Cet article décrit l'histoire de la Belgique au cours du Moyen Âge.
Les Francs thumb|300px|Le regnum francorum ou royaume commun des Francs à partir de 481 jusqu'à l'Empire carolingien à son apogée en 814 Après les grandes invasions du , la région devient le cœur du premier royaume franc, dont la capitale est Tournai. Vers l'an 500, Clovis, roi des Francs, reçoit le baptême, et abandonne Tournai pour Paris. La christianisation massive débute en 630, avec le soutien des moines celtes.
Sous l'impulsion des Pippinides puis des Carolingiens, la vallée de la Meuse devient le centre politique et économique de l'empire carolingien.
Après le règne de Charlemagne, le royaume franc connaîtra une période de divisions incessantes. Louis le Pieux avait conservé dans son intégralité l'héritage paternel ; mais dès 817, en associant son fils aîné, Lothaire, à la dignité impériale, il avait assigné aux puînés, Pépin et Louis, une part du territoire avec un rôle subordonné.
La naissance de Charles, qu'il eut de son second mariage avec Judith de Bavière, vint modifier ces premières dispositions ; en 829, il jette les bases d'un partage nouveau, auquel Lothaire refuse de souscrire. Mais le fils rebelle est vaincu et ne conserve que l'Italie. Le royaume franc proprement dit est attribué à ses trois frères. Pépin obtenait l'Aquitaine et la Francia occidentale. Louis avait le nord de l'ancienne Gaule et les pays d'Outre-Rhin, sauf l'Alémanie, qui était donnée à Charles, avec la Bourgogne et la Provence. La Belgique entière entrait dans le lot de Louis, sauf le Pagus Flandrensis, incluant Tournai, Bruges, et Gand.
Toutefois, la rivalité qui ne cesse d'exister entre Judith et ses beaux-enfants amène la crise de 833 : Louis le Pieux est déposé par ses fils. Lothaire s'empare du pouvoir souverain ; une nouvelle répartition du territoire écarte les prétentions de Charles : la Belgique, au moins jusqu'à la forêt Charbonnière, continue d'appartenir à Louis.
L'année suivante modifie profondément la situation : Louis et Pépin se rapprochent de leur père ; Lothaire est contraint de prendre la fuite ; le vieil empereur est restauré (), et, cédant à sa jeune épouse, il ne tardera guère à favoriser Charles par de nouvelles dispositions (assemblée d'Aix-la-Chapelle de 837) : il lui remet la Frise entière et tout le pays qui s'étend entre la Meuse et la Seine. La Belgique passait ainsi des mains de Louis à celle du fils de Judith, et Louis, mécontent, essaya de recourir à la force pour s'opposer à cet amoindrissement ; il n'y réussit pas.
Pépin était mort en 838, et l'empereur, se réconciliant avec Lothaire, opère un nouveau partage (Worms, ). Louis ne retenait que la Bavière. Lothaire recevait, outre l'Italie, la portion orientale du royaume franc ; Charles, la portion occidentale ; la ligne de séparation, coupant en deux parties inégales la Belgique, laissait à droite l'ensemble des pays mosellans, l'Ardenne, le Condroz, le duché ripuaire, en suivant la Meuse jusqu'à son embouchure.
Ces modifications incessantes troublaient profondément l'administration et ne laissaient guère s'enraciner les sentiments de fidélité dans le cœur des sujets. Ce fut bien pire à la mort de Louis le Pieux. Depuis le jusqu'à la conclusion du traité de Verdun (août 843), on vécut en pleine anarchie. Louis a envahi tous les pays allemands jusqu'au Rhin. Lothaire, qui prétend exercer l'autorité suprême dans le royaume entier, est défait à Fontenoy () par ses frères qui, au mois de mars 842, se partagent son territoire. Le texte mutilé de Nithard nous apprend seulement que la Frise fut attribuée à Louis. Charles resta probablement maître de la plus grande partie de la Belgique.
Dans le courant de l'été 842, des négociations s'ouvrirent entre Lothaire et ses frères ; on lui offrait alors le pays entre le Rhin et la Meuse, la région qui s'étend des sources de la Meuse à celles de la Saône et le long de la Saône et du Rhône jusqu'à la mer Méditerranée. Des commissaires furent chargés de parcourir tout le royaume afin d'apprécier exactement l'étendue et la valeur proportionnelle des trois lots qu'on projetait ; ils furent d'avis qu'il y avait lieu d'ajouter à la portion de Lothaire la zone comprise entre la Meuse et la forêt Charbonnière.
