La cantillationl'orthographe cantilation existe aussi, bien que moins utilisée que celle fournie par le Larousse 2008 en ligne dont voici le lien : Larousse 2008 : cantillation. hébraïque est la prononciation soigneuse et nuancée de la hauteur musicale des voyelles de chaque mot d'un verset du Tanakh, la Bible hébraïque. Le ḥazzan, maître-cantillateur, utilise un répertoire de motifs musicaux traditionnels et stéréotypés, les tropes (du yiddish טראָפּ trop). Chaque trope se compose d'un motet initial destiné à cantiller les voyelles atones du mot, suivi d'un motet caudal plus développé servant à moduler la voyelle tonique des mots oxytons, la tonique et la post-tonique des mots paroxytons. Le répertoire de tropes varie selon les rites (ashkénaze, sépharade), selon les pays, ou selon les communautés juives locales. Si le nigoun hassidique est un chant créatif, souvent improvisé, les tropes sont des lignes mélodiques purement formelles et grammaticalement fonctionnelles.

Le texte massorétique de la Bible, hérité de la massorah des sages de Tibériade, utilise des accents pour signaler ces tropes. La grammaire hébraïque nomme טעמי המקרא teʿaméi hamikra ces accents qui s'écrivent, comme les voyelles, en marge du texte consonantique. Un graphème simple, parfois une composition de deux ou trois graphèmes, permettent d'écrire ces accents, dont le dessin rappelle celui de la ligne mélodique de chaque trope. Ces accents se notent, généralement, en marge de la consonne initiale de la syllabe tonique de chaque mot, qu'ils permettent ainsi de visualiser. Quelques accents marquent la consonne initiale du mot, d'autres la consonne terminale. En ce cas l'écriture massorétique répète parfois l'accent sur l'initiale de la syllabe tonique. Aujourd'hui, des caractères informatiques intégrés en Unicode (du signe 0591 jusqu'à 05AF dans le jeu de l'alphabet hébreu) permettent aussi de reproduire ces accents graphiques de la cantillation.

Le mot hébreu טַעַם taʿam traduit synthétiquement : une ordonnance grammaticale, le trope mélodique qui signale cette ordonnance, et l'accent qui représente graphiquement ce trope. Une ordonnance règle la qualité de la pause à respecter entre deux mots successifs lors de l'élocution d'un verset biblique. La grammaire distingue des ordonnances disjonctives טְעָמִים מְפַסְּקִים teʿamim mefaskim organisées en une hiérarchie de séparations croissantes entre les mots, et des ordonnances conjonctives טְעָמִים מְשָׁרְתִים teʿamim mechartim qui signalent une séparation nulle et donc une liaison entre deux mots qui se suivent. La séquence des différents טְעָמִים, teʿamim attachés aux mots d'un verset s'effectue selon des règles de syntaxe bien précises.

La cantillation du Tanakh, Bible hébraïque, s'effectue selon deux systèmes dont le plus courant est qualifié de « prosaïque ». Un autre système, dit « poétique », sert à cantiller les trois livres de Job, des Proverbes et des Psaumes.

La cantillation est d'usage liturgique. À la synagogue le ḥazane cantille chaque lecture de la Torah durant les offices des fêtes, ceux du chabbat, et ceux de la semaine.

L'importance philosophique de la cantillation s'évoque dès l'énoncé du mot טַעַם taʿam, mot hébreu succinct qui se traduit largement par « commandement, ordonnance », « goût, saveur » et « sens ». Les טְעָמִים teʿamim peuvent, à eux seuls, éclairer le sens de plus d'un passage du texte biblique. Certains manuscrits médiévaux de la Michna fourmillent de signes de cantillation, et les noms des teʿamim, pittoresques et très signifiants, sont souvent d'origine araméenne. Plusieurs maîtres du judaïsme, tel Rachi, se sont penchés sur les systèmes d'ordonnances et de signes de cantillation et soulignent la pérennité de leur aspect musical, considéré comme sacré.

