thumb|« Mandatum », Monreale, Sicile Pendant plusieurs siècles, les souverains, rois, reines et empereurs, les chefs religieux, papes, évêques, abbés, ont accompli une cérémonie issue du jeudi saint et de la mémoire de la cène, appelé le Mandé, en vieux français ou Mandatum (de mandatum novum, commandement nouveau, Jean 13), en anglais Maundy ou lavement des pieds des pauvres, des mendiants, des lépreux, dans le clergé, des prêtres et des moines, ce qui se disait « faire le mandé ». Ce nom devint synonyme des aumônes distribuées ce jour-là dans une corbeille, maund.
Origines
La parole du Psaume « les pauvres mangeront, ils seront rassasiés » (Ps 22(21), v. 27), il s'agit du psaume faisant allusion à la passion du Christ : le Vendredi saint. Le Mandatum Novum était le commandement nouveau (Jean 13, le lavement des pieds) : durant cette cérémonie, on chantait précisément l'antienne mandatum novum. Ce mot venait de l'antienne Mandatum novum qu'on chantait alors après l'antienne Ante diem festum Paschae. Quelques épitaphes en font mention et Du Cange au y fait allusion(1) Et prœcipue cujusdam elemosinse, vulgariter vocatae « le mandé », que per eos annuatim certis temporibus fieri consuevit, etc. (Gloss. mcd. et inf. latin. v° Mandatum.) Il semble donc que le mandé était distribué à plusieurs périodes de l'année et non pas seulement le jeudi saint.
(2) Hinc « mandé » à nostris nuncupata haec ceremonia, qnam non monachos tantum, sed etiam clericos, certis anni temporibus, adjuncta in pauperum erogatione, usurpasse certum est. (Glost. med. et inf. latin. "• Mandatum.) .
La cène royale et le mandé
On mit l'accent sur les œuvres de charité à accomplir avant les fêtes pascales, à la fin du Carême. Cette cérémonie qui venait du lavement des pieds de ses apôtres, par le Christ, devint une des sept œuvres de miséricorde corporelle à accomplir chaque année, chaque semaine ou chaque jour : peut être en mémoire des paroles de Jésus, lors de l'onction à Béthanie, et juste avant la Passion, « les pauvres vous en aurez toujours avec vous, et quand vous le voudrez, vous pourrez leur faire du bien… ». Le mandé consistait à laver les pieds des pauvres et des mendiants, les essuyer et les embrasser, et à les restaurer ensuite.
Cette cérémonie (Ablutio pauperum et mandatum) et l'aumône qui l'accompagnait furent appelées mandé (mot en usage à Fontevraud), qui a donné en anglais maundy thursday pour jeudi saint. Ce terme anglais maundy pourrait provenir aussi de mendicare, « mendier ».
Il y avait un jeu de mots entre « mandét » et « commandét » comme entre « mandatum novum » et « commandantum ».
Le lavement des pieds, le mandatum pauperum, ainsi appelé parce que l'antienne du jeudi saint commence par : Mandatum novum do vobis, se traduisit en Mandé ; on disait le mandé, pour désigner cette cérémonie qui se liait à une quête faite au profit des pauvres. La mande, manda, employée pour recueillir l'aumône, rattache probablement son étymologie à cette fête et à son nomLe mandé signifierait aussi la corbeille, le panier des aumônes ; les ouvriers qui les faisaient se nommaient mandeliers : mandelier = vannier, artisan ou ouvrier qui travaille et tresse l'osier et le rotin pour en faire des paniers et autres objets de vannerie. Métier trouvé à Tournai en 1696 dans un recensement (capitation) par Damien DESQUEPER.Notice des émaux exposés dans les galeries du musée du Louvre
Mandé devint donc plus tard synonyme d'« aumône » mais dans la Navigatio de saint Brendan le mendét est bien le lavement des pieds. Le mandé était annuellement l'occasion de distributions de vin, de nourriture, de viandes, d'argent, et de vêtements : à Rouen on chaussait et on vêtait de pied en cap douze pauvres le jeudi saint, ou par exemple, à Liègeles hôpitaux et l'assistance à Liège (), Pierre de Spiegeler : Les mandés capitulaires…
Le mandé devint ensuite une cérémonie accomplie à certaines époques de l'année, puis chaque samedi soir dans certaines abbayes, et parfois, quotidiennement par quelque rois ou reines saints : Robert le Pieux, Élisabeth de Hongrie, Louis IX, Marguerite d'Écosse et son époux, l'affectionnaient particulièrement. thumb|left| Élisabeth de Hongrie lavant les pieds des pauvres Tosjors à la came par rente,
Ne cuidiês pas que je vous mente,
Fesoit la Dame un grant mandé,
Là où li povre erent mandé,
Que la Dame entor li savoir ;
A trestoz cela lor piez lavoit
Et bésoit après essuier.
