La Vôge est une contrée naturelle, verte et forestière, aux reliefs peu accusés, appartenant aux pré-Vosges, zone vallonnée de plateaux et de basse montagne avant d'atteindre le massif des Vosges à partir de Remiremont. Souvent formée d'une succession de plateaux gréseux qui séparent au nord-est de la France, principalement les départements des Vosges et de la Haute-Saône, sur une zone orientée de l'ouest à l'est. Ce territoire se situe entre Vittel, Saint-Loup-sur-Semouse et Remiremont. Cela correspond approximativement au bassin versant de la Méditerranée dans le département des Vosges (sud du canton de Lamarche, canton de Monthureux-sur-Saône, canton de Darney, canton de Bains-les-Bains, canton de Xertigny et canton de Plombières-les-Bains)Géographie des Vosges, Alexandre Aumégas et André Quillé, pages 10 et 11..

Les principales agglomérations de la Vôge du département vosgien sont Le Val-d'Ajol (), Xertigny (), Plombières-les-Bains (), Bains-les-Bains () et Darney ().

Description géologique et biogéographique Sous la Restauration, les petits écoliers vosgiens apprenaient une tripartition de leur département natal, oubliée aujourd'hui. Les premiers géologues en 1840 ont conforté cette séparation entre : la montagne et ses socles gréseux, crystallophylliens et plutoniques (grès vosgien ou grès permien, gneiss, granite...) ; la plaine au terrain secondaire d'âge jurassique ; la Vôge reposant sur une bande parfois mince et lacérée de grès bigarré d'époque triasique.

Pour les géomorphologues de la fin du , la Vôge correspondait au bassin primitif de la Saône sur environ de son cours, soit un territoire de . N'oublions aussi ses affluents majeurs, le Coney sur , la Semouse sur , l'Augronne sur , la Combeauté... qui entament parfois toute la bande de grès bigarré en des gorges et des vallées profondes.

En réalité, une saillie du Muschelkalk ou calcaire coquillier, au nord et à l'ouest, a généré un relief dominant, dénommées les Faucilles. Elles comportent le signal de Vioménil ( d'altitude), le signal de Dombasles (), le Haut de Dixmonts (), le mont Heuillon () et enfin en partie sur le versant de la Saône, le Hautmont () et le mont des Fourches (). Elles couronnent le haut bassin de Saône. Au sud-ouest, des couches compactes de calcaires coquilliers, terrains muschelkalk non érodés, recouvrent les grès bigarrés. Au sud, elles prennent la forme de lamelles qui parviennent parfois jusqu'au grès vosgien du piémont vosgien. Le massif des Vosges marqué par ses grès vosgiens et ses roches cristallines clôture cette région naturelle verte au nord-est et à l'est.

La Vôge est constituée d'une succession de grands plateaux de grès bigarrés, qui sont apparus après l'érosion en période froide des terrains calcaires. Leur altitude décroît du nord-est au sud-est. À l'extrême est, les plateaux dépassent d'altitude, mais Plombières à l'étroit dans son vallon n'est qu'à d'altitude et Xertigny à d'altitude. Les plateaux au centre est atteignent entre 600 et d'altitude, égayés par Le Clerjus (), Charmois (), Bains (). À l'ouest, les plateaux passent de 350 à d'altitude, Darney étant à . Plus à l'ouest encore, Monthureux () et Bleurville () se signalent par des terroirs plus ouverts bordés encore plus à l'ouest par le plateau forestier sur sol gréseux typique de la Vôge dont l'altitude décroît d'environ 400 mètres au niveau de Relanges au Nord à 330 mètres à Tignécourt au Sud. Ce plateau Ouest est entaillé de vallons et d'une vallée étroite, celle du Gras.

Le paysage observé du haut du rebord des Faucilles dévoile un pays vert, essentiellement composé de forêts, de landes de genêts, de bruyères et de myrtilles, de pâturages et de prés, de prairies humides, d'eaux courantes ou stagnantes malgré les rares villages gris et la blondeur des champs avant les moissons. Vers 1880, un tiers des surfaces de la Vôge est boisé. En 1896, dans les 44 communautés vosgiennes de la Vôge, on recense de terres et prés et de forêts domaniales et privées.