Systèmes de cantillation hébraïque Deux systèmes différents régissent la diction cantillée des versets bibliquesLes sources de cet article sont variées :

Zadoc Kahn, La Bible, traduction intégrale hébreu-français, texte hébraïque d'après la version massorétique, 1994. Paul Joüon, Grammaire de l'hébreu biblique, 1923, deuxième édition 1965, réimpression photomécanique 2007. Nathaniel Philippe Sander et Isaac Léon Trenel, Dictionnaire hébreu-français, 1859, réédition 2005. Shmuel Bolozky, 501 hebrew verbs fully conjugated, 1996. Robert B. Le site francophone de grammaire de l'hébreu biblique, dès 2006, dont trois chapitres concernent les te'amim, liens : te'amim chapitre 1 te'amim chapitre 2 te'amim chapitre 3 Wikipédia anglais, article :en:Cantillation.. Un système que la grammaire qualifie de prosaïque est le plus utilisé. Il concerne vingt et un livres du תנ״ך Tanakh, la Bible hébraïque. La première partie de cet article jette un regard large sur toutes les spécificités de ce système ordinaire. Un autre système, dit poétique, s'utilise pour cantiller le texte des trois livres de Job, des Proverbes, et des Psaumes. La dernière partie de cet article présente succinctement ce système alternatif.

Système de cantillation prosaïque

Les טְעָמִים teʿamim : Des juifs pieux s'assemblent pour écouter le ḥazane psalmodier un texte biblique. Ce maître-officiant délivre, tout en récitant, des ordonnancesau sens impératif de commandement, prescription, ordre donné au soldat par un officier. cantillées qui structurent sa proclamation pour en transmettre le sens, riche et nuancé, à l'assemblée qui reçoit alors d'en goûter toute la saveur. Une « ordonnance », du « sens », du « goût », une « saveur » sont des mots français que traduit, de manière synthétique, le mot hébreu טַעַם taʿamSander & Trenel, opus citatum, page 220., dont le pluriel est טְעָמִים teʿamim.

Ordonnances disjonctives et conjonctives : Les טְעָמִים teʿamim sont des injonctions cantillées qui règlent la qualité et la longueur des repos à respecter entre les mots au cours de l'expression orale de versets bibliques. La grammaire hébraïque distingue les טְעָמִים מְפַסְּקִים teʿamim mefaskim (traduction littérale : « ordonnances qui séparent »Shmuel Bolozky, op. cit., page 573., que les auteurs francophones nomment « ordonnances disjonctives »Paul Joüon, op. cit., page 41, paragraphe e., dont la fonction ressemble à celle des pauses, silences, et soupirs en musique) et les טְעָמִים מְשָׁרְתִים teʿamim mechartim (traduction littérale : « ordonnances qui servent »Shmuel Bolozky, op. cit., page 835 le mot suivant sans repos, dites « ordonnances conjonctives » car elles déterminent une liaison entre deux mots successifs, autrement dit une pause de longueur nulle). Les טְעָמִים teʿamim permettent ainsi d'ajuster la syntaxe des mots dans chaque verset biblique.

Tropes : Les moyens phonologiques utilisés pour émettre ces ordonnances forment un répertoire de tropes (du yiddish טראָפּ tropSander & Trenel, op. cit., page 222, traduisent le mot hébreu טֶרֶף par « feuille, proie, nourriture » ce mot a la même racine טרפּ que le mot yiddish טראָפּ, qui se réfère à un phrasé mélodique dont le signe graphique et le sens, le טַעַם taʿam, peut se traduire entre autres par « saveur, goût ». Les tropes seraient ainsi la nourriture mélodieuse qui se manifeste par une saveur particulière qui ordonne le sens du texte cantillé.), formules mélodiques stéréotypées par lesquelles peuvent être cantillées les voyelles (tonique et atones) du morphème vocaliquevoir Morphologie de l'hébreu. de chaque mot. Presque chaque mot d'un verset biblique est doté d'une ordonnance disjonctive ou conjonctive, un taʿam, oralement manifesté à l'aide d'un trope musical spécifique.

