La Phalange africaine est une unité créée par le gouvernement de Vichy en novembre 1942 pour combattre les forces alliées débarquées en Afrique du Nord alors qu'elles se lancent à la conquête de la Tunisie.
Après une gestation longue et difficile, la Phalange africaine, composée essentiellement de Pieds-Noirs de l'Afrique française du NordPaul Gaujac, L'armée de la victoire, Lavauzelle, 2004, Tome 1, , est finalement envoyée sur le front en où, malgré un comportement discipliné, elle recule assez rapidement avec les forces allemandes. La bataille définitivement perdue, les Phalangistes sont démobilisés à Tunis puis livrés à eux-mêmes. Certains, les chefs essentiellement, réussissent à rentrer en France où ils sont comblés d’honneur par le gouvernement de Vichy. Ceux restés en Tunisie vont quant à eux se disperser et essayer d’échapper à la justice.
La Phalange africaine ne doit pas être confondue avec la Brigade nord-africaine ou Légion nord-africaine.
Les raisons de la création de la Phalange africaine La Phalange africaine a été créée par le gouvernement de Vichy en riposte au débarquement des Anglo-saxons en Afrique du Nord. Vichy s'est engagé dans cette voie après les appels aux armes des partis collaborationnistes et sans exigences des Allemands. Au-delà des appels grandiloquents, Vichy n'a pas envoyé en Tunisie les effectifs, introuvables, qu’il annonçait de façon péremptoire. Il donnait par la même d’ailleurs satisfaction au gouvernement allemand qui, passés les dérapages verbaux de ses représentants en France, notamment Otto Abetz, fit rapidement comprendre qu’il n’avait aucunement l’intention d’accepter l’envoi de troupes françaises en Tunisie. Comme le dit Henry Charbonneau, « Laval a pensé qu’un geste des Français de Tunisie, une force de volontaires, même symbolique, lui permettrait de prouver que l’Afrique du Nord a été envahie par les Anglo-saxons en violation des sentiments de fidélité de la population françaiseHenry Charbonneau, Les mémoires de Porthos, Éditions de Chiré, 1999, Tome I, ». Ce n’était pas très différent de la petite unité symbolique, et à titre d’essai, qu’a imposée le général Hans-Jürgen von Arnim, le commandant en chef du groupe d'armées allemand en Afrique.
Le débarquement des Alliés en Afrique du Nord thumb|L'offensive alliée et la riposte allemande dans le secteur de Medjez-el-Bab. Novembre - décembre 1942
Le , les forces armées américaines et britanniques débarquent en Algérie et au MarocLes Français libres n’ont pas participé au débarquement ; le général de Gaulle n’en a même pas été informé. (opération Torch). Après de violents combats, essentiellement au Maroc et à OranÀ Oran et au Maroc, les Français perdirent en 3 jours et , contre 479 morts et 720 blessés du côté des Alliés., les autorités militaires françaises proclament le cessez-le-feu et conservent le pouvoir en accord avec les Américains qui estiment que c’est la moins mauvaise solution. Aucune force n’ayant été débarquée à l’est d’Alger, les Alliés se lancent aussitôt dans la Campagne de Tunisie mais ils ne peuvent s’emparer de la totalité du pays avant que les Allemands et les Italiens n’y débarquent en force. Les troupes britanniques réussissent à progresser jusqu’à 30 km de Tunis, au-delà de Tebourba, mais, n’ayant pas poursuivi leur effort, les Allemands parviennent à les contenir. Finalement, le , le front se stabilise globalement au niveau des cols de la ligne dorsale de la Tunisie, à l'est de la ville de Medjez el-Bab.
Les réactions au débarquement Les réactions en Tunisie Les autorités civiles et militaires dans la Régence ne se trouvent pas dans la même situation que leurs homologues du Maroc et de l’Algérie ; ce sont en effet les Allemands et non les Alliés, qui sont entrés à Tunis le . Soumis à la surenchère des partis collaborationnistes, et notamment du Parti populaire français (PPF) qui contrôle le pays, et aux pressions des nouveaux occupants, les officiels vont faire des choix différents en fonction de leur degré de fidélité au Maréchal Pétain et, surtout, de leur liberté d’action.