La Vôge vosgienne verte est parsemée de vallées et comporte aujourd'hui encore des boisements éparpillés, démultipliés de diverses essences de feuillus (chênes, hêtres) et de résineux (pins, sapins, épicéas). Les cantons forestiers de Xertigny, de Bains, ainsi qu'une partie des cantons de Plombières, Darney et Monthureux-sur-Saône qui la compose sont remarquables. Le chêne est dominant à Darney. Les hêtraies sont mieux adaptées sur les contreforts de l'est, à Xertigny et Plombières.

Les monts Faucilles représentent la ligne de partage des eaux entre le bassin méditerranéen et celui de la mer du Nord. Au nord de celles-ci, les grands plateaux calcaires qui permettent l'infiltration des eaux ont un aspect gris aride, ils sont peu boisés et fertiles en céréales. Au sud de celles-ci, la Vôge apparaît comme un pays vert aux eaux abondantes en surface, porteur de splendides forêts de chênes et de hêtres.

La Saône et ses premiers affluents comme l'Ourche et le Côney irriguent la Vôge qui dénombre de nombreux étangs.

La France à vol d'oiseau, Volume 1, Onésime Reclus, ed. Flammarion, 1908, sur gallica.

Économie thumb|Bain romain de Bains-les-Bains. Les récoltes des champs de la Vôge comportaient à la Belle Époque surtout de l'avoine et du seigle, sans oublier les pommes de terre. Les terres plus basses, souvent plus sèches, de Monthureux et de Bleurville étaient plus propices aux céréales. Les cantons de Bains, Xertigny et Plombières, peuplés de montagnards vosgiens, récoltaient autrefois la petite cerise des bois, à partir des merisiers plantés sur les meilleurs coteaux exposés au soleil. Leurs habitants fabriquaient une eau-de-vie réputée, le kirsch de la Vôge. Les vignes de cépage gamay, aux raisins grossiers et goûteux, ont souvent remplacé cette cueillette tant que l'activité agricole persista.

L'économie forestière a longtemps dominé. Elle s'est orientée beaucoup vers les petites industries, verres, couverts, métallurgie, mais la région reste aujourd'hui essentiellement agricole et forestière.

Le thermalisme est l'une des originalités de la Vôge, avec les eaux thermales à Bains-les-Bains et Plombières-les-Bains. Le canton de Xertigny profite pour sa part de l'activité du bassin d'emploi d'Épinal.

Histoire d'un espace naturel César et Pline ont employé l'expression Vosagus mons pour signifier cette contrée frontalière. Le premier conquérant des Gaules indique que la Meuse prend sa source dans le Vosegus mons aux confins du pays des LingonsMosa profluit ex monte Vosego qui est finibus Lingonum (César, De Bello Gallico, Livre IV, 10).. Le second maître de la marine romaine, un siècle plus tard, signale de grands abietes, soit les sapins de cette contrée. N'est-ce pas stricto sensu la Vôge ? Signalons que la Meuse prend sa source dans le Bassigny.

Si Vosegus mons n'a pas engendré directement la Vôge, le terme implique déjà la présence d'une zone reconnue de contact et de frontière, d'abord entre les tribus celtes, les Lingons à l'ouest, les Séquanes au sud et les Leuques au nord, que les grandes délimitations administratives gallo-romaines (Lyonnaise / Belgique), mérovingienne (Burgondie/Austrasie), carolingienne (Bourgogne /Lotharingie) ont préservé jusqu'à nos jours avec les régions Champagne à l'ouest, Lorraine au nord et Franche-Comté au sud.