Accents écrits : Des accents graphiques (טְעָמִים הַמִקְרָא teʿamim hamikralittéralement « ordonnances du texte biblique ».) permettent de noter, en marge du texte consonantique, les tropes à cantiller. Ces accents portent des noms, souvent d'origine araméenne, mais parfois hébraïque. Chacun de ces noms désigne synthétiquement une ordonnance (disjonctive ou conjonctive), le trope qui l'exprime par cantillation, et l'accent écrit qui renvoie à cette ordonnance et à son trope. La grammaire hébraïque retient généralement les noms utilisés par le rite ashkénaze. Quelques noms diffèrent dans le rite sépharade, en ce cas la suite de cet article en fera mention opportune.

Accents graphiques Le plain-chant grégorien note la ligne mélodique du texte liturgique à l'aide de signes écrits, les neumes. De même, la proclamation publique cantillée du Tanakh, la Bible hébraïque, est notée par la tradition judaïque à l'aide de signes écrits de la cantillation, les טְעָמִים הַמִקְרָא teʿamim hamikra, que la grammaire hébraïque enseignée en français nomme accents écritsPaul Joüon, op. cit., pages 39 à 46.. Par respect pour le texte traditionnel, qui n'écrit que les consonnes, les scribes massorètes notent les accents de la cantillation en marge du texte, au-dessus ou en dessous de certaines consonnes, généralement l'initiale de la syllabe tonique de chaque mot.

Le système prosaïque utilise vingt-sept (27) accents. Quatre aspects complémentaires caractérisent chaque accent, à savoir : sa position marginale : chaque accent se pose en marge du texte écrit, l'accent souscrit s'écrit dans la marge inférieure, l'accent suscrit dans la marge supérieure, sa position latérale par rapport à la syllabe tonique du mot qu'il marque : chaque accent normalPaul Joüon, op.cit. page 41 qualifie de prépositifs et postpositifs les quelques accents qui ne sont pas normaux (ou, selon sa terminologie, impositifs). est noté en regard de la consonne initiale de la syllabe tonique, deux accents dits prépositifs se notent cependant à l'initiale du mot, et quatre accents dits postpositifs marquent la dernière lettre du mot à cantiller, le graphisme simple ou composé de sa figure calligraphiée : l'écriture de ces accents utilise vingt-cinq (25)la différence de position, marginale et latérale, de certains graphismes permet d'en dédoubler l'usage, le même graphisme servant alors à écrire deux accents différents. graphismes, constitués soit d'un graphème élémentaire simple, soit de graphèmes élémentaires composés, le nom qui le désigne, qui varie parfois selon le rite ashkénaze ou sépharade qui l'utilise.

Note : pour l'exemple, la description graphique des accents ci-dessous utilise comme support la seconde consonne de l'alphabet hébreu : ב bèt.

Caractères spéciaux Dans le texte typographié de la version massorétique de la Bible hébraïqueGrand-Rabbin Zadoc Kahn, op. cit., 1994., trois caractères spéciaux osent ne pas s'écrire en marge, mais dans le corps même du texte. Ils n'intègrent pas le système des signes de la cantillation traditionnelle, dont la notation est exclusivement marginale. Certains graphèmes constitutifs de ces caractères spéciaux se retrouvant dans la calligraphie des accents, il convient de les présenter ici :

Caractères conjonctifs et disjonctifs non cantillés écrits dans le corps du texte : caractère spécialanalyse graphiquenom ashkénazetraductionnom sépharadetraduction ב־בgraphème simpleמַקֵּף makèfPaul Joüon, op.cit., page 36, note l'origine araméenne de ce participe du verbe נְקַף signifiant « entourer », et détaille les différents emplois grammaticaux de ce trait conjonctif qui permet, entre autres, d'englober deux mots dans un mot composé.englobantמַקַּף makaf-trait d'union ב ׀ בgraphème simpleפְסִּיק pessik-פָסֵק passèkShmuel Bolozky, op.cit., pages 572 à 575, permet de situer l'étymologie de ces mots, pessik, passèk et sof-passouk, à partir de la racine hébraïque פסק signifiant « arrêter, interrompre, diviser » et beaucoup d'autres expressions signifiant les modalités d'une pause.arrêteimpératif masculin singulier du verbe לְפַסֵּק signifiant « séparer, espacer ». בבב ׃digrammeסוֹף־פָּסוּק sof-passoukfin de versetסוֹף־פָּסוּק sof-passoukfin de verset