La Ronce commune, Ronce des bois ou Ronce des haies (Rubus fruticosus), est une espèce de plantes à fleurs de la famille des Rosacées.
Cet arbrisseau épineux est très commun dans les régions tempérées. Il y produit un fruit comestible : le mûron ou mûre. Il est parfois appelé mûrier des haies, mûrier sauvage ou ronce ligneuse.
Phytonymie Le nom vernaculaire « ronce » vient du latin qui signifie « dard » (allusion à la présence d'aiguillons, et non d'épines, sur les rameaux). Quant au nom scientifique Rubus fruticosus, l'étymologie Rubus est peut-être à rattacher au latin , « rouge », pour la couleur des fruits (voire de leur jus) ou des feuilles à l'automne de certaines espèces.. L'épithète signifie « en arbrisseau, buissonnant, plein de rejetons » (d'où l'adjectif fruticuleux)..
Description vignette|Habitus.
Appareil végétatif vignette|gauche|redresse=0.6|Face inférieure de la feuille : masse de « spores » orangeElles sont noires en automne (processus de mélanisation des spores de résistance)., expulsées des spermogoniesPetites cavités thallines dans lesquelles des hyphes particulières, produisent pas mitoses successives, des spermaties (les « spores » ayant une grande analogie avec ces gamètes) expulsées à maturité par l'ostiole sommital., montrant le phénomène de compensation parasitaireSurinvestissement dans la reproduction en raison de la discontinuité dans l'espace et dans le temps des milieux que représentent l'hôte de ce parasite. .
La ronce commune est un sous-arbrisseau vivace plus ou moins épineux dont la hauteur varie de 1 à . Sa souche ligneuse produit chaque année des rejets, appelés turions, sarments (le terme scientifique de primocanne est également utilisé), à section anguleuse.. Ces tiges aériennes bisannuelles (plus rarement vivacesLes racines sont vivaces, la succession d'unités bisannuelles fait que la partie aérienne peut être considérée comme globalement vivace.) et feuillées, de 3 à de longueur (pouvant atteindre dix mètres) sont d'abord dressées puis à la fin de la première année se recourbent. Lorsque leur extrémité apicale rejoint le sol (géotropisme positif)., elles s'enracinent par marcottage, puis développent la seconde année, à partir de bourgeons axillaires, des tiges florifères (appelées aussi floricannes) qui colonisent rapidement le terrain pour former des fourrés impénétrables appelés ronciers. Ces jeunes pousses fleurissent au cours de la deuxième année, se lignifient et meurent après la fructification.. La plante peut également se reproduire par bouturage et drageonnage (en moyenne 3 drageons/m).. Les tiges ont un diamètre de 2 à à leur base et sont angulaires à faces planes jusque vers leur mi-longueur.. Vertes, elles ont des teintes rouge violacé au niveau des faces exposées au soleil en raison de la présence d'anthocyanes qui ont un rôle photoprotecteur : en absorbant les UV, ces pigments réduisent la photo-oxydation, agissant en bouclier pour l'ADN et les composants cellulaires (comme le bronzage qui correspond à une augmentation de la mélanine épidermique) Burger J & Edwards GE, « Photosynthetic efficiency, and photodamage by UV and visible radiation, in red versus green leaf Coleus varieties », Plant Cell Physiol, 37, 1996, .
Les feuilles typiques, alternes, pétiolées et stipulées, sont composées palmées, à 3-5 (7) folioles ovales (caractère trifolié, pentafolié ou même heptafolié selon la position des feuilles et l'année de la pousseFeuilles pentafoliées pour les rameaux de la première année, feuilles trifoliées avec folioles plus petits pour les rameaux de la seconde année. Cf ) denticulées et acuminées, les latérales étant plus ou moins pétiolulées. Elles sont épineuses sur le pétiole et les nervures principales. Les stipules linéaires font moins de de large, contrairement à la ronce bleue.
