assaut pour se rendre au match.. Quelques mois plus tard, le Stade rennais déménage de la Mabilais au stade de la route de Lorient, qui est doté d'une première tribune en bois pour abriter ses supporters..

La rivalité qui oppose le Stade rennais à l'US servannaise continue d'attiser les passions en Ille-et-Vilaine après la Première Guerre mondiale. Le , alors que l'arbitrage de la rencontre entre les deux équipes suscite des protestations côté rennais, le public finit par envahir le terrain du stade de la route de Lorient, entraînant l'arrêt total du match.. En 1921, ce sont plus de qui assistent au derby dans un stade comble.. Peu à peu, tandis que le Stade rennais devient, dans les années 1920 et 1930, un club d'envergure nationale, qui se professionnalise en 1932, les affluences continuent de croître. Pour accueillir plus de spectateurs, le stade voit sa capacité progressivement accrue lors des deux décennies suivantes..Via deux rénovations du stade. En 1939, la tribune en bois est rénovée, et des gradins sont installés sur les trois autres côtés du terrain. En 1955 et 1956, les deux tribunes latérales sont entièrement reconstruites en béton armé..

En 1937, le soutien populaire se matérialise en soutien financier. En proie à des difficultés économiques, le Stade rennais envisage d'abandonner le professionnalisme. Une souscription est lancée dans toute la Bretagne afin de récolter des fonds auprès des supporters. La somme de est réunie, qui, ajoutée à une subvention exceptionnelle votée par le conseil municipal de Rennes, permet de combler le déficit du club.. À la fin de l'année 1938, une association de soutien est créée, avec des relais dans des sections locales, réunissant des supporters du club en Bretagne comme à Paris. Le droit d'entrée dans ces sections finance de nouveau la sauvegarde du club.12 francs pour le titre de membre actif, 25 francs pour celui de membre honoraire, 50 francs pour celui de membre bienfaiteur, et 100 francs pour obtenir le titre de membre fondateur..

Engouement et structuration

Dans les années 1960 et au début des années 1970, le Stade rennais connaît une période de succès sportifs qui génère un grand engouement autour de lui, à Rennes et en Bretagne. À l'issue de l'édition 1965, il remporte la Coupe de France, une première pour un club bretonLe Stade rennais avait atteint la finale en 1922 et en 1935, mais avait été battu. Après les victoires rennaises en 1965 et 1971, il faudra attendre 1997 pour voir un autre club de la Ligue de Bretagne, l'En Avant de Guingamp, atteindre la finale, et 2002 pour que le FC Lorient ajoute son nom au palmarès.. Cette victoire provoque une explosion de joie et une ambiance festive qu'Henri Fréville, le maire de Rennes, compare à celle de la libération de 1944, des dizaines de milliers de personnes arrivant de toute la Bretagne pour accueillir les joueurs victorieux à leur retour.. .. Ouest-France évoque la présence de à dans les rues de Rennes à cette occasion..

Le stade de la route de Lorient réalise alors quelques-unes de ses meilleures affluences. Le , un derby face au FC Nantes attire au stade, record qui tiendra durant près de quarante ans.Le , à la suite de la rénovation et l'agrandissement du stade, le record d'affluence est battu avec ., alors que, le , l'engouement pour la demi-finale de la Coupe de France, disputée contre l'Olympique de Marseille, est tel que des spectateurs s'installent sur les toits des tribunes, sur des pylônes, et dans les arbres environnants afin d'assister à la rencontre alors que le stade est plein.. Quelques mois plus tard, tandis que le Stade rennais remporte l'épreuve devant les supporters rennais qui avaient fait le déplacement avec eux jusqu'au stade olympique de Colombes., les joueurs sont de nouveau accueillis de façon triomphale à Rennes... Le Stade rennais est alors le club populaire de Bretagne, chaque match voyant débarquer des cars entiers de supporters venus de toute la région..

Des supporters à la tête, puis au chevet du club

thumb|upright|right|alt=Photo en buste d'un homme âgé portant un pull rouge, une veste noire et des lunettes|Alfred Houget, ici photographié en 2011, passe de la présidence d'un club de supporters à celle du Stade rennais en 1977.

