Le théâtre acadien est le théâtre produit en AcadieL'Acadie comprend grosso modo le nord et l'est de la province canadienne du Nouveau-Brunswick ainsi que des localités plus isolées à l'Île-du-Prince-Édouard, à Terre-Neuve-et-Labrador et en Nouvelle-Écosse. Au sens large, l'Acadie fait aussi référence aux communautés de la diaspora acadienne situées au Québec et aux États-Unis; des personnes d'ascendance acadienne se retrouvent également en France, aux îles Malouines et dans les Antilles. L'Acadie n'est pas reconnue officiellement mais formerait une nation par sa langue, sa culture, ses institutions et ses symboles. ou considéré comme tel. La dramaturge la plus connue est Antonine Maillet, dont la pièce de théâtre La Sagouine a été présentée plus de deux mille fois avec Viola Léger en tant qu'unique comédienne.
La première pièce, Le Théâtre de Neptune, fut créée par Marc Lescarbot en 1606. Il n'y eut pourtant pas de théâtre durant deux siècles en raison du contexte socio-économique et politique difficile. La tradition orale devint toutefois florissante avec les veillées et leur conteurs, ayant une influence jusqu'à ce jour. Les collèges acadiens développèrent une activité théâtrale à partir de 1864, notamment au Collège Saint-Joseph fondé par Camille Lefebvre à Memramcook. Des professeurs comme Alexandre Braud et Jean-Baptiste Jégo créèrent des pièces très populaires, souvent sur un thème nationaliste ou religieux. De petites productions paroissiales emboîtèrent le pas mais l'accent ne fut pas mis sur la dramaturgie, seuls Pascal Poirier et James Branch écrivirent de véritables pièces. Les premières troupes indépendantes furent fondées dans les années 1950, constituant une perte d'influence des collèges et de l'Église.
La production de Les Crasseux d'Antonine Maillet en 1968 est considérée comme le véritable début du théâtre acadien. Un programme d'arts dramatiques est créé l'année suivante à l'Université de Moncton, dont furent issus de nombreux artistes et artisans. Les troupes Les Feux chalins et le Théâtre amateur de Moncton furent fondées la même année. Présentée en 1971, La Sagouine d'Antonine Maillet connut un succès phénoménal à la suite de sa mise en scène au Théâtre du Rideau Vert de Montréal en 1972.
Le Théâtre populaire d'Acadie, la première troupe professionnelle, fut fondée en 1974 à Caraquet. Elle produisit, entre autres, Louis Mailloux de Jules Boudreau et Calixte Duguay ainsi que Le Djibou de Laval Goupil. Le Théâtre l'Escaouette fut fondé en 1977 à Moncton et donna une grande place à l'œuvre d'Herménégilde Chiasson, un artiste multidisciplinaire. Antonine Maillet poursuivit sa carrière, autant au théâtre qu'en littérature. Le théâtre acadien se diversifia dans ses genres et ses thèmes. Le TPA se concentra sur le répertoire alors que le Théâtre l'Escaouette favorisa la création. La dramaturgie s'améliora mais le manque de textes acadiens fut difficile à combler.
Le contexte économique difficile des années 1980 força la Compagnie Viola-Léger à cesser ses activités en 1989, trois ans après sa fondation, alors que les autres troupes annulèrent des productions. Les troupes se redirigèrent vers les productions pour enfants, où les textes d'Herménégilde Chiasson se démarquèrent. Le Pays de la Sagouine fut fondé en 1992 à Bouctouche d'après l'œuvre d'Antonine Maillet, qui continua à le fournir en textes. De plus en plus de pièces de théâtre furent publiées. Le théâtre redevint plus adulte au milieu des années 1990, et connut un renouveau par la fondation de troupes, dont Moncton Sable en 1996, et l'arrivée de nouveaux dramaturges, dont Gracia Couturier, mais Herménégilde Chiasson conserva une influence. La place qu'occupa les productions québécoises s'attira toutefois des critiques. Quelques nouveaux succès financiers et critiques, dont la reprise de la pièce Louis Mailloux, ainsi que la fondation de festivals, mirent tout de même en valeur les créations typiquement acadiennes.
