La citadelle de Besançon est une place forte surplombant la ville française de Besançon, préfecture du département du Doubs, en Franche-Comté. Elle constitue l'un des chefs-d'œuvre de Vauban, architecte et ingénieur du roi Louis XIV. Elle s’étend sur au sommet du mont Saint-Étienne, à au-dessus du Doubs, et verrouille le méandre formé par la rivière, dans lequel s'est développée la ville dès l'Antiquité. Reconnue en tant que site classé dès 1924Fiche du site sur DREAL Franche-Comté, elle fait l'objet d'un classement au titre des monuments historiques par des arrêtés de 1942, 1944 et 2025, et figure depuis le sur la liste du patrimoine mondial de l'UNESCO au sein d'un ensemble de douze fortifications représentatives du génie architectural de Vauban.
La première pierre de la citadelle est posée le alors que la ville est une possession de la Couronne d'Espagne. Le traité de Nimègue, signé le , rattache définitivement Besançon et sa région au royaume de France. Louis XIV décide alors de faire de Besançon un des maillons essentiels du système de défense de l'Est de la France et confie à Vauban le soin de poursuivre la construction qui mobilise plusieurs centaines d’ouvriers. Son architecture intègre des bastions, courtines, fossés et corps de garde adaptés au relief escarpé du site. La citadelle sert principalement de garnison et de dépôt d’armes au , puis de prison militaire au , avant d’être le lieu d’exécutions de résistants pendant l’Occupation allemande entre 1941 et 1944.
La citadelle de Besançon est aujourd'hui le symbole de la ville et un haut-lieu du tourisme de Bourgogne-Franche-Comté, deuxième monument payant de la région quant à la fréquentation avec chaque année de (après les hospices de Beaune et devant le château de Guédelon). et c'est aussi le site le plus visité du Doubs et de la Franche-Comté. En plus de son cadre historique architectural et de sa situation géographique privilégiée, il abrite trois musées labellisés musées de France : le musée de la Résistance et de la Déportation, le Musée comtois et le Muséum qui est réparti selon cinq espaces : le jardin zoologique, l'aquarium, l'insectarium, le noctarium et le naturalium. Des espaces de restauration et une boutique sont présents sur le site.
Situation Géographie vignette|La citadelle au sein des collines de Besançon.
L'édifice s'étend sur onze hectares en un lieu dont l'importance stratégique est évoquée dès 58 par Jules César dans ses Commentaires sur la guerre des Gaules. Il y indique qu'à cette époque, il existait déjà une enceinte de murs :
Après trois jours de marche, on lui apprit qu’Arioviste [...] se dirigeait vers Vesontio, la ville la plus importante des Séquanes [...]. César pensa qu’il fallait tout faire pour éviter que la place ne fût prise. En effet, elle possédait en très grande abondance tout ce qui est nécessaire pour faire la guerre ; de plus, sa position naturelle la rendait si forte qu’elle offrait de grandes facilités pour faire durer les hostilités : le Doubs entoure presque la ville entière d’un cercle qu’on dirait tracé au compas ; l’espace que la rivière laisse libre ne mesure pas plus de seize cents pieds et une montagne élevée le ferme si complètement que la rivière en baigne la base des deux côtés. Un mur qui fait le tour de la montagne la transforme en citadelle et la joint à la ville. César se dirige vers cette place à marches forcées de jour et de nuit : il s’en empare et y met garnison.
La citadelle de Besançon a ainsi été construite sur le mont Saint-Étienne qui culmine à d'altitude, et qui constitue une des collines assurant une protection naturelle de la capitale comtoise avec Bregille, Chaudanne, Rosemont… Elle surplombe de plus de la vieille ville, établie entre 240 et 250 m d'altitude, et offre une vue étendue sur l'ensemble de la ville de Besançon et ses environs. La cité se situe dans une boucle formée par un méandre naturel du Doubs ; l’éperon rocheux sur lequel se trouve la citadelle ferme en quelque sorte la boucle de la rivière et isole le centre urbain historique.
