L'évaluation environnementale (pour l'action) ou étude d'impact environnementale (pour le rapport produit) est, au sens large, l'évaluation d'un projet, d'un lieu, d'une stratégie, d'un plan, programme ou schéma au regard de ses conséquences sur l'environnement. Elle comprend donc une évaluation de la composition et des conditions de l'environnement biophysique (la part abiotique de l'environnement) et de l'environnement humain et non-humain (le vivant).
Les termes « évaluation environnementale » et « étude d'impact » distinguent d'une part le processus d'évaluation qui se déroule en grande partie sur le terrain et d'autre part le rapport réalisé par le maître d'ouvrage ou sous sa responsabilité à l'issue de cette évaluation, en respectant la séquence « Éviter → Réduire → Compenser »Conseil général de l'environnement et du développement durable, La séquence « éviter, réduire et compenser », un dispositif consolidé, , Mars 2017.. Les textes législatifs et réglementaires eux-mêmes peuvent ou doivent aussi faire l'objet d'une évaluation environnementale (il existe un système études d'impacts de projets de loi).
Descriptif
La caractérisation de l'état et des tendances environnementales se fait à partir de l'observation in situ, mais aussi à partir de données rétrospectives et éventuellement prospectives. Les évaluateurs calculent, modélisent ou estiment aussi les pressions anthropiques sur l'environnement et les répercussions des processus de gestion mis en œuvre par l'humain.
La première évaluation mondiale des écosystèmes, dite MEA ou date de 2005. Elle a contribué à diffuser les notions de géonomie et de « service écosystémique » aux échelles locale, régionale, nationale, continentale (ou océanique) et planétaire.
Les évaluations globales sont souvent de type « patrimonial ». Elles s'appuient sur des évaluations quantitatives et qualitatives de lieux et parfois d'une ressource naturelle spécifique (ressource halieutique ou environnement nocturne, par exemple). Tout suivi naturaliste doit être contextualisé, c'est-à-dire replacé dans son contexte spatial, temporel et écopaysager, car le fait d'observer localement une population importante d'individus d'une espèce (d'oiseaux, par exemple) n'est en aucun cas un indicateur suffisant de bon état de la population générale (métapopulation) Vickery, P. D., M. L. Hunter Jr., and J. V. Wells, Is density an indicator of breeding success?, Auk, 109:706–710, 1992, CSA.. Cela peut même être le signe d'une situation de piège écologique Woodward, A. A., A. D. Fink, and F. R. Thompson III. 2001. Edge effects and ecological traps: effects on shrubland birds in Missouri, Journal of Wildlife Management, 65:668–675, CrossRef, CSA..
Quand l'évaluation est diachronique (effectuée sur une longue durée), on parle de biosurveillance ou bio-monitoring (surveillance de l'environnement), qui inclut généralement un volet de surveillance de la biodiversité, laquelle commence à bénéficier d'indicateurs reconnus et accessibles au grand public, tels que l'indice planète vivante Loh J., Green R.E., Ricketts T., Lamoreux J., Jenkins M., Kapos V. and Randers J., (2005), « The Living Planet Index: using species population time series to track trends in biodiversity », Philosophical Transactions of the Royal Society B., , . ou l'empreinte écologique.
La notion dévaluation contient un aspect quantitatif et descriptif de la biodiversité (et de sa contribution aux sociétés humaines). Elle peut aussi évoquer les concepts anglo-saxons d (mesures de diversité et d'abondance dans ce cadre) et de (estimation en valeur économico-monétaire de la biodiversité, la valeur économique étant différente de la valeur marchande)Les valeurs de la biodiversité : un état des lieux de la recherche française, FRB, 2012 (imprimé) : (PDF), 52 p., zoom la page 5.. La valeur économique de la biodiversité était un des éléments de l'évaluation du millénaire I. Bateman et al., Economic values from ecosystems. In: The UK National Ecosystem Assessment Technical Report. UK National Ecosystem Assessment, UNEP-WCMC, 2011, Cambridge..