C'est ainsi que l'on s'achemine vers les stipulations de Verdun. Mais dans l'intervalle les incertitudes avaient été très grandes.
Le traité de Verdun En août 843 est enfin conclu le traité de Verdun. Si ce traité a une importance exceptionnelle, ce n'est pas qu'il fût destiné, plus que tous les engagements précédents, à demeurer définitif ; la plupart de ses dispositions n'eurent qu'une durée éphémère, mais les circonstances firent que l'Escaut continua d'être une grande ligne de séparation, pendant des siècles, entre la France et l'Allemagne, tandis que le Rhin devint, dans toute l'acception du mot, un fleuve allemand.
Le royaume de l'empereur Lothaire, qui s'étendait de la Méditerranée, par l'Italie, la Provence, la Bourgogne, l'Alsace, jusqu'à la mer du Nord, était, en Belgique, borné à l'ouest par l'Escaut, à l'est par le Rhin. On n'avait retenu sur la rive gauche de ce fleuve, pour les donner à Louis, que trois pagi précieux pour leurs vignobles : Spire, Worms et Mayence (Nahegau). En échange, Lothaire obtenait la Frise tout entière, c'est-à-dire même la portion qui, à droite des bouches du Rhin, s'étendait jusqu'au Weser. Louis le Germanique recevait les territoires à l'est du Rhin (sauf cette partie de la Frise). Charles le Chauve, la France avec la Belgique jusqu'à l'Escaut.
Entre le royaume de Charles et celui de Lothaire, la limite, en partant du Cambrésis à l'ouest, courait entre les pagi du Hainaut, de Lomme, de l'Ardenne, le Castricius et le Mosomensis, le Dormois, le Verdunois, le Barrois et l'Ornois, qui appartenaient à Lothaire, et ceux du Vermandois, du Laonnois, du Porcien, du pays de Voncq, du Rémois, du Châlonnais, de l'Astenois, du Perthois, qui étaient à Charles. Cette frontière du Cambrésis à la Meuse coïncidait avec la ligne de faîte séparant les bassins de l'Escaut et de la Sambre de ceux de la Somme et de la Seine.
Abstraction faite des points déjà cités, les frontières orientales et occidentales dur royaume de Lothaire ne suivaient pas rigoureusement la rive des deux fleuves. Arras fut, par une concession gracieuse de Charles le Chauve, ajouté à la portion de Lothaire : il s'agissait surtout du monastère de Saint-Vaast, qui donnait des revenus abondants. En second lieu, le pagus de Cambrai, que traversait l'Escaut, ne fut pas sectionné, et la frontière, quittant le fleuve à Bouchain, suivit vers l'ouest la Sensée, qui séparait, en cet endroit, le diocèse de Cambrai de celui d'Arras. Le pays de Waes fit partie intégrante du royaume de Lothaire, quoique situé sur la rive gauche de l'Escaut. Les Quatre-Métiers (Axel, Hulst, Boekhoute et Assenede) ne furent point attribué à Charles et passa à Lothaire avec les îles de la Zélande.
Lothaire mourut le ; il avait divisé son royaume entre ses trois fils. Ce fut Lothaire II qui obtint la partie septentrionale, le territoire entre la mer du Nord et le Jura, auquel s'attacha spécialement le nom de Lotharingie (Lotharii regnum). C’est au sein de ce territoire que se trouve la majorité de l’actuelle Belgique.
L'amour de Lothaire II pour Waldrade l'entraîna dans une lutte inégale contre la papauté, qui finit par le briser ; au mois d'août 866, désireux de s'assurer l'appui de son oncle Charles le Chauve, il lui avait restitué l'abbaye de Saint-Vaast, d'Arras.
Quand le malheureux roi de Lotharingie fut, le , emporté par la fièvre en Italie, Charles et Louis, ses deux oncles, se disputent ses États, qui s'étaient agrandis en 863 d'une partie de ceux de son frère, Charles de Provence, et, au mépris des droits du seul fils survivant de Lothaire (Louis II, roi d'Italie), ils finissent par se les partager à Meerssen, sur la Meuse, en août 870.