Les tiges épineuses portent également des aiguillons acérés recourbés (acicules plus ou moins droits chez les autres ronces du genre Rubus, ils hérissent les angles et souvent les faces des tiges) vulnérants à base dilatée. Ces aiguillons, issus de poils épidermiques très développés qui se lignifient, assurent une défense mécanique passive contre les herbivores. Les ronces dans des zones plus paturées ont des aiguillons plus longs et acérés, ce qui montre le contrôle épigénétique de la plasticité phénotypique des plantes..
Appareil reproducteur La floraison s'étend sur plusieurs mois. De 20 à 30 fleurs hermaphrodites actinomorphes, blanches ou blanc rosé, de deux à trois centimètres de diamètre, sont regroupées en une inflorescence, corymbe ou cyme pyramidale ou cylindrique lâche. Fleurs périgynes, elles ont un hypanthium plat. Pentamères, dialysépales et dialypétales, elles ont cinq sépales, cinq pétales. L'androcée est composé de nombreuses étamines cycliques (les verticilles staminés se dédoublent et portent chacun dix étamines, ce qui conduit à la méristémonie). à développement centripète, aux filets minces blancs (plus rarement roses) et aux anthères jaunes, introrses et dorsifixes, à déhiscence longitudinale (attachés par le milieu au sommet du long filet qui facilite leurs oscillations, ils sont dits anthères versatiles). Fleur dialycarpellée, son gynécée est constitué de nombreux carpelles libres, aux styles subterminaux blanc-verdâtre à roses, surmontés d'un stigmate bilobé. La placentation est axile avec deux ovules anatropes par loge dont l'un avorte, l'autre donnant une graine (de de long et pesant 2 à ) sans albumen, à petit embryon droit..
Les fruits rouges de 0,5 à de diamètre deviennent noir bleuâtre à maturité, vers septembre. Ce sont des fruits composés formés de l'agrégation des carpelles modifiés et transformés en petites drupes (drupéoles de 2 à de diamètre) qui restent adhérentes au réceptacle floral conique, en emportant une partie quand on les cueille, ce qui les distingue du framboisier.. Ce type de fruit, appelé syncarpe ou polycarpe, est botaniquement une polydrupe car formée de carpelles presque séparés. À maturité, chaque drupéole est surmontée par le reste desséché du style et du stigmate en forme de point d'interrogation qui était au sommet du carpelle qui lui a donné naissance. Une drupéole est constituée d'un épicarpe mince, d'un mésocarpe charnu (le globule charnu) et d'un endocarpe lignifié (sorte de granule osseux que l'on retrouve entre les dents après avoir mangé les drupéoles, il est lui-même constitué d'un noyau réticulé contenant une graine). Les sépales rabattus et desséchés ainsi que les étamines persistent à la base de la polydrupe..
Plusieurs milliers de graines peuvent être produites par mètre carré de roncier. Leur dispersion est assurée par barochorie et endozoochorie (consommation des mûres par des mammifères carnivoresEn pleine période de fructification, le pourcentage de déjection de renard contenant des semences varie de 50 à 90 %. Cf. Brunner H, Harris RV, Amor RL 1976, A note on the dispersal of seeds of blackberry by foxes and emus, Weed Research 16, ou des oiseaux frugivores, les noyaux contenant les graines suivent le transit intestinal et, non digérés, retournent dans la terre dans les déjections animales). Mais le taux de germination est faible (10 %) si la graine n'a pas suivi ce transit intestinal, aboutissant dans ce cas à un taux 2 à 3 fois plus élevé..
Confusions possibles Cette ronce est parfois confondue avec le framboisier et le mûrier, dont le fruit est également nommé « mûre » qui se ressemble par l'aspect et par le goût. Les fruits du framboisier se séparent du réceptacle floral lorsqu'ils sont cueillis tandis que le mûrier a des feuilles simples, entières ou plus ou moins lobées.