Géologie La citadelle est construite au sommet d'un morceau isolé de l'anticlinal qui fait partie du faisceau bisontin. Le soubassement rocheux est composé au sommet de calcaires datant du Bathonien, suivi dans les couches inférieures par la grande oolithe du BajocienCarte géologique de la France au 1/50000 consultée sur InfoTerre..
Histoire Avant la citadelle
L'église Saint-Étienne est édifiée a mi-pente de la colline du même nomCette colline était appelée Mont Cælius à l'époque gallo-romaine., à une date qui est encore imprécise mais qui pourrait être antérieure à la construction de la cathédrale Saint-Jean. Lors du lancement du projet de construction de la citadelle, une église connue sous le nom d'église paroissiale Saint-André ainsi que d'autres maisons adjacentes sont déconstruites à partir de 1668, mais le chapitre de Saint-Étienne ne doit pas être menacé. Cependant, un incendie détruit le bâtiment entre le 15 et le , lors du siège de la ville, permettant ainsi à Vauban de construire à cet endroit le front Saint-Etienne, élément essentiel de sa citadelleLa cathédrale Saint-Jean de Besançon, p. 11-13..
Édification (1668-1683) thumb|left|Plan relief de la citadelle (1722). thumb|upright|Statue de Vauban par Pierre Duc.|gauche
Le mont Saint-Étienne voit s'établir au cours du un ouvrage militaire dessiné par l'ingénieur militaire Vauban en mars 1668. Ce sont néanmoins les Espagnols, de la famille des Habsbourg, qui possèdent Besançon depuis son échange contre la ville de Frankenthal (1651 - 1664), qui entreprennent, pendant six années, la construction de l'ouvrage sous la direction de Prosper-Ambroise de Precipiano assisté de l'ingénieur flamand Cornelius VerboomPère de George Prosper Verboom.. Deux fronts sont construits : le Front Royal et le Front de secours (c'est Vauban qui débute l'édification de ce dernier en 1668).
En 1674, la Franche-Comté (alors comté de Bourgogne) et Besançon sont conquises par Louis XIV. Besançon est rattachée à la Franche-Comté et à la France par les traités de Nimègue (1678-1679). Le roi décide de poursuivre et d'améliorer significativement les défenses de la ville. En 1683, l’ensemble des principaux travaux fixés par Vauban à la citadelle s’achève avec un second front face à la villeLe projet de Vauban ne comportait, côté ville, que le front Saint-Étienne ; comme les Espagnols avaient construit le front Royal, il le conserva en l'améliorant..
En construisant la citadelle, pièce maîtresse des fortifications bisontines, sur la partie la plus étroite et la plus élevée, Vauban signe une réalisation majeure. Les fortifications de l’ensemble de la ville sont achevées en 1695, après vingt ans de travaux. Elles ont coûté si cher au trésor royal que Louis XIV a demandé, selon la légende, si les murs de la Citadelle ont été construits en pierre ou en or…
Rôles de la Citadelle jusqu'à la période contemporaine Grâce à ses défenses renforcées, la ville est mieux protégée, la citadelle servant également de prison et de logement aux troupes en garnison. Les progrès de l’artillerie au la rendent plus vulnérable. Elle sort cependant victorieuse des blocus : contre les Autrichiens en 1814 et les Prussiens en 1871, subissant peu de dommages. On y enferme des prisonniers d’État tels que les complices de la Voisin – accusés dans des affaires d’empoisonnement qui marquèrent scandaleusement la cour du roi Soleil –, des déserteurs des armées de Louis XIV et de Louis XV, ainsi que des royalistes lors de la Révolution. Des prisonniers de guerre, Autrichiens, Anglais, Espagnols, y sont détenus durant le Premier Empire.
Lors de la Première Guerre mondiale, Besançon reste à l’arrière du front sans être touchée par les combats. La citadelle est utilisée à des fins logistiques.
Un site martyr (1940-1945) thumb|Le monument des poteaux des fusillés.