Elle fut donc pratiquée par le souverain catholique dans les différents pays d'Europe : En Angleterre thumb|Maundy élisabéthain Le Mandatum novum fut pratiqué par les rois et reines d'Angleterre : « en 1320, le roi Édouard lava les pieds de cinquante hommes pauvres ; en 1381, Édouard III ajouta des dons en nombre égal à celui des années du souverain ; en 1572, Élisabeth fit organiser une cérémonie compliquée pour trente-neuf femmes pauvres ; en 1616, le roi Jacques, âgé de cinquante-deux ans, essuya et baisa les pieds lavés d'autant d'hommes pauvres. En 1736, la cérémonie fut supprimée à la cour, mais à chaque Maundy Thursday l'abbaye de Westminster continue à distribuer les aumônes prescrites. Marguerite d'Écosse lavait chaque soir les pieds de six pauvres qu'elle nourrissait et vêtait, en entretenait trois cents de ses aumônes (d'après son confesseur Turgot), lavait et embrassait les pieds de lépreux, conviait son mari à en faire de même, et s'occupait de vêtir et nourrir neuf orphelins : ce geste du lavement des pieds, devenait une œuvre de bienfaisance et de miséricorde corporelle quotidienne. Les souverains distribuèrent des aumônes en argent, de la monnaie frappée de manière spéciale, la . Dans l'Angleterre anglicane cette cérémonie d'origine médiévale revêt toujours une grande importance.
Durant les règnes de Jean et Henri III d'Angleterre, les rois se seraient servis du mandé pour asseoir leur pouvoir temporel : introduction d'enfants de la famille royale dans le mandé, qui devenait aussi un moyen de bien les éduquer, discours pour affermir leur autorité Lire sur le pedilavium /Maundy en Angleterre : Ritual Charity and Royal Children in thirteens century of England, Virignia A.Cole dans Medieval and early modern ritual: formalized behavior in Europe Par Joëlle Rollo-Koster.
Une théorie veut que le nom anglais Maundy Thursday pour jeudi saint découlait de « maundsor » ou panier (ou maund voir mandelier) dans lequel ce jour-là, le roi d'Angleterre distribue les aumônes pour certains pauvres à Whitehall : « maund » serait lié au latin mendicare et au français « mendier ». Mais le synode du Missouri de l'Église luthérienne stipule que, si le nom « Maundy » dérivait du latin mandatum, cette journée s'appellerait « Mandy-Thursday », de « mandat » ou même « Mandatum » donc que le terme « Maundy » provient en fait du latin mendicare, vieux français « mendier », et de l'anglais maund, qui, comme un verbe signifie « à mendier » et comme un nom fait référence à un petit panier à aumônes (maunders). Ce nom provient donc d'une coutume médiévale selon laquelle le roi anglais donne le « maundy / porte-monnaie », des aumônes aux pauvres avant d'assister à la Messe ce jour-là. Source : Maundy ThursdayEn fait dans la Navigatio de saint Brendan on trouve un jeu de mots entre les mots « mendét » et « commandét » : Ce jour-là ils firent le mandé/ comme dans les écritures il est commandé. Voir article : Lavement des pieds Le geste du Lavement des pieds (mandatum novum) était en effet premier et antérieur à la tradition des aumônes.
