Chiara e Serafina, ossia I pirati (Claire et Séraphine, ou les Pirates) est un opéra semiseria en deux actes, musique de Gaetano Donizetti, livret de Felice RomaniLe même livret fut mis en musique par Alberto Mazzucato sous le titre I corsari (Les corsaires). Représenté pour la première fois à la Scala le , cet opéra n'eut que trois représentations., représenté pour la première fois au Teatro alla Scala de Milan le .
Histoire Après la création de La zingara et de La lettera anonima, Donizetti quitta Naples pour Milan le Lettre de Donizetti à Simon Mayr du , in : G. Zavadini, Donizetti: Vita – Musiche – Epistolario, Bergame, 1948, n° 14, pp. 234-235, cité par Ashbrook, p. 27 et il y était arrivé le 3 août, date à laquelle, avec le librettiste Felice Romani, il signa un contrat avec la Scala pour la composition du troisième opéra de la saison d'automne.
Felice Romani était connu comme l'un des meilleurs librettistes d'Italie, mais il avait également la réputation de souvent accepter plus de commandes qu'il ne pouvait en satisfaire et de ne jamais tenir les délais stipulés. En cette année 1822, il avait également accepté de composer le deuxième opéra de la rentrée, Adele ed Emerico, musique de Saverio Mercadante. Le 20 septembre, date spécifiée pour la remise du livret de Donizetti, Romani n'avait toujours pas donné signe de vieAshbrook, p. 27. Huit jours plus tard, le compositeur était toujours sans livretMayr écrivit à Bonesi : « Notre Donizetti est à Milan, et dit qu'il ressent son habituelle peur du théâtre, mais je veux croire que c'est uniquement en raison de ce que son ami Mercadante n'a pas eu (dit-on) autant de succès cette année que l'an passé. » (lettre inédite du conservée à la Biblioteca Civica, Bergamo Alta, citée par Ashbrook, p. 27) En réalité, Adele ed Emerico, créé le eut cinquante représentations dans la saison, succès similaire à celui d’Elisa e Claudio, créé à l'automne 1821 et qui eut trente représentations dans la saison et encore vingt-sept au printemps 1822.. Ce n'est que le 3 octobre que Romani envoya le premier acte au superviseur de la Scala. Le jour même, le censeur l'approuva sous réserve d'un changement mineur, et Donizetti se mit aussitôt à travaillerLa partition laisse apparaître à plusieurs reprises, tout au long de l'acte II, des signes de la hâte avec laquelle elle dut être composée. Sur le manuscrit autographe, des traces de cire de chandelle sur certaines des pages du duo de Chiara et de Don Meschino donnent à penser que Donizetti dut y travailler de nuit (Ashbrook, p. 291).. Dès le 15 octobre, les répétitions commencèrent et la première eut lieu le 26 octobre.
Donizetti, dont c'était le début à la Scala et qui connaissait le dédain des Milanais pour les réputations établies ailleursL'année précédente, il avait triomphé à Rome avec Zoraida di Granata et à Naples avec La zingara., était inquiet et s'en ouvrit à son maître Simon Mayr dans une lettre du 16 octobre : « je dois vous informer que malheureusement la première aura lieu le 26, alors que la première picola prova [répétition générale accompagnée au piano] n'a eu lieu qu'hier. J'espère néanmoins que j'aurai le plaisir de vous voir sinon à la première, du moins à la troisième. Je vous suggère d'amener un Requiem, car je vais me faire massacrer et, de cette manière, les rites funéraires seront accomplis. »Zavadini, Op. cit., n° 15, p. 235, cité par Ashbrook, p. 28 Sur la dernière page de la partition autographeconservée aux Archives Ricordi, Milan, le compositeur écrivit : « cosi finirà l'opera : o bene o male » (« ainsi finira l'opéra : bien ou mal »)cité par Ashbrook, p. 28.
À la suite d'un rhume de la prima donna Isabella Fabbrica, qui manqua plusieurs répétitions, la date de la première fut un moment mise en cause mais la chanteuse se rétablit suffisamment pour paraître sur scène à la date convenue, quoiqu'elle ne fût pas en pleine possession de ses moyens. Le soir de la première, on donna également deux ballets : Gabriella di Vergy entre les deux actes et Il merciaiolo in angustie après l'acte II.
