vignette|Spangenhelm du , importé des ateliers byzantins. Les invasions barbares, ou grandes migrations, sont un ensemble de migrations de peuples dans l'Antiquité tardive, principalement en Europe, commençant par l’arrivée des Huns en Europe centrale et orientale aux environs de 375, et finissant par celles des Lombards en Italie en 568 et des Slaves dans l’Empire romain d’Orient en 577. Cette période voit la partition de l'Empire romain et la désagrégation de sa partie occidentale au profit de plusieurs royaumes fondés par des peuples germaniques.

Ce découpage historique est une conception de l’esprit reposant sur des conventions linguistiques variant d'une langue à l'autre. L’expression « invasions barbares » est une spécificité des langues romanes faisant référence au barbaricum, mot par lequel les auteurs romains désignaient les territoires échappant au contrôle de Rome. Dans la recherche historique moderne, les différentes langues européennes ont renoncé au substantif « invasions » et à l’adjectif « barbares », préférant des syntagmes moins péjoratifs comme « migration des peuples » ou « période des migrations » ( en allemand, en anglais). En l'occurrence, malgré quelques déplacements massifs, l’arrivée des Germains en Occident au et leur établissement en royaumes autonomes ne doivent plus être envisagés comme un brutal déferlement. En fait, le terme « invasion », avec son implication de force dévastatrice, tend à être remplacé par celui « d’incursion », qui semble mieux correspondre à la réalité observée.

Loin de se réduire à un événement unique et continu, les invasions sont un processus au cours duquel différentes populations, qui se forment et se modifient sous l’emprise de multiples facteurs comme la pression d'autres peuples migrateurs et les changements climatiques, déferlent en vagues successives et progressives sur l'Empire romain. Ces mouvements migratoires ont pu entraîner le départ des populations romanisées, leur assimilation ou leur assujettissement, mais inversement ces populations ont aussi pu romaniser et christianiser les royaumes dits « barbares » comme dans les cas des Wisigoths, des Francs et des Lombards.

Après la mort de l’empereur en 395, l’Empire romain est de facto divisé en deux parties, chacune d’elles régie par un co-empereur. En 382 et en 418, des accords sont conclus entre les autorités de l’empire et les Wisigoths, permettant pour la première fois aux Goths de s’établir sur le territoire romain. Il en est de même pour les Francs qui reçoivent, à titre de fœderati, la mission de protéger la frontière nord-est des Gaules. Avec le passage du Rhin en 406, et l’irruption des Vandales et des Suèves dans l’empire, l’administration impériale s'écroule, lentement mais inexorablement, dans la partie occidentale de l'empire, ce qui conduira à la déposition du dernier empereur occidental en 476, alors qu’à l’Est les structures de l’empire résistent, bien qu’affaiblies par les guerres menées contre d’autres envahisseurs, et peuvent être réformées par des empereurs énergiques, permettant leur survie. En Occident, les voient la création et la croissance de royaumes germaniques (regna), parmi lesquels le royaume des Francs qui pose les fondations de ce qui sera l'Empire carolingien.

Survol général Terminologie vignette|upright=1.5|alt=carte du limes|Le limes sépare pendant longtemps l'empire des Barbares ; Rome tente de le protéger en signant des traités (foedus) avec les peuples qui vivaient près de cette frontière (foederati) afin de la défendre des envahisseurs lointains. Ici, une portion du limes germanique.

Les travaux menés depuis la Seconde Guerre mondiale ont conduit à remettre en question le concept d’« invasions barbares » utilisé dans plusieurs langues romanes. Les historiens allemands et germanophones préfèrent le terme, moins péjoratif, de « migration des peuples »Par exemple : Stefan Krautschick, « Zur Entstehung eines Datums. 375 - Beginn der Völkerwanderung » dans Klio 82, 2000, , de même que, du même auteur, « “Hunnensturm und Germanenflut: 375 – Beginn der Völkerwanderung? » dans Byzantinische Zeitschrift 92, 1999, . (Völkerwanderung)Les paragraphes qui suivent résument le chapitre « The Great Migration Debate » dans Peter Heather, Empires and Barbarians, ., tandis que la plupart des historiens anglo-saxons parlent aujourd'hui de « Migration Period » pour évoquer cette période de l'histoire.