Certaines distinctions restent parfois difficiles car les Rubus sont un genre polymorphe, en processus d'évolution active par voie de mutation, la formation de nombreux hybrides instables et de taxons apomictiques, ce qui explique l'existence spécifique d'une discipline, la batologie (du grec Ce terme se retrouve dans plusieurs sous-genres de Rubus : Eubatus, Anoplobatus, Chamaebatus, Idaeobatus., « ronce »), étude taxonomique des taxons rattachés au genre Rubus par les batologues.
Faune et flore associées Certains animaux sont amateurs de mûres ou de feuilles de ronce. La ronce est mellifère. et est la plante hôte des chenilles de plusieurs papillons, comme le bombyx de la ronce, le minime à bande jaune, la petite violette, le nacré de la ronce, le nacré de la sanguisorbe, l'hespérie du faux-buis, l'hespérie des sanguisorbes. Elle constitue aussi une source de nourriture pour les phasmes, dont on dénombre trois espèces françaises, toutes amatrices de feuilles de ronces. En dehors des insectes, le mûrier est une des nourritures appréciées en hiver par les chevreuils en forêt et le muscardin, un petit rongeur roux, vit souvent dans les ronciers où il construit parfois son nid.. Bon nombre d'oiseaux se nourrissent des fruits, se chargeant ainsi de la dissémination des graines.
De plus, les ronciers abritent certains grands mammifères, tels que les sangliers et les renards. La ronce présente donc un intérêt écologique dans son aire d'origine. Mais dans les pays où elle se présente comme une espèce invasive, en Australie notamment, elle favorise la prolifération de ces animaux eux aussi invasifs et nuisibles.
Injustement redoutée et combattue, la ronce, espèce pionnière des haies, des lisières boisées et des coupes forestières, est une plante importante des fruticées à prunelliers qui modifient le milieuLes puissantes racines de la ronce décompactent le sol profondément et la décomposition de ses feuilles fournit un humus riche en rééquilibrant le sol. Réservoir de biodiversité, elle abrite de nombreux mammifères qui déposent de multiples graines (phénomène d'épizoochorie et d'endozoochorie) qui donnent des jeunes plants naturellement protégés par ses épines. Cf et le préparent pour atteindre le stade forestier. La végétation exubérante permet aux graines de germer à l'abri du mauvais temps ou de la sécheresse, tandis que les ronces munies d'aiguillons permettent aux plantules de pousser sans être mangées par les herbivores. Chez les essences héliophiles (frêne, chêne, merisier, bouleau), le couvert n'est toléré qu'en prime jeunesse. Une fois le stade fourré atteint (chablis, lisières forestières), le forestier opère des dégagements pour détruire la végétation adventice (ronces, orties, fougères, graminées) et favoriser la croissance de ces arbres, selon le processus de succession végétale de type sylvigenèse. Ce milieu favorable à l'établissement d'un stade pré-forestier explique, lorsque la ronce n'exerce pas une degré de compétition trop élevé, que les sylviculteurs reconnaissent l'action bénéfique de cette plante, indicatrice de station riche. La ronce est le « berceau du chêne », disent les forestiers lorrains (dicton qui s'applique aussi à l'ortie au rôle protecteur analogue avec ses poils urticants)., la « mère du hêtre », précisent les Normands..
Écologie Cette ronce appartient au type biologique ou à la appelé chamaephyte frutescent herbacé à base ligneuse. Les « ronces sont ainsi des buissons arqués à pousses bisannuelles se renouvelant par la base de leurs pousses ou par la souche initiale et par marcottage naturel ». Elles forment « un tapis régulier d'une hauteur variant de à de haut, mais elles peuvent également former des fourrés impénétrables de plusieurs mètres de haut ».
Distribution géographique Cette espèce est originaire d'Eurasie. Très commune, à répartition cosmopolite jusqu'à d'altitude (étage collinéen et montagnard), elle s'est naturalisée un peu partout. Elle fait partie des ronces appartenant au groupe d'espèces du genre Rubus sous-genre Rubus section Rubus (soit Rubus fruticosus lato sensu) qui contient des milliers d'espèces ( en Europe) et d'innombrables biotypes. Ce qui fait dire au botaniste Paul-Victor Fournier ..