Le nouvel opéra fit l'objet d'un article de Francesco Pezzi dans la Gazzetta di MilanoSupplément du , cité par Verzino, Le opere di Donizetti, pp. 44-47 et par Ashbrook, p. 28. Le critique commence par stigmatiser les redites qu'il juge fréquentes dans les opéras basés sur des pièces françaises, en l'occurrence La Citerne, « mélodrame en quatre actes, en prose et à grand spectacle » de René-Charles Guilbert de Pixerécourt, créé le au Théâtre de la Gaîté à Paris avec une musique de scène d'Alexandre PiccinniSource : Bibliothèque nationale de France, catalogue général des imprimés, notice n° FRBNF30556293. Quant à la musique, il observe : « en résumé, je dirai qu'après de rares applaudissements destinés à la Morandi et à la Fabbrica et après quelques signes de mécontentement en raison de la faiblesse de la musique, les spectateurs regardèrent le rideau tomber avec des figures de bronze ».
Quoique froidement accueilli, Chiara e Serafina n'en fut pas moins joué douze fois à la Scala au cours de la saisonles 26, 27, 28, 29, 30 et 31 octobre et les 2, 21, 23, 24, 25 et 26 novembre (Ashbrook, p. 604, note 47). Verzino rapporte que le théâtre avait été placé sous étroite surveillance par les Autrichiens en raison d'un procès pour haute trahison qui devait se tenir à cette époque et que le public était clairseméVerzino, Op. cit., p. 43, cité par Ashbrook, p. 28. Signe de l'échec de l'opéra, la Scala ne proposa pas à Donizetti de nouveau contrat, ce que le théâtre aurait certainement fait si l'ouvrage avait eu ne serait-ce qu'un petit succèsAshbrook, p. 29.
Cet échec eut pour conséquence qu'il fallut huit ans à Donizetti pour faire son retour à Milan, avec Anna Bolena, et près de dix ans avant qu'il n'obtienne un succès incontesté à la Scala avec Il furioso all'isola di San Domingo.
Distribution
RôleType de voixDistribution lors de la premièrele 26 octobre 1822ChiaraClairesopranoIsabella FabbricaSerafinaSéraphinemezzo-sopranoRosa MorandiDon Ramiro, figlio del podestà di Minorca, destinato sposo di SerafinaDon Ramiro, fils du podestat de Minorque, fiancé de SéraphineténorSavino MonelliPicaro, antico servitore di don Fernando, ora pirataPicaro, ancien serviteur de don Fernando, devenu piratebaryton ou basse chantanteAntonio TamburiniLisetta, figlia di Sancio e di AgneseLisette, fille de Sancho et Agnesealto ou sopranoMaria Gioja-TamburiniAgnese, custode del castello di BelmonteAgnese, gardienne du château de Belmontemezzo-sopranoCarolina SivelliDon Meschino, benestante del villaggio di Belmonte, uomo sciocco e innamorato di LisettaDon Meschino, riche villageois de Belmonte, sot et amoureux de Lisetterôle parléNicola de GrecisDon Fernando, tutore di Serafina, falso amico di don Alvaro, ricco signore di MinorcaDon Fernando, tuteur de Séraphine, ami prétendu de don Alvaro, riche seigneur de MinorqueténorCarlo Poggialiou Poggioli ?Don Alvaro, capitano di vascello, reduce dalla schiavitù d'Algeri, padre di Serafina e ChiaraDon Alvaro, capitaine de vaisseau réduit en esclavage en Algérie, père de Séraphine et Clairerôle parlé ou basseCarlo PizzocheroGennaro, capo de' piratiJanvier, chef des piratesrôle parléCarlo PoggialiSpalatro, capo de' piratiSpalatro, chef des piratesrôle parléCarlo DonaPaesani e paesane. Cori e comparse, pirati o guardie.Paysans et paysannes. Pirates. Gardes
Argument L'action se déroule dans l'île de Majorque, dans le vieux château de Belmonte et dans le palais de Don Fernando.