Sans combat, la citadelle est occupée par les troupes allemandes dès le mois de juin 1940. Du au , cent résistants condamnés à mort sont fusillés entre le puits et la chapelle. Parmi eux, quatre-vingt-quatre Français, trois Italiens, un Polonais, trois Suisses, cinq Néerlandais, deux Luxembourgeois, et deux Espagnols. Un mémorial leur rend aujourd'hui hommage.
Le dimanche , parmi les seize fusillés dont treize du groupe de Résistants « Guy Mocquet », figure Henri Fertet qui n’avait pas encore . Avant de mourir, il rédige une lettre à ses parents témoignant de son engagement, au-delà de sa vie :
Elle fut également utilisée comme prison pour les sujets britanniques.
Après de violents combats, les Américains reprennent la Citadelle le . En , elle devient officiellement le Dépôt 85, un des nombreux camps français destinés aux prisonniers de guerre de l'Axe capturés dès la Libération. Des milliers de prisonniers s'y succèdent jusqu'à la fermeture du camp au printemps 1948. Plus de y perdent la vie.
Après cette période, la citadelle ne sert plus au logement des troupes de garnison. D'un point de vue militaire, elle est devenue obsolète : l'armée l'utilise alors comme lieu de stockage et de dépôt.
C'est durant cette période que l’État français prend conscience de son importance patrimoniale. L'ensemble des bâtiments constituant la citadelle, fait l’objet d’un classement au titre des monuments historiques le . Le bastion de la porte Rivotte est classé monument historique le . La porte Taillée et la porte Rivotte, partie des anciens remparts de Vauban, ainsi que les glacis de la citadelle, font l’objet d’un classement au titre des monuments historiques le .
Un haut-lieu touristique et culturel (1959 à nos jours) Le , les clés de la citadelle sont remises officiellement au maire de Besançon Jean Minjoz par le général Michel Le Carpentier de Sainte-Opportune et l'armée cède le monument à la ville un an plus tard, le . La ville de Besançon, nouveau propriétaire du site, dédie la place forte au tourisme, à la culture et à la mémoire.
Ainsi, plusieurs espaces muséographiques, à vocation tant historique que scientifique, voient progressivement le jour.
La citadelle et les remparts de la ville sont inscrites depuis le sur la liste du Patrimoine mondial de l'UNESCO.
Huit importants chantiers de restauration se sont succédé depuis 2007 dans le cadre du contrat de plan État/Région Franche-Comté : toiture de l'arsenal, redan de Rivotte (n°159), demi-lune du Front Saint-Étienne, remparts rive gauche côté Tarragnoz, demi-lune du Front royal, guérites du Roi et de la Reine. La restauration de l'escalier du demi-bastion n°80 (Front de secours) a été entreprise fin 2015.
En 2016 un nouveau programme pluriannuel de travaux prioritaires est lancé après diagnostic des autres éléments de la citadelle et du reste des remparts de la rive gauche.
Les parties suivantes de l'enceinte urbaine sont inscrits au titre des Monuments historiques par arrêté du : les vestiges enfouis de la contrescarpe de la tour bastionnée de Rivotte ; les vestiges du rempart entre la tour bastionnée de la Rivotte et la tour bastionnée de Brégille ; la partie du rempart entre le bastion du moulin Saint-Paul et les vestiges de la tour bastionnée Saint-Pierre ; les vestiges de la tour bastionnée Saint-Pierre ; les vestiges enfouis de la lunette de Bregille ; le corps de garde est de Chamars du ; l'ensemble des vestiges enfouis de la seconde ligne de remparts sous l'hôpital Saint-Jacques ; et le corps de garde nord de la porte d'Arènes.
Les parties suivantes de l'enceinte urbaine sont classées au titre des Monuments historiques par arrêté du : Sur la rive droite du Doubs : le chemin de ronde s'étendant de la porte Rivotte à la rue des Fusillés de la Résistance ; les vestiges enfouis de la contrescarpe de la tour bastionnée de Rivotte ; les vestiges du rempart entre la tour bastionnée de Rivotte et la tour bastionnée de Brégille ; la partie du rempart située avenue Arthur-Gaulard ; les vestiges de la tour bastionnée Saint-Pierre ;