L'évaluation environnementale est la première étape d'une étude d'impact (ou étude d'incidence sur l'environnement), mais elle peut réintervenir après la réalisation d'un projet pour vérifier que les mesures conservatoires ou de compensation sont bien suivies des effets attendus, afin de les corriger si nécessaire.
Principes
L'évaluation environnementale se base sur un état initial, notamment basé sur des inventaires naturalistes, des indicateurs (dont bioindicateurs et indicateurs de « patrimonialité » et de qualité de communautés écologiques (en phytosociologie notamment) et de biodiversitéD. Couvet et al., Les indicateurs de biodiversité. Biodiversité et changements globaux. Enjeux de société et défis pour la recherche, R. Barbault & B. Chevassus-au-Louis, ADPF-Ministère des Affaires Etrangères, Paris 2005.), sur l'observation d'effets ou d'états biologiques ou écosystémiques, au niveau de populations, d'écosystèmes, voire de la biosphère. Dans ce cadre, la notion d'« abondance relative » et/ou un « coefficient de présence ou de fréquence d'espèce » est fréquemment utilisé. Il est , pour donner une indication de J.P. Vincent, Observations préliminaires sur les oligochètes. Recherches écologiques dans la savane de Lamto (Côte d'Ivoire), 1970., et à long terme de tendances démographiques.
Elle se fait de manière ponctuelle ou durable et généralement de manière itérative (par exemple généralement tous les 5 ans pour un plan de gestion de réserve naturelle en France). Elle produit un des milieux (eau, air, sol) ou des fonctions écosystémiquesM. Loreau, S. Naeem, P. Inchausti, J. Bengtsson, J. P. Grime, A. Hector, D. U. Hooper, M. A. Huston, D. Raffaelli, B. Schmid, D. Tilman et D. A. Wardle, « Biodiversity and Ecosystem Functionings: Current Knowledge and Future Challenges », in : Science, vol. 294, 26 octobre 2001, . ou de l'environnement global.
Lorsque c'est nécessaire ou possible, elle s'intéresse aussi à l'état et à l'évolution des services écosystémiques rendus par la biodiversité (par exemple dans le cadre du Millennium Ecosystems Assessment). Comme il est impossible d'évaluer toutes les espèces et tous les systèmes, on se base sur des unités (espèces, genres, familles, habitats…) jugés représentatifs ou sur des espèces-clé ou jugées bio-indicatrices. Le métabarcoding permet maintenant une évaluation relative de la biodiversité des microorganismes, sans avoir à les identifier, mais nécessite à grande échelle de pouvoir gérer un processus de Big data.
Échelles spatiotemporelles de travail Échelles temporelles Elles sont variées et incluent parfois une dimension d'écologie rétrospective pouvant remonter aux périodes récentes, à la préhistoire ou au-delà. Ainsi, en France, en 2010 une nouvelle composante dite Inventaires archéozoologiques et archéobotaniques de France a été ajoutée en 2010 par le Muséum national d'histoire naturellePrésentation de la nouvelle base de données Inventaires Archéozoologiques et Archéobotaniques de France (I2AF), à l'occasion du nouveau site Internet de l'INPN, 14 janvier 2010, Dossier de presse, MNHN à l'inventaire national du patrimoine naturel (INPN).
Plusieurs biais d'interprétation peuvent résulter d'une mauvaise prise en compte ou de l'absence de prise en compte de facteurs tendanciels (ex : situation de piège écologique, de puits écologique, ou de « dette d'extinction »…) et conduire à sous-estimer la régression de la biodiversité ou parfois à sous-estimer le potentiel de recolonisation (Cristofoli S., Mahy G. ; 2010 ; Restauration écologique : contexte, contraintes et indicateurs de suivi. Biotechnol. Agron. Soc. Environ., 14 : 203-211 ; voir paragraphe intitulé .).