Les mots « invasions » et « barbares » sont discutés. Une « invasion » n’est pas systématiquement violente et encore moins « massive » même s’il peut arriver qu’un peuple entier se déplace et qu’il mène des campagnes de pillage ou des guerresMichel Kazanski, Les Goths : s ap. J.-C., Errance, 1991. Hans-Erich Stier (dir.), Grosser Atlas zur Weltgeschichte, Westermann, 1985 , Wisigoths . Elle n’est pas non plus systématiquement homogène car beaucoup de dénominations de peuples en migration désignent des confédérations de groupes d’origines diverses ayant en commun de se déplacer ensemble sous la conduite d’un chef commun (dont le nom s’est généralement conservé.) en tant, par exemple, que peuple cavalier avançant le long d’un milieu naturel donné comme la steppe eurasienne.. Elle peut même n’être qu’un « transfert des élites » où de petits groupes conquièrent un territoire déjà peuplé dont ils remplacent l’élite dominante tout en laissant en place les structures sociales et économiques traditionnelles : en tel cas, l’élite peut soit adopter la langue des populations soumises (cas des Francs en Gaule ou des Proto-Bulgares dans les Balkans) soit imposer progressivement la sienne (cas des Anglo-Saxons en Grande-Bretagne)Dimitri Obolensky, chap. 2 « Barbarians in the Balkans » dans The Byzantine Commonwealth, Eastern Europe, 500-1453, Londres, Phoenix Press, 1971 ..P. Heather (2009), .. L’analyse anthropologique des populations inhumées dans les cimetières, largement étudiées à travers tout le territoire occidental, confirme la théorie d’une infiltration progressive des peuples barbares au sein de l’Empire romain.

Un « barbare », pour les Grecs et les Romains antiques, est à l'origine toute personne qui ne parle pas leur langue et ne partage pas leur modèle de civilisation basé sur la cité et l’écriture. En 212, l'édit de Caracalla accorde la citoyenneté romaine à tous les hommes libres de l'Empire, créant une distinction nette entre citoyens à l'intérieur de l'Empire et barbares à l'extérieur. À la même époque, les auteurs romains appelent barbaricum les territoires hors du contrôle administratif de l'Empire, mais considérés comme appartenant au monde romain. Avec l’extension du christianisme apparaît un deuxième clivage, cette fois entre chrétiens et païens, le terme « barbare » étant alors utilisé pour décrire des populations non ou faiblement christianisées, d’où le sens péjoratif de « non-civilisé » : Saint-Jérôme|Lettres, cité dans ..

Le terme de « migration » fait référence à un processus que l’on ne conçoit pas de nos jours de la même manière que dans le passé. Le rapport que Jordanès fait de la migration des Goths vers la mer Noire a longtemps servi de modèle au concept traditionnel : Jordanès, Getica, 4, 25-28.. L’impression que l’on retire de cette description est celle d’un roi unique qui conduit un peuple unifié vers de nouvelles terres, et fonde un nouveau royaume après avoir vaincu (et probablement chassé) les populations autochtones. Ce modèle inspiré de l'Ancien Testament, et étendu à l’ensemble des migrations, ne rend pas compte de la réalité des faits, ni des différences existant entre les invasions des et celles des .

Dans le cas précis que décrit Jordanès, il est avéré que non seulement les Goths, mais toute une série de peuplades germaniques prirent part à cette migration. Par ailleurs, celles-ci n’agirent pas comme un groupe unifié : aucune autre source que Jordanès ne fait référence à un Filimer qui aurait été l’unique chef des Goths ; elles mentionnent au contraire divers chefs comme Cniva, Argaith, Guntheric, Respa, Veduc, Thuruar et Cannabaudes. D’autres sources montrent que divers groupes opérèrent de façon différente, les uns par terre, s’alliant parfois à des tribus différentes, les autres par mer, sur un vaste territoire s’étendant de l’embouchure du Danube jusqu’à la Crimée distante de plus de mille kilomètres. Enfin, le résultat de cette migration fut, non pas la création d’un seul royaume comme le sous-entend Jordanès, mais de plusieurs. Selon Heather, Jordanès a simplement plaqué la réalité gothique du où il a vécu sur le Heather (2009), ..