L’amiral Jean-Pierre Esteva, résident général en Tunisie et fidèle parmi les fidèles du Maréchal Pétain, décide de rester fidèle à Vichy, même si « au fond, il penchait plutôt vers la résistance » aux Allemands et que « c’était une sorte de loyaliste malgré lui, qui avait espéré l’arrivée des AméricainsHenry Charbonneau, op. cit. ». Selon l'expression de François Mauriac, il a été victime du « crime de fidélité ».
Le général Georges Barré, chef des troupes françaises en Tunisie décide dans un premier temps de se battre contre l’ennemi quel qu’il soit avant de se ranger aux côtés des Alliés. Ce choix fut cependant largement facilité par son éloignement de Tunis, le général Eugène Bridoux, secrétaire d’État à la Guerre du gouvernement de Vichy lui ayant ordonné de quitter avec ses troupes les villes de la côte le pour se regrouper dans l’intérieur du pays, au-delà de Medjez-el-Bab, donc dans le secteur en contact avec les forces alliées.
L’amiral Derrien, enfin, commandant le camp retranché autonome de Bizerte, « vieil homme à moitié aveugleRené Pellegrin, La phalange africaine, la L.V.F. en Tunisie, Paris, 1973. », commença par résister à l’occupation allemande, puis, à la suite des directives de Vichy, il annula cet ordre.
Il est donc au moins permis de penser que si les Alliés avaient poursuivi leur avantage sur Tunis, la totalité des troupes françaises se seraient ralliées, chef en tête, comme dans le reste de l’Afrique du Nord ou qu'elles seraient restées dans l'expectative comme l'escadre d'Alexandrie.
Les réactions en France occupée L’annonce du débarquement tombe en pleine session du Congrès du Parti populaire français à Paris où se trouvent d’ailleurs tous les délégués d’Afrique du Nord. Jacques Doriot s’écrie aussitôt « Constituons la Légion d’Empire, la Légion impériale pour défendre la France ». Plusieurs réunions sont aussi organisées à Paris avec les autres partis collaborationnistes pour demander la création d’une Phalange africaine destinée à aller secourir les populations d’Afrique du Nord. À ce moment, les Allemands estiment eux aussi qu’il faut créer une Légion impériale sous la direction de Joseph Darnand, chef du Service d'ordre légionnaire (SOL) et ils vont jusqu’à exiger, le , de « déclarer la guerre immédiatement à l’Amérique et de lever des légions impériales pour combattre en Afrique ». Par un discours tardivement diffusé le , Pierre Laval accepte le principe d’une légion mais refuse une déclaration de guerre. Les engagements commencent à être reçus au siège de la LVF et à la suite d'un discours de Darnand un communiqué précise que les adhésions et demandes de renseignements des deux zones doivent être envoyées à l’Hôtel de Lisbonne, à Vichy. Le général Edgar Puaud, inspecteur de la LVF et commandant supérieur de la Phalange communique à Darnand une liste de soixante officiers d’active prêts à partir. Les hommes de la moribonde Légion tricolore s’impatientent aussi dans leur garnison de Guéret, mais la France ne demande le qu’une autorisation pour quinze officiers ; finalement, ils ne seront que six à arriver à Tunis le .
