thumb|right|Isaac Cruikshank, La Nuit de noces, 1797, National Portrait Gallery.

La nuit de noces est la première nuit qu'un couple passe ensemble après le mariage. Elle est parfois suivie de la lune de miel.

Moment d'institutionnalisation d'une relation de couple, elle constitue dans les cultures traditionnelles un rite social très codifié. Avec l'évolution des mœurs, la libération sexuelle et la cohabitation fréquente des couples avant le mariage, la nuit de noces est devenue un temps plus personnel, moins structurant dans la vie des couples.

Chasteté thumb|right|Intérieur, huile sur toile d'Edgar Degas, 1868-1869, Philadelphia Museum of Art. Selon certains critiques, Degas aurait voulu illustrer la nuit de noces lugubre de Thérèse et Laurent, scène du Thérèse Raquin de Zola (1867).

Elle peut être pour les couples ayant choisi de rester chaste jusqu'au mariage un moment privilégié : par la découverte du corps de l’autre et de la perte de leur virginité.

La tradition de la chasteté était plus souvent respectée par les personnes enclines à se plier aux enseignements religieux.

Dans certaines traditions, la nuit de noces doit être réservée aux prières et le mariage ne sera consommé que plusieurs jours plus tard : . Elle représente la concrétisation charnelle d'une union spirituelle. Dans le livre de Tobie, il est écrit que lorsqu’il épouse Sara afin de contrer le démon en elle, il fabrique un sort de fumigation et passe sa nuit de noces à prier avec Sara.. Ce n’est qu’après la troisième nuit que Tobie s’unit à Sara. Ce qui fera que dans la Vulgate la nuit de chasteté devient trois nuits de prièresMadeleine Scopello, Femme, gnose et manichéisme.

Mais, dans de nombreuses cultures, la nuit de noces est associée à la perte de la virginité pour la femme. Le rite du drap nuptial est pratiquée, consistant à exhiber le drap ou le pagne taché de sang, pratique qui était répandue. Elle est présente dans la BibleDeutéronome 22, 13 et suiv.. Cette tradition, encore présente dans de nombreuses cultures musulmanesIsabelle Lévy, Croyances & laïcité : guide pratique des cultures et des religions, p. 233, Ed. Estem., est jugée incompatible avec une bonne pratique de l'islam qui conseille de ne pas exposer en public son intimité..

En Chine, l'épouse retourne voir ses parents précédée d'un cochon grillé qui annonce la perte de sa virginitéBéatrice David, L’expression rituelle du statut de la femme dans les cérémonies du mariage d’une société urbaine chinoise (Hong Kong) : les changements dans la continuité.. En Russie, à l'issue de la nuit de noces, on présentait la chemise tachée de sang, et on affichait un drapeau de couleur rouge en cas de virginité et d'une autre couleur si celle-ci n'était pas prouvéeS.M. Tolstaja, La fiancée "pure" et "impure" dans la symbolique rituelle du mariage, Cahiers slaves : Aspects de la vie traditionnelle en Russie et alentour.. On trouve aussi en Russie et dans certaines régions de France et du Canada le symbole de la cruche brisée. Dans la tradition de l'île de Mayotte, la seule action qui soit permise à l'homme durant la nuit de noces est de déflorer sa femme. Il ne doit pas aller jusqu'à l'éjaculationBacar Achiraf, Les mœurs sexuelles à Mayotte, p. 48.. Dans d'autres traditions, au contraire la femme doit avoir déjà été dévirginisée. C'était le cas par exemple dans quelques tribus des pays nordiques, l’épouse avant ses noces était contrainte d’avoir des rapports avec les hommes du clan et notamment de sa belle famille.. Enfin, selon Alain BoureauAlain Boureau, Le droit de cuissage : la fabrication d'un mythe (), Albin Michel, 1995., le droit de cuissage, ou droit de jambage, ou marquette qui permettrait au seigneur de profiter de la jeune épouse avant le mari, ne serait qu'un mythe en termes de droit.

Il arrive que la nuit de noces puisse être vécue comme un viol légal, surtout lors de mariage forcé comme cela se voit encore dans certains pays.