En parallèle, les supporters du club s'organisent et se structurent. Après avoir élu son bureau à la fin de l'année 1961., le groupe Allez Rennes naît officiellement en 1962.. Très vite, les dirigeants de ces clubs de supporters s'investissent dans la vie du Stade rennais. Premier président des Allez Rennes, Joseph Dault prend la présidence du club en 1972., et le chef d'entreprise Bernard Lemoux, qui lui succède en 1973, était, quelques mois avant son élection à la présidence, à la tête du club des supportersAlain Prioul et Jean-Yves Augel, Laurent Pokou, un destin de foot, Saint-Maur-des-Fossés, Sépia, 2011, p. 137 .Bernard Lemoux démissionne du poste de président du club des supporters au printemps 1973, étant en désaccord avec le transfert réalisé par le club de Raymond Keruzoré à l'Olympique de Marseille. Il accède à la présidence du Stade rennais le , et fera revenir Keruzoré au club l'été suivant.. À sa prise de fonction, le Stade rennais est dans une situation financière difficile, et Lemoux sollicite une nouvelle fois les supporters en leur vendant des autocollants marqués du slogan « Je suis Breton. Allez Rennes ! », et en lançant une souscription auprès des entreprises bretonnes..

En 1977, Bernard Lemoux démissionne en laissant le club dans une situation financière catastrophique.. Pour lui succéder, c'est le président du comité de sauvegarde du Stade rennais, une association créée par des chefs d'entreprises locaux pour veiller à la survie du club, qui s'installe à la présidence. Directeur commercial de l'abattoir de Vitré et supporter rennais depuis son adolescence, Alfred Houget réussit, durant ses deux années passées à la tête du club, à le maintenir en vie, lui évitant une liquidation judiciaire en ... Dans le même temps, d'autres supporters rennais s'associent pour contribuer à la survie financière et sportive du club. Au cours de l'année 1978, le Club des 2000 est créé par l'abbé Detoc, avec pour but de recueillir des fonds en vue de financer l'arrivée de nouveaux joueurs. Chaque membre de l'association verse alors un minimum de 200 francs pour y adhérer. Les arrivées de Daniel Thoirain et de Laurent Pokou, à l'été 1978, sont en partie rendues possibles par ce biais. Le Club des 2000 a pour premiers dirigeants l'ancien président du Stade rennais Jean Rohou, et l'avocat Jean-Michel Bellat, ancien joueur du club et futur président de la Ligue de Bretagne.Alain Prioul et Jean-Yves Augel, Laurent Pokou, un destin de foot, Saint-Maur-des-Fossés, Sépia, 2011, p. 212 ..

L'émergence de la mouvance ultra

thumb|left|alt=Photo montrant des personnes dans une tribune, derrière des joueurs de football en premier plan|Supporters ultras du Roazhon celtic kop et de Unvez kelt célébrant un but rennais lors d'un déplacement à Caen, en 2012.

Pérennisant sa présence dans les championnats professionnels, le Stade rennais connaît ensuite une période d'instabilité sportive, avec de nombreuses promotions et relégations de Division 1 en Division 2, et des affluences très fluctuantes au stade de la route de Lorient.. C'est dans ce contexte qu'apparait un nouveau type d'associations de supporters, assimilées à la mouvance ultra. Celle-ci fait ses débuts à Rennes à la fin des années 1980. En 1987, trois supporters décident de faire de la tribune Mordelles, la « tribune chaude » du stade de la route de Lorient, et fondent le Roazhon celtic kop, association réunissant en partie des personnes d'extrême-droite violente. En quatre ans, le groupe grossit jusqu'à réunir une soixantaine de personnes, et finit par se constituer en association en 1991. En quelques années, elle regroupe plusieurs centaines de membres... Le Roazhon celtic kop est, depuis, le principal vecteur d'animation dans les tribunes du stade, et de soutien de l'équipe rennaise en déplacement....