Les conditions de la création de la Phalange africaine La mission militaire française envoyée en Tunisie a pour instruction de se mettre aux ordres du Résident général, l’amiral Esteva, puis, le cas échéant de l’officier commandant supérieur des troupes de toutes armes en Tunisie. Sa mission, définie par l’amiral Charles Platon, est d’encadrer les troupes encore fidèles, de faire ramener à l’obéissance les troupes égarées et de recruter sur place des contingents français ou indigènes. Elle est composée des officiers suivants : Christian Sarton du Jonchay, commandant de l’armée de l’air Pierre Simon Cristofini, chef de bataillon de l’infanterie coloniale Henri Curnier, capitaine d’infanterie Roger René EuzièreAppelé Roger Eu dans certains articles, peut-être son pseudonyme à la Légion Étrangère., lieutenant de cavalerie (Spahis) Daniel Peltier, lieutenant de cavalerie (Spahis) Henry Charbonneau, sous-lieutenant d’infanterie. Adam Belhouchet , lieutenant d'infanterie coloniale
En fait, seuls cinq d’entre eux vont se consacrer uniquement à la Phalange. Le lieutenant-colonel, du Jonchay étant nommé dès son arrivée directeur de cabinet de l’amiral Esteva et Préfet de police, c’est le lieutenant-colonel Cristofini qui le remplaça à la tête de la Phalange.
Le recrutement Le général von Arnim, le nouveau commandant du front tunisien, ayant admis la création d’une petite unité symbolique, et à titre d’essai, un bureau de recrutement est ouvert à Tunis le . Le lieutenant-colonel Cristofini fait d’abord appel aux groupements nationaux, le Service d'ordre légionnaire, le Parti populaire français, les Chantiers de la jeunesse française, les Compagnons de France, mais, à l’exception du S.O.L., les autres se cantonnent dans leur mission originelle de garde des points névralgiques, de protection des campagnes, des points de communication et empêchent les pillages. Malgré toutes les démarches et les promesses d’avancement en grade, il y a peu de candidats et il faut faire appel aux Tunisiens pour former cette compagnie. Il semble que cet échec soit en fait celui du lieutenant-colonel Cristofini car, après son départ, la situation s’améliore nettement.
Comme il n’y a aucun chiffre officiel connu, les évaluations du nombre de combattants engagés dans la Phalange varient selon les auteurs. Pour Robert Aron, ils étaient cent cinquante, pour René Pellegrin trois cent trente et, enfin, pour Henry Charbonneau quatre cent cinquante. La seule chose certaine est que le chiffre de Robert Aron est très largement sous-estimé puisque l’on sait qu’il y eut deux cent douze combattants engagés. On ignore aussi si dans ces chiffres est englobée la centaine de Tunisiens qui, au moins pendant une certaine période, se sont engagés ou ont été reversés par les Allemands dans la Phalange (ces Tunisiens de la Phalange ne doivent pas être confondus avec les Nord-Africains du Sonderverband 288 de l’Abwehr qui ont été engagés uniquement en TunisiePhilippe Lambert et Gérard Le Marec, Les Français sous le casque allemand, Grancher, Paris, 2002, .).
Compte tenu des circonstances, la sélection n’est pas très regardante et l’on trouve un peu de tout dans la Phalange : des jeunes, des vieux, des éclopés, des officiers, des sous-officiers, des instituteurs, des professeurs, et aussi toute la classe de philosophie du lycée Carnot de Tunis. La plupart étaient des militants ou des sympathisants des partis collaborationnistes ou des membres des diverses organisations créées par Vichy. On est donc quand même loin des « cent cinquante va-nu-pieds, syphilitiques et avariés de toute espèce » de Robert Aron.
La formation Les engagés sont habillés à la caserne Forgemol de Tunis, mais avec beaucoup de difficultés car la plupart des effets ont été pillés après le départ des troupes du général Barré qui ont tout abandonné ; la caserne Faidherbe, toujours à Tunis, sert de dépôt, sous les ordres du capitaine Euzière. Le , la compagnie s’installe au camp de Cedria Plage, au sud de Tunis, près de la résidence du Bey d’Hammam Lif. Le camp est commandé par le capitaine Peltier avec pour adjoint le capitaine Campana, l’un des premiers engagés. Les quatre sections sont dirigées par des sous-lieutenants français. L’équipement est français en totalité. L’instruction commence aussitôt.