Don Alvaro, père de Chiara et de Serafina, est un brave capitaine de vaisseau, capturé par des pirates alors qu'il navigue de Cadix à Majorque avec sa fille aînée Chiara, et réduit en esclavage pendant dix ans. Ses ennemis à la cour de Don Fernando, homme très puissant, secrètement ennemi de Don Alvaro, donnent à cette infortune toute l'apparence d'une trahison et font condamner Don Alvaro cependant que Don Fernando est désigné comme tuteur de la jeune Serafina. Celle-ci grandit en âge et en beauté à Majorque tandis que Don Fernando projette de l'épouser non par amour mais pour mettre la main sur sa fortune. Mais Serafina tombe amoureuse de Don Ramiro, jeune seigneur d'une île voisine. Ce dernier la demande en mariage à Don Fernando qui ne sait comment s'opposer ouvertement à ce mariage et doit mettre en place un stratagème.
Acte I Agnese raconte l'histoire de Serafina, sœur de Chiara et fille du capitaine Don Alvaro, qui furent tous deux enlevés par les pirates. son tuteur Don Fernando voudrait l'épouser pour mettre la main sur la fortune de Don Alvaro. Don Meschino, riche villageois, est charmé par Lisetta, fille d'Agnese, et il lui demande sa main. La jeune fille refuse, pendant qu'un orage éclate. Don Alvaro et Chiara paraissent à l'improviste, préoccupés pour le sort de Serafina. Ils demandent de l'aide à Lisetta et Agnese, mais sans dévoiler leur identité. Débarque entretemps le pirate Picaro, ancien serviteur de Don Fernando, à la recherche d'un travail sur la terre ferme. Don Fernando lui offre une récompense s'il parvient à empêcher le mariage entre Serafina et Don Ramiro, fils du podestat de Minorque. Picaro se déguise en Don Alvaro et se présente aux deux amoureux dans le jardin du château. Serafina croit avoir retrouvé son père disparu et se laisse convaincre de reporter son mariage. Chiara survient, déguisée en mendiante. Serafina ne la reconnaît pas. Chiara et le vrai Don Alvaro confondent Picaro qui se repent et propose de les accompagner auprès de Serafina, mais ne tarde pas à s'enfuir.
Acte II Les pirates, à la recherche de leur chef, pénètrent dans le château et capturent Don Meschino, Chiara et Lisetta ainsi que Picaro qui se démasque et libère ainsi les prisonniers. Les deux sœurs se retrouvent, Don Ramiro jure un amour éternel à Serafina. Tous craignent que Chiara se soit enfuie avec les pirates, mais elle revient avec Picaro.
Analyse On trouve à l'acte I une scène d'orage, comme on en trouvera plus tard dans Emilia di Liverpool et dans Il furioso, mais après un bref crescendo d'accords staccato, l'orage est vite terminé.
L'air le plus connu de la partition est celui de Chiara, précédé par une introduction accompagnée au cor anglais. La gracieuse cavatine Queste romite sponde (maestoso, 4/4, mi bémol) est suivie par une cabalette dans laquelle la détermination de l'héroïne s'exprime en motifs rythmiques emphatiques qui rappellent la manière de Rossini.
Discographie
AnnéeDistribution (Chiara, Serafina, Lisetta)Chef d'orchestre,Orchestre et chœurLabel1994 Lynne Davies,Yvonne Kenny,Della Jones David Parry,Philharmonia Orchestra CD Audio : Opera RaraRéférence : ORCH 104
Notes et références
Bibliographie William Ashbrook, Donizetti and his operas, Cambridge University Press, 1982 Piotr Kaminski, Mille et un opéras, Paris, Fayard, coll. Les Indispensables de la musique, 2003
Clemente Verzino, Le opere di Gaetano Donizetti, Bergame, 1897, pp. 20–48 (principale source concernant le séjour de Donizetti à Milan en 1822)
Liens externes
Livret intégral en italien idem Fiche sur la base operone
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