La défloration peut parfois revêtir un aspect très douloureux comme dans certains pays d'Afrique où la pratique de l'infibulation persiste et où la cicatrice est rouverte à l'occasion de la nuit de noces au rasoir ou au couteauAbdou Sylla, « Mutilations sexuelles et féminité » , Ethiopiques, Revue négro-africaine de littérature et de philosophie.. Même dans les civilisations européennes, lorsque le mariage concerne un jeune homme chaste et une jeune fille vierge, l'inexpérience et la précipitation peuvent rendre problématique cette première nuit. Ce problème est soulevé notamment par Laure Adler dans son livre Secrets d'alcôve, Histoire du couple de 1830 à 1930. Dans cet ouvrage, Laure Adler étudie les nuits de noces dans les familles françaises du en s'appuyant sur les romans d'écrivains de cette période ainsi que sur les recommandations médicales préconisant aux hommes d'éviter la brutalité lors de ce premier contact. Elle décrit d'abondance ce qui représente pour elle Laure Adler, Secret d'alcôves, p. 33. Elle cite notamment cette recommandation de Balzac : .. Elle signale aussi le comportement différent dans le milieu bourgeois et dans le milieu paysan. Dans ce dernier, la brutalité existe aussi mais la parole y est plus libre. Des allusions grivoises fusent lors du repas, le couple est épié et accompagné jusqu'à la chambre nuptiale, le drap taché de sang est exhibé à l'issue de la nuit de noces, alors que le silence est de mise dans le milieu bourgeois où la jeune épouse arrive à la nuit de noces dans l'ignorance la plus complète. La douleur conséquente à cette perte de virginité est considérée comme un réel problème et Laure Adler signale l'existence aux États-Unis de programmes de préparation à la défloration qui se mettent en place vers la fin des années 1950Laure Adler, Secrets d'alcôves, p. 64.

D'autres cultures, conscientes de ce problème, ont inventé des subterfuges pour adoucir les préliminaires. Chez les Berbères de la tribu des Aït Kebbach de la région de Merzouga au Maroc au , une aiguille est cachée dans les vêtements de la femme, aiguille que le mari doit trouver avant de la déshabiller. Cette recherche, effectuée sous l'œil vigilant de témoins qui aident ou freinent l'élan du jeune homme, facilite les contacts entre les épouxMarie-Luce Gelard, Le pilier de la tente, p. 97.. Une tradition analogue existe chez les Kabarbes, populations tcherkesses de la région de Terek dans le nord Caucase. Il s'agit là d'un lacet du corset, habilement dissimulé sous des bandes de cuir que le mari doit enlever sans l'abîmer Maurice Dumoulin, « La Question des origines » Revue politique et littéraire (1900), p. 412..

Rite social La nuit de noces, comme la noce elle-même, participe d'un rite social. C'est la communauté, témoin de l'orthodoxie de l'union, qui l'approuve et l'encourage ou qui la désapprouve. Ainsi en est-il de ces cortèges de jeunes accompagnant les mariésNicole Belmont, La fonction symbolique du cortège dans les rituels populaires du mariage, annales, économies, sociétés, civilisation. jusqu'à la chambre nuptiale, ou bien de ces combats simulés entre amis du marié et amis de la famille de la mariée pour aider ou empêcher le « rapt » comme dans la tradition du barrage du seuil dans la Chine traditionnelle. C'est aussi le cas de ces charivaris organisés pour désapprouver le remariage d'un veuf ou d'une veuve avec une personne beaucoup plus jeuneLucien Barou, Le charivari en Forez, Patois Vivant, , mai 1982..

La communauté se doit d'être témoin de l'union. En Scandinavie, à l'époque médiévale, le couple est conduit au lit nuptial dans lequel il doit monter publiquement rendant ainsi officielle la constitution du couple, et c'est dans leur lit que celui-ci reçoit les friandises qu'il partage avec l'assistance. Cette tradition a perduré jusqu'au Michel Rouche, Mariage et sexualité au Moyen Age: accord ou crise, Colloque international de Conques, p. 102. Pascal DibiePascal Dibie, Ethnologie de la chambre à coucher, p. 108 confirme cette habitude de recevoir les visites dans son lit nuptial à l'issue de la nuit de noces dans la France du .