Le traité de Meerssen Hincmar nous a transmis le texte des dispositions par lesquelles Louis et Charles se partageaient la région comprise entre l'Escaut et le Rhin. À Louis les sièges épiscopaux de Cologne, Trèves, Utrecht, Metz ; à Charles Liège, Toul, Verdun, Cambrai. La Meuse servait de ligne de démarcation depuis la frontière du pays frison jusqu'à Liège ; à cet endroit, la limite suivait l'Ourthe jusqu'à sa source (entre Bellain et Thommen), gagnait directement le Bidgau (à l'est de l'Our) et formait ensuite une ligne très irrégulière qui laissait à l'est Trèves, Thionville, Metz, à l'ouest Verdun et Toul.
Les pays limitrophes étaient : Dans la part de Charles le Chauve : la Frise occidentale (Zélande, y compris les Quatre-Métiers, Hollande méridionale et septentrionale, Texel, partie d'Utrecht), la Toxandrie, les parties du Maasgau inférieur et supérieur et du Liuhgau qui se trouvaient sur la rive gauche du fleuve, la Hesbaye, le Condroz (même la portion à droite de l'Ourthe, qui, exceptionnellement, lui avait été attribuée), la moitié de l'Ardenne, Arlon, la Woëvre, la Charpeigne, Toul, le Barrois, et peut-être l'un des deux Ornois. Dans la part de Louis le Germanique : la Frise moyenne, le Teisterbant, la Betuwe, le comté hattuaire, les portions des deux Maasgau et du Liuhgau de la rive droite, la moitié de l'Ardenne (avec Prüm et Stavelot), le Bidgau (Trèves), le Saargau, le comté mosellan, le Saulnois (Château-Salins), le Chaumontois, le Saintois, le Soulossois, l'Ornois.
Le traité de Meerssen donnait ainsi aux Carolingiens de France la plus grosse part de la Belgique ; mais dix ans plus tard, la situation était renversée. Les deux fils de Louis le Pieux étaient morts : Louis le Germanique le , Charles le Chauve le . L'héritage de Louis le Germanique avait passé à ses fils, Carloman, Louis (le Jeune) et Charles (le Gros). Dès 865, le roi avait jeté les bases d'un partage dont il précisa l'application à Forchheim, en mars 872, c'est-à-dire après les nouvelles acquisitions que lui avait valu le traité de Meerssen.
Néanmoins, cette région d'entre Rhin et Meuse demeura d'abord indivise. Charles le Chauve avait élevé des prétentions sur la Lotharingie entière et même sur les trois pagi de Worms, de Spire et de Mayence, qui, depuis 843, avaient appartenu au royaume oriental. En septembre 876, il s'était avancé jusqu'à Aix et Cologne ; mais le , Louis le Jeune lui avait infligé une défaite sanglante à Andernach.
Les trois fils de Louis le Germanique se réunirent dans le Riessgau (environs de Nördlingen, en Bavière) et résolurent de se partager équitablement la zone lotharingienne. En 878, Carloman, qui avait occupé l'Italie et voulait la garder à lui seul, déclara renoncer à son lot. Charles le Gros conserva l'Alsace. Le restant du pays fut dévolu à Louis le Jeune, maître en même temps de la Saxe, de la Thuringe et de la Franconie.
Le , Louis le Jeune se rencontra à Fourons (province de Limbourg, entre Visé et Aix-la-Chapelle) avec son cousin Louis le Bègue, qui, l'année précédente, avait succédé à Charles le Chauve. Les deux rois convinrent d'observer les traités antérieurs et de réprimer les infractions que pouvaient y avoir faites les grands de part et d'autre.
Mais la mort inopinée de Louis le Bègue () amena de nouvelles complications ; quelques-uns de ses conseillers, l'abbé-chancelier Gozlin et le comte de Paris, Conrad, refusèrent de reconnaître ses jeunes fils, Louis III et Carloman, et ils invitèrent le roi de Francia orientalis à prendre possession du pays.
Louis le Jeune se mit en marche par Metz et Verdun et, dans l'impossibilité où ils étaient de lui opposer une résistance efficace, les grands demeurés fidèles aux princes préférèrent abandonner à l'agresseur la partie occidentale de la Lotharingie (été de 879). De cette manière, tout le royaume de Lothaire II et par conséquent la Belgique du Rhin à l'Escaut se trouva rattaché à l'Allemagne.