En France thumb|upright=3|saint Louis et le mandé. Miniature du maître du Cardinal de Bourbon, tirée du Livre des faiz Monseigneur saint Loys jadis roy de France, BNF. Source Arnold van Gennep, Manuel de folklore contemporain, volume 4, (cité par le site de l’Église d'Estonie - ) Gennep a étudié les coutumes du lavement de pieds, mandatum novum, dans les provinces : lire de Van Geneep : Le Lavement des pieds du jeudi saint dans le comté de Nice.</ref> thumb|Saint Louis, lavant les pieds d’un mendiant
Le roi de France, en particulier Robert le Pieux et Louis IX le pratiquèrent : « Dans l'ancienne monarchie, il était d'usage que les rois lavassent le jeudi saint les pieds de douze pauvres qui représentaient les douze apôtres, et les servissent à table avec tous les princes et grands seigneurs de la cour. On fait remonter cette coutume au roi Robert II le Pieux qui nourrissait tous les jours jusqu'à trois cents pauvres à sa table, et qui, revêtu d'un cilice, les servait le jeudi saint et leur lavait les pieds<ref>Dictionnaire historique des institutions, mœurs et coutumes de la France, volume 2, Adolphe Chéruel. » Le roi lavait les pieds de douze pauvres et la reine de douze filles. De plus, le jour, de la cène du Seigneur, il assemblait avec soin au moins trois cents pauvres, et lui-même, à la troisième heure du jour, servait à genoux, de sa sainte main, des légumes, des poissons, du pain à chacun d’eux, et leur mettait un denier dans la main. Ce fait admirable pour ceux qui le virent dans un tel office ne sera pas cru par ceux qui ne l’ont pas vu. À la sixième heure, il réunissait cent pauvres clercs, leur accordait une ration de pain, de poissons et de vin, gratifiait d’un denier douze d’entre, eux, et chantait pendant ce temps, de cœur et de bouche, les psaumes de David ; après cela, cet humble roi préparait la table pour le service de Dieu, déposait ses vêtemens, couvrait sa chair d’un cilice, et s’adjoignait le collège des clercs, au nombre de cent soixante, ou plus encore; il lavait, à l’exemple du Seigneur, les pieds de ces douze pauvres, les essuyait avec ses cheveux, les faisait manger avec lui; et au mandatum Domini, donnait à chacun d’eux deux sous. La cérémonie se faisait en présence d’un clerc et d’un diacre qui lisait le chapitre de l’évangile de saint Jean, où est rapporté ce qui s’est dit et fait dans la cène du Seigneur. Source : Corpus Etampois
Derechief en chascun le jeusdi assolu li sainz Roi lavoit les piez à treize poures ou à vingt six, et donoit à chascun d'eus quarante deniers, et après il les servoit en sa persone à table, einsi com il est devisé pardesus que il fesoit aus autres poures; et ce méesme fesoit-il fere par Monseigneur Phelipe et par Monseigneur Pierres, et par ses autres enfanz, quant il estoient avecques lui eu jour du juesdi ; et aucuns de ses chapelains disoient l'Office du mandé endemeutières que il lavoit les piez as poures.
Puis, on le pratiqua aussi à Versailles La chapelle royale de Versailles sous Louis XIV : cérémonial, liturgie et musique Par Alexandre Maral : La Cène Royale du Jeudi Saint. Ainsi, tous les ans le jeudi saint, Louis XIV procédait à la cérémonie dite de la Cène royale, mais aussi à la cérémonie similaire connue sous le nom du lavement des pieds (Mandatum ou de Lotio pedum), comme tous les évêques catholiques. Sélectionnés la veille puis examinés par le premier médecin du roi, lavés et nourris et revêtus d’une petite robe de drap rouge, treize garçon pauvres étaient amenés dans la salle où la cérémonie allait avoir lieu à Versailles dans la grande salle des gardes situés à l’entrée de l’appartement de la reine. Le chiffre treize rappelle la cérémonie alors accomplie en souvenir du miracle datant de l’époque de saint Grégoire le Grand, lorsque ce Pape vit arriver un ange, sous l’apparence d’un treizième enfant, à la Cène qu’il était en train de célébrer. La place du souverain français était particulière car les autres chefs d’État catholiques, lorsqu’ils accomplissaient cette cérémonie, lavaient en général les pieds de douze pauvresAlexandre Maral, Le Roi-Soleil et Dieu : Essai sur la religion de Louis XIV, préface de Marc Fumaroli, éd. Perrin, 2012, p. 97.. Louis XIV lava les pieds des pauvres de l’âge de quatre ans à l'année de sa mortAlexandre Maral, Le Roi-Soleil et Dieu : Essai sur la religion de Louis XIV, préface de Marc Fumaroli, éd. Perrin, 2012, p. 99..
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