Échelles spatiales Les échelles spatiales locales à régionales sont par exemple celles d'un site (mare, haie, carrière, décharge, massif forestier), d'un port, d'un canal, d'un lac, d'une zone agricole, d'une ville ou agglomération, d'une unité éco-paysagère ou d'une réserve naturelle ou d'un parc naturel régional. Les échelles spatiales semi-locales sont par exemple une région, une façade littorale, un Parc national ou un parc naturel. Les échelles spatiales géographique peuvent être une région administrative, un pays, l'Union européenne, les pays baltes… Les échelles spatiales biogéographiques sont le Paléarctique nord-occidental, la zone sahélienne, la forêt pluviale d'Amazonie, la forêt nébulause d'altitude… Les échelles spatiales globales sont la forêt dans le monde, l'environnement marin à échelle de l'océan mondial, la biosphère… On a ainsi commencé à tenter d'évaluer la valeur spécifique de la biodiversité forestièreE. Brahic et J. Terreaux, Guide méthodologique pour l'évaluation économique de la biodiversité en forêt, CEMAGREF 2009.
Histoire de l'évaluation environnementale C'est une forme d'évaluation relativement récente, en pleine évolution et qui doit répondre à des enjeux complexes, incluant les effets d'ampleurs encore incertaines du changement climatique et de l'érosion accélérée de la biodiversitéV.H. Dale et S.C. Beyeler, « Challenges in the development and use of ecological indicators » in : Ecological Indicators n° 1 : 3–10, 2001.. Elle s'est principalement développée à la fin du , notamment à l'occasion de la préparation du sommet de la terre de Rio (Rio, ). Elle a aussi pour objectif de fournir des signaux précoces d'alerte environnementale et de tirer des leçons du passéD. Ludwig, R. Hilborn et C. Walters, « Uncertainty, Resource Exploitation and Conservation: Lessons from History », in Science, , 1993..
Elle peut s'appuyer sur de nouveaux outils (analyse automatique d'imagerie aérienne ou satellitaire, données génétiques, modèles biomathématiques, etc.). L'évaluation environnementale tend à passer d'appréciations plutôt quantitatives et de mesure d'État/pression, à des approches à la fois quantitatives et qualitatives, appréciant mieux la complexité et les réponses du vivant et les dynamiques nécessaires à l'entretien de la biodiversité K. S. McCann, « The diversity-stability debate », Nature, , 2000 .
En Europe, l'Ademe a proposé et réalisé une évaluation environnementale de la politique d'utilisation d'eaux usées désinfectées à la chaux en France avant 1994, afin d'établir un état de l'art et des normes juridiques en vigueur..
En 1998, l'Environmental Protection Agency (EPA) a publié un premier guide d'évaluation des risques écologiquesU.S. Environmental Protection Agency (1998) Guidelines for Ecological Risk Assessment , 10 ans après avoir publié des recommandations et documents sur les indices biologiques à retenir pour l'évaluation des risques environnementauxU.S. Environmental Protection Agency (1988), ., et un guide de l'évaluation des risques U.S. Environmental Protection Agency, 1987, Risk Assessment Guidelines. Le projet de National Ecological Observatory Network (États-Unis) semble devoir être le plus gros système intégré d'observation du climat et de la biodiversité, à l'échelle de presque toute l'Amérique du Nord et sur plusieurs décennies au moins.
En France depuis 1976 (loi sur la protection de la nature), l'évaluation de l'état écologique et de la protection de la nature se fait sous l'égide du ministère de l'environnement et du Muséum National d'Histoire Naturelle, avec depuis 2012 un observatoire national de la biodiversité et quelques observatoires régionaux ou départementaux et dans le cadre de la stratégie nationale pour la biodiversité. La loiArticle R.414-11 du Code de l'environnement transposant l'article 6 de la DHFF (Directive habitat, faune, flore) impose d'évaluer dans les sites français du réseau Natura 2000, l'état de conservation des 132 habitats naturels et des 156 espèces d'intérêt communautaire représentés, via les « documents d'objectif Natura 2000 »MNHN Tous les rapports de la France sur "l'évaluation de l'état de conservation".