Histoire Origines vignette|Présentation du Théâtre de Neptune face à l'habitation de Port-Royal. Dessin de Charles William Jefferys. En 1606, Marc Lescarbot présente à Port-Royal Le Théâtre de Neptune, une fantaisie nautique en alexandrins commémorant l'arrivée de Jean de Poutrincourt en Acadie. ; c'est probablement la première pièce de théâtre produite en Amérique du Nord..
Il n'y a pas de théâtre durant près de trois siècles après le passage de Marc Lescarbot.. La lenteur de la croissance démographique et la situation stratégique de l'Acadie, causant de nombreuses guerres, expliquent que les textes produits ne sont pas comparables à ceux du Canada ou de la France.. Il y a d'ailleurs peu d'artistes et aucun organisme professionnel. ou communautaire, ce que la Déportation des Acadiens, ayant lieu entre 1755 et 1763, ne favorise pas davantage. Les Anglais, qui prennent possession d'une partie de l'Acadie en 1713, introduisent leur culture mais les Acadiens en sont tenus à l'écartMaurice Basque (2006), , 23-25.
Il n'y a de toutes manières plus de littérature après la Déportation mais une tradition orale florissante ayant laissé histoires, légendes et chansons jusqu'à nos jours. Les veillées, ayant surtout lieu l'hiver et réunissant quelques familles, sont toutefois très populaires ; un conteur y est souvent à l'honneur.. Après la Déportation, les Acadiens deviennent minoritaires et sont séparés dans les trois Provinces maritimes. Leur foi catholique contribue toutefois à la création de plusieurs organismesMaurice Basque (2006), , 25-34. Un système scolaire commence à prendre forme vers le milieu du .
Théâtre collégial Collège Saint-Joseph
vignette|upright=0.7|Camille Lefebvre, fondateur du Collège Saint-Joseph et de l'Académie Saint-Jean-Baptiste. Les collègesCes institutions sont traditionnellement décrites comme des collèges mais plusieurs obtiennent le statut d'université. jouent une place importante dans le développement du théâtre, surtout le Collège Saint-Joseph de Memramcook.. Quelques séances ont lieu dès sa fondation en 1864 mais c'est le que le supérieur, Camille Lefebvre, fonde l'Académie Saint-Jean-Baptiste, la première société théâtrale en Acadie. Camille Lefebvre s'inspire d'académies semblables dans les collèges québécois qu'il a fréquentés, de même que de son expérience en tant que « liseux », ou conteur.
L'académie est présidée par un étudiant et dirigée par un professeur, qui fait aussi office de metteur en scène, tandis que le choix des textes doit être approuvé par la direction du collège ; le premier président est François-Xavier Cormier et le premier directeur est G. Demers. Camille Lefebvre est lui-même président de 1867 à 1872, année ou les règles de l'académie sont fixées ; une nouvelle constitution est toutefois votée en 1894, créant entre autres des comités. Un autre président notoire est A.D. Cormier, à partir de 1878. Le but de l'académie est de former les étudiants à l'élocution et à l'art oratoire ainsi que de favoriser l'étude des lettres. Des séances sont présentées chaque mois devant les autres étudiants, et parfois devant public.
Selon Pascal Poirier, l'académie joue « du vrai théâtre, avec de vraies pièces », notamment de Molière ; certaines sont toutefois raccourcies. Les mélodrames et les « tragédies homicides » sont les genres les plus appréciés de la direction. Faisant souvent face à une pénurie de textes, les professeurs et parfois les étudiants écrivent de temps à autre leurs propres pièces.