N'y a-t-il par un rapport de la Vôge avec les Vosges, c'est-à-dire le massif s'allongeant du sud vers le nord, des plateaux de Haute-Saône et la trouée de Belfort, surplombant la dépression rhénane vers les Basses-Vosges à la frontière allemande actuelle et au-delà ? Il n'est pas sûr que les précédents prestigieux descripteurs Romains aient su nommer le second. Castra Vogesi curvam super ardua rupem pugnatis pictis cohibebant Lingonis armisLucain, Pharsale, 1-379. Lucain n'écrit-il pas Vogesi rupes pour les rochers escarpés des Vosges, induisant le latin médiéval Vogesa avant l'allemand Vogesen. Et Julien nomme dans sa lettre aux Athéniens en grec Βοσεγος (Bosegos) lorsqu'il décrit Strasbourg, un camp bien fortifié au pied des Vosges, ce qui s'écrirait Vosegos en écriture latine, faisant apparaître un curieux pluriel. Mais leurs héritiers s'inspirent de la divinité topique Vosagus, protectrice de la faune, selon le poète Venance Fortunat pour rassembler ce qui paraît alors en un seul grand massif boisé.

Terre humide et forestière

L'historien Alban Fournier a montré qu'aux yeux gallo-romains la silva vosagum rassemble un vaste ensemble qui est érigé en réserve mérovingienne, en foresta, en regali silva. En 1594, le président Thierry Alix mentionne dans son dénombrement de la Lorraine que les Vosges commencent entre le païs de Lorraine et les comtés de Bourgogne. Vaubourg des Marets dans son mémoire sur l'état de la Lorraine en 1697 (publié par la société d'archéologie lorraine à la Belle Époque) insiste : "Les Vosges s'étendent jusqu'à l'extrémité de la Champagne vers les sources de la Meuse". L'emploi du terme Vosges est ici le fruit d'une mauvaise traduction du latin sylva vosagus. Aussi il faudrait corriger avec un terme inusité à l'époque forêt de Vosges. Forest de Voyge, bois de Voyge désigne simplement alors les terres forestières des Faucilles.

Or si la Vôge est bien forêt royale à l'époque mérovingienne, elle relève sans équivoque de l'autorité des rois de Burgondie. Le traité d'Andelot en 587 fait du faîte des Faucilles la frontière entre Bourgogne et Austrasie. Le roi Gontran chasse dans la Vôge, per silvam Vosagum. Il y fait arrêter son chambellan Chundon qui avait braconné un auroch. Pompierre Pons petreus, ce pont de pierre sur le Mouzon qu'emprunte la grande voie romaine de Chalon-sur-Saône à Metz est le lieu de rencontre solennel entre les deux souverains francs d'Austrasie et de Burgondie, Childebert et Gontran. Sa proximité avec les cités de Langres en Bourgogne et de Toul en Austrasie indique que la Vôge est voisine de la frontière, elle est alors du côté bourguignon. La frontière varie momentanément au début du : Théodoric, roi de Bourgogne, annexe le pagus segentensis ou suggentensis (le Saintois) avant qu'il fasse retour en 610 à l'Austrasie.

Espace précocement humanisé et industrieux

Pourtant, à en croire la densité des vestiges gallo-romains, la Vôge est une zone précocement peuplée, active dans le transit entre nord et sud, l'ouest et l'estSur 44 communautés de la Vôge vosgienne en 1900, 28 exhibent des vestiges gallo-romains, 17 des tracés de voies ou chemins aménagés.. Pas moins de six passages ou voies romaines la franchissent de : Langres à Strasbourg, Bourbonne à Danubria (Deneuvre), Corre à Charmes (ancien chemin de portage de la Saône à la Moselle), Martigny à Épinal, Bains-les-Bains à Arches, Escles à Remiremont.

L'apogée de la Gaule romaine est loin après les régressions démographiques du et du . L'assimilation à la Burgundie gallo-romaine est un indice de civilisation raffinée. La bonne gestion des bois est un atout, elle a attiré des populations germaniques, habiles au métier du bois ainsi qu'à ces sous-produits favorisant le travail des métaux. La Vôge est aussi loin qu'on puisse remonter une contrée de forges, de charronnage, d'outils de bois et de boisellerie. Sont venus s'y greffer d'autres activités : la verrerie, la saboterie, la menuiserie, la fabrique de pelles.