Chez les Day de Bouna (Tchad), de jeunes enfants assistent à la nuit de nocesFrançoise Dumas-Champion, La place de l'enfant dans la vie rituelle des Masa (Tchad), Journal des africanistes, 2002, Volume 72, Numéro 72-1, p. 84. Dans le nord de la Zambie, les prouesses des intervenants sont signalées à la communauté : si la femme a pu être honorée 3 fois dans la nuit, c'est le mari qui se présente à la sortie de la case, dans le cas contraire, la femme sort en premierAnne-Marie Dauphin Teinturier, Initiation des femmes et structure sociale dans le Nord de la Zambie.. En Chine, il est d'usage que les invités viennent troubler la chambre nuptiale par des plaisanteries.. Dans l'Algérie traditionnelle, les femmes accompagnent la nuit de noces par leurs youyous tandis que les hommes guettent à côté de la porte, prêts à tambouriner si l'opération s'éternise trop longtemps. Nombreux sont les auteursSoumaya Naamane-Guessous, Au-delà de toute pudeur, p. 170-187Adel Faouzi, La nuit des noces, in La Virilité en Islam, Édition de l'aube, Paris, 2004 qui signalent combien cette intrusion de la sphère publique dans la sphère privée peut-être traumatisante tant pour la femme que pour l'homme dont on attend une prestation rapide et efficace.

Dans plusieurs régions de France, cette intrusion s'est transformée en jeu de « chasse aux mariés ». Le jeune couple tente de garder secret le lieu où va se dérouler leur nuit de noces Coutume relevée en Beauce entre 1920 et 1930 (Anne Marie Desdouits, « Les rituels du mariage paysan sur la Côte de Beaupré et dans la Beauce », in, La Construction d'une culture: le Québec et l'Amérique française de Gérard Bouchard, Serge Courville, p. 315), en Champagne, Aveyron, Bretagne, Savoie . Les bandes de jeunes explorent donc, la nuit durant, toutes les maisons possibles en faisant un maximum de bruit. Cette chasse se termine au petit matin par la découverte du jeune couple à qui il est de tradition d'offrir une mixture variée Claudie Bernard, dans Penser la famille au dix neuvième siècle, 1789-1870, p. 79, parle de la rôtie ou du chaudron, parfois dans un pot de chambre, mélange de champagne et de biscuit à la cuillère (NiceClaude Seignolle, Traditions populaires de Provence, p. 230), de champagne et de chocolat (Champagne), soupe à l'oignon (Vendée<ref> Laurence Hérault.,[http://terrain.revues.org/pdf/3152 La cheville et le brandon. Rituels de fiançailles et de mariage dans le haut bocage vendéen, Terrain, n° 8 (1987), p. 42-51]</ref>), ou tourain, soupe aux tomates et à l'oignon (PérigordLa France gastronomique : Guide des merveilles culinaires et des bonnes auberges françaises (1921) p. 33.).

Tradition thumb|right|Mariage d'Ingrid Krämer à Dresde, 1963. Le marié porte la mariée pour franchir le pas de porte.

Dans les mariages contemporains, ce rite de passage a perdu beaucoup de sa valeur rituelle. La vie en couple avant le mariage rend la nuit de noces plus anodine. Ce qui fut symbolique dans les générations antérieures devient seulement jeu ou respect des traditions. Outre celles décrites précédemment, on peut ajouter La tradition de porter la mariée lors du franchissement du seuil de la maison. Cette tradition superstitieuse avait pour but de laisser les mauvais esprits sur le pas de la porte ; Ajouter des grelots au lit nuptial (Nice, CanadaGérard Bouchard, Martine Segalen, Une langue, deux cultures.) ; Offrir à la femme une planche et un couteau pour qu'elle fasse autant d'encoches que de fois où elle a été honorée (Limousin, Albert Goursaud, Maurice Robert, La société rurale traditionnelle en Limousin, p. 365.) ; Faire le lit nuptial en portefeuille ; Taper sur des casseroles en pleine nuit ; Avant, la nuit de noces pouvait être précédée par un cortège qui traversait bruyamment la ville, et la mariée était préparée pour sa nuit par des parents ou les demoiselles d’honneur.

Dans le judaïsme