Les séances publiques sont très populaires, attirant parfois plus de mille personnes dans une salle mal aérée. Les séances débutent en général vers et peuvent durer jusqu'à six heures de temps, la partie théâtrale n'occupant qu'une partie de la soirée, le reste étant consacré à du chant, de la musique, des discours, des déclamations, etc. Un tableau vivant est souvent fait à la fin d'une représentation pour mettre en valeur les costumes et le décor. Les étudiants fabriquent ce dont ils ont besoin mais les costumes sont parfois achetés à Montréal. Des pièces en anglais et en français sont présentées. Les représentations deviennent plus courtes au fil des ans, et de plus en plus homogènes en termes de langue utilisée ; les étudiants irlandais anglophones du collège fondent d'ailleurs la Société littéraire et dramatique Saint-Patrick en 1874. Le collège étant exclusivement masculin, les rôles féminins sont souvent joués par des garçons , « masculinisés » ou carrément supprimés. Cette pratique est alors courante dans la francophonie mais des étudiantes du Collège Notre-Dame d'Acadie sont admises à partir des années 1950 pour jouer les rôles féminins.
vignette|Le Monument Lefebvre, la première véritable salle de théâtre acadienne.
La construction d'une nouvelle salle est décidée après la mort du père Lefebvre ; le Monument Lefebvre est inauguré en 1897. La première grande représentation, celle de la production originale Les Piastres rouges, a lieu le ; cette pièce restera populaire durant des décennies. De nombreux autres événements culturels ont lieu au Monument Lefebvre et le théâtre est souvent une préoccupation secondaire comparativement aux exercices de déclamation, ce qui pousse à la fondation de la Société bilingue en 1900. L'Académie est ensuite séparée en trois sociétés : le Cercle Stella Maris pour la philosophie et la rhétorique, le Cercle Lefebvre et le Cercle Saint-Joseph pour les plus jeunes. L'activité théâtrale continue mais au moyen de « grands drames pathétiques et larmoyants et des comédies légères », selon Jean-Claude Marcus ; c'est l'époque du vaudeville, des opérettes et des opéras-bouffes.
Le Malade imaginaire de Molière, mis en scène par le père Leduc en 1941, redonne ses lettres de noblesse au théâtre collégial. Le préfet des études, le père Clément Cormier, propose ensuite de créer un véritable programme d'art dramatique ; en fait, seuls quelques cours seront dispensés. Les principales pièces présentées par la suite sont Les Fourberies de Scapin en 1946 ainsi que La Malédiction, La Passion et Le Pauvre sous l'escalier en 1949. Aucune pièce n'est présentée en 1951 mais un cercle d'art dramatique est fondé et présente Noël sur la place de Henri Ghéon en décembre puis Le Bourgeois gentilhomme en 1952. Le père Maurice Chamard reprend la mise en scène du Bourgeois gentilhomme en 1953, qui lui vaudra le premier prix au festival provincial de théâtre à Fredericton et une deuxième place à un festival de Victoria. Il récidive en 1954 à Fredericton avec Les Fourberies de Scapin et en 1956 à Newcastle avec L'Avare. Outre ces pièces de Molière, le cercle produit aussi Knock ou le Triomphe de la médecine, de Jules Romains.
Le père Jean-Guy Gagnon prend la relève en 1960 avec sa troupe La Cordée de la rampe. Elle n'existe que quelques années mais présente La Cloche d'argent de Paul de Néha, L'Échelle de Saint-Joseph de René William, Le Comédien aux champs de Léon Chancerel, La Jalousie du barbouillé de Molière, La Farce du pendu de Henri Ghéon, Zone de Marcel Dubé et Notre ville de Thornton Wilder.
L'Université de Moncton est fondée en 1963, le Collège Saint-Joseph y est affilié puis ferme ses portes en 1972. L'activité théâtrale se déplace à Moncton dès 1966, où Luiz Saraïva donne quelques cours d'art dramatique et présente quelques pièces de théâtre au public.
Collège Saint-Louis
Le Collège Saint-Louis, de Saint-Louis-de-Kent, ouvre ses portes en 1874 et présente quelques séances, auxquelles le public est admis.. Le collège est fréquenté par des Acadiens francophones et quelques Irlandais anglophones. Des séances sont organisées dans les deux langues et les rôles sont distribués sans égards à la langue maternelle des étudiants, qui de toute manière maîtrisent ces langues. Toutefois, à la suite de la séance du , l'évêque se plaint devant l'audience que le collège est trop français (« too frenchy ») et que cela porte préjudice aux étudiants anglophones ; il fait fermer l'établissement peu après.
